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Avance accélérée : au fait, à quoi ça ressemble un pays où la gauche de gouvernement n'existe plus ?

Publié le 09 décembre 2016
D'un pays à l'autre du continent européen, la social-démocratie, constitutive de la gauche de gouvernement, a largement déçu les populations qui perçoivent le vote populiste, voire le recours à la violence dans certains cas extrêmes, comme l'une des principales alternatives possibles.
Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Spécialiste des mouvements de contestation de la mondialisation, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces thèmes : Dictionnaire...
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Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il est l'auteur de Mensonges en gilet jaune : Quand les réseaux sociaux et les bobards d'État font l'histoire (Serge Safran éditeur) ou...
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Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il est l'auteur de Mensonges en gilet jaune : Quand les réseaux sociaux et les bobards d'État font l'histoire (Serge Safran éditeur) ou...
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D'un pays à l'autre du continent européen, la social-démocratie, constitutive de la gauche de gouvernement, a largement déçu les populations qui perçoivent le vote populiste, voire le recours à la violence dans certains cas extrêmes, comme l'une des principales alternatives possibles.

Atantico : La gauche de gouvernement apparaît aujourd'hui en très grande difficulté, voire quasi inexistante, dans certains pays européens (Grèce, Grande-Bretagne, Espagne, Autriche, etc.). Que nous révèlent ces différents exemples sur la situation politique et sociale d'un pays où la gauche de gouvernement n'existe plus ? Quels dangers cela représente-t-il pour la démocratie ?

Eddy Fougier : Cela témoigne généralement d’une situation de crise même si les cas évoqués dans la question relèvent d’aspects différents. On assiste là à une déconnexion, notamment de la part de partis sociaux-démocrates qui étaient au pouvoir : Papamdréou en Grèce, Zapatero en Espagne. Si l’on considère plus en détails le cas espagnol, en 2011, la crise était au plus fort avec un parti social-démocrate au pouvoir et des conservateurs dans l’opposition. La gauche de gouvernement espagnol a alors mis en place une politique d’austérité, ce qui a favorisé l’émergence du mouvement des Indignés, un mouvement plus ou moins spontané de personnes qui vivent la crise au quotidien et qui appellent à une remise en cause de l’austérité. On voit donc bien dans cet exemple comment la gauche a perdu la main sur son électorat, sur ses idéaux face à une population qui aspire à autre chose et qui ne se retrouve plus dans l’offre politique traditionnelle. Cette situation a ainsi abouti à l’apparition du parti Podemos, sorte de prolongation politique du mouvement des Indignés. En Grèce, Papamdréou est également celui qui a mis en place des politiques d’austérité, déstabilisant ainsi l’électorat traditionnel de la gauche de gouvernement grecque, qui a mis en œuvre une politique contraire à une sorte d’ADN progressiste. On voit la même chose en France avec toutes les manifestations d’opposition à la loi El Khomri. Une partie de la gauche ne retrouve plus ses valeurs dans cette initiative prise par le gouvernement ; cela a quand même été jusqu’à une initiative de motion de censure de gauche vis-à-vis d’un gouvernement de gauche.

Cette situation constitue un danger par la démocratie car cela s’inscrit dans une remis en cause globale des élites, et cela interroge l’idée même d’alternance puisqu’a priori, pour les électeurs, il s’agit de la même chose. Dans ces conditions, c’est l’alternative, et non pas l’alternance, qui prime. L’alternative, c’est aller encore plus à gauche, à l’instar de partis comme Syriza en Grèce et Podemos en Espagne, ou le populisme de droite.  

Sylvain Boulouque : Cela révèle à la fois la fin d’un modèle politique, économique et social qui existait depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale – le Welfare State –  mais également la fin d'une forme de social-démocratie européenne où la gauche assurait un certain nombre de positions de pouvoir en Europe. C'est peut être une crise passagère, mais en tout cas, c'est une crise marquée dans la plus grande partie des pays européens, qui ne semble pas prête d'être révolue.

La deuxième chose, c'est que cette social-démocratie est de plus en plus associée aux phénomènes libéraux; elle a collé aux politiques européennes imprégnées de libéralisme économique. Ce qui l'a emporté, c'est davantage l'attachement à l'Europe qu'a celui lié à certaines formes assez régaliennes de l’économie; l'idée européenne a été supérieure à l'idée sociale.

Pour la démocratie, on a  l'impression que le système bipolaire d'une social-démocratie qui s'opposait à une démocratie chrétienne ou libéral-démocrate, représentant l’alternance dans la plupart des pays européens, est en train de s’effacer au profit d’un autre clivage, entre la droite et l’extrême droite. Dans ce nouveau clivage, l'extrême droite reprend certains cadres de la démocratie sociale européenne, ce que fait notamment une partie de l’extrême droite à propos de la Sécurité sociale ou de l’Etat-providence, même si cela ne relève que du discours. 

Comment peut-on juger de la situation de la gauche de gouvernement française ? Doit-on craindre sa disparition prochaine ? 

