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Tentation

Trop à droite, ma campagne ? Pourquoi François Fillon a plus à perdre qu'à gagner en cédant aux sirènes de ceux qui veulent qu'il "adoucisse" ses positions

Publié le 16 décembre 2016
Alors que l'équipe de campagne de François Fillon accorde une place certaine à l'entourage d'Alain Juppé, le vainqueur de la primaire de la droite et du centre serait bien avisé de ne pas bouleverser fondamentalement son programme au cours de sa recherche d'union de la droite. Ses électeurs pourraient bien lui reprocher, le cas échéant.
Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.
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Alors que l'équipe de campagne de François Fillon accorde une place certaine à l'entourage d'Alain Juppé, le vainqueur de la primaire de la droite et du centre serait bien avisé de ne pas bouleverser fondamentalement son programme au cours de sa recherche d'union de la droite. Ses électeurs pourraient bien lui reprocher, le cas échéant.

Atlantico : En cette période post-primaire, certains à droite s’inquiètent de la dureté supposée du programme de François Fillon et tenteraient de lui faire modérer quelque peu ses mesures. Pourtant, François Fillon a justement remporté la primaire en partie grâce à son positionnement de droite assumé et à sa volonté de rupture radicale. N’y a-t-il pas donc un risque de le voir se couper d’une partie de son cœur d’électeurs si jamais il modifiait trop profondément son programme ?

Bruno Jeudy : François Fillon a effectivement gagné sur une ligne politique de droite assumée : une sorte de "révolution conservatrice" selon ses détracteurs, mais en tout cas une ligne de rupture claire, avec par ailleurs une dimension "droite de province". Il a réussi à réunir les droites avec ce programme très assumé. Ceux qui s'inquiètent d'une ligne trop à droite oublient qu'il a gagné cette primaire avec 44% des voix au premier tour et un score sans appel au second.

A mon sens, il ne va certainement pas modifier la ligne de fond de sa campagne présidentielle. Sans doute devra-t-il améliorer certains points, en amender d’autres et clarifier certaines positions (notamment sur la Sécurité sociale, qui a jeté le trouble jusque dans son camp), mais son grand défi est maintenant de réussir le rassemblement des dirigeants de la droite auparavant répartis entre les différentes écuries de la primaire, et qui se retrouvent aujourd’hui pour la plupart derrière François Fillon (et pour certains, dans son équipe de campagne).

Emmanuel Rivière : La question d'un assouplissement du programme de François Fillon peut effectivement se poser. Il a certes été élu triomphalement à la primaire, mais par une partie des électeurs de droite ayant pour caractéristiques d’être plus âgés, plus aisés et moins exposés aux conséquences de ce programme que l'ensemble des électeurs de droite. L'affirmation d'un programme de restrictions budgétaires demandant des efforts supplémentaires à des Français qui sont peu disposés à en faire eux-mêmes peut donc présenter certains risques.

D'un autre côté, au-delà des programmes, les Français réclament également des postures de leadership. Une manière cruciale d'affirmer son leadership, c'est de donner aux Français le sentiment que l'on sera constant dans les engagements que l'on prend auprès d'eux. Or, le sentiment que l’on retient des dernières décennies, c’est pour beaucoup une sensation de revirement, d'inaccompli, d’inachevé, etc. Il y a donc également le risque, peut-être même encore plus grand en vue du premier tour, de dissiper ce qui avait été l’une des forces de Fillon : cette promesse de constance dans l'accomplissement de son programme et dans sa volonté de réformer la France.

La question qui se pose beaucoup aux électeurs de droite, et qui s’était posée lors de la campagne d’Alain Juppé, c’est de savoir si l’on n’a pas affaire à une droite qui ferait trop de compromis, trop de concessions, et qui renoncerait à aller jusqu’au bout. S'exposer à ce soupçon-là avant l’élection, c’est évidemment renforcer le sentiment que cela pourrait être encore pire après l’élection.

L’organigramme de campagne dévoilé par François Fillon révèle une place non négligeable accordée aux proches d’Alain Juppé. Si l’union de la droite est nécessaire pour François Fillon en vue de la présidentielle, une ouverture trop prononcée envers le camp d’Alain Juppé, désavoué par les électeurs de la primaire, ne risque-t-elle pas d’engendrer un certain flou chez ces électeurs ?

