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Entretien politique

Thierry Mariani : "La France est en train de crever sous le sectarisme"

Publié le 05 mai 2017
A une semaine du deuxième tour de l'élection présidentielle, et au moment où Nicolas Dupont-Aignan a décidé de rallier Marine Le Pen, le député Les Républicains Thierry Mariani nous livre son analyse de la situation.
Thierry Mariani a créé, en 2010, avec notamment les parlementaires Christian Vanneste et Lionnel Luca, le collectif de la Droite Populaire.Il a été ministre chargé des transports dans le dernier gouvernement de Nicolas Sarkozy. 
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Thierry Mariani a créé, en 2010, avec notamment les parlementaires Christian Vanneste et Lionnel Luca, le collectif de la Droite Populaire.Il a été ministre chargé des transports dans le dernier gouvernement de Nicolas Sarkozy. 
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A une semaine du deuxième tour de l'élection présidentielle, et au moment où Nicolas Dupont-Aignan a décidé de rallier Marine Le Pen, le député Les Républicains Thierry Mariani nous livre son analyse de la situation.

Atlantico : Que vous inspire le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan? Un suicide politique de sa part, qui le menace d'un destin similaire à celui des présidents de région de Ia droite républicaine qui en 1998 s'étaient alliés au FN ? Ou l'ébauche d'une union des droites ?

Thierry Mariani : Je pense qu’il ne s’agit ni d’un suicide, ni d’une ébauche d’une union des droites. Ce n’est pas un suicide car la situation de 1998 et celle de 2017 sont totalement différentes, ne serait-ce aujourd’hui que par la présence renforcée et de longue durée du FN dans le paysage politique. Pour autant, je ne pense pas que ce soit une ébauche de l’union des droites, mais plutôt un choix logique. Nicolas Dupont-Aignan s’est présenté à deux reprises à l’élection présidentielle ; à deux reprises, il n’a pas réussi à dépasser le seuil des 5%. Son choix consistait alors à demeurer le représentant d’un parti qui peine à se développer ou à s’accoler à une formation plus importante afin de lui donner des chances d’avoir un plus grand écho. Selon moi, il s’agit davantage d’une alliance de circonstance que d’un suicide ou d’un grand mouvement d’union. 

Ce ralliement vous paraît-il de nature à changer la dynamique de l'entre-deux-tours ?

Très sincèrement non. Mais soyons honnêtes : c’est tout de même – si je puis dire – une belle prise pour Marine Le Pen. La dynamique de l’entre-deux-tours est surtout caractérisée par la très mauvaise campagne de Monsieur Macron, dont la première semaine de deuxième tour est calamiteuse. 

Les garanties obtenues par M. Dupont-Aignan vous paraissent-elles crédibles ?

Je pense que les électeurs attendent davantage des garanties sur le programme que sur des postes. 

Que vous inspirent les réactions des personnalités de droite qui, très largement, condamnent sévèrement Nicolas Dupont-Aignan et la trahison de son engagement gaulliste, allant pour certaines jusqu'à le qualifier de "collabo" et de "pétainiste" ?

Il est quand même surprenant qu’à chaque fois, dans la vie politique française, on en soit à se baser sur des références et un vocabulaire relatif à des évènements –même s’il ne faut pas les oublier – qui ont plus de 60 ans. Vu la débâcle de la droite, je pense qu’il ne sert à rien d’ajouter ce type d’escalade verbale. Cela n’a aucune influence sur les électeurs. Je trouve cela très excessif. Personnellement, je ne partage pas le choix de Nicolas Dupont-Aignan, mais c’est un choix qui, selon moi, lorsqu’on regarde ses opinions politiques, n’est pas contradictoire.

Faites-vous partie de ceux qui considèrent que le FN a réussi sa dédiabolisation ? Quelles sont les valeurs qui séparent le FN de l'aile droite des Républicains selon vous, et notamment de la droite populaire dont vous êtes le chef de file ?

Je pense que le FN a réussi sa dédiabolisation sur les sujets de société mais pour tomber dans la diabolisation sur les sujets économiques. Le problème actuel donc, c’est que le parti est passé d’une diabolisation à une autre. En voici la preuve d’ailleurs : Marine Le Pen n’ayant pas eu les mêmes écarts de langage tout à fait condamnables qu’a pu avoir son père, aujourd’hui, les attaques les plus sérieuses à son encontre cible sur son programme économique. C’est ce qui porte chez les électeurs : même au sein de l’électorat âgé, qui, pendant un moment, était un électorat plutôt séduit sur ces questions, personne n’a envie de revenir vraiment sur l’euro, ni même sur l’Europe, bien qu’une refonte soit nécessaire. C’est, d’après moi, la raison pour laquelle elle ne pourra pas gagner cette fois. 

