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Entretien
Gilles Gaetner : "Les journalistes pratiquent désormais un journalisme de connivence voire de révérence"
Publié le 26 février 2017
A travers un certain nombre d'affaires politico-judiciaires qui ont fait la Une des médias ces dernières années, Gilles Gaetner apporte un regard critique sur l'état du journalisme en France dans son dernier ouvrage, "Les journalistes ne devraient pas dire ça".
Gilles Gaetner est journaliste d'investigation chez Atlantico. Il a été journaliste aux Echos, à la Vie française, au Point et de 1986 à 2009, rédacteur en chef adjoint à L'Express, chargé de l'investigation.Il est l'auteur de La...
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A travers un certain nombre d'affaires politico-judiciaires qui ont fait la Une des médias ces dernières années, Gilles Gaetner apporte un regard critique sur l'état du journalisme en France dans son dernier ouvrage, "Les journalistes ne devraient pas dire ça".

Atlantico : Dans votre dernier livre, Les journalistes ne devraient pas dire ça, vous avez donné la parole à un certain nombre de journalistes étrangers (Etats-Unis, Espagne, Suisse, Japon, Belgique, etc.) afin de savoir ce qu'ils pensaient des journalistes français. "Courtisans et frileux", "peu confraternels""manque d'humilité", etc. sont les principaux traits de caractère qui ressortent. Comment interprétez-vous cette perception pour le moins négative ? 

Gilles Gaetner : Cette perception repose sur des témoignages quasi-unanimes. Elle est à l’image de ce que pense l’opinion depuis plusieurs années. A savoir que les journalistes sont tombés de leur piédestal. Ils ne fascinent plus. Les confrères étrangers trouvent qu’ils pratiquent un journalisme de connivence, voire de révérence. Ainsi, le correspondant de La Tribune de Genève à Paris, Xavier Alonso, nous a fait part de son étonnement devant l’attitude timorée de ses confrères français qui, lors de chaque rituelle conférence de presse du président de la République,  n’osent utiliser le droit de suite. En clair, reposer une question lorsque la première réponse n’est  pas satisfaisante. Autre reproche : celui  de ne pas respecter suffisamment la présomption d’innocence des personnes mises en cause. Ou d’être trop politisés. Beaucoup reprochent  aux journaux d’en avoir trop fait sur Nicolas Sarkozy, lors des différentes enquêtes qui le visaient. Pour terminer sur le manque d’humilité, voir l’arrogance des confrères,  je citerai Louis Marie Horeau, rédacteur en chef du Canard Enchaîné, qui  résume assez bien l’un des gros défauts des  journalistes français : celui de "pérorer sur tout".  Bref, de croire qu’ils peuvent aussi bien parler du Brexit, du budget du PSG, de l’élection de Trump, des affaires etc…Seulement voilà : ils ne sont pas omniscients…

Certains de vos interlocuteurs étrangers évoquent également la "condescendance de la classe politique française" à leur égard, "les relations, tant avec l'Elysée, Matignon et le ministère de la Défense (étant...)  peu courtoises". Quel lien peut-on établir avec la perception également négative des journalistes français par leurs confrères étrangers ? Dans quelle mesure ces mauvaises relations portent-elles préjudice à l'image de la France ?

Il est clair que la condescendance de la classe politique française à l’égard des journalistes étrangers n’a rien de glorieux. Comme si nos politiques  se recroquevillaient sur eux-mêmes. Comme si ces mêmes politiques n’envisageaient les relations avec les journalistes qu’en termes de réciprocité. Nous avons été estomaqués de constater que le gouvernement ne prêtait que peu d’attention au correspondant de l’Asahi Shimbun, deuxième journal de la planète par sa diffusion ( 12 millions d’exemplaires).  Le quotidien japonais n’est pas le seul à Paris à souffrir de ce qui s’apparente à une sorte de mépris. Que penser aussi de l’attitude de Manuel Valls, peu réceptif, lorsqu’il était à Matignon, à nouer des contacts avec le quotidien espagnol  El Pais ? 