Bruno Jeudy : Il est vrai que les amis d'Alain Juppé ont sans doute été mieux servis dans l'équipe de campagne que dans le nouvel organigramme du parti. Parmi les juppéistes, seule Virginie Calmels avait intégré le comité politique qui chapeaute désormais le parti Les Républicains. Pour l’équipe de campagne, plusieurs figures importantes de l'équipe d'Alain Juppé occupent des places significatives auprès de François Fillon. Je pense ici à Vincent Le Roux qui fait fonction de directeur de campagne adjoint avec le lemairiste Sébastien Lecornu aux côtés de Patrick Stefanini. Je pense à Gilles Boyer qui prend en charge le poste-clé de trésorier, ce qui est une marque de confiance de la part de François Fillon. Je pense également à Benoist Apparu, qui intègre l’équipe des porte-paroles, et à certaines personnalités telles qu’Hervé Gaymard.

Les hommes de Nicolas Sarkozy sont également bien représentés, mais les figures sarkozystes présentes sont plutôt les "modérés" du sarkozysme. On retrouve François Baroin, Eric Woerth, etc.

Au fond, tout cela n'est pas très fondamental. L'équipe de campagne et les organigrammes sont aussi faits pour rassembler toutes les sensibilités de la droite et ne fâcher personne. On sait bien qu'une campagne ne se fait pas avec 45 stratèges. C'est fait pour oublier personne. Une campagne se définit toujours dans un bureau avec une dizaine de piliers. On peut parier que beaucoup des personnes qui vont compter dans cette campagne étaient déjà là lors de la primaire, a fortiori avec une personnalité comme François Fillon qui est plutôt quelqu’un d’assez solitaire et peu connu pour fonctionner en bande.

Pour finir, je pense que François Fillon doit bien faire attention à ne pas tomber dans le piège d'une forme de "déconservatisme" avec cette équipe de campagne qui rassemble large et intègre des figures modérées et centristes. Il doit garder sa marque d'une droite assumée et ne pas perdre l’ADN qui l’a fait gagner la primaire à cause d'un organigramme où il aurait voulu rassembler toutes les sensibilités de la droite.

Emmanuel Rivière : Je pense que pour les électeurs, la capacité ou non de François Fillon à maintenir ses engagements et son programme ne se verra pas dans l'organigramme. Peu d'électeurs rentrent dans ces subtilités-là, et les talents recrutés chez les uns et les autres – sans leur manquer de respect – ne sont pas emblématiques pour le grand public. Si la constitution de cet entourage suscitait des commentaires qui accréditaient ce doute, peut-être que cela aurait un effet. Mais à titre d’exemple, je ne pense pas que le fait d’avoir Manuel Valls comme principal acteur de la campagne de François Hollande en 2011-2012 ait donné le sentiment que ce dernier droitisait tout d’un coup sa campagne…

Par ailleurs, certains observateurs jugent qu’Emmanuel Macron, s’il parvenait à être sur la ligne de départ de la présidentielle, pourrait prendre des voix à François Fillon. Pour autant, est-ce qu’il pourrait vraiment mettre en péril la qualification de François Fillon au second tour, voire celle de Marine Le Pen ?

Emmanuel Rivière : Il ne serait pas vraiment raisonnable de ma part de dire que le scénario du duel Fillon - Le Pen au second tour est établi avec une totale certitude. Le jeu est plus ouvert que l'on ne l'imagine. Notamment parce qu’il faut avoir en tête que François Fillon est certes un bon candidat (le premier au classement des personnalités du Figaro Magazine), mais l'image de la droite parlementaire dans le pays n'est pas excellente. Ce n'est pas celle que devrait avoir aujourd'hui le principal parti d'opposition ayant vocation à incarner l’alternance. Le rapport des Français à la politique est très dégradé aujourd’hui et cela rend le jeu très ouvert. A l'heure actuelle, c'est effectivement Emmanuel Macron qui serait le candidat le mieux placé pour se qualifier au second tour, mais rien ne dit que les positions ne peuvent pas changer. Il faut notamment se méfier de la primaire de la gauche : il n'est pas écrit qu'elle sera de piètre qualité et peu mobilisatrice, il peut y avoir des révélations et un effet très positif pour celui qui l’emportera.

