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Entretien

Pierre-André Taguieff : “L’objectif pour les militants islamophiles, à gauche et à l’extrême gauche, est de dédouaner l’islam du terrorisme djihadiste”

Publié le 05 mai 2017
Dans son dernier livre, "L'islamisme et nous. Penser l'ennemi imprévu", Pierre-André Taguieff analyse, dans tous ses aspects, la force de séduction des nouveaux fanatiques que sont les djihadistes.
Pierre-André Taguieff
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Pierre-André Taguieff est philosophe, politologue et historien des idées. Il est directeur de recherche au CNRS, rattaché au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF).Il est l'auteur de Les Fins de l’antiracisme (Michalon, 1995) et La...
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Dans son dernier livre, "L'islamisme et nous. Penser l'ennemi imprévu", Pierre-André Taguieff analyse, dans tous ses aspects, la force de séduction des nouveaux fanatiques que sont les djihadistes.

Atlantico : Le terroriste qui a tué un policier et blessé deux autres sur les Champs-Élysées était connu des services de police : il avait déjà été condamné à quinze ans de prison pour avoir tiré sur un policier. Mais, à l’époque, le motif n’était pas du tout djihadiste. Ce genre de profil ne vient-il pas donner du grain à moudre à ceux qui défendent la thèse d’une "islamisation de la radicalité", tel Olivier Roy ?

Pierre-André Taguieff : En aucune manière. Rien ne permet d’identifier le délinquant en question comme un "radical" avant son "islamisation" ! En quoi était-il alors un "radical" ? L’individu, repéré pour sa violence, n’appartenait à aucun groupe de "droite radicale" ou de "gauche radicale". Que signifient donc "radical", "radicalité" ou "radicalisme" en de tels emplois ? Faut-il postuler que tous les délinquants sont des "radicaux" susceptibles de s’ "islamiser", en prison par exemple ?

La confusion de la notion de "radicalité" est telle qu’on peut la mettre à toutes les sauces. Chacun la comprend selon ses présupposés ou ses attentes, quand ce n’est pas dans le cadre de stratégies rhétoriques bien définies. À cet égard, "radical", "radicalité" ou "radicalisme" fonctionnent comme des synonymes des mots "extrémiste" et "extrémisme", à la signification non moins vague, mais qui ont perdu leur attrait en raison d’un sur-emploi depuis les années 1920. Des expressions comme "radicalité" ou "radicalisation" indiquent vaguement l’existence d’un problème, elles pointent un phénomène difficile à penser, sans donner les moyens de le penser. Elles le nomment en le stigmatisant, sans le conceptualiser, sans permettre donc de le connaître.

L’ "islamisation de la radicalité" n’est qu’un jeu de mots dénué de sens, formé sur le modèle de la célèbre maxime islamiste appelant à "islamiser la modernité" plutôt que "moderniser l’islam". Le chiasme est la figure de style permettant d’engendrer à l’infini des formules creuses d’apparence savante. Ce jeu de mots confus séduit ceux qui, à gauche et à l’extrême gauche, veulent réduire le djihadisme à une légitime révolte sociale empruntant illégitimement à l’islam un mode de légitimation idéologique. Ils regardent les djihadistes à travers les verres déformants de la culture victimaire. Cette sociologie compassionnelle ne voit dans les islamo-terroristes que des enfants perdus, de pauvres enfants abandonnés ou rejetés par des sociétés inhospitalières et hostiles, bref, des victimes du "racisme" dit "institutionnel" ou "systémique". L’important est pour ces militants islamophiles de diffuser la thèse selon laquelle le terrorisme djihadiste n’a rien à voir avec l’islam, alors même que les djihadistes s’en réclament au cri de "Allahou akbar". Leur objectif est donc de dédouaner l’islam. À leurs yeux, les vrais responsables et coupables sont ceux qui, dans les sociétés européennes, auraient contribué à "fabriquer" les djihadistes, présentés comme les produits de sociétés injustes et discriminatoires, xénophobes et racistes. C’est pourquoi ils récusent la formule souvent utilisée pour caractériser le phénomène djihadiste : une "radicalisation de l’islam". Ils oublient ce faisant que les principes de la doctrine du djihad sont présents dans le Coran.

