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Entretien politique
François de Rugy : "Si EELV fait 1, 2 ou 3% à la présidentielle, cela ne servirait à rien de plus qu'à affaiblir l'écologie"
Publié le 30 décembre 2016
Candidat à la primaire de la Belle Alliance Populaire pour le compte du parti écologiste, François de Rugy revient pour Atlantico sur le sens qu'il entend donner à sa campagne et sur le poids de l'écologie dans le débat public aujourd'hui.
François de Rugy est député de Loire-Atlantique, président du Parti Ecologiste et vice-président de l'Assemblée nationale.
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Candidat à la primaire de la Belle Alliance Populaire pour le compte du parti écologiste, François de Rugy revient pour Atlantico sur le sens qu'il entend donner à sa campagne et sur le poids de l'écologie dans le débat public aujourd'hui.

Atlantico : Vous faites partie avec Sylvia Pinel et Jean-Luc Bennahmias des candidats à cette primaire de la gauche non-issus directement du Parti socialiste. Quel sens donnez-vous à votre candidature, alors que vos chances de l'emporter restent assez minces ?

François de Rugy : Je me suis fixé un objectif clair dans cette primaire : mettre l'écologie au cœur du projet présidentiel de la gauche. Je mets sur la table un projet de 66 propositions qui permettra aux électeurs de la primaire de mettre le bulletin de vote François de Rugy s'ils veulent plus d'écologie dans le projet du candidat qui sera désigné à l'issue de cette élection.

Vous avez co-fondé en 2015 avec Jean-Luc Bennahmias, ancien membre des Verts, l'Union des Démocrates et Ecologistes. Pourquoi présenter deux candidatures différentes, vous et lui ?

Il faudrait demander à Jean-Luc Bennahmias... À titre personnel, je présente une candidature écologiste et suis le seul parmi les sept candidats à me définir comme écologiste. Je pense que c'est intéressant pour les électeurs et électrices de gauche, qui sont nombreux à avoir une sensibilité écologiste tout en ne réduisant pas tout à l'écologie, évidemment. J'ai l'intuition que beaucoup des Français de gauche ont envie que l'écologie soit davantage prise en compte. Il y a cinq ans, en 2011, il n'y avait pas de candidature écologiste à la primaire de la gauche. Ce n'était donc pas possible. Cette fois-ci, c'est possible sans pour autant jouer le jeu de la division au premier tour de l'élection présidentielle (comme d'autres le font, avec le risque de contribuer à l'élimination pure et simple de la gauche pour le deuxième tour). C'est pour cela que la voie pour promouvoir l'écologie, c'est la primaire de la Belle Alliance Populaire.

L'absence des écologistes à la primaire de 2011 était donc une erreur selon vous ?

Oui, je l'avais pensé à l'époque. J'y étais déjà favorable. J'étais membre d'Europe Écologie-Les Verts, qui avait fait un autre choix. On a pu voir par la suite que c'était une erreur…

Justement, ces derniers mois ont été marqués par la scission du mouvement Europe Écologie-Les Verts, avec les départs d'Emmanuelle Cosse, Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili et vous-même. Vous pensez notamment que la cause écologiste a plus de chances d'avancer en ayant des représentants au cœur du pouvoir qu'en se contentant d'être une opposition tribunitienne. Pensez-vous que c'est toujours le cas après l'expérience écologiste gouvernementale de ces cinq dernières années ?

Je le pense toujours et je l'ai d'ailleurs toujours pensé. Je sais qu'il est difficile de faire avancer l'écologie car de nombreux lobbies sont à l'œuvre pour freiner le changement écologique. À droite et à gauche, il y aura toujours des personnes sensibles aux discours des lobbies, notamment les discours qui agitent les peurs (économiques, sociales…) par rapport à cela.

Par ailleurs – et on l'a bien vu depuis cinq ans –, il y a une très grande inertie du système politico-administratif français qui débouche bien souvent sur une forme de conservatisme en matière d'écologie.

