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Allô, l'homme le plus puissant au monde voudrait vous parler : ce que les coups de téléphone de Trump nous indiquent du nouveau cap de l'Amérique

Publié le 09 décembre 2016
Donald Trump a confirmé son style impulsif et instinctif en matière de politique étrangère ces derniers jours, faisant fi de tout protocole, quitte à menacer certains équilibres géopolitiques.
Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide et chercheur associé à l’institut l'IRIS. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis ...
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Barthélémy Courmont est maître de conférences l’Université Catholique de Lille, directeur de recherche à l’Iris, et rédacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Il est l'auteur de L’énigme nord-coréenne (Presses universitaires de Louvain) et...
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Jean-Eric Branaa
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Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide et chercheur associé à l’institut l'IRIS. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis ...
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Barthélémy Courmont
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Barthélémy Courmont est maître de conférences l’Université Catholique de Lille, directeur de recherche à l’Iris, et rédacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Il est l'auteur de L’énigme nord-coréenne (Presses universitaires de Louvain) et...
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Donald Trump a confirmé son style impulsif et instinctif en matière de politique étrangère ces derniers jours, faisant fi de tout protocole, quitte à menacer certains équilibres géopolitiques.

Atlantico : Doit-on interpréter la conversation téléphonique de Donald Trump avec le Premier ministre pakistanais - au cours de laquelle le nouveau président américain lui a affirmé qu'il était"prêt à jouer n'importe quel rôle que vous me demanderez de jouer en vue d'apporter des solutions aux problèmes non résolus" - et le coup de téléphone passé ce vendredi à la présidente taïwanaise, comme deux nouvelles maladresses dues à sa personnalité ou bien, au contraire, comme des actes réfléchis malgré leur apparence ? Peut-on considérer qu'avec ces deux appels notamment, Donald Trump est en train, consciemment ou par mégarde, d'infléchir sérieusement la ligne diplomatique américaine ? Quelles conséquences cela risque-t-il d'avoir ? 

Jean-Eric Branaa : Ces appels téléphoniques sont, en effet, au minimum des maladresses sur le plan diplomatique. Les règles en vigueur sur le plan du protocole dans le cadre d’une transition prévoient que le président-élu est associé à la politique menée par le gouvernement sortant et qu’il est informé au plus haut niveau de sécurité, au même titre que s’il exerçait déjà le pouvoir. Mais ce ne sera pourtant pas le cas avant le 20 janvier, qui sera le jour officiel de l’investiture et de l’entrée en fonction : jusque là la règle veut qu’il s’abstienne de toute incursion dans la politique étrangère du pays. On imagine dès lors sans aucun mal l’embarras de la Maison-Blanche et surtout du Ministère des Affaires Etrangères qui, de surcroit, n’a pas été informé de ces échanges téléphoniques. Que Donald Trump couvre d’éloge Nawaz Sharif, le Premier ministre du Pakistan, ou qu’il s’entretienne directement avec la présidente de Taïwan, au mépris de la politique de la "Chine unique" – qui est celle suivie par les Etats-Unis depuis 1949 –, sont deux grandes entorses à la politique étrangère américaine.

Les alliés historiques de l’Amérique sont inquiets car Donald Trump pourrait bien bouleverser –à lui seul– tous les équilibres mondiaux. Le sénateur démocrate Chris Murphy s’est inquiété de cette façon de faire. "C’est ainsi que l’on déclenche des guerres" a-t-il tweeté. D’ailleurs, la Chine a immédiatement protesté "solennellement" auprès de la Maison-Blanche. L’inexpérience de Donald Trump en matière de politique étrangère était déjà très évidente pendant la campagne. On ne comprend pas que ce ministère n’ait toujours pas été attribué : il y a urgence, et urgence surtout d’y mettre quelqu’un d’expérimenté et de respecté au plan international. Mais, même là, Trump risque de décevoir car la rumeur laisse entendre que son fidèle Rudolph Giuliani pourrait être le choix final. On ne peut pas dire que ce soit le plus expérimenté, ni le plus respecté des candidats auxquels on pourrait penser pour un tel poste.

