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L'encadrement des rémunérations des dirigeants des grandes entreprises françaises est au coeur du débat de la présidentielle cette semaine.
Copains comme patrons
Pire que les abus sur leurs rémunérations : la connivence des grands patrons avec les politiques
Publié le 24 février 2012
L'encadrement des rémunérations des dirigeants des grandes entreprises françaises est au coeur du débat de la présidentielle cette semaine. Mais au-delà de cette question, c'est tout un système qui est en cause...
Aurélien Véron est président du Parti Libéral Démocrate et auteur du livre Le grand contournement. Il plaide pour passer de l'Etat providence, qu'il juge ruineux et infantilisant, à une société de confiance bâtie sur l'autonomie des citoyens...
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L'encadrement des rémunérations des dirigeants des grandes entreprises françaises est au coeur du débat de la présidentielle cette semaine. Mais au-delà de cette question, c'est tout un système qui est en cause...

Atlantico : Nicolas Sarkozy a dévoilé cette semaine ses propositions autour du travail et de l'encadrement des salaires "choquants" des grands patrons. Ceux-ci ont-ils "vraiment fait n'importe quoi" comme l'a indiqué le président de la République ?

Aurélien Véron : Les Français sont fiers de leurs fleurons industriels, parmi lesquels on trouve des leaders internationaux comme l'Oréal et LVMH. Ce n'est pas un hasard si 39 multinationales françaises figurent parmi les 500 premiers groupes mondiaux, contre 37 pour l'Allemagne et 29 pour le Royaume-Uni. Ce rang n'est pas seulement dû à la qualité des salariés, mais aussi au talent de leurs dirigeants.

Ramener l'ensemble des grands dirigeants à quelques affaires certes scandaleuses n'est pas faire justice au mérite de la majorité d'entre eux. Cela n'interdit pas de se pencher sur les excès commis par une petite minorité d'entre eux, et de chercher des solutions pour mettre fin aux dérives constatées.


Quand ont-ils commencé à "perdre la raison" sur leurs rémunérations ?

L'univers des dirigeants de multinationales est soumis à une compétition internationale très rude, même si les entreprises françaises conservent des cloisons qui isolent leur direction du reste du monde, et si bon nombre de dirigeants ont fait une grande partie de leur carrière dans l'entreprise qu'ils dirigent. Les échelles de rémunération tendent malgré tout à s'aligner sur les standards internationaux.

Le premier élément qui choque légitimement les Français, ce sont les conditions de départ souvent occultées à la négociation du contrat et qui enlèvent le caractère risqué de ces postes sensibles. Plus grave, la rareté des baisses de rémunération en réponse aux phases difficiles nourrit le sentiment que ces rémunérations ne répondent pas à des critères de performance. Il n'est pas rare de voir la rémunération des dirigeants anglo-saxons s'effondrer les mauvaises années, contrairement à la France où la hausse reste la règle même en période troublée. L'encadrement actuel des rémunérations ne joue donc pas bien son rôle.

 

Quid des "valeurs" des grands patrons ? Ont-ils une responsabilité à avoir vis-à-vis de la société française ?

Je crois que cette attente est l'une des grandes erreurs du modèle français. La fascination des élites politiques et de la haute administration pour les grands groupes entretient une connivence qui peut aboutir en eaux troubles. La suspicion qui en découle se trouve régulièrement renforcée par des « affaires ». Résultat, l'opinion publique associe ces pratiques au capitalisme alors qu'il n'en est qu'une forme corrompue.

Plus grave, les grands dirigeants s'accommodent très bien de notre fiscalité à laquelle leur entreprise échappe aisément, de nos réglementations qui limitent l'arrivée de nouveaux concurrents, et de tous les obstacles au développement de concurrents menaçants sur leur territoire domestique.

Finalement, le lien de proximité entre les dirigeants des grands groupes et le monde politique et de la haute administration contribue à bloquer la modernisation de notre pays. Les victimes sont nos TPE et PME qui ne parviennent pas à grandir, engluées dans des contraintes administratives et fiscales trop nombreuses et complexes, en changement constant.

Mon souhait, c'est que nos gouvernants cessent d'attendre cette implication des grands dirigeants dans notre société. Qu'ils se chargent de faire prospérer leur entreprise et d'améliorer notre balance commerciale. Et que nos dirigeants politiques, eux, se tournent bien davantage sur les petites entreprises à fort potentiel pour comprendre pourquoi elles ont été sacrifiées sur l'autel de nos fleurons industriels ces dernières décennies.


Parmi les propositions de Nicolas Sarkozy, vote des salaires des patrons à l'assemblée générale des actionnaires, fixés au préalable par un comité des rémunérations où les salariés de l'entreprise auront désormais un représentant. En outre, retraites "chapeau" et autres "parachutes dorés" seront interdits. Que pensez-vous des propositions formulées ? Est-ce la solution ?

Cette proposition va dans le bon sens sur le plan de la transparence dans la décision de rémunération des dirigeants. Il est sain que le comité de rémunération soit plus ouvert pour sortir du risque de cercles fermés sur eux-mêmes qui s'auto-rémunèrent en toute discrétion. Il est sain que les actionnaires cautionnent la politique de rémunération de celle ou celui qui va conduire la stratégie de l'entreprise dans laquelle ils ont investi leurs économies.