Pour autant, nous avons fait avancer un certain nombre de choses depuis 2012. Nous avons fait adopter comme annoncé avant les élections la loi de transition énergétique, alors que tout le monde nous disait que nous n'y arriverions pas. Pour la COP21, tout le monde considérait comme mission impossible un accord international sur le climat. Or, la France a pris le leadership de l'organisation de la conférence et de la négociation, a réussi à négocier un accord, à le faire signer et à le faire ratifier. Il y a eu également la loi sur la biodiversité – certes moins connue – adoptée il y a six mois.

Face à ces avancées, le programme de François Fillon est un programme de régression écologique : suppression du principe de précaution de la Constitution française, relance de l'exploitation des gaz de schiste et des OGM, abrogation de la loi de transition énergétique pour relancer le nucléaire...

Tout cela montre que même s'il n'est pas facile d'avancer au sein d'une majorité, c'est la seule voie. Tout seul dans son coin, on n'arrive à rien, que ce soit pour les écologistes ou pour les autres formations politiques (mais c'est peut-être encore plus vrai pour l'écologie). Si l'on se contente simplement de protester dans son coin, de contester et de s'opposer, on n'arrive à rien et on ne fait pas avancer les choses. Je prône pour ma part une écologie efficace. Pour être efficace, il faut travailler avec les autres. C'est vrai en politique, c'est vrai aussi avec les entreprises : si l'on s'oppose systématiquement à toutes les entreprises, on ne fera pas avancer l'écologie.

Vous avez récemment déclaré à propos de Yannick Jadot, le candidat EELV à cette présidentielle : "Un candidat à l'élection présidentielle qui n'a pas réfléchi à comment on peut convaincre une majorité de Français, cela ne sert à rien". Selon vous, le mouvement écologiste est-il aujourd'hui forcé de passer par la case primaire et donc par le giron socialiste pour continuer à peser dans le débat ?

La primaire n'est pas un vote de parti. Le principal organisateur est certes le Parti socialiste, mais les votants à la primaire ne sont pas les militants socialistes. Ce sont les Français ayant une sensibilité de gauche et souhaitant une candidature qui pèse au deuxième tour de la présidentielle. Quand on est un démocrate, on essaie de convaincre un maximum d'électeurs et ensuite on respecte le verdict des urnes tout en faisant des compromis avec ceux qui, malgré leur défaite, ont tout de même rassemblé un certain nombre d'électeurs.

Il n'est pas question de rentrer dans le giron socialiste : je ne suis pas socialiste, je ne l'ai jamais été et ne le serai jamais. Je suis un partisan de la social-écologie, car selon moi il ne faut pas opposer la justice sociale et l'écologie. Ce serait aberrant. Je fais donc le choix de peser dans un rassemblement qui sera défini par les électeurs et non par un simple accord de partis.

Ensuite, il y aura l'élection présidentielle. Les Verts veulent à tout prix présenter une candidature à cette élection. D'une part, je ne sais pas s'ils arriveront à récolter les parrainages de 500 élus. S'ils y arrivent et font 1, 2 ou 3%, à quoi cela servirait-il ? À affaiblir l'écologie, rien de plus. Ce ne sont pas des paroles en l'air, c'est ce qu'il s'est passé il y a cinq ans. Il faut tirer des leçons du passé.

Parmi les sujets de friction entre écologistes et socialistes figure l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, qui déchire la gauche depuis plusieurs années. Vous qui êtes contre ce projet, est-ce que vous comptez mettre à profit cette primaire pour remettre le sujet sur la table ?