Le fait que, dans un paysage politique constitué de trois grandes forces, la force la plus divisée soit la gauche, rendrait cependant logique son élimination au premier tour et la qualification de Marine Le Pen. L'histoire politique de ce pays voudrait aussi que le représentant de la droite soit au second tour de la présidentielle, et la gagne. Cela dit, le paysage est totalement instable et l’heure n’est pas aux certitudes.

Bruno Jeudy : Emmanuel Macron a encore beaucoup de chemin à faire avant de devenir un réel danger pour Marine Le Pen et François Fillon. Toutefois, il a déjà parcouru beaucoup de chemin. Il y a deux ans, il était inconnu du grand public. Il y a un an, personne n’imaginait qu’il puisse être candidat à la présidentielle. Il y a six mois, il lançait son mouvement En Marche ! sous les quolibets du petit théâtre de la politique et de ses amis de gauche. Il y a trois mois, il claquait la porte du gouvernement. Il y a un mois, il annonçait sa candidature à la présidentielle. Il y a une semaine, il rassemblait 10 000 personnes à la porte de Versailles. Ce n'est pas mal pour quelqu'un qui n'a pas encore 39 ans et qui manifestement a très vite appris les règles de la politique et les fondamentaux d'une campagne électorale.

Il peut devenir un danger pour Marine Le Pen et François Fillon s’il arrive à occuper totalement l'espace central, en empêchant d’abord François Bayrou d’être candidat. Il peut ensuite peser sur la campagne de la primaire socialiste pour faire en sorte que Manuel Valls n’en sorte pas gagnant. Enfin, il lui faudrait aller trianguler sur le territoire des Républicains et de la droite, comme il sait le faire sur ses propositions économiques qui sont finalement moins libérales que celles de François Fillon et moins sociales que celles du candidat socialiste. Tout cela en gardant une forme de transgression, car il a créé un mouvement qui ne ressemble pas aux partis et qui a l’odeur de l'anti-système même s’il ne l’est pas totalement. On ne peut donc pas exclure qu'à la vitesse où les choses vont pour lui, il puisse devenir un candidat très sérieux s’il parvient à approcher les 20% dans les sondages. Le dernier en date, une enquête Ipsos pour Le Monde, lui accorde ainsi 18% des voix si François Bayrou n’était pas candidat.

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Anguerrand
- 17/12/2016 - 11:32
A Toto Furibard
Comparer Fillon a Thatcher est l'argument faux des socialistes et du fn.
Vous êtes pour que la France continue à emprunter alors même que les taux d'intérêts augmentent, c'est très gentil de laisser nos dettes aux générations futurs. En effet que ce qui concerne le sécu, vous savez qu'ils remboursent n'importe quoi, UN carte Vital servait à trente personnes, l'absentéisme fait que le privé ( mutuelles) compte tenu de la concurrence ferait facilement mieux et pour moins cher. Pourquoi tant de personne veulent quitter la sécu ? Avec le système actuel non seulement on paie la SS prélevé sur les salaires mais on paie une lourde taxe sur nos mutuelles pour payer la CMU, la CME pour les sans papiers.
jurgio
- 17/12/2016 - 10:19
Le FN semble ignorer ou feint d'oublier
que nombre de ses présentement affidés sont d'anciens « repentis », et que l'« invasion » a été le lot d'un peu tout le monde. Il y a toute une frange d'électeurs qui passe d'un côté à l'autre, ne serait-ce que pour réparer leur bêtise de part et d'autre. Il est vrai qu'avec chacun de nos champions politiques, les visions claires...
Totor Furibard
- 17/12/2016 - 09:16
Mauvaise analyse de cet article !
François Fillon a au contraire tout à perdre à garder sa position neo-libérale tendance Thatcher car il ne peut rassembler que 30 ou 35% des Français sur ce programme rétrograde des années Thatcher/Reagan. La preuve: Il a déjà commencé en retirant le démantèlement de la sécu (confiée aux grands groupes privés): une mesure qui n'est pas acceptée par les Français (et à très juste titre quand on voit ce que ça donne aux USA par exemple, et le coût exorbitant du plan Obama care qui corrige un peu le bilan catastrophique de cette organisation de la santé complètement privée). Il devra aller plus loin car son programme est maintenant sous les feux de la rampe et commence à être (enfin !) compris.