Barthélémy Courmont :Le premier constat concernant ces deux appels téléphoniques, quelle que soit d’ailleurs leur direction (il y a une certaine confusion, sans doute savamment entretenue, sur le fait de savoir qui a appelé qui exactement) est qu’ils prennent les observateurs par surprise. En ce sens, on peut y voir un acte irréfléchi, guidé par la volonté de jeter un pavé dans la mare plus que la traduction d’une nouvelle politique étrangère américaine. D’autant qu’ils s’inscrivent dans une liste qui s’allonge presque quotidiennement de "coups" médiatiques potentiellement perturbateurs. Rappelons ainsi que Donald Trump a aussi eu une conversation téléphonique avec le président kazakh Nazerbaïev et l’aurait félicité pour le "succès fantastique" de son pays depuis son indépendance (et depuis que Nazerbaïev est au pouvoir).

On relève d’ailleurs une forme d’amateurisme, ne serait-ce que dans le ton, du futur président américain dans ces contacts, visiblement peu informé des réalités géopolitiques, au risque de semer le doute sur sa capacité de jugement. Ainsi, quand il propose à Nawaz Sharif de le rencontrer rapidement et de lui apporter son soutien, on s’interroge sur la relation avec l’Inde, tout autant que sur la nature et la portée des "solutions aux problèmes non résolus". Le nouveau président américain en a-t-il d’ailleurs connaissance ? Tout cela reste discutable. De même, quand il félicite Madame Tsai Ing-wen pour son élection comme présidente de Taiwan, non seulement il commet une erreur de désignation (le nom politique de Taiwan est la république de Chine) mais il suggère dans le même temps que les Etats-Unis soutiennent une indépendance de Taiwan. Or, on imagine difficilement la Maison-Blanche s’avancer dans cette direction, sinon à provoquer une crise internationale majeure aux conséquences plus qu’incertaines. C’est donc une conversation téléphonique qui pose problème à la fois à Taiwan, à la Chine, et à la future équipe de politique étrangère, qui devra nécessairement se positionner dessus. Est-ce le résultat des pressions des groupes pro-Taiwanais au Congrès, qui s’inscrirait dans la continuité de la nomination d’Elaine Chao, originaire de Taiwan et épouse du leader des Républicains au sénat Mitch McConnel, au Département des transports ? Ou est-ce une manœuvre irréfléchie ? Difficile de juger.

Il est en revanche indiscutable que ces gesticulations, qui s’ajoutent aux positionnements sur l’Iran, Cuba, le TPP ou encore le traité de Paris, vont avoir de lourdes conséquences sur la politique étrangère engagée par l’administration qui prendra ses fonctions après le 20 janvier prochain. On voit bien que Donald Trump cherche à déconstruire la politique étrangère de Barack Obama (et il le fait tandis que ce dernier est encore à La Maison-Blanche, ce qui ajoute à la confusion). Mais que propose-t-il exactement ? Personne ne semble le savoir, lui compris.

Tout au long de sa campagne, Donald Trump s'est fait remarqué par son caractère, son style de communication, les mots employés (il affirme notamment, à la différence de ses deux prédécesseurs, que les Etats-Unis sont en guerre contre "l'islam radical" ou "l'islamisme", élargissant ainsi la définition de l'ennemi perçu des Etats-Unis), ses phrases adressées à certains pays de la communauté internationale (par exemple, sa volonté d'augmenter de 45% les droits de douane sur les produits importés de Chine et de 35% pour certains en provenance du Mexique). Qu'est-ce que cela révèle de sa conception de la pratique diplomatique ? Comment sa manière d'être et de communiquer pourrait-elle impacter la diplomatie internationale ?