Le slogan pseudo-savant qu’est la formule "islamisation de la radicalité" n’a aucun sens dans les pays musulmans, où les djihadistes poussent tout seuls, hors de tout terreau "révolutionnaire" (au sens européen du terme). Au sein des pays non musulmans catégorisés par les islamistes comme "domaine de la guerre" ou "domaine de l’incroyance", la formule sert, dans le nouveau discours apologétique frotté de sociologisme, à réduire la dimension islamique du djihadisme à un simple habillage idéologique de circonstance, à un "parler musulman" d’emprunt, dénué de signification religieuse. L’opération est grossière. Elle revient à vouloir donner une "leçon" à des citoyens français qu’on suppose incapables de distinguer entre les musulmans ordinaires et les djihadistes. On est en droit de s’étonner que cette vaine tentative de désislamisation du djihadisme puisse être prise au sérieux dans la presse.         

Pour vous, l’utopisme révolutionnaire s’est largement réfugié dans l’islam djihadiste. Cette posture révolutionnaire trouve l’un de ses accomplissements politiques contemporains dans l’islamo-gauchisme, notamment en France. Considérez-vous donc que l’émergence de mouvements comme celui des Indigènes de la République est corrélée à la mouvance terroriste islamiste actuelle ?

Reconnaître que des phénomènes différents font partie du même paysage idéologico-politique d’ensemble n’implique pas de leur attribuer une communauté de nature. Et ce, même si l’on présuppose une certaine continuité entre le port provocateur du voile islamique, le rejet salafiste de la société "mécréante" et le passage au terrorisme. Il faut distinguer soigneusement les activistes et leurs complices, les compagnons de route, les facilitateurs, les supporters passifs et les complaisants. L’échec politique du gauchisme et du tiers-mondisme a conduit ses militants professionnels à chercher dans l’agitation médiatique et culturelle une voie indirecte susceptible de leur conférer une nouvelle légitimité, à défaut de les conduire au pouvoir. Mais, le classique "prolétariat" de Marx et de Lénine, perçu comme un ramassis de "petits blancs" xénophobes, ayant perdu ses charmes à leurs yeux, il manquait au néo-gauchisme, disons au gauchisme post-soixante-huitard qui s’est rassemblé dans le mouvement "altermondialiste" depuis le milieu des années 1990, une base de masse. Certains de ses leaders et stratèges ont cru la trouver dans diverses catégories de "victimes" ou d’ "exclus", à commencer par "les immigrés", suivis par "les musulmans". C’est ce qui explique la formation de la plus récente vague néo-antiraciste, centrée sur la dénonciation litanique de l’ "islamophobie", terme mystificateur et attrape-tout qui protège de fait les islamistes, et ce, aux dépens de la lutte contre de réelles discriminations. De là, ces rapprochements observables entre nombre de mouvances altermondialistes et divers courants islamistes, principalement liés aux Frères musulmans, dont le discours de propagande a intégré la thématique antiraciste, en la dévoyant. C’est le cas du Parti des Indigènes de la République, dont j’analyse dans mon livre l’idéologie et la rhétorique.

La question de l’ "islamo-gauchisme", expression que j’ai introduite au début des années 2000, est récemment revenue dans les débats publics. Clarifions brièvement ladite question. La configuration islamo-gauchiste a émergé à la suite de rapprochements idéologiques noués depuis le milieu des années 1990 lors de campagnes ou de manifestations communes, rapprochements qui, au-delà de connivences plus ou moins affichées, se sont parfois traduits par des alliances ou des coalitions. Le processus peut être ainsi résumé : les gauchistes devenaient islamophiles, voire "islamismophiles" (néologisme forgé par votre serviteur), tandis que les islamistes intégraient dans leur idéologie des thèmes empruntés pour l’essentiel au vieux tiers-mondisme et à l’altermondialisme, en particulier l’anti-impérialisme et l’anticapitalisme, sans oublier l’antifascisme et l’antiracisme, précieux instruments de diabolisation de l’adversaire. En faisant référence à l’islamo-gauchisme, je n’affirme nullement qu’il y aurait eu un ralliement massif des gauchistes à telle ou telle mouvance de l’islamisme, je vise à souligner l’existence de convergences et d’alliances entre gauchistes et islamistes, partageant souvent les mêmes ennemis.     