Eddy Fougier : La disparition de la gauche de gouvernement française n’est pas à écarter en tant qu’hypothèse. Les dernières enquêtes d’opinion, notamment celles publiées depuis que le candidat de la droite a été désigné –et même un peu avant– montrent que Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron sont devant le candidat socialiste, qui fait à peine 10% des voix. La "pasokisation" du PS pourrait donc se produire.

Sylvain Bouloque : C'est possible, bien que cela ne soit pas certain car la gauche française a toujours prouvé sa capacité à renaitre de ses cendres : en 1969, Gaston Deferre, le candidat SFIO, faisait 5% aux élections; or dix ans plus tard, François Mitterrand est élu président de la République. Le problème, c'est que le contexte culturel, économique et politique n'est plus le même. Bien que la situation peut évoluer, il n’est pas du tout sûr que la gauche soit en phase avec les aspirations de la population et qu’elle puisse les défendre; elle n'est plus vraiment le porte-parole d'un courant majoritaire de l’opinion. 

Les partis populistes sont-ils la seule alternative au vide laissé par la disparition de la gauche de gouvernement ? 

Eddy Fougier : Il s’agit, en tout cas, de l’alternative la plus évidente et la plus facile. On a le sentiment, de façon un peu sommaire, que les partis qui développent le plus une politique de gauche sont le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon et le FN de Marine Le Pen; quand cette dernière dit que François Fillon est le candidat du Medef, on a l’impression d’entendre Besancenot ou Mélenchon.

Il existe d’autres alternatives, à l’instar des initiatives et autres primaires citoyennes. La candidature d’Alexandre Jardin, à ce titre, est intéressante. Cela peut aussi déboucher, pour une partie de la population, sur le rejet de la gauche de gouvernement, même si cela est encore peu visible, et peut-être peu crédible pour les électeurs.

Sylvain Boulouque : Je pense que c'est une erreur d'utiliser le terme "populiste"  dans la mesure où tout parti politique se doit d’être populiste puisqu’il est censé aller vers le peuple, ayant obtenu son suffrage. Ainsi, plutôt que populistes, je parlerais de démagogues, même si ce dernier terme exprime un jugement de valeur.  

Ces partis, situés à l’extrême-droite de l’échiquier politique, semblent être la seule alternative, sauf que pour la majorité d’entre eux, l’histoire des partis de l’extrême droite européenne plane encore au-dessus d’eux: on sent encore la prégnance d'un modèle qui a conduit à la Deuxième Guerre mondiale. Ce phénomène est observable quelque soit le pays européen, et encore récemment en Autriche.

On voit très clairement une transformation du vote: pour faire une sociologie électorale grossière, on a des villes qui votent sur des projets plutôt libéraux et mondiaux, alors que les zones périurbaines, plus éloignées des centre de décision, sont tentées par le repli national. Il s’agit là d’une des caractéristiques de la période actuelle, valable également aux Etats-Unis et dans certains pays asiatiques comme en Inde. Les hommes, entre 30 et 60 ans, apparaissent comme étant les plus tentés par ce type de vote.

Pour l'instant, l'extrême droite apparait comme le seul recours, la gauche n’étant pas parvenue à retrouver une créativité qui était la sienne; toutefois, ce n’est pas sûr qu’elle ne puisse pas finir par rebondir car elle ne s’est pas interrogée sur son originalité. La droite est une alternative. Au regard de l'Histoire, la droite a été majoritaire dans la plupart des pays européens plus de la moitié du temps. En France, depuis 1958, on remarque que la gauche a exercé le pouvoir au cours d’une vingtaine d’années, la droite d’une cinquantaine. C'est à peu près équivalent dans les autres pays européens, et notamment en Allemagne. La droite, qui n'est pas au pouvoir, représente une alternance à la gauche qui est au pouvoir.  L'extrême droite n'est pas encore une alternative dans la société française. 

A l'occasion de manifestations contre la loi El Khomri au printemps dernier, mais également à Notre-Dame-des-Landes, on a pu assister en France à une certaine résurgence de la violence politique en provenance notamment de mouvements d'extrême-gauche. Un phénomène qui inquiète les forces de l'ordre, à tel point qu'un gendarme s'est confié à l'hebdomadaire, Le Point, mettant en garde contre le fait qu' "on est entré dans une radicalité réelle qui, à certains égards, peut constituer les prémices de ce que l'on a appelé les années de plomb". Dans quelle mesure l'affaiblissement de la gauche de gouvernement française favorise-t-il le regain de violence politique observable en France ces derniers mois, et émanant notamment des mouvements d'extrême gauche ? 

Eddy Fougier : Par rapport à l’analyse de ce gendarme, je resterais prudent. Souvenez-vous: au moment de l’affaire Tarnac, Michèle Alliot Marie disait qu’on était dans une situation pré-terroriste. C’est un discours similaire à celui du gendarme cité ci-dessus.

Malgré cette prudence, on constate effectivement un certain nombre de violences commises dans le cadre des manifestations contre la loi El Khomri, avec un niveau qui pourrait être comparé - même si l'exerce est délicat- à celui du milieu des années 1970.