Jean-Eric Branaa : Le monde est dans un véritable état de sidération depuis l’élection de Donald Trump et personne n’arrive pour le moment à décoder ce que sera son type de présidence : la réalité est que le nouveau président est totalement novice en politique et qu’il est tout autant persuadé d’être en capacité de régler tous les problèmes du monde. Les premiers jours qui ont suivi son élection ont été marqués par des douches-froides qui laissent tous les dirigeants du monde dans le plus grand désarroi : le programme qu’il a porté pendant sa campagne sera-t-il réellement mis en œuvre ? Sera-t-il aussi isolationniste qu’il l’a laissé entendre ? Mettra-t-il fin à l’ensemble des traités avec les pays partenaires ? Peut-il entrainer l’Amérique dans ce repli qui ne serait tenable pour aucun autre pays au monde, mais, tout le monde en est conscient, reste possible pour les Etats-Unis, même si c’est au prix d’un déclin relatif de puissance ? Chacun est donc à l’affut des premières déclarations du nouveau président ou de ses premières nominations. En réalité, Donald Trump ne semble pas avoir changé depuis le 8 novembre et n’a pas modifié sa façon de faire, qui semble toujours autant guidée par ses intuitions et un mépris pour toutes les règles établies, avec une naïveté et un manque de professionnalisme qui rendent perplexe. Ainsi, dès son élection connue, il déclarait que cela lui plairait de résoudre le conflit israélo-palestinien. Rien que ça. Dans un autre registre, sa propre fille, Ivanka, assistait à son premier entretien avec un chef d’Etat étranger, le Japonais Shinzo Abe, sans aucune justification. Le président philippin Rodrigo Duterte a quant-à-lui affirmé que le futur locataire de la Maison-Blanche l'avait encouragé dans sa guerre contre la drogue en lui disant qu'il appliquait "la bonne méthode".

On se rend bien compte aujourd’hui que sa façon de faire est sous-tendue par une logique qui lui est propre et une compréhension du monde qui ne s’embarrasse pas des complexités de notre monde. Il a ainsi balayé les critiques qui lui ont été adressées suite au coup de fil inattendu avec la dirigeante de Taïwan en s’étonnant que les Etats-Unis puissent vendre des milliards de dollars d'équipement militaire à Taïwan mais pas échanger par téléphone sans l’aval de la Chine. Ce qui est encore plus symptomatique du personnage c’est qu'il a fait cette remarque dans un tweet, et non pas au travers d’une communication institutionnelle ; d’ailleurs, il n’a aucune communication institutionnelle mise en place au sens où on l’entend traditionnellement et il n’a donné aucune conférence de presse depuis juillet. Ses très nombreuses déclarations sur les musulmans et le danger qu’ils peuvent représenter pour son pays ont été réitérés la semaine dernière, après qu’une attaque ait été perpétrée contre des étudiants à l’université de Colombus, dans l’Ohio. Le jeune homme qui a réalisé l’attentat "n’aurait jamais dû pouvoir entrer aux Etats-Unis" a-t-il tweeté à parlant de ce jeune réfugié somalien et musulman, sans prendre aucune précaution et sans se préoccuper de savoir s’il réactivait la haine de l’étranger, le rejet de l’islam ou heurtait des sensibilités. 