L'unité de la droite républicaine peut-elle résister à de telles divergences d'analyse sur la réalité et la nature de la menace représentée par le FN ?

Je pense que la droite républicaine aura beaucoup de mal à sortir de cette élection. Le vrai problème de la droite républicaine aujourd’hui réside dans son positionnement politique. Depuis la création de l’UMP, nous n’avons cessé d’expliquer que nous représentions la droite et le centre. En réalité depuis lors, nous sommes surtout de plus en plus le centre et de moins en moins la droite. Aujourd’hui, avec l’arrivée très probable, à l’Elysée d’Emmanuel Macron, qui va essayer d’occuper le plus possible cette place, avec François Bayrou, au centre de l’échiquier, et une position de Marine Le Pen qui s’installe progressivement dans le paysage politique, parvenant, en partie, à la dédiabolisation du FN sur les sujets de société, le vrai problème des Républicains réside dans l’endroit où se trouve véritablement notre positionnement politique. Une structure politique, c’est avant tout un groupe de personnes réunies ensemble pour défendre des idées communes et afficher ainsi une certaine cohérence. A l’heure actuelle, cette cohérence risque d’être difficile à trouver. Quand je vois les propositions de certains de nos leaders se multiplier à l’adresse d’Emmanuel Macron, il n’est pas étonnant de constater l’écœurement de nos militants. Je pense qu’il sera très dur de ressouder tout cela. Quel que soit le résultat des législatives pour les Républicains, la véritable question sera de se demander ce qu’est notre cœur de programme et notre originalité. 

La droite républicaine n'a plus de leader clair en l'état, François Baroin semble en situation d'être le Premier ministre d'une droite qui remporterait les législatives, Laurent Wauquiez de diriger le parti. Sont-ils des leaders en qui vous vous reconnaissez ?

Je pense que dans chaque élection, une génération passe la main à une autre. Aujourd’hui, la génération Sarkozy-Juppé-Fillon a passé la main à droite. François Baroin et Laurent Wauquiez sont des personnalités qui sont assez différentes, et qui, dans cette période intermédiaire, me paraissent tout à fait qualifiées. En revanche, je pense que nous sommes vraiment dans l’urgence, et une fois les élections passées, il y aura un véritable choix à faire à droite. On ne peut plus continuer à être un parti où, comme à la Samaritaine, on trouve des personnes qui défendent toutes les positions politiques ; cela finit par devenir incompréhensible. 

Comment reconstruire une droite républicaine qui ne soit pas étranglée entre le pôle central recomposé qu'entraînerait une élection d'Emmanuel Macron et un FN gonflé par sa qualification au 2d tour ?

C’est tout le problème que j’évoquais. Quel que soit le résultat des élections, il faudra prendre un minimum de temps pour réfléchir à qu’est-ce qui fait que les Républicains doivent encore exister : qu’est-ce qui fait notre originalité ? Qu’est-ce qui fait que nous sommes plus qu’une alliance électorale ? Qu’est-ce qui fait que l’on peut rester ensemble ? On ne peut pas être un parti où chaque fois que ça arrange les uns, ils en sortent, puis quand ça les arrange dans l’autre sens, ils reviennent. Tout ceci enlève une partie importante de notre crédibilité auprès des sympathisants.

Je pense également que les Français vont rapidement déchanter et s’apercevoir des limites d’Emmanuel Macron s’il est élu président de la République, hypothèse la plus probable. Quand on voit qu’en quelques jours, les opinions sont en train de changer depuis le 1er tour…Le moment de vérité finira par survenir. Il a réussi, pendant toute sa première partie de campagne, à rester dans le flou. A partir du moment où il sera élu président de la République, il faudra qu’il sorte du flou ; et en général, on n’en sort qu’à son détriment. 

Dans l'hypothèse où Marine Le Pen serait élue, les projections électorales pour les législatives montrent qu'elle aurait de la peine à obtenir une majorité. Pourriez vous envisager de participer à une coalition autour du FN ou a minima de voter au coup par coup des projets du FN ?

J’ai toujours été un parlementaire qui a essayé de regarder l’intérêt de la France dans chaque projet. Quel que soit le gouvernement, qu’il soit de gauche ou de droite, je regarde toujours si les textes sont intéressants. Je ne vois donc pas pourquoi je ne voterai pas pour un texte intéressant, par pur sectarisme. Je me permets de vous faire remarquer que j’ai été l’un des 7/8 députés de droite à avoir dit que la loi Macron était acceptable, même si totalement insuffisante, car elle avait l’avantage d’aller dans la bonne direction dans certains domaines. Mon approche était de considérer alors l’intérêt de la France. Si demain, une majorité présidentielle se tenait derrière Monsieur Macron ou Madame Le Pen, et si les textes proposés étaientt bons, je ne vois pas pourquoi je ne les voterais pas. La France est en train de crever sous le sectarisme et des pesanteurs qui font que tout est sectorisé. 

