En direct
Best of
Best of du 6 au 12 juillet
En direct
Siècle rouge

Quand Poutine voulait "buter les Tchétchènes jusque dans leurs chiottes"

Publié le 27 février 2012
Vladimir Fédorovski, diplomate russe qui a subi de l'intérieur le système totalitaire et participé à sa destruction et Alexandre Adler, intellectuel européen d'abord séduit par le communisme, qui a finalement perdu ses premières illusions, racontent "Le Siècle rouge". De la révolution bolchevique à la guerre froide, de la perestroïka à l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. Extraits (2/2).
Alexandre Adler est, entre autres, éditorialiste au Figaro et à Europe 1. Il est spécialiste des questions de géopolitique internationale contemporaineVladimir Fédorovski est porte-parole du Mouvement des réformes démocratiques en Russie lors des grands...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Alexandre Adler et Vladimir Fédorovski
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Alexandre Adler est, entre autres, éditorialiste au Figaro et à Europe 1. Il est spécialiste des questions de géopolitique internationale contemporaineVladimir Fédorovski est porte-parole du Mouvement des réformes démocratiques en Russie lors des grands...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Vladimir Fédorovski, diplomate russe qui a subi de l'intérieur le système totalitaire et participé à sa destruction et Alexandre Adler, intellectuel européen d'abord séduit par le communisme, qui a finalement perdu ses premières illusions, racontent "Le Siècle rouge". De la révolution bolchevique à la guerre froide, de la perestroïka à l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. Extraits (2/2).

Alexandre Adler : Comment Poutine a-t-il succédé à Eltsine ? C’est tout simple. Il y avait trois candidats à la présidence : un vieux du KGB, un adversaire du KGB et un proche du KGB carrément nationaliste. Puisqu’il n’y avait pas d’autre choix que de s’en remettre au KGB, il apparut préférable de rajeunir et de moderniser les cadres. Poutine a d’autant mieux joué ce jeu qu’il avait commencé sa carrière politique intérieure en tant qu’adjoint du maire de Saint-Pétersbourg, Anatoli Sobtchak – le plus démocrate des réformateurs – et qu’il avait été chassé de son poste, de même que son patron, par les mafieux, dès 1995.

Poutine passait donc pour avoir souffert en défendant des idées libérales et présentait un certain nombre de garanties. Cela étant, pour succéder au Premier ministre Primakov, le choix initial d’Eltsine s’était porté sur un autre officier du KGB, Sergueï Stepachine, lequel, à peine nommé, avait commencé à s’entendre avec Primakov dont il jugeait le retour inévitable. L’un et l’autre, parce qu’ils étaient des modérés dans l’âme, avaient recommencé à négocier avec les Tchétchènes. Stepachine est écarté, Vladimir Poutine nommé à sa place. Et c’est là que, à peine arrivé aux commandes, il déclare vouloir « buter les Tchétchènes jusque dans leurs chiottes » et poursuivre la modernisation, sans pour autant revenir, quitte à l’infléchir, sur la société créée par Eltsine. C’est ce message à la fois de fermeté face aux dissidences et au terrorisme, et de modernité en termes économiques qui était attendu par les Russes, et qui explique l’élection de Poutine en mai 2000 à la présidence de la Fédération.

 

Vladimir Fédorovski : Poutine a été élu, mais grâce aussi à un certain nombre de parrains, comme le voulait le caractère très structuré du système oligarchique. Dans ses rangs, on repère un personnage emblématique, Boris Berezovski, doté d’une fortune colossale, qui a purement et simplement adoubé Poutine. Pourquoi ? Parce que l’oligarchie voyait en Primakov un véritable adversaire et qu’elle ne voulait surtout pas qu’il revienne aux affaires. Cela montre encore une fois que la politique est imprévisible, surtout les politiques russe et arabe : de fait, si l’on s’étonne que personne n’ait vu venir le Printemps arabe, il ne s’est pas trouvé un seul analyste au monde pour prévoir la fin de l’union soviétique et le choix de Poutine. C’est un choix qui s’est fait « au flair » et qui s’est porté sur un homme totalement méconnu du public occidental !

Poutine a certes bénéficié du parrainage des oligarques, mais aussi de celui de la force structurée des anciens des services spéciaux. Le KGB, en plein désarroi dans les trois mois qui ont suivi le putsch manqué, s’est peu à peu ressaisi sous Eltsine et s’est pratiquement rétabli sous Poutine qui en était devenu le patron à la fin de l’ère Eltsine, de juillet 1998 à sa nomination comme Premier ministre en août 1999.

Le KGB – désormais FSB, Service fédéral de sécurité – a choisi d’enrayer le recul de la Russie, de changer le système sans en modifier le fonctionnement sur le fond, en prenant lui-même la place de l’ancienne oligarchie de manière à se garder toute la part du gâteau. De ce point de vue, Poutine bénéficiait d’une double filiation du fait de sa défense des idées libérales à Saint-Pétersbourg et de son appartenance aux services secrets.

Le nouveau maître du Kremlin a surpassé dans l’art politique aussi bien Gorbatchev et son ambiguïté, qu’Eltsine et son flair. Au départ totalement inconnu, il a ainsi su s’imposer grâce à la télévision et à sa capacité à utiliser le « code mental du pays ».