Barthélémy Courmont : Les déclarations de Donald Trump pendant la campagne électorale sonnaient comme une provocation. Les postures qu’il adopte depuis son élection sont un défi. Autant on peut comprendre la nécessité de séduire un électorat mécontent, quitte à mettre en avant un style populiste, autant on peut s’inquiéter de voir un président élu multiplier les bravades sans avoir visiblement conscience de leurs conséquences. Prenons un exemple, celui de la conversation téléphonique avec Tsai Ing-wen. En soit, le fait de s’entretenir au téléphone avec une présidente démocratiquement élu d’un gouvernement qui entretient des relations, commerciales notamment, étroites avec Washington, n’est en rien scandaleux, au contraire même. Il y a donc un certain bon sens chez Trump quand il tweete pour rappeler combien il est intéressant que les Etats-Unis puissent vendre pour des dizaines de milliards de dollars d’équipements militaires à Taiwan, mais sans qu’il puisse recevoir un appel de félicitations. Certes. Mais que vaut le bon sens en diplomatie ? Donald Trump est-il en train de suggérer qu’il va rompre les relations diplomatiques avec Pékin au profit de Taipei ? Qu’il est prêt à mobiliser ses forces armées en cas de confrontation inter-détroit ? Qu’il est prêt à une guerre avec la Chine pour défendre Taiwan ? Le problème n’est pas dans les intentions du nouveau président américain, mais dans ce qui ressemble à une incapacité à prendre la mesure de ses positionnements, et à anticiper les réactions de ses alliés autant que ses compétiteurs. Si c’est là sa conception de la politique étrangère, alors les Etats-Unis vont au-devant de très gros défis, et c’est la crédibilité de la diplomatie de la première puissance mondiale qui est en jeu.

Dans quelle mesure sa pratique des affaires influe-t-elle sa pratique et sa conception de la diplomatie ? Qu'est-ce qui, dans cette pratique, pourrait lui servir sur le plan diplomatique ? Qu'est-ce qui, au contraire, pourrait s'avérer dangereux ? 

Jean-Eric Branaa : Il est certain que Donald Trump applique en diplomatie la pratique qui a été la sienne dans les affaires : il croit donc qu’il est préférable de caresser son interlocuteur dans le sens du poil, comme il l’a fait avec son interlocuteur pakistanais, lui expliquant qu’il est un homme formidable, que son peuple est génial et très intelligent, sans se préoccuper outre-mesure des équilibres régionaux ou internationaux et des susceptibilités qui peuvent être froissées. On ne voit pas réellement en quoi une telle attitude peut arranger les affaires du monde et on peut même s’interroger sur l’avis de l’Inde face à un tel manque de retenue. C’est un peu comme si Trump pensait avoir affaire à un partenaire commercial, avec qui il règlerait quelque gros contrat par quelques flatteries, un bon verre de bourbon et un gros cigare.

Son cynisme semble ne pas avoir de limites et il n’hésite pas à mettre en cause les uns ou les autres ou, pour le moins, à les contredire, sans sembler craindre la moindre conséquence : déjà en août, on se souvient de sa rencontre avec le président mexicain Peña Nieto. Il avait alors déclaré que les deux hommes n’avaient pas évoqué le mur qu’il promettait à la frontière sud des Etats-Unis, et encore moins le paiement de ce mur (qui serait assuré par les Mexicains selon sa rhétorique de campagne). Peña Nieto a pourtant immédiatement démenti cette version de l’échange en affirmant qu’il en avait justement été question dès les premiers mots et que les Mexicains s’étaient montrés fermes sur leur intention de ne pas participer à ce financement. 

Barthélémy Courmont : Il est difficile d’imaginer que l’homme d’affaires Donald Trump se lance à corps perdu dans des paris risqués et que personne ne semble avoir préparé. C’est pourtant ce à quoi ressemble Trump président des Etats-Unis, en particulier en diplomatie. Le nouveau président américain n’a même pas encore prêté serment et désigné tous les membres de son administration que la politique étrangère des Etats-Unis ressemble déjà à un bateau sans gouvernail. Ce qui frappe dans les gesticulations récentes de Donald Trump est qu’elles ne sont pas portées par un courant politique ou idéologique. Certains y verront une marque de pragmatisme, d’autres une absence de vision. Ironie du sort, tandis que Trump s’entretenait au téléphone avec Madame Tsai, le vétéran Henry Kissinger, ancien conseiller à la sécurité nationale de Nixon aujourd’hui âgé de 93 ans, était reçu en grandes pompes à Pékin, y-compris par le président chinois Xi Jinping. Théoricien et praticien d’un réalisme aux contours cyniques, Kissinger chercha à rassurer ses hôtes chinois, très inquiets des incertitudes d’une présidence Trump et de l’avenir de la relation Pékin-Washington, en leur expliquant qu’il servirait d’intermédiaire avec le président américain, qu’il a d’ailleurs rencontré depuis son élection. Alors que signifie cette dissonance ? L’influence de Kissinger serait-elle surestimée au sein de l’administration Trump, au point que l’âge de la retraite aurait finalement sonné pour le vieil homme ? A moins que le nouveau président ne se contente de consulter, mais sans véritablement tenir compte des positionnements de ceux qui cherchent à influencer sa politique étrangère.