En revanche, l'interdiction des retraites « chapeau » est une mesure un peu artificielle qui sera contournée par des surcroîts de rémunération. Mais si cette mesure est mise en oeuvre, elle mérite d'être accompagnée par l'instauration d'un vrai statut de mandataire social, comparable à celui d'un indépendant. Libre à lui d'épargner pour sa retraite, surtout si le cadre d'épargne volontaire par capitalisation lui est accordé avec un seuil de franchise fiscale suffisamment élevé.

 

Est-il réellement possible pour les politiques d'encadrer le salaire des grands patrons ?

L'Etat n'est en rien légitime pour s'immiscer dans les affaires de sociétés privées. Ces rémunérations sont du ressort des actionnaires dans une démocratie libérale. Par ailleurs, un encadrement arbitraire et uniforme serait contreproductif. Des groupes internationaux ont besoin de flexibilité dans leur environnement très concurrentiel. Nous avons des fleurons, ne les poussons pas à installer leurs sièges sociaux sous des cieux moins inhospitaliers.

La seule voie sensée, c'est de continuer à moderniser la gouvernance des grands groupes dans un esprit de transparence et de responsabilité devant les actionnaires et les salariés.

Encore une fois, l'ouverture des comités de rémunération à de nouveaux publics décloisonnera ce petit monde fermé. Et la soumission de la politique de rémunération aux actionnaires ouvrirait le débat auprès de ceux qui sont les plus légitimes pour trancher cette affaire sensible : les « copropriétaires » de l'entreprise, c'est à dire les actionnaires.



Nicolas Sarkozy a fait le constat de l'échec de ses nombreux appels à la raison depuis 2008 concernant les salaires des grands patrons. Est-il encore en mesure de convaincre l'électorat ?

Il est clair que la crédibilité de Nicolas Sarkozy est faible dans ce domaine. Le danger, c'est qu'il compense cette faiblesse par des mesures exagérément pénalisantes. L'électoralisme n'est pas de mise au moment où la France doit capitaliser sur tous ses talents pour retrouver sa compétitivité.

J'espère que le Président de la République aura la sagesse d'épargner au pays un nouveau coup politique aux répercussions désastreuses pour l'économie du pays et l'emploi.

Propos recueillis par Franck Michel

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Oui, il y a “des gens en situation de pauvreté qui déconnent”. Mais voilà pourquoi la question et la solution sont largement ailleurs
Commentaires (9)
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cqoiqéqon
- 25/02/2012 - 12:34
qui aura la naïveté de croire
qui aura la naïveté de croire encore qu'un élu puisse advenir sans campagne massivement financée par le privé?
Présidents, députés sont les vassaux des lobbys, si non moralement, ils le sont dans les faits.
regardons simplement à quel point les lois organiques définies par et pour les élus ont dérivés des fondements constitutionnels et, si cette lecture n'est pas partagée au regard de l’appréciation du droit, convenons que l’électeur se retrouve toujours, en dernier ressort, le dindon d'un dictat auquel il est pure chimère de croire que son vote sera libératoire.
La démocratie doit encore évoluer et, afin de retrouver son principe originel (Al 5 Art 2 de la Constitution: gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple) il oserait bon d'introduire le hasard (qui est connu pour souvent bien faire les choses et les faire de façon statistiquement justes et équitables ) dans la dénomination des dirigeants.
Des Avis!?!
Nafissatou
- 24/02/2012 - 23:54
Des noms!
Vu le titre, je m'attendais à une description nominative des réseaux politico-affairistes, des cercles, des clubs et think-tanks que les deux castes fréquentent...
Bien déçu, d'"apprendre" que LVMH et l'OREAL sont 2 fleurons de l'industrie française, et que le politique "ne peut rien" aux rémunérations des dirigeants.
Bien sur qu'ils peuvent: par la loi. Ils légifèrent déjà le salaire minimum, pourquoi pas le maximum?
Et si c'était le cas, il leur suffirait de raboter les hauts salaires par la fiscalité; à moins que dans le monde idéal de M. Veron, la fiscalité soit aussi aux mains de grands patrons...
ricouti
- 24/02/2012 - 23:23
La boite marche bien ? Vous avez juste fait votre boulot.
Ce mythe de la concurrence internationale sous entend que l' Etranger pourrait s'arracher nos grands patrons. Mais vous en connaissez beaucoup de français qui vont diriger des entreprises à l' etranger ? Il y en a certes, mais ce n'est pas du tout la generalité.

Ce argument est en réalité commode pour justifier des salaires indécents.

L'argument selon lequel il est normal qu'un patron se gave si l'entreprise marche bien ne tient pas plus.
Pour paraphraser les criteres d'evaluation du personnel dans les grands groupes (" vous avez atteint tous vos objectifs ? C'est juste normal"), je dirai que le patron a fait juste son boulot.

Je rappelle enfin que les patrons d'il y a 30/40 ans ne déméritaient pas plus que ceux d'aujourd'hui et ne se gavaient pas de la sorte.