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25 après le discours de Gorbatchev sur la fin de l’URSS, comment un nombre grandissant de Russes en sont venus à regretter l’Union soviétique

Publié le 26 décembre 2016
25 ans après le fameux discours de Gorbatchev sur la fin de l'Union soviétique, 56% des Russes disent regretter que ce système se soit effondré.
Michael Eric Lambert est docteur en Histoire des relations internationales à la Sorbonne - INSEAD (BFC'15Dec) et directeur du Black Sea Institute. Ses travaux portent sur les relations entre l'Union européenne, la Russie, et la Chine en Europe...
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Michael Eric Lambert est docteur en Histoire des relations internationales à la Sorbonne - INSEAD (BFC'15Dec) et directeur du Black Sea Institute. Ses travaux portent sur les relations entre l'Union européenne, la Russie, et la Chine en Europe...
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25 ans après le fameux discours de Gorbatchev sur la fin de l'Union soviétique, 56% des Russes disent regretter que ce système se soit effondré.

Atlantico : 25 ans après la chute de l'Union soviétique, un sondage réalisé par la société Levada montre qu'en 2016 56% des Russes regrettent l'effondrement de l'URSS. Si un tel sentiment de nostalgie pouvait être compréhensible dans les années qui ont suivi la fin de l'URSS, comment expliquer qu'il perdure ?

Michael Lambert : Il semble important de mentionner que cette “nostalgie” n’est partagée que par une partie des anciens pays membres de l’Union soviétique. On constate dès lors son absence chez les Baltes et Polonais, ou plus généralement au sein des États devenus membres de l’Union européenne en 2004 et 2007. Parallèlement, on retrouve une nostalgie pour le "système économique soviétique" en Moldavie, enUkraine, dans le Caucase et en Asie centrale, mais pas pour le "système politique", autrement dit autocratique soviétique. Par contraste avec la Russie, où la nostalgie est à comprendre au sens impériale et donc militaire et diplomatique. 

Les Russes qui adhèrent à cette idée d’un "retour à l’URSS”​ ​manquent cependant souvent de réalisme, oubliant notamment les répressions policières et le manque de libertés fondamentales, plus généralement le retard économique de l’Union soviétique par rapport au reste de l’Europe. La seule forme de nostalgie n’est dès lors pas celle de la grande URSS, mais plutôt ​​d'une Russie impériale qui s’impose comme leader dans le système international. 

En conséquence, la nostalgie s’explique par les difficultés que rencontrent les Russes aujourd'hui pour s’affirmer aux yeux du reste du monde comme puissance mondiale en concurrence directe avec les États-Unis. La Russie n’est désormais plus aussi puissante économiquement que l’UE, les Etats-Unis,et la Chine. Et peine militairement à se hisser devant la France et la Grande Bretagne, et reste politiquement isolée sur la scène internationale, avec des partenaires commerciaux aux intentions ambiguës, c’est le cas de l’Inde et de la Chine. 

Le souhait de vivre dans une Russie puissance militaire, ce qui constituait l’apanage de l’Union soviétique, semble être une forme de compensation pour une population qui peine à se hisser au niveau économique et démocratique à celui de l’Europe. On retrouve la tentation du “c’était mieux avant”, comme pour tous les anciens empires. 

Les deux principales raisons de cette nostalgie évoquées par les personnes interrogées sont la fin de l'économie planifiée et la perte du sentiment d'appartenance à une grande puissance. Dans quelle mesure le traumatisme de l'humiliation internationale et de la crise économique qui ont suivi la chute de l'URSS continue-t-il d'alimenter les perceptions russes ?

Après la chute de l’Union soviétique, la Russie estimait à juste titre en raison de sa démographie, de sa position géographique centrale, et de ses abondantes ressources minières, retrouver un rang de puissance “normale”(à comprendre au sens de puissance mondiale européenne comme la France ou l’Allemagne). Ces espoirs furent rapidement enterrés en 1994, avec les réticences des Occidentaux à investir dans le pays, et le chaos militaire grandissant dans le Caucase du Nord. Les Russes comprirent assez vite qu’ils ne pouvaient pas devenir une puissance mondiale dans les prochaines décennies, et c’est la raison pour laquelle le projet d’Union eurasiatique lancé par la Président du Kazakstan remonte à cette année 1994. Il vise à redonner sa grandeur à l’empire soviétique déchu, et donc de facto à la Russie et au Kazakhstan.

Psychologiquement, passer du rang de deuxième puissance mondiale à celui de pays en voie de développement est traumatisant. Le Kremlin ne peut nullement contester son retard sur le plan économique par rapport au reste de l’Europe, mais l’argument nucléaire et militaire permettent encore à Moscou de s’imposer dans les conflits comme en Géorgie (2008), en Ukraine (2014-2015) et en Syrie (2015-2016). C’est la raison pour laquelle le Président russe focalise toute son attention sur le conflit en Syrie, afin de donner à sa population le sentiment d’appartenir à un grand pays. Dans la pratique, la victoire de la Russie sur ce théatre est similaire à celle de Mussolini en Éthiopie, c’est à dire symbolique. 

La mentalité impériale de la Russie constitue donc un terreau favorable à l’émergence du retour de la Russie sur la scène internationale, mais les faiblesses économiques restent la marque d’un pays en décomposition en raison d’une corruption galopante et d’une industrie vétuste, ce qui ne signifie pas pour autant que celui-ci ne dispose pas des ressources et atouts pour un jour émerger comme un géant économique avec une politique économique plus adaptée. 

