En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
Atlantico Business
Chez Donald Trump, la dictature du tweet est moins inquiétante que les pulsions protectionnistes guerrières vis-à-vis de la Chine
Publié le 11 janvier 2017
Les chefs d’entreprises, en bons pragmatiques, s’adapteront à tous les tweets de Donald Trump. Mais le système économique mondial ne supportera pas le protectionnisme.
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.Il est aussi l'auteur...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Marc Sylvestre
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.Il est aussi l'auteur...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Les chefs d’entreprises, en bons pragmatiques, s’adapteront à tous les tweets de Donald Trump. Mais le système économique mondial ne supportera pas le protectionnisme.

Le danger que porte Donald Trump n’est pas dans son comportement. Après tout, le processus de la démocratie politique n’a pas toujours accouché de dirigeants très polis et bien éduqués.

Le risque Trump est ailleurs.

Dans la forme d’abord, son talent à écrire des tweets assassins comme le roi écrivait des lettres de cachet dans l’ancien régime, montre à quel point la démocratie américaine est malade.

Mais dans le fond, son projet de mettre des barrières protectionnistes à l’importation des produits industriels est beaucoup plus dangereux non seulement pour l’économie américaine elle-même, mais aussi pour l’équilibre global de la planète. En bref, tout se passe comme si le président américain avait déclaré la guerre à la Chine. Et c’est beaucoup plus grave que de simple tweets.

L’affaire des tweets pourrait se résumer à un numéro de cirque. Les tweets envoyés par Donald Trump ressortent soit d’un goût prononce pour cette forme de communication digitale, soit d’une tendance à l’autoritarisme qui revient à nier les fondamentaux de la démocratie. Normalement, le président des Etats-Unis a certes beaucoup de pouvoirs, mais il n’a pas celui de commander ou de menacer des entreprises pour qu’elles investissent. Il n’a pas celui de réprimer publiquement le discours d’une vedette de cinéma sous prétexte qu’elle le critique, ou de juger de l’argent qu’elle gagne pas plus que de lui faire la morale.

Le président américain doit se conformer à une certaine réserve, qui protège son autorité, il doit aussi se frotter aux contre-pouvoirs américains dont le principal sera le Congrès, qui peut très bien bloquer beaucoup de ses initiatives.

Pour l’instant, Donald Trump fait surtout de la communication. Il donne le sentiment d’exiger des grands industriels américains ou étrangers de réinvestir en Amérique. Tout le monde donne l’impression d’obtempérer, Chrysler, Fiat, Toyota, Ford, les grands de l’électro-ménager et même les grands industriels du luxe français n’arrêtent pas d’annoncer des plans d’investissement dans les différents états. Mais en réalité, tous ces patrons qui font allégeance en se rendant à « la Trump Tower », n’annoncent rien d’autre que ce qu‘ils avaient prévu de faire, compte tenu du dynamisme de l économie américaine.

Ils font semblant d’obéir, et même d’anticiper un éventuel Tweet, pour faire croire que le président américain est un grand homme. Ils veulent surtout avoir la paix, et éviter des tracasseries administratives et des polémiques inutiles qui s’étaleraient dans la presse ou les réseaux sociaux. En clair, comme ça ne change rien sur le fond de leurs projets, leur comportement est très pragmatique. Trump fait des tweets, très bien, nous, « on ne veut pas d’emmerdes donc on les écoute ».

Cette affaire des tweets est un immense jeu de rôle que diffuse la télévision américaine.

Le seul problème est de savoir s’il va continuer de gouverner par tweet quand il sera à la Maison Blanche. Le président américain sera soumis à un protocole, un fonctionnement très administré et finalement très contrôlé. Il est chef de son administration certes, mais il doit respecter les contrepouvoirs, la presse, les représentants, les sénateurs et tous les lobbys. La société américaine est une société très démocratique. Il peut vouloir « Ubériser » la vie politique mais dans ce cas, on sortira de la logique démocratique et ce jour là, il faudra s’en inquiéter sérieusement.

