En direct
Best of
Best Of du 13 au 19 avril 2019
En direct
© Reuters
Fille ainée
Pâques : ce que la France perd en perdant sa culture religieuse
Publié le 21 avril 2017
Nombreux sont les Français qui ne font pas la différence entre Pâques et la journée internationale du chocolat (événement très sympathique au demeurant). Certains se réjouissent de ce "progrès" de la laïcité en France. Mais on peut aussi s'interroger sur les conséquences d'une telle crise d'ignorance crasse en matière religieuse dans la population française.
Bertrand Vergely est philosophe et théologien.Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).  
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Le Père Mathieu Rougé est le curé de Saint-Ferdinand des Ternes (Paris XVII°) et est aussi professeur au Collège des Bernardins.Dernier ouvrage : L’Eglise n’a pas dit son dernier mot (Robert Laffont)
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Bertrand Vergely
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Bertrand Vergely est philosophe et théologien.Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).  
Voir la bio
Matthieu Rougé
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Le Père Mathieu Rougé est le curé de Saint-Ferdinand des Ternes (Paris XVII°) et est aussi professeur au Collège des Bernardins.Dernier ouvrage : L’Eglise n’a pas dit son dernier mot (Robert Laffont)
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nombreux sont les Français qui ne font pas la différence entre Pâques et la journée internationale du chocolat (événement très sympathique au demeurant). Certains se réjouissent de ce "progrès" de la laïcité en France. Mais on peut aussi s'interroger sur les conséquences d'une telle crise d'ignorance crasse en matière religieuse dans la population française.

Que perd la France en perdant sa culture religieuse ? 

Matthieu Rougé : Une première réponse à cette question est fournie par la médiocrité et la violence inédites du débat présidentiel. Beaucoup déplorent la crise politique que nous traversons mais peu s’interrogent sur ses causes. Crise du sens de l’engagement et de l’action politiques – les évêques de France ont d’ailleurs proposé il y a quelques mois une réflexion stimulante intitulée Retrouver le sens du politique –, crise de la rationalité, la crise actuelle de notre vie publique est peut-être surtout une conséquence de la sécularisation, une crise spirituelle.

Comment un moment aussi sérieux et fondateur que le débat présidentiel a-t-il pu se pervertir en un jeu de télé-réalité particulièrement médiocre ? Par la triple perte du sens du sacré, de la vie et de la vérité.

Quand plus rien d’essentiel n’est identifié, pris au sérieux, respecté, il ne reste plus que l’affrontement des egos et sa mise en scène tragico-comique. La place des humoristes dans le spectacle politique en cours est significative : l’humour peut apporter à la politique un contrepoint bienfaisant quand il empêche les responsables de s’ériger en idoles intouchables ; mais quand il prend la première place et ne respecte plus rien, il devient dérision grinçante et destructrice.

Pourquoi certains projets donnent-ils une place symbolique maximale à l’euthanasie, alors même – quoi qu’il en soit de certains cas limite exploités par une forme d’indécence médiatique – qu’un consensus médical et social de qualité s’est construit sur ce sujet sensible depuis la loi Léonetti ? Sans doute faut-il y voir une sorte de fascination pour la mort : quand la vie n’est plus aimée, respectée, promue – ce que le Pape François appelle la "culture du déchet" -, c’est la société toute entière qui théorise en quelque sorte son propre droit au suicide assisté.

Le mensonge règne en maître dans notre débat électoral. Mais ceux qui le déplorent sont aussi souvent ceux qui ont disqualifié a priori toute recherche et affirmation de la vérité comme telle. Au royaume du relativisme et de la post-vérité, il ne faut pas s’étonner que les mensonges, les virages à cent quatre-vingt degrés et les fake-news soient rois. Le rôle des sondages est de ce point de vue particulièrement significatif : ils prétendent souvent constituer la mesure de ce qui serait juste (notamment sur les sujets de société) mais n’acceptent pas de s’interroger sérieusement sur leurs fragilités méthodologiques au point d’être désormais mois des instruments d’analyse que des vecteurs de communication partisane.

"Arrêtez avec les religions !" a-t-on souvent entendu dans cette campagne. Il ne s’agit pas ici de faire l’éloge de leur intrusion dans le champ politique. Mais quand la religion se fait culture, c’est-à-dire approfondissement du rapport de l’homme à sa propre humanité, elle contribue à fonder le consensus anthropologique en dehors duquel la vie en société n’est pas possible. Le drame français contemporain c’est que notre pays se dépolitise au sens fort du terme : nos concitoyens ont pour une part perdu le goût et les moyens de vivre ensemble. L’inflation du spectacle politico-médiatique est inversement proportionnelle à la profondeur de la pensée et de la vision authentiquement politiques.

La laïcité française dans ce qu’elle a de meilleur, c’est-à-dire comme laïcité de dialogue où les ordres temporel et spirituels sont distingués, est pour l’essentiel un fruit de notre culture chrétienne, qui respecte les compétences de "César" tout en promouvant la liberté religieuse comme fine pointe de la liberté. Si la France se coupait, de façon délibérée, par amnésie ou par inconséquence, de ses racines culturelles, elle perdrait jusqu’au sens d’une juste laïcité. Un certain laïcisme français est sans soute en train de couper la branche sur laquelle une authentique laïcité peut trouver son assise.