Ces violences émanant de l'extrême gauche sont indirectement liées à la gauche de gouvernement. On s’aperçoit que lorsque la gauche social-démocrate est au pouvoir, il y a une émergence de la contestation de la gauche radicale: quand Lionel Jospin était au pouvoir, on a assisté à la mise en place du mouvement Attac et d’une nébuleuse altermondialiste, très critique de l’acceptation un peu trop forte à leurs yeux par la gauche-social-démocrate du capitalisme économique; on a pu assister à un phénomène similaire en 2013-2014 avec le tournant libéral de François Hollande. Ce qui favorise donc cette résurgence de la violence politique, c’est davantage le sentiment de trahison de la gauche au gouvernement.  L’annonce du 49.3 par Manuel Valls au sujet de la loi El Khomri, ou encore sa détermination au sujet de Notre-Dame-des-Landes, ont attisé la violence de ces groupuscules d’extrême gauche.

La violence peut constituer, sans doute, une autre alternative, certains individus choisissant d’y recourir voyant qu’ils ne parviennent pas à se faire entendre via leur bulletin de vote. On peut constater ce phénomène chez certaines catégories de la population, et notamment chez les plus jeunes, qui vont être dans une logique un peu idéaliste ou jusqu’au-boutiste, considérant la violence comme plus efficace. Vous retrouvez le même débat au sein d’organisations issues de la société civile. Sur l’environnement, par exemple, vous avez ceux qui privilégient les actions non-violentes comme le tractage, et ceux qui choisissent de céder à l’action violente, à travers le sabotage notamment. Là encore, la logique d’une plus grande efficacité de la violence est brandie.

Ce qui m’inquiète le plus, c’est que l’on retrouve cette idée, comme dans les années 1930 –toutes proportions gardées– que la démocratie n’est pas efficace et qu’un autre régime serait plus performant dans ses résultats et dans sa gestion d’un certain nombre de tentations. On voit bien cela en Europe centrale et orientale notamment, avec les gouvernements hongrois et polonais. Dans les années 1930, l’idée était de considérer le communisme et le fascisme comme des modes de gouvernement beaucoup plus efficaces. Le recours à la violence, physique ou symbolique, me semble avoir le vent en poupe actuellement.

Sylvain Boulouque : Un lien peut être établi, même si le niveau de violence politique actuel est moindre par rapport à celui des années 1970. A cette époque,lL'extrême gauche était en phase de croissanc; aujourd'hui elle est plus en phase de rétractation, voire de disparition. Il y a une forte corrélation entre la montée de la gauche et celle de l’extrême gauche, dans des proportions évidemment différentes. Il faut donc relativiser : l'extrême gauche, que ce soit numériquement ou politiquement, est peu nombreuse.

Ces phénomènes de violence politique ont toujours existé mais ils avaient été un peu oubliés car à partir des années 1980, la violence politique a disparu pendant une quinzaine d’années. Je suis sceptique quant au retour des années de plomb à l’italienne, même si cette violence politique émerge à nouveau, notamment car nous ne sommes pas du tout dans la configuration de l’Italie ou de la France des années 1970.  

Le risque présent, c'est qu'il y ait des groupuscules qui se referment en envisageant la lutte armée. Comme le gouvernement  a de l'expérience en la matière, je doute qu’ils aient la possibilité de se lancer dans ce type d’actions. 

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bd
- 11/12/2016 - 14:59
Macron plus moderne...
«La vérité est un miroir brisé, et chacun en possède un petit morceau», chantait le poète mystique persan Rumi.

Emmanuel Macron est le seul des candidats qui a eu le courage de sortir de son positionnement historique de gauche pour aller puiser les meilleures solutions partout et les combiner en un programme humaniste, démocrate, très complet et crédible.
- http://vision-macron.fr/ -

Lors de son discours, il a surpris tous ceux qui le trouvaient atone en révélant un vrai talent de tribun.
Son "En Marche" est encore plus fort que le "Mangez des Pommes" de Chirac en son temps.
Il est sans aucun doute le plus moderne de tous les candidats à la présidence.
On pourrait le comparer à un John Kennedy à la française.

Grâce à tout ça, il emportera l'adhésion des Français en mai.
Il peut créer la surprise.
S’il est élu, il sera certainement le premier président appartenant vraiment au troisième millénaire.
Ganesha
- 10/12/2016 - 09:14
Bonnet blanc et Blanc Bonnet'' !
Wm, Winnie, c'est un sujet d'interminables discussions. Nous venons d'avoir successivement Sarko puis Hollande. On passe notre temps à comparer l'augmentation du nombre de chômeurs, les entrées d'immigrés, notre magnifique croissance, la montée du déficit. Sachant que ce ne sont pas des périodes simultanées, mais successives… Et le quinquennat actuel n'est pas tout à fait terminé. Mais si vous essayiez d’être un tout petit peu objectifs, il apparaît à l'évidence absurde de prétendre qu'il aurait une ''différence fondamentale'' entre un président socialaud et un républicain. C'est tout simplement ''Bonnet blanc et Blanc Bonnet'' !
winnie
- 10/12/2016 - 07:55
Disparition?
Et bien bon debarras! Il etait temps, fini le laxisme et l' immigrationisme!