D’ailleurs, qui a aujourd’hui une influence sur le nouveau président en matière de politique étrangère ? La question est plus que jamais très sensible. Cela est pour le moins inquiétant. Disons que pour le moment, les Etats-Unis n’ont plus de politique étrangère cohérente, pour la première fois dans leur histoire sans doute. Ce n’est pas de l’isolationnisme, terme trop souvent mis en avant à tort ou à travers, c’est de l’incohérence. La question est de savoir s’il s’agit d’une transition, ou si ce sera l’une des marques de fabrique de l’administration Trump. Dans les deux cas, il va falloir clarifier rapidement, et l’homme d’affaires Trump devra se rappeler qu’en affaires comme en diplomatie, il est essentiel de poursuivre un objectif précis, quand bien même on se refuse à le faire savoir de manière trop transparente à ses interlocuteurs.

Pourrait-on comparer le style diplomatique de Donald Trump et le changement qui pourrait en découler à celui de Ronald Reagan qui avait lancé, de façon grandiloquente, son Initiative de défense stratégique (dite aussi Guerre des étoiles), qui, même si elle n'a jamais vu le jour, a contribué à l'affaiblissement, et à terme, à l'effondrement de l'Urss ?

Jean-Eric Branaa: Depuis le lancement de sa campagne, Donald Trump essaie de donner l’illusion que sa démarche est très proche de celui qui est aujourd’hui l’ancien président républicain le plus populaire. C’est vrai que l’image donnée par la diplomatie de Donald Trump a été de hausser le ton : pour l’ancien gouverneur de Californie, seule la diplomatie en position de force pouvait permettre de trouver un compromis valable. C’est ce qui a justifié son Initiative de défense stratégique. Mais les buts à atteindre n’avaient rien à voir puisqu’il s’agissait de sortir de l’isolationnisme et de replacer les Etats-Unis dans une coopération mondiale accrue. Il fallait donc, pour le président Reagan, s’assurer que ses alliés lui seraient fidèles et seraient satisfaits de ses positionnements. Il s’était inscrit dans une vision classique de la diplomatie à l’intérieur de son partie, en s’appuyant sur une relation forte avec le Royaume-Uni. C’est pourquoi, on a surtout vu émerger un homme pragmatique et prudent sur la scène internationale, toujours soucieux du respects des intérêts des uns et des autres et des équilibres en présence.

Les néo-conservateurs en ont d’ailleurs beaucoup voulu à Reagan, lui reprochant d’avoir été très extrême dans ses propos pendant sa campagne et de s’être ensuite éloigné de ses promesses. On peut rappeler le peu de réaction après la destruction par les Soviétiques de l’avion de la Korean Air en 1983, ou après la crise des otages de Beyrouth. La politique suivie en Iran, et qui a consisté à lui vendre des armes, a été une autre source de mécontentement fort de la part des plus conservateurs, alors que le président s’était engagé à ne pas aider les terroristes ou les pays venant en aide aux terroristes. Mais on retient que Reagan, s’il était certes inexpérimenté sur le plan international, avait une vraie expérience sur le plan national, puisqu’il avait été gouverneur de Californie, et s’appuyait sur un parti dans lequel on comptait un grand nombre d’hommes d’expérience. Pour l’instant, rien n’indique que Donald Trump fera confiance à qui que ce soit, fut-il de son parti, ou délèguera quoi que ce soit. C’est bien là le problème.