Pour Adam Nossiter du New York Times"les journalistes français sont trop politisés". Il prend notamment l'exemple du journal Le Monde, qu'il juge "frénétique à l'égard de Nicolas Sarkozy". Quel regard peut-on effectivement porter, après coup, sur la relation entretenue par le quotidien - et tout particulièrement le duo d'investigation Fabrice Lhomme et Gérard Davet - avec l'ancien président de la République ? Peut-on parler d'un "acharnement" comme certains, tout particulièrement dans le clan Sarkozy, ont pu l'affirmer ?

C’est vrai que la couverture de l’affaire Bettencourt par les deux investigateurs du Monde, Fabrice Lhomme et Gérard Davet, a pu paraitre pugnace, rugueuse même, à l’égard de Nicolas Sarkozy. Y a-t-il eu pour autant acharnement ? Les dizaines de papiers qui le concernaient, écrits au fil des semaines, ayant souvent comme origine les procès-verbaux de procédure, peuvent accréditer cette thèse. Même des gens pourtant peu favorables à Sarkozy l’ont également pensé. Mais il est clair aussi que les affaires dans lesquelles le nom de Sarkozy a été cité ne sont pas le fruit de l’imagination des journalistes. Sans doute, ces derniers ont-ils été trop sûrs d’eux à propos de l’ancien chef de l’Etat, pensant, par exemple, qu’il serait renvoyé en correctionnelle pour abus de faiblesse dans l’affaire Bettencourt. Or, il a obtenu un non-lieu.  C’est bien la preuve que l’on ne doit pas perdre de vue que le temps judiciaire n’a rien à voir avec le temps médiatique. Comme il ne faut jamais perdre de vue qu’une information judiciaire mal partie peut se terminer en non-lieu ou en relaxe. C’est ce qui s’est passé, au début des années 2000, pour Dominique Strauss-Kahn, dans l’affaire de la Mnef, ou Roland Dumas  dans l’affaire Elf. Pour terminer sur cette question de l’acharnement, comment ne pas penser à l’affaire Alègre, au début des années 2000, qui vit un homme politique, ancien député-maire de Toulouse, littéralement  lynché par une grande partie de la presse. Il s’appelait Dominique Baudis. 

Que révèle cette relation Le Monde-Sarkozy sur les relations, plus générales, qu'entretiennent les journalistes avec le pouvoir politique en France ?

D’abord, une évidence : Nicolas Sarkozy et le journal Le Monde, que je sache, n’ont jamais entretenu des relations idylliques. Il est vrai que les journalistes du quotidien ont souvent pris leur distance avec le pouvoir. Ainsi, après que Le Monde eut fait le choix de François Mitterrand en mai 1981, il ne s’est pas privé par la suite d’être à la pointe de l’information et des révélations lorsque l’ancien premier secrétaire du PS s’est trouvé embringué -via son ami Roger Patrice Pelat- dans la sulfureuse affaire Péchiney. Je me souviens que les enquêteurs d’alors s’appelaient Edwy Plenel et Georges Marion. Je m’en souviens d’autant plus qu’à l’époque (1989), je travaillais à L'Express et j’avais sorti pas mal de révélations sur cette affaire de délit d’initié.  Les relations Sarkozy-Le Monde, malgré l’allure d’un combat de boxe qu’elles ont pris pendant des mois,  ne sont finalement pas très éloignées de celles qu’on trouve dans d’autres journaux. Il me semble que Libération est loin d’être tendre avec le Front National et que Le Figaro, qui même dans le ton policé qu’on lui connait, a vertement critiqué François Hollande…

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cloette
- 27/02/2017 - 08:49
L'alerte avait été donnèe
Avec le mur des cons.... Aujourd'hui c'est l'apothéose, l'heure est grave !
Bobby Watson
- 26/02/2017 - 23:04
Résistons
En espérant qu'Atlantico ne va pas céder à la macronite...
Jean-Benoist
- 26/02/2017 - 19:48
A droite, Juppé fut le candidat
Des médias. ..a present c'est Macron l'héritier ambigu. ...
Avec la gauchosphère, tous les candidats de gauche sont des anges..et les medias alliés du pouvoir fouillent les poubelles de la droite..
Beaux procédés. ....