Procédons à quelques brèves mises au point nécessaires. En premier lieu, le djihad armé doit bien sûr être distingué du djihad culturel ou juridique, même si ce dernier a un sens politico-religieux, qu’on retrouve dans diverses associations prétendant défendre les musulmans ou les immigrés de culture musulmane, tout en dénonçant l’ "islamophobie" ou le "racisme républicain". Il y a là une illustration frappante de la corruption idéologique de l’antiracisme : l’accusation de "rejet de l’autre", le seul vrai délit d’opinion reconnu aujourd’hui dans les démocraties occidentales, permet désormais de criminaliser les anti-islamistes de toutes obédiences. De là à prôner vertueusement l’ouverture à l’islamisation, voire à "l’autre" islamiste, qu’on appelle paternalistement à "comprendre" ou à "déradicaliser", il n’y a qu’un pas à franchir.  

En deuxième lieu, les courants qu’on peut qualifier d’ "islamo-terroristes" se distinguent par leurs moyens d’agir des courants salafistes sécessionnistes, prônant la séparation entre musulmans et non-musulmans. Or la vision du monde salafiste n’est pas confinée aux milieux qui se reconnaissent comme salafistes. Elle imprègne une partie importante de l’opinion musulmane, comme l’ont montré diverses enquêtes depuis quelques années. D’où la peur légitime d’une libanisation, d’une fragmentation ou d’une partition de la France, dont même François Hollande s’est fait l’écho en 2016, dans sa langue approximative : "Comment on peut faire ? Que la France vive ensemble, comment on peut redonner un lien entre tous les Français, comment on peut éviter la partition ? Car c’est quand même ça qui est en train de se produire : la partition."

En troisième lieu, il convient de s’entendre sur la dimension révolutionnaire du jihadisme. L’islamisme d’obédience salafiste-djihadiste représente le dernier des "ismes" légitimant au nom de Dieu l’usage de la violence absolue contre les ennemis que ses adeptes désignent : les mécréants, les incroyants ou les infidèles – les kouffar, ceux dont le Coran dit qu’Allah les a "maudits" et "leur a préparé un brasier". La faillite des mouvements révolutionnaires d’origine européenne a produit un appel d’air : l’utopisme révolutionnaire a trouvé dans l’islamisme jihadiste un nouveau pôle d’attraction. Je souligne dans mon livre le fait que cette révolution n’est nullement conservatrice : elle est explicitement traditionaliste et restauratrice, "réactionnaire " au sens strict du terme, puisqu’il s’agit de faire retour au mode de vie des premiers musulmans. Car les jihadistes sont des salafistes convaincus que le combat armé est la première obligation du "bon" ou du "vrai musulman". Cette révolution restauratrice est aujourd’hui incarnée par l’État islamique, qui a tenté de réaliser l’objectif défini par les Frères musulmans en 1936, dans leur Manifeste en cinquante points : le "rétablissement du Califat islamique" (art. 4).

Il faut bien comprendre que, loin de se réduire à un "extrémisme" parmi d’autres, l’islamisme est un projet de conquête du monde, fondé sur un corpus doctrinal qui, pour être délirant aux yeux des observateurs extérieurs, n’en est pas moins pris très au sérieux par les combattants jihadistes. On sait que l’utopie du Califat mondial, c’est-à-dire d’une sorte d’empire musulman universel, a été reprise par Al-Qaida, puis par l’État islamique. Rappelons la déclaration faite le 14 novembre 2014 par Abû Bakr al-Baghdadi, auto-proclamé calife de l’État islamique : "Ô soldats de l’État islamique, continuez la moisson des armées, déchaînez les volcans du Jihad partout ", afin de libérer l’humanité du "système global fondé sur l’usure" et tenu en laisse par "les Juifs et les croisés." La dimension proto-anticapitaliste (le capitalisme étant réduit à "l’usure", thème de la judéophobie médiévale) est ici intrinsèquement liée à la diabolisation de l’Occident "mécréant", "judéo-croisé". Cet "anticapitalisme" aux accents antijuifs et cette hespérophobie ont de quoi séduire les nouveaux ennemis déclarés du capitalisme (ou du "néolibéralisme") et de l’Occident "impérialiste", "raciste", "sioniste" ou "sionisé", etc.

Comment expliquez-vous la "séduction" qu’exerce l’islamisme djihadiste aujourd’hui ?    