Dans quelle mesure l'arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir a-t-elle néanmoins permis de restaurer un sentiment de grandeur et de fierté nationale ?

Le Président russe incarne un État fort et la voix du peuple russe. La personnalité de Vladimir Poutine s’accorde totalement avec ce qu’est la Russie à ce jour : un pays qui souhaite montrer sa puissance militaire et ce malgré ses faiblesses, à l’image du Président qui arrive désormais à un certain âge mais participe encore à des matchs de judo. Un pays corrompu qui nie ses problématiques économiques, à l’image du Président dont la fortune est impossible à estimer, mais qui nie toute possible existence de celle-ci, alors même que cela constituerait un manque de réalisme sur les nécessités terrestres et les besoins de ses proches. 

De la même façon, une enquête de la Banque européenne pour le reconstruction et le développement et de la Banque mondiale a montré que plus de la moitié des habitants des anciens pays satellites de l'URSS sont favorables au retour d'un régime autoritaire sous certaines conditions. Pourquoi les anciens pays de l'Union soviétique semblent-ils encore aujourd'hui majoritairement imperméables à la démocratie ? 

On observe trois grandes catégories d’anciens membres de l’URSS : les Européennes, l’Asie centrale, la Russie​.​ Pour les premiers, notamment pour les Baltes, le système soviétique était un obstacle ​à l'émancipation économique, culturelle et politique. Un pays comme l’Estonie est à ce jour devenu un exemple de modernité pour la communauté internationale, et la nostalgie soviétique y est quasi-inesitante​, exception faite des populations russophones. ​Si l'on fait abstraction ​de certains Moldaves, Bulgares et Ukrainiens, les “Européens​ de l'Est​” ne sont en rien favorable au retour de l’URSS et se développent rapidement, ​allant jusqu'à incarner ​l’avenir de l’Union européenne où ils deviennent progressivement des leaders à l’échelle régionale​, ​comme la Pologne au sein d​u​ groupe Visegrad. 

Pour ce qui concerne l’Asie centrale, nombre de pays éprouve​nt​ une nostalgie pour ​le système économi​que​ ​soviétique​. ​Après la Seconde Guerre mondiale, les Républiques Socialites Soviétiques d’Asie centrale ont pu bénéficier du transfert massif des technologies européennes​, notamment allemandes et tchéques​ ​sous contôle de la Russie. Ce ​"vol​ légal"​ organisé pour le gouvernement central soviétique​,​ explique​ pourquoi cette région du monde a pu rapidement se développer​. Il est donc normal que les habitants de cette deuxième catégorie soient nostalgiques dans la mesure où ils ont pu gratuitement​ bénéficier​ du travail des Européens pendant plus d’un demi-siècle. 

Pour notre dernier cas, ​celui de ​la Russie, la nostalgie est avant tout militaire et impériale, et pas uniquement économique. La tendance à l’autocratie s’explique simplement pa​r​ l’humiliation psychologique d’être une puissance ​de seconde zone entre 1991 et 2008-2014, à laquelle s’ajoute la frustration de voir des pays européens se développer rapidement en dehors de l’influence russe. Le cas de l’Estonie et de la Pologne est flagrant, ces deux pays ont pu émerger comme puissance​s​ régionale​s​ en quelques ​années​, ce qui exacerbe la jalousie des Russes, qui commencent par la simple phrase “oui, mais au moins nous vivons dans un Grand pays”, la marque même d​'une forme de ​frustration. 

Il faut donc se méfier de ce type de statistiques aguicheurs​,​ la réalité sur le terrain ​s'avérant​ ​autrement ​différente, l’Union européenne incarnant un avenir plus prospère que l’URSS ou de nouvelles alliances comme l’Union Économique Eurasiatique.  

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Benvoyons
- 27/12/2016 - 16:17
Paradoxe de l'Âne de "Beredan"
Quand une croyance Socialiste t’obsède à ce point le choix pour tout est que l'Universel Mort de ta Liberté et de ta Fraternité sont les sommets du charnier de l’Égalité
Ganesha
- 27/12/2016 - 15:11
Revenu de Base
Par rapport aux arguments que vous présentez, je voudrais dire que la perversion de la nomenklatura est un parasite qui s'infiltre dans tous les systèmes. Qui est le plus riche : Trump, Poutine, ou Clinton ? Pour ce qui est de l'avenir prévisible, je pense que ce qui est rassurant, c'est que le Revenu de Base ne va pas être imposé par une révolution. Il va être expérimenté localement, dès 2017, en Finlande et aux Pays-Bas, et suivant une recommandation de notre Sénat, très rapidement en France.
Ganesha
- 27/12/2016 - 15:09
Sont-ils à ce point privilégiés ?
Beredan, cela fait toujours plaisir de voir quelques courageux oser s'opposer au déferlement de sottises, de préjugés et de propos incompréhensibles que provoque toujours sur Atlantico l'évocation de Marx et du Communisme. Je pense que vous écrivez en pensant aux aspects positifs de l'expérience cubaine. J'ai l'habitude de réagir aux critiques en décrivant la situation catastrophique que j'ai connu en Haïti, en y travaillant six mois (avant le tremblement de terre). Il est évidemment grotesque d'évoquer la simple répétition des expériences passées du Communisme. Les radotages qu'on lit ici ne sont que le reflet d'esprits séniles pour lesquels ''plus aucun progrès n'est imaginable'' ! Sont-ils à ce point privilégiés par notre situation actuelle ?