Comment Poutine s’y est-il pris ? Dès sa nomination comme Premier ministre, il a prononcé cette phrase que tu as rappelée, absolument incroyable et parfaitement calculée, bien que pouvant passer pour un dérapage – je sais qu’il l’a testée à plusieurs reprises auprès de ses collaborateurs, de ses conseillers et de son entourage : « On va buter les Tchétchènes jusque dans les chiottes ! » La formule est certes choquante, y compris pour les occidentaux, mais elle est très bien passée. Pourquoi ? Parce que le pays était criminalisé, qu’il vivait dans un sentiment de recul et d’humiliation, et que les Russes, après avoir vu pendant des mois sur leur petit écran le visage complètement bouffi d’Eltsine, ont apprécié l’image et la fermeté de Poutine, lorsqu’il a pris le micro après le journal télévisé du soir.

C’est par cette formule, par son image et par l’habileté de son utilisation du code mental du pays qu’il s’est imposé, sans oublier le soutien que lui ont apporté les oligarques, l’armée et le KGB – les trois piliers de son système. Il faut dire que dans cette affaire, les gens qui, comme Boris Berezovski, pensaient tenir leur tsar se trompaient lourdement, car, à peine élu, un tsar vous tient. La donne allait changer. Ainsi, le premier acte de Poutine a été de limoger Boris Berezovski parce qu’il en savait trop. Sa liquidation a été si radicale que Poutine, lorsqu’on lui a demandé ce qu’il pensait du personnage, a répondu : « Mais qui est Berezovski ? »

____________________________

Extraits de Le Roman du Siècle rouge, Éditions du Rocher (16 février 2012)

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

François de Rugy, le bouc émissaire dont la mise à mort inquiète le monde de l’entreprise

02.

Céline Dion envoie DEUX stylistes à l’hosto; Nabilla veut de grandes études pour son bébé; Elizabeth II recueille une milliardaire en fuite; Laeticia Hallyday humiliée à Saint-Tropez; Cyril Hanouna achète à Miami, François H. & Julie Gayet à Montsouris

03.

Auriez vous le brevet des collèges ou... signé une pétition car les épreuves étaient trop difficiles ?

04.

BCE : pourquoi l’équipe de Christine Lagarde pourrait cruellement manquer d’économistes

05.

L’humanité a-t-elle atteint son pic d’intelligence ?

06.

Safari des gérants du Super U : pourquoi leur cas est bien plus défendable qu’il n’y paraît d’un point de vue environnemental

07.

RugyGate : les mécanismes de notre sadisme collectif

01.

Céline Dion envoie DEUX stylistes à l’hosto; Nabilla veut de grandes études pour son bébé; Elizabeth II recueille une milliardaire en fuite; Laeticia Hallyday humiliée à Saint-Tropez; Cyril Hanouna achète à Miami, François H. & Julie Gayet à Montsouris

02.

Immigration : quand la vérité des chiffres émerge peu à peu

03.

Ces cinq erreurs de politiques publiques qui coûtent incomparablement plus cher à la France que quelques dîners au luxe malvenu

04.

Quand Jeff Bezos affirme à ses employés qu’"Amazon fera faillite, car Amazon n’est pas immortelle"

05.

Ces 6 questions que soulèvent les révélations sur François de Rugy et qui en disent long sur le niveau de dysfonctionnement politique et économique de notre pays

06.

Safari des gérants du Super U : pourquoi leur cas est bien plus défendable qu’il n’y paraît d’un point de vue environnemental

01.

Immigration : quand la vérité des chiffres émerge peu à peu

02.

Ces cinq erreurs de politiques publiques qui coûtent incomparablement plus cher à la France que quelques dîners au luxe malvenu

03.

Chasse aux comportements indécents : ce que la France a à gagner … et à perdre dans sa quête grandissante de vertu

04.

Cet autre mal Français qui se cache derrière le recul de la liberté d’expression en France

05.

Et toute honte bue, François de Rugy limogea sa chef de cabinet…

06.

François de Rugy, le bouc émissaire dont la mise à mort inquiète le monde de l’entreprise

Commentaires (4)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
vangog
- 27/02/2012 - 21:09
Adler est un excellent journaliste analyste de la Russie
et cela semble donner des hémorroïdes à quelques uns!...
Eric de Tor
- 26/02/2012 - 23:07
Adler, du rapace au charognard
Adler est un pigiste qui roule pour la CIA. Après avoir fait de la retape pour l'entrée de la Turquie dans l'un, il est à présent un larbin des pétroliers US qui sont aux commande de la cabale anti-Poutine avec leurs méthodes habituelles:
- recrutement et formation d'activistes,
- déclenchement de troubles,
- exploitation médiatique des manifestations et du maintien de l'ordre,
- pressions diplomatiques,
- organisation d'un soulèvement.

Pitoyable de cynisme et de vanité, deux caractères qu'Adler porte sur le visage.
dimitry
- 26/02/2012 - 18:53
mensonge politique
Russe, de Moscou: Le titre, c'est un mensonge politique, chaque personne en Russie connais bien les mots de Poutine: ' buter les TERRORISTES jusque dans leurs chiottes', une grande difference, n'est-ce pas .. Donc, c'est comme toujours, encore une tentative pour former l'opinion publique, d'une faĉon ''libre'', c'est ça votre liberté d'expression traditionnelle.