Cette séduction s’explique par plusieurs facteurs dont l’interaction reste à étudier précisément. Disons qu’elle est liée à la force de la croyance qu’on est bien contraint de reconnaître aux islamistes, une force redoutable et justement redoutée. Dans l’univers des valeurs individualistes qu’est devenu l’Occident moderne, où les convictions sont faibles, relativisées et fluctuantes, les convictions absolues, celles qui fournissent des raisons de mourir en "martyr", sont perçues par diverses catégories de "victimes" plus ou moins imaginaires comme dignes d’admiration. Et elles troublent ceux qui souffrent de douter ou en ont assez de vivre en "modérés", en "tièdes", dans des sociétés qui doutent d’elles-mêmes, de leur identité civilisationnelle comme de leur destin. Non seulement les Occidentaux doutent, mais, alors qu’ils aimeraient faire peur pour pouvoir vivre tranquilles, ils sont saisis par la peur. Les djihadistes morts au combat jouent pour certains le rôle de héros. Il y a là une source de sublime, lequel a disparu des sociétés converties à  la néo-religion du "doux commerce" et de la consommation sans limites. Or, dans ces démocraties apaisées, sans transcendance, la demande de sublime n’a nullement disparu.

Ce qui manque dans les sociétés individualistes et sécularisées ou les démocraties égalitaires, c’est l’offre de sublime. Les saints, les martyrs et les héros y sont choses du passé. Or, à certains égards, le djihadisme remplit la fonction d’une offre de sublime, d’un produit de substitution, mêlant violence et croyance, vengeance et foi. Vu de haut, tout se passe comme si ce qu’on appelle "extrémisme" ou "fanatisme", bien que consensuellement condamné, exerçait une forte attractivité.  En faisant référence à "l’extrémisme", on entre dans une zone d’ambiguïté. Le sens du terme "extrémiste" est construit par opposition à "modéré", ce qui nous place sur une pente glissante. En effet,  peut-on dire qu’un bon socialiste est un socialiste modéré ou modérément socialiste ? Qu’un bon chrétien est un chrétien modéré ou modérément chrétien ? Qu’un bon musulman est un musulman modéré ou modérément musulman ? Voire qu’un islamiste acceptable ou tolérable est un islamiste modéré ou modérément islamiste ? Il y a là matière à réflexion. Dans mon livre, j’analyse, dans tous ses aspects, la force de séduction des nouveaux fanatiques que sont les djihadistes.  

Pour vous, cet enchaînement d’attentats vient remettre radicalement en question la possibilité d’un "nous" qu’avait définie la société occidentale. Qu’est-ce que ce "commun" qui se révèle affaibli, et pourquoi est-il impuissant face à l’islamisme ?

Le "nous" des Occidentaux est divisé, voire fragmenté par les multiples effets des actions islamo-terroristes. Il y a ceux qui montent aux extrêmes en appelant à reconnaître et à combattre sans merci l’ennemi islamiste, mais il y a aussi ceux qui refusent de désigner l’ennemi islamiste, ceux qui voient dans le "néolibéralisme" l’ennemi principal et relativisent en conséquence la menace djihadiste, ceux enfin qui se proposent de pactiser avec les islamistes dits "modérés". Sans parler des indifférents : la masse des individualistes hédonistes n’ayant d’autre souci que le souci de soi. L’unité et l’identité du "nous, Occidentaux" apparaissent lézardées. Nous en sommes toujours à nous demander comment il est possible que les djihadistes de toutes obédiences aient pu nous déclarer la guerre, alors que nous aimons tant la paix et que, défenseurs des droits de l’homme, nous voulons établir depuis plusieurs siècles la paix universelle et perpétuelle.  Comment donc ont-ils osé, comment osent-ils ? Telle est la question naïve qui nous aveugle à la dure réalité. Les "gentils" se demandent comment les "méchants" sont possibles…