Il n’y a cependant pas pour la France de fatalité de perte de sa culture religieuse. Celle-ci est si profondément constitutive de notre histoire qu’elle demeurera encore longtemps une salutaire source d’interrogation et d’inspiration. La célébration de Pâques aujourd’hui encore éveille beaucoup de nos contemporains à la victoire de l’Amour et de la Vérité sur les forces de mort. Les adultes toujours plus nombreux qui choisissent de recevoir le baptême sont les témoins de cette fécondité durable de notre culture chrétienne.

Bertrand Vergely : Elle perd l’essentiel. Son noyau. Son fondement. Un pays c’est comme un être humain. C’est une âme et pas simplement un corps. Qui a une religion a une âme. Qui n’en a plus n’a plus d’âme. L’âme est, comme son nom l’indique, le principe moteur de la vie en étant ce qui l’anime, ce qui la sensibilise et ce qui la transcende. Ayons une âme. On a la force pour vivre, la finesse pour intérioriser la vie et le génie pour la transcender. . Perdons notre âme. On n’a plus de force, plus de finesse, plus de génie. La France vit sur son capital chrétien. Elle est en train de le perdre. Cela se traduit par la montée d’un monde sans force, sans finesse et sans génie, consumériste, hédonique et ludique, infantile, superficiel et vide. 

 
 

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Pourquoi l’incendie de Notre-Dame oblige Emmanuel Macron à revoir sa copie
02.
Ils reconnaissent l'une des écoles de leur village dans un film porno
03.
Le Royaume-Uni champion des investissements en capital risque malgré le risque du Brexit
04.
Trêve ou flottement au sommet ? Quoiqu’il en soit, voilà les 5 questions de fond auxquelles Emmanuel Macron devra absolument répondre s’il veut reprendre la main
05.
Et encore des contacts "volés" à ses utilisateurs : l’heure de dissoudre Facebook est-elle venue ?
06.
Le nouveau parti du Brexit de Nigel Farage prend la tête des sondages pour les Européennes au Royaume-Uni
07.
Notre-Dame de Paris : l'entreprise en charge des travaux impliquée dans un autre départ de feu récent
01.
Notre-Dame de Paris : des dirigeants de l’Unef se moquent de l'incendie
02.
Mais pourquoi se poser la question sur l’origine de l’incendie de Notre-Dame classe-t-il automatiquement dans le camp des complotistes ?
03.
Ce que pèse vraiment le vote musulman dans la balance démocratique française
04.
L’insoutenable légèreté de la majorité LREM ?
05.
Grand Débat : le revenu universel, la mesure qui pourrait produire l’effet whaouh recherché par Emmanuel Macron
06.
Cardinal Robert Sarah : “Ceux qui veulent m’opposer au Pape perdent leur temps et leurs propos ne sont que le paravent qui masque leur propre opposition au Saint-Père”
01.
Après les Gilets jaunes, Notre-Dame : cette France qui se redécouvre des sentiments perdus de vue
02.
Mais pourquoi se poser la question sur l’origine de l’incendie de Notre-Dame classe-t-il automatiquement dans le camp des complotistes ?
03.
Du “Yes We Can” au “Yes I can” : de quelle crise politique le succès phénoménal de Michelle Obama est-il le symptôme ?
04.
Incendie de Notre-Dame : et notre mémoire ancestrale fit irruption dans la post-modernité
05.
Suppression de l’ENA : en marche vers des records de démagogie
06.
Grand Débat : le revenu universel, la mesure qui pourrait produire l’effet whaouh recherché par Emmanuel Macron
Commentaires (6)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
ChristineG
- 17/04/2017 - 21:41
Pas de religion, pas de spiritualité, pourquoi ?
Parce que ça arrange ceux qui veulent nous transformer en "homo consommateur" avec pour vocation unique : acheter pour augmenter les profits, les profits, les profits ... Combler les aspirations de l'âme avec des produits ou des services, n'importe quoi pourvu que ça paye.
Perrolet
- 16/04/2017 - 20:57
Religion et culture
Notre drame, me semble-t-il, résulte de l' acculturation forcée de notre société; Même la langue (pas le français en particulier, mais le langage en général) se perd. Quant à la religion, ellle est morte depuis bien longtemps. Dès lors, je crains qu'il ne reste que la violence comme mode d'expression des intuitions profondes.
Marie-E
- 16/04/2017 - 20:41
à Babar
lorsque je travaillais, je posais des journées de congés pour les fêtes de Pessa'h (Pâque juive) et je travaillais le week end de Pâques. Cela arrangeait tout le monde et il n'y a jamais eu aucun problème.
Pourquoi voulez vous supprimer les jours fériés, moi j'aimais bien travailler ces jours là, j'étais mieux payer et en échange je pouvais ne pas travailler mes jours de fête.
Idem le week end, quand il fallait travailler, je venais le dimanche mais on me laissait mon samedi.