Je constate surtout que ce sont les partisans du projet qui ont essayé à bout de force de le remettre sur la table ces dernières années, tentant en vain des passages en force. Il y a eu un vote référendaire dont je respecte le résultat. Il y a eu des recours et des décisions de justice, je les respecte aussi. J'observe simplement que ce projet n'a toujours pas trouvé les moyens de se réaliser plus de quinze ans après qu'il a été relancé. Cela va bientôt faire dix ans depuis la déclaration d'utilité publique. Je n'ai rien de plus à dire… Le Premier ministre Bernard Cazeneuve (ancien ministre de l'Intérieur) a par ailleurs clairement dit qu'il n'y aurait pas de passage en force compte tenu des autres fronts sur lesquels la France devait se battre en matière de sécurité. Mais pour être franc, si vous pensez que la primaire va se jouer sur Notre-Dame-des-Landes, je pense que vous vous trompez.

Parmi les candidats à la primaire de la gauche, Manuel Valls et Vincent Peillon semblent être les seuls à accepter d'assumer (au moins en partie) le bilan du quinquennat Hollande. Est-ce une position que vous partagez également ? Comment qualifieriez-vous ce quinquennat ?

Lorsque je me suis déclaré le 20 octobre – et à l'époque on ne savait pas si François Hollande serait candidat, ce qui a son importance –, j'ai dit que je ne serai ni dans le béni oui-oui, ni dans le dénigrement systématique vis-à-vis de ce bilan. Je pense qu'il y a eu un certain nombre d'avancées sociales, écologiques, sociétales, démocratiques et internationales. Le bilan de politique internationale du président de la République doit être défendu. Si la droite venait à gagner la présidentielle, il y aurait des virages majeurs en politique internationale qui mettraient à mon sens la France en danger.

Pour autant, nous les candidats devons dire clairement ce qui a été fait, pas fait, mal fait, etc. On a bien vu que certaines choses ont suscité de l'insatisfaction et du mécontentement chez les Français, et notamment ceux qui avaient voté François Hollande en 2012. Il faudra donc dresser un bilan lucide du quinquennat, car c'est pour moi la condition pour parler de la suite.

Comprenez-vous que de nombreux électeurs de gauche soient déçus et en colère envers l'action du gouvernement lors de ce quinquennat ?

Je le comprends tout à fait, et je pense que c'est lié à plusieurs choses.

Sur la forme tout d'abord, sur la façon dont la France a été gouvernée, notamment le fait qu'un certain nombre de choix n'ont pas été faits, ou alors pas assumés lorsqu'ils ont été faits (je pense ici à la politique économique).

Sur le fond ensuite, je considère qu'il y a eu un certain nombre de rendez-vous manqués pendant ce quinquennat : la réforme de l'État, la décentralisation... Il y avait pourtant eu des promesses sur ces sujets, mais il ne s'est rien passé excepté ce découpage aberrant en 13 régions. Ce sont des rendez-vous manqués, et les électeurs sont en droit de nous les reprocher et donc de nous demander concrètement ce que nous proposons pour un éventuel nouveau mandat.

Sur le bilan de ce quinquennat, je souhaite que chacun assume sa part de responsabilité. Personnellement je suis député et je suis prêt à être interrogé sur mes votes. Je n'ai pas voté toutes les lois du quinquennat. Certains candidats ont été Premier ministre ou ministres pendant des périodes plus ou moins longues. On ne pourra pas s'exonérer d'une appréciation objective sur le sujet.

Dans les 66 mesures de votre programme, vous préconisez la privatisation d'une partie de la police, l'autorisation encadrée de la GPA ou encore la légalisation du cannabis. Pensez-vous que les Français sont prêts à accepter de tels changements ?