L’ambition protectionniste est beaucoup plus menaçante, parce qu’elle se dote de moyens et s’organise. Donald Trump s’est entouré de conseillers qui pour la plupart sont convaincus des biens faits du protectionnisme. D’autant plus qu‘une partie de son électorat estime que le « made in America », sauvera leur avenir.

Pour réaliser cette ambition, Donald Trump a embauché Peter Navarro, professeur de l’Université de Californie, qui s’est fait connaître en fustigeant la montée en puissance de la Chine. C’est lui, qui a fourni à Trump les chiffres et les fiches pour condamner les déficits commerciaux américains avec Pékin. Il a toujours plaidé pour une attitude beaucoup plus agressive des Etats-Unis face à la Chine, jugée responsable de la destruction de millions d’emplois en Amérique. A ses yeux, Pékin subventionne ses exportations vers les Etats-Unis et manipule sa monnaie. Du coup, nommé à la tête du Conseil du commerce national et rattaché à la Maison-Blanche, Peter Navarro aura pour tâche l’élimination des déficits commerciaux.

Trump a beaucoup d’admiration en Peter Navarro. « C’est, dit-il, un visionnaire  qui a, avant tout le monde, documenté les dégâts causés par la globalisation».

Le président élu confirme ainsi sa volonté de faire de la Chine un bouc émissaire de la désindustrialisation d’autant que Trump a aussi nommé le milliardaire Wilbur Ross secrétaire au commerce, aussi virulent à l’égard de la Chine, il a enfin désigné mercredi le milliardaire Carl Icahn au poste officieux de conseiller spécial pour dynamiter le carcan des règles régulant la première économie mondiale.

Cette idéologie du protectionnisme est au cœur du raisonnement politique des mouvements populistes mais elle est combattue par la quasi totalité des chercheurs en économie qu’ils soient classés à droite ou à gauche. Ce protectionnisme est pourchassé par la grande majorité de chefs d’entreprise.

Pourquoi ? Tout simplement parce que le commerce extérieur est fondamentalement créateur de richesses pour tout le monde. L’échange commercial est un pur produit de la division du travail. Toutes les parties prenantes ont intérêt à l’échange. Ceux qui fabriquent, parce qu’ils s’enrichissent en créant des emplois. Ceux qui achètent parce qu’ils achètent moins cher donc ils gagnent en pouvoir d’achat. Toute la science économique est dominée par la défense du libre échange. D’Aristote à Schumpeter en passant par Ricardo et Marx.

Le protectionnisme est donc une forme d’appauvrissement. Il est évident pour tous les acteurs que la mise en place de barrières tarifaires ou non tarifaires pour bloquer la circulation des produits, des services et des hommes auraient des effets néfastes pour tout le monde.

L’Amérique peut difficilement décider de se protéger de la Chine par exemple, puisqu’elle se fermerait immédiatement l’accès des marchés chinois pour les produits américains, les technologies américaines. Les USA ont besoin de la Chine.

L’Amérique peut à la rigueur se protéger des petits pays, elle pourrait sans doute se protéger des fabrications mexicaines, parce que les petits pays n’auraient pas la force de répliquer. Cela dit, ces petits pays ne se laisseraient pas asphyxiés, leur population migrerait vers des régions plus oxygénées. Le protectionnisme ferme la porte aux produits mais booste les flux d’immigration.

Alors, il ne faut pas être naïf,  et tomber dans l’angélisme comme l’Europe parfois l’a fait. Un pays peut protéger quelques unes de ses industries stratégiques, mais pas, pour des raisons économiques, pour des raisons politiques.

Le problème avec le protectionnisme, c’est qu’il a très bonne presse en période de crise. Il est soutenu et défendu et réclamé par les catégories sociales qui sont les premières à souffrir de la mondialisation. Et c’est vrai que le libre- échange provoque des mutations auxquelles on doit s’adapter. Cette adaptation est de la responsabilité des politiques et des chefs d’entreprise. Même si, parfois elle est douloureuse à supporter.