Selon certains journaux, Robert Menard que vous connaissez bien aurait été chargé par le FN de recruter pour une future majorité autour du FN des personnalités de la droite dont vous, Henri Guaino, Jacques Bompard, Jacques Myard et d'autres, que vous a-t-il proposé ?

Je connais effectivement Robert Ménard depuis des années, avec qui, donc, je suis en contact. Mais il ne m’a rien proposé. Nous avons eu une discussion mais il ne s’agissait pas d’une tractation. Il m’a demandé quelle était ma position, ce à quoi je lui ai répondu très clairement que la position de Marine Le Pen sur les sujets économiques la disqualifiait à l’heure actuelle, et que cette position était suicidaire. Comme vous avez pu le constater, à cette heure-ci, à ma connaissance, aucune autre personnalité de droite n’a rejoint Marine Le Pen, que ce soit Henri Guaino, Jacques Myard ou moi-même. En restant sur ses positions économiques actuelles, je pense que les ralliements vont être très rares. 

Que répondriez-vous aux arguments de ceux qui affirment que ne pas donner de consigne de vote dans ce contexte est une faute morale au regard de la nature spécifique du FN, encore illustrée récemment par la nomination d'un président par intérim aux questionnements négationnistes ou par la proposition formulée par Marine Le Pen d'un moratoire sur l'immigration légale ?

Je ne vois pas ce que la proposition d’un moratoire sur l’immigration légale a de scandaleuse. Il faut arrêter de diaboliser n’importe quoi.

Je pense que les électeurs écoutent les consignes de vote d’une oreille et votent avec leur bulletin. Je refuse toute cette culpabilisation qui est, en réalité, depuis des années, la technique de lutte contre le FN. Il faut arrêter d’expliquer que le FN est un ennemi de la démocratie. On peut ne pas partager les valeurs du FN, on peut refuser son programme économique et penser qu’il serait dangereux, mais on voit que la stratégie consistant à dire que le FN est un parti infréquentable n’aboutit pas à l’effet escompté puisque le parti ne cesse de monter. Je pense que si on s’obstine dans cette stratégie, il se pourrait que la prochaine présidentielle soit la bonne pour Marine Le Pen.

Vous avez souvent défendu la Russie de Vladimir Poutine. Le dirigeant tchétchène menace d'éliminer les homosexuals d'ici la fin mai. Comptez-vous utiliser vos relations privilégiées avec Moscou pour intervenir ? Peut-on ne rien faire ?

La position de Kadyrov sur les homosexuels est totalement inadmissible et condamnable. Il est évident que, quelque soient nos positions, nous ne pouvons pas la partager. A titre personnel, je peux vous dire que j’en ai discuté la semaine dernière encore avec le président de la commission des Affaires étrangères et du groupe d’amitié avec la France de la Douma, Leonid Sloutski. Sur le fond, c’est absolument inadmissible. Par ailleurs, c’est une très mauvaise image qui est donnée. 

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jurgio
- 03/05/2017 - 14:35
Il n'y a pas de droites définies
C'est un ramassis de réactions contre une idée fasciste. il n'y a qu'une anti-gauche.
lafronde
- 03/05/2017 - 05:44
LR est-il un parti progressiste ou conservateur ?
Avec Mitterrand la Gauche a quitté le socialisme de production pour un socialisme de redistribution. Notre dette nationale en témoigne. Faute d'être viable, le PS se scinde avec sa filière macronienne, le Progressisme clientéliste. Faire de la France une usine rentable, à l'allemande, et une immigration elle aussi "à l'allemande" de millions de personnes. Autant travailleurs uberisés, précarisés, soutiers du régime, qui leur distribuera la citoyenneté française, et glanera leur votes communautaire le plus souvent musulman (ces pays sont les plus mal gérés) en échange de quelques accomodements raisonnables (laxisme pénal), de la discrimination "positive" et de la mixité sociale (en fait ethnique) imposé par la coercition. Il faut savoir si face à cette politique d'immigration de masse, LR y contribue ou s'y oppose. LR est-il un parti progressiste avec Macron ou conservateur ? Dans ce cas avec quelles alliances ? L'UMP a eu une décennie de pouvoir. Le temps d'asseoir une France conservatrice et libérale. Hélas Chirac comme Sarkozy étaient progressiste ! La politique d'ostracisation du FN a échoué. Il est désormais indispensable aux conservateurs. Et même aux républicains libéraux !
JonSnow
- 01/05/2017 - 18:47
Mariani au pouvoir!
Voilà un type intelligent qui réfléchit et qui n'est pas une girouette sans convictions ou un mouton de Panurge. Il a les idées claires et le courage de les assumer. Il mérite un destin national.