Lorsque j'ai déclaré en juillet 2016 mon intention d'être candidat à cette primaire, je me suis défini politiquement en tant qu'écologiste et réformateur. Je pense donc qu'il faut mener un certain nombre de changements et de réformes profondes en France. D'abord parce qu'en tant qu'écologiste, je sais pertinemment qu'on ne peut pas relever le défi de l'écologie sans de profonds changements. Par ailleurs, dans d'autres domaines (éducation, santé, sécurité, police, justice, armée, décentralisation, Europe…), il faut des réformes et arrêter de faire croire que la croissance va revenir toute seule et qu'elle va tout régler. Il faut aussi arrêter de faire croire que tout n'est qu'une question de moyens supplémentaires. Premièrement, les moyens ne sont pas extensibles à l'infini avec les contraintes budgétaires qui sont les nôtres, et deuxièmement ce n'est tout simplement pas vrai : ce n'est pas parce que vous rajoutez toujours plus d'enseignants ou de policiers que vous améliorez les résultats.

Je propose des choix clairs avec des méthodes pour y arriver. Je le dis clairement car si on le fait sans l'avoir dit au préalable, ou si on ne le fait pas alors qu'on l'avait dit, ça suscite quoi qu'il arrive des mécontentements. Quand je dis qu'en matière de sécurité, la police et la justice doivent être déchargées de certaines choses qui les encombrent aujourd'hui et qui ne relèvent pas des priorités régaliennes de l'État (lutte contre les violences, la délinquance et le terrorisme), je le dis concrètement. On a déjà fait dans ce quinquennat une réforme qui paraissait impossible : la loi permettant de ne plus passer obligatoirement par un juge pour le divorce. Les contraventions routières, la gestion du stationnement… Tout cela peut être effectué par des opérateurs privés. Ne pas passer devant le juge pour des délits routiers tant qu'il n'y a pas eu d'accidents et de blessés permettrait aussi de décharger les policiers et les magistrats de certaines tâches pour se consacrer à leurs priorités.

Sur le cannabis, c'est le même raisonnement. En tant qu'élu local, je vois depuis des années les dégâts du trafic. La pseudo-prohibition en vigueur en France depuis toujours est un échec complet. Un échec sur la consommation, qui n'a jamais été aussi élevée, et un échec sur le trafic qui n'a lui aussi jamais été aussi important. J'en tire donc des conséquences concrètes.

Face à François Fillon et une "droite assumée", la gauche a-t-elle elle aussi besoin d'un candidat de "gauche assumée" ?

J'ai une formule en tête : face au retour d'une droite des années 1980, je ne souhaite pas que l'on revienne à une gauche des années 1970. Si c'est ça le futur débat présidentiel, il y aura encore un gros décrochage avec beaucoup de Français. Nous sommes en 2016, depuis le temps qu'on dit qu'il faut rentrer dans le 21ème siècle... Il faut des propositions pour l'avenir de la France, pour le progrès face à une tentation réelle de régression. Si les valeurs de gauche sont toujours les mêmes, si l'ambition écologiste est plus que jamais d'actualité, les moyens pour y arriver doivent être les moyens d'aujourd'hui. On ne va pas proposer des recettes proposées à une époque où il n'y avait pas la mondialisation, la révolution numérique et le dérèglement climatique que nous vivons aujourd'hui. D'autant plus si ces moyens n'avaient déjà pas fonctionné dans les années 1970-1980 ! Ce n'est peut-être pas la peine de les re-proposer 30 ou 40 ans plus tard…

Propos recueillis par Benjamin Jeanjean.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Paulquiroulenamassepasmousse
- 27/12/2016 - 01:25
Atlantico nous bassine avec
Atlantico nous bassine avec ce genre de mec dont personne n'a rien à foutre.....
Il n'existe même pas politiquement,alors Pourquoi lui donner la parole.... Il faut vraiment avoir du temps à perdre
Fran6
- 25/12/2016 - 22:18
écologie?
juste sanctions punitives permanente dès qu'ils ouvrent la bouche, taxes, impôts etc... artisan couvreur, je suis largement plus écologiste que n'importe lequel de ses prétendant aux strapontins du sénat et de l'AN
vangog
- 25/12/2016 - 17:21
@ikaris parfaitement d'accord!
L'urbanisation galopante et l'immigrationnisme sont deux fléaux générés par l'écologisme rose.