À cette division du front intérieur s’ajoute un obstacle culturel de taille : dans la perspective à la fois pluraliste et relativiste qui est devenue dominante au sein des sociétés occidentales (du moins dans le monde des élites politiques, intellectuelles et médiatiques), il est difficile de désigner clairement un ennemi. La catégorisation identitaire, du "je" au "nous", s’opère par contraste ou opposition. Notre identité d’Occidentaux ne se pose qu’en s’opposant. Il n’est pas d’identité collective sans la désignation d’un "autre" posé comme ennemi, incarnation d’une menace existentielle. Or, c’est ce geste politique fondamental qui est criminalisé en ce qu’il serait "xénophobe" ou "raciste". Nos sociétés libérales-pluralistes hyper-normalisées se rêvent comme des sociétés sans ennemis. Elles ne reconnaissent que des délinquants, des déviants, des marginaux, des malades mentaux, des cas sociaux. On nous a inculqué la croyance hyper-relativiste que seuls les barbares croient à la barbarie, ce qui nous bâillonne et nous lie les mains. Les paradoxaux sédentaires mobiles que nous sommes devenus, pacifiques, marchands et négociateurs, sont frappés d’impuissance face à des nomades prédateurs et conquérants qui, armés de leurs dogmes et totalement engagés dans le jihad pour construire le Califat mondial, méprisent nos valeurs et haïssent nos formes de vie.

Alors que nous nous sommes ralliés à la culture du compromis, les djihadistes rejettent le compromis comme une marque de faiblesse et de lâcheté. Ils pensent leur intransigeance comme une preuve d’authenticité et de courage, alors que nous y voyons un signe de dogmatisme et d’intolérance. Leur violence meurtrière qui nous effraie, et que nous appelons "fanatisme", ils la célèbrent comme un devoir religieux, pleinement conforme à l’enseignement islamique. Comment ne pas reconnaître que le seul type de dialogue qui puisse être noué avec eux est un dialogue de sourds ? Et aussi que cet impossible dialogue ne peut conduire qu’à une guerre totale et interminable, car susceptible de prendre des formes inattendues ? Il est dès lors difficile de cultiver la vertu d’espérance et de professer l’optimisme ordinaire des politiques, cet optimisme forcé qui leur permet de faire des promesses qu’ils ne peuvent tenir. On appelle cela "démagogie". Refuser de jouer la carte de la démagogie, qui se drape de pacifisme, d’ouverture et de progressisme, c’est commencer par reconnaître que nous, Occidentaux, avons été désignés en tant qu’ennemis par les groupes formant le djihadisme mondial, et qu’en dépit de nos dispositions pacifiques, nous ne sommes pas libres de refuser de nous défendre, en recherchant avant tout l’efficacité.  

Cette guerre asymétrique ne saurait se réduire à une série d’opérations militaires spectaculaires, ni à des éliminations ciblées, ni à une guerre verbale centrée sur la condamnation morale. Elle doit être menée systématiquement, sur tous les fronts. Il lui faut être à la fois une guerre intellectuelle et culturelle, une guerre médiatique, menée en particulier sur le Web, une guerre du renseignement et de l’infiltration : elle ne peut être gagnée qu’à la condition d’une parfaite coopération entre les pays engagés directement dans le combat et leurs alliés.    

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assougoudrel
- 01/05/2017 - 17:48
@ Michèle Plahiers
Pourquoi voulez-vous que je sois ennuyé puisque vous êtes d'aucun parti? De plus, comme vous êtes de la Belgique, vous ne pourrez pas ajouter une voix à Macron. De part mon métier, j'ai connu beaucoup de belges et j'aime beaucoup ce peuple composé de gens très bien. Comme les québécois, ils ne se prennent pas au sérieux et sont moins coincés que les français et ont un bel humour. Si je vous comprends, l'esprit belge serait du Centre et ce n'est pas bon, car, comme les français, attendez-vous à de gros problèmes, car en face, les terroristes adorent les bisounours, car ils peuvent envoyer tous les petits minables pour leurs attentats. Des larves que les faibles appellent "loups solitaires". Vous verrez que nos dirigeants français et belges seront remplacés par des MLP, si ce n'est pas là, ce sera pour la prochaine fois. Cordialement.
Michèle Plahiers
- 01/05/2017 - 14:55
Tarot du jour (Sforza)
Marine Valet de denier (bon ) Macron: quatre de Denier (à l'envers: générosité, largesse, liberté). Ex aequo. Cela peut changer chaque jour;
Michèle Plahiers
- 01/05/2017 - 14:51
Cela me vient du fait que j'ai souvent gagné au jeu de hasard (qui selon Einstein est la voie sacrée par laquelle s'exprime le divin)