Barthélémy Courmont : Si on peut débattre longuement du style Trump et dans quelle mesure il se rapprocherait de celui de Ronald Reagan, il est en revanche essentiel de rappeler que le contexte n’est pas du tout le même. Quand Reagan prend ses fonctions en 1981, les tensions avec l’Urss sont vives, crise des euromissiles oblige, et la Guerre froide caractérise les relations internationales. D’autant que cette Guerre froide est entrée dans sa dernière phase, Moscou faisant face à une multitude de défis que le parti communiste soviétique ne sera pas capable de relever autrement que par des réformes profondes. Les profils des deux hommes ne sauraient non plus être comparés. Même s’il est de manière fréquente et souvent réductrice présenté comme un ancien acteur, Reagan a surtout été dans la deuxième partie de sa vie un homme politique au parcours riche avant d’accéder à la Maison-Blanche. Après être devenu gouverneur de Californie en 1967, poste qu’il occupera jusqu’en 1975 au terme de deux mandats, Reagan fut un candidat très sérieux à la Primaire républicaine de 1976 face au président sortant Gerald Ford, qui ne le devança que d’une courte tête. Porté par l’establishment de son parti, en particulier les milieux conservateurs, avant d’être élu très largement face au président sortant Jimmy Carter en l’emportant dans quarante-quatre Etats. Son élection ressemble plus à un plébiscite, là où celle de Trump est jugée par beaucoup comme accidentelle et fragile, puisqu’il a été largement devancé dans le scrutin populaire par Hillary Clinton. A part en ce qui concerne leur ton fracassant et le fait qu’ils aient pratiquement le même âge au moment d’entrer à la Maison-Blanche (Donald Trump est le président le plus âgé de l’histoire des Etats-Unis à son élection, Reagan le deuxième), les comparaisons sont assez déplacées entre les deux hommes.

Mais c’est cependant dans la vision de la politique étrangère et de la place des Etats-Unis dans le monde que les différences sont les plus évidentes. Reagan était le porte-parole de conservateurs les plus intransigeants avec Moscou, désireux de pousser leur avantage pour faire céder la puissance rivale. Les sorties médiatisées de Reagan avaient pour objectif de rassembler les foules, mais elles n’en demeuraient pas moins savamment distillées et inscrites dans une doctrine. De son côté, Trump ne semble pas avoir la moindre doctrine en tête en matière de politique étrangère. Et c’est fondamentalement ce qui pose problème aujourd’hui.

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Texas
- 05/12/2016 - 18:07
Aux auteurs de l' article
Pour le Departement d' Etat , ont été envisagés Rudy Giuliani , John Bolton ( pas un débutant ) , Mitt Romney , David Petraeus ( ex-CIA ) , et le dernier en date est un ancien Gouverneur de l' Utah qui a été Ambassadeur en Chine et qui parle le Mandarin : Jon Huntsman . Voilà pour l' amateurisme ou le risque de coup de téléphone équivoque.
Deneziere
- 05/12/2016 - 09:06
Et oui, un coup de fil peut déclencher une guerre
Reprenez vos cours d'histoire du collège et regardez comment l'ineptie diplomatique, l'incapacité combinée de chefs d'état et l'absence de giuvernance mondiale a transformé un événement anodin en première guerre mondiale. Trump à la diplomatie, c'est Omer Simpson dans une centrale nucléaire. En vrai.
john mac lane
- 04/12/2016 - 22:53
"amateurisme" Et chez nous?
Royal multi ministre depuis Mathusalem fait des commentaires sur Castro indécents et abjecte de révisionnisme et négationnisme de la dictature des caraïbes.
Pas besoin de donner des leçon a Trump.