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Si vous voulez comprendre...

L’Amérique est un roman ! Et c’est de ce roman qu’est issu Donald Trump.

Publié le 27 janvier 2017
Il vient de loin le nouveau président des Etats-Unis. Deux siècles de sang, de bruit et de fureur.
Benoît Rayski
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Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge ...
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Il vient de loin le nouveau président des Etats-Unis. Deux siècles de sang, de bruit et de fureur.

“N’abandonnez pas le peuple au profit d’une culture que nous rejetons” disent les électeurs de Donald Trump. Avec une phrase le ton du nouveau livre* d’Alexandre Adler est donné. C’est l’Amérique qui parle ainsi. Une Amérique oubliée, enfouie, réduite au silence. Une Amérique qui croit, en souvenir des temps anciens de la conquête de l’Ouest, qu’un homme libre doit pouvoir porter une arme.

Alexandre Adler est un excellent analyste. Il aider à penser. Il fait penser même quand on n’est pas d’accord avec lui. Mais c’est aussi un fabuleux conteur. Et il n’est jamais aussi bon que quand il conte car il sait que, selon Marc Bloch, l’historien a besoin de chair humaine. Et son livre c’est le roman de l’Amérique. De l’Amérique qui a donné naissance à Trump et à sa victoire.

Des soubresauts d’une violence extrême. La révolte des colons américains contre l’Angleterre dominatrice : le Tea Party dont Trump est proche s’y réfère. Une guerre de Sécession sanglante et meurtrière : le Sud vaincu et nostalgique en garde des cicatrices et vote pour la droite américaine la plus traditionnelle. Le Middle West, bassin ouvrier lors de sa splendeur industrielle du début du siècle dernier : la région en partie sinistrée a gardé une forte et fière identité qui l’empêche de voter pour les démocrates boboisants.

Mais ce n’est pas tout. Lisez le récit, passionnant, de la rencontre entre Elvis Presley, fils du peuple, et Richard Nixon. Et c’est le King qui alerte le président des Etats-Unis sur les ravages que fait la drogue parmis ses millions de fans. Et c’est lui encore qui dit à Nixon que les Beatles sont “pacifistes et communistes”. Ignorer Elvis Presley, Américain moyen, Américain modèle, c’est se condamner à ne rien comprendre à Donald Trump.

Il faut aussi en parallèle à cette Amérique de toujours, qu’en France on a refusé de voire car son existence dérangeait une vision primaire et bien pensante, évoquer la longue descente de la gauche américaine vers les enfers de la bêtise. Sa boboisation est passée par les niaiseries d’un Jimmy Carter jusqu’au “Yes we can” tout aussi nigaud d’Obama. Alexandre Adler en fait un récit implacable. La victoire de Trump est aussi la défaite de cette gauche là.

Mais et Trump ? Alexandre Adler n’en dit pas du bien. Mais il est au antipodes de l’hystérie anti Trump d’une grande partie des médias français qui à l'énoncé de son nom brandissent un crucifix pour éloigner le vampire. De Trump il dit tout. Ses rodomontades. Ses excès. Ses obsessions. Ses éructations. Mais il comprend, bienveillant et vigilant, l’Amérique qui l’a fait président. Alexandre Adler préfère les électeurs de Trump à Trump lui même. C’est un bon choix.

*La chute de l’empire Américain, éditions Grasset

 

 

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Commentaires (3)
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Leucate
- 27/01/2017 - 18:59
Friedrich Trump de Kallstadt
Par curiosité, j'ai lu l'histoire de Friedrich Trump, né en 1869 au Palatinat (royaume de Bavière) et émigré aux EUA en 1885 à l'âge de 16 ans (faire wiki). Il n'est pas parti par nécessité absolue comme les irlandais de la Grande Famine par exemple. Il est garçon coiffeur, puis restaurateur à Seattle, suit la ruée vers l'or dans l'Etat de Washington et celle du Yukon, avant de s'installer définitivement à New York avec une petite fortune de 40.000 $ (!) que son fils Fred fera fructifier avant de la laisser à Donald.
Friedrich meurt en 1918, un des premiers touchés par la grippe espagnole.
Un destin banal d'un jeune européen pauvre qui se construit dans le Nouveau Monde qui est encore celui des pionniers - l'Etat de Washington, la Colombie britannique des chercheurs d'or, ça devait être folklo à l'époque, cela rappelle aussi un film de Charlie Chaplin, pour se retirer en homme relativement aisé dans le quartier allemand de New York, la ville où il a fait ses premiers pas d'américain.
Cette histoire est typique du "rêve américain".
ikaris
- 27/01/2017 - 14:54
A propso de M Adler
M. Adler est un grand conteur assurément ... son émission "histoire de comprendre" était vraiment un délice à regarder : format, montage, rythme, diction. Toutefois je suis plus réservé sur ses analyses du monde contemporain : ses convictions politiques prennent le dessus et la vision qu'il en tire semble être pour lui une vérité révélée ... quiconque ne les partage pas est traité comme le dernier des imbéciles.
Leucate
- 27/01/2017 - 13:50
de la démocratie en Amérique
Dans cet article, l'historien Rayski perce sous le journaliste et donne envie de lire Adler.
Nous oublions effectivement que les américains du nord ne sont plus des européens pas plus que ceux du sud ne sont des espagnols ou des portugais, qu'un québecois ou un cajun ne sont pas des français. Ce sont tous des "créoles", de criollos, nés dans la colonie, qui ont coupé le lien avec la "métropole" et ont créé progressivement deux nouvelles civilisations, l'occidentale nord américaine et la latino-américaine.
Les observations de Tocqueville qui datent de 1831/32 alors que les EUA étaient encore les 13 Etats d'origine plus la Louisiane, que la conquête de l'Ouest n'avait pas commencé, le Texas restant encore une province du Mexique nouvellement indépendant dont le territoire couvrait encore celui de la Nouvelle Espagne, ces observations permettent de mettre le doigt sur ce qui nous différencie des américains. Il s'agit d'une réflexion sur la Démocratie, certes, mais avec son application concrète sur une société américaine déjà différente de la société européenne.