Donald Trump n’a fait aucune pédagogie sur les bénéfices du commerce extérieur.  Il a fait l’inverse.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Et maintenant voici le PQ blasphématoire…
02.
Connaissez vous Marie Kondo (la Japonaise qui a déclenché une folie du rangement dans le monde qui ne devrait pas tarder à atteindre la France) ?
03.
L'étonnante proposition de Brigitte Macron à Valérie Trierweiler et Carla Bruni-Sarkozy
04.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
05.
La déconsommation affecte tous les secteurs, sauf l’alimentaire et le made in France. Mais les Gilets jaunes n‘y sont pour rien
06.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
07.
Macronracourcix : la France prise au piège de son syndrome Astérix ?
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
03.
Comment le Canard Enchaîné a envoyé François Fillon, Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d'Estaing au cimetière des éléphants de la politique
04.
Jacques Chirac, ce soudard amateur de bières et de belles femmes qui s'est avéré être un excellent chef des armées
05.
Connaissez vous Marie Kondo (la Japonaise qui a déclenché une folie du rangement dans le monde qui ne devrait pas tarder à atteindre la France) ?
06.
La tombe de Marc Antoine et Cléopâtre serait sur le point d'être découverte
07.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France ne vend pas l’Alsace à l’Allemagne mais les deux pays scellent la coupure entre les dirigeants et leurs peuples
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Les patrons américains préfèrent la France de Macron à l’Amérique de Donald Trump et l’idée du « grand débat » leur plait
03.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France ne vend pas l’Alsace à l’Allemagne mais les deux pays scellent la coupure entre les dirigeants et leurs peuples
04.
La tombe de Marc Antoine et Cléopâtre serait sur le point d'être découverte
05.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
06.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France est-elle en train de renouveler avec l’Allemagne l’erreur de François Mitterrand au moment de la réunification ?
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Gilets jaunes : l’inexplicable (et énorme) échec des Républicains
03.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
04.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
05.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France est-elle en train de renouveler avec l’Allemagne l’erreur de François Mitterrand au moment de la réunification ?
06.
Changement climatique : Alexandria Ocasio-Cortez déclare que "le monde touchera à sa fin dans 12 ans"
Commentaires (7)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Semper Fi
- 11/01/2017 - 18:58
@zouk
Non, la crise de 1929 fut avant une crise liée au sur-endettement, comme en 2008. Encore une fois, relisez donc Maurice Allais : tout y est.
Semper Fi
- 11/01/2017 - 18:57
M. Sylvestre n'a rien compris....
Sur le protectionnisme : relire les écrits de Maurice Allais, prix Nobel d'économie. Sur le comportement des entreprises : les entreprises n'obéissent pas ou ne désobéissent pas à Trump. Les entreprises prennent des décisions rationnelles qui visent à préserver leurs intérêts (en particulier leurs gains). Le rôle du politique est donc d'utiliser cet état de fait pour prendre les décisions qui auront pour effet direct de pousser les entreprises à prendre les décisions qui permettent d'aller dans la direction souhaitée par le politique. Relire l'excellent article de Nicolas Goetzmann, "voisin de chronique" de M. Sylvestre. Pour la Chine, Trump, en chef d'entreprise, veut rééquilibrer les échanges dans l'intérêt de son pays.
cloette
- 11/01/2017 - 11:06
souk
"l'excès en tout est un défaut", "le mieux est l'ennemi du bien" , etc etc
La Mondialisation aujourd'hui a montré ses limites, règne des mafias en tout genre, et d'autres nuisances. La Démondialisation s'impose , ce qui ne veut pas dire nier la Mondialisation qui a d'ailleurs toujours existé. Mondialisation pour le meilleur mais pas pour le pire !