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Leçons d'une élection américaine : voilà comment la Russie s'invite à la présidentielle française 2017

Publié le 02 décembre 2016
L'intervention des Russes dans la politique et la vie médiatique occidentale est de plus en plus dénoncée par les médias et pouvoirs politiques occidentaux. Après les États-Unis, la France ne devrait pas être épargnée en cette année électorale.
Franck DeCloquement est praticien et expert en intelligence économique et stratégique (IES). Membre fondateur du Cercle K2 et ancien de l’Ecole de Guerre Economique de Paris (EGE), il est en outre professeur à l'IRIS (Institut de Relations...
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Franck DeCloquement est praticien et expert en intelligence économique et stratégique (IES). Membre fondateur du Cercle K2 et ancien de l’Ecole de Guerre Economique de Paris (EGE), il est en outre professeur à l'IRIS (Institut de Relations...
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L'intervention des Russes dans la politique et la vie médiatique occidentale est de plus en plus dénoncée par les médias et pouvoirs politiques occidentaux. Après les États-Unis, la France ne devrait pas être épargnée en cette année électorale.

Atlantico : La CIA a déclaré qu'il était très probable que la Russie ait été partie prenante dans la récente élection présidentielle en participant à la diffusion de "fausses nouvelles" ("fake news") visant Hillary Clinton. Alors que la France va connaître une élection présidentielle dans quelques mois, doit-on craindre un scénario similaire ? Quelle est la vulnérabilité de la France sur ce terrain aujourd'hui ?

Franck Decloquement : Tout cela en définitive, nous fait entrer de plain-pied dans l’univers des stratégies d’influence à l’ère des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication). Autrement dit, des méthodes de conditionnement menées par des tiers à l’échelle des individus, d’une population ou d’une nation. Ce que les Anglo-saxons nomment aussi dans un jargon actualisé, le « perception management ». Autre mot pour désigner des actions propagande noire « nouvelle manière ». Les soupçons à cet égard ne cessent de s’exprimer et de se déverser en continu dans la presse d’actualité et à travers les réseaux sociaux, agissant comme autant de relais de diffusion et de caisse de résonance. 

L’affaire ne date pas d’hier puisque le 4 aout dernier, Europe 1 rapportait déjà dans les colonnes de son site web que « la CIA ne faisait pas confiance à Donald Trump », et « refusait de l'informer, comme elle le fait habituellement avec les candidats à la présidentielle, sur les dossiers sensibles du moment ». Arguant de ses liens étroits avec la Russie de Poutine, l’agence américaine ne faisait visiblement pas confiance à l'impétueux Donald Trump alors en campagne. La centrale avait-elle alors à cette époque et à sa disposition, des preuves manifestes de compromissions effectives ? Pour l'ancien chef de l'agence, Léon Panetta, donner des informations classées secret-défense au milliardaire était beaucoup trop risqué : « Il dépasse les bornes. Je m’inquiète. Je me pose des questions sur sa capacité - ou plutôt son incapacité - à être un leader », avait-il alors déclaré. En cause, les appels du pied très réguliers de Donald Trump à la Russie : « ses dernières déclarations prouvent simplement qu’il n’est pas du tout qualifié pour être président des États-Unis », tranchait Léon Panetta. Une pétition, qui rassemblait à cette époque plus de 200.000 signatures, circulait pour que la CIA ne divulgue aucun secret à Donald Trump… Les spécialistes du renseignement américain, envisageaient eux de retransmettre au candidat républicain en lice pour la présidence, une version édulcorée, afin de limiter au maximum les risques de fuite... 
 
Mi-novembre, le Monde.fr constatait dans ses colonnes qu’après l’onde choc provoquée par le Brexit en Angleterre, et l’arrivée inattendue de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, nous étions tous entré dans « l’ère de la politique post-vérité », dans laquelle le vrai et le faux s’équivalent ou se confondent dangereusement, quand ils se côtoient et s’entrechoquent, dans les fameuses « timelines » des réseaux sociaux. Cela faisant sans doute référence à la très fameuse remarque informelle ; et teinté de « constructiviste radical » ; attribué à Karl Rove – considéré par certains comme « le cerveau de Bush Jr »  – à l’expression de « communauté réalité » (the reality-based community). La source du terme provient en droite ligne d’une citation datant du 17 Octobre 2004, rapportée dans un étonnant article du journaliste-éditorialiste Ron Suskind, qui fit sensation dans le New York Times Magazine, quelques jours avant l’élection présidentielle de 2004 justement : « Faith, Certainty and the Presidency of George W. Bush ». Rove semble s’être à l’époque lancé dans une forme de diatribe personnelle contre « ces gens appartenant à des communautés fondées sur la réalité ». Suskind rapporte alors : « Il m’a dit [Karl ROVE ndlr] que les gens comme moi faisaient partie de ces types “appartenant à ce que nous appelons la communauté réalité” [the reality-based community] : “Vous croyez que les solutions émergent de votre judicieuse analyse de la réalité observable.” J’ai acquiescé et murmuré quelque chose sur les principes des Lumières et l’empirisme. Il me coupa : “Ce n’est plus de cette manière que le monde marche réellement. Nous sommes un empire maintenant, poursuivit-il, et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité, judicieusement, comme vous le souhaitez, nous agissons à nouveau et nous créons d’autres réalités nouvelles, que vous pouvez étudier également, et c’est ainsi que les choses se passent. Nous sommes les acteurs de l’histoire. (...) Et vous, vous tous, il ne vous reste qu’à étudier ce que nous faisons”». Le sociologue Christian Salmon a longuement investigué cette forme de posture intellectuelle dans son livre emblématique « Storytelling ». N’écrivait-il pas déjà dans un édito en 2007, ces quelques phrases très éclairantes dans le contexte actuel ? : « Raconter des histoires fabuleuses pour faire oublier une politique condamnée, telle serait la « stratégie de Schéhérazade » du président des Etats-Unis. Ce dernier a grand besoin de fables tant son impopularité est prononcée... Mais ailleurs, quand un chef de l’Etat nouvellement élu part récupérer des prisonniers français détenus au Tchad, puis, toujours devant les caméras, s’emploie à obtenir la libération d’une otage en Colombie, l’interprétation du héros n’est-elle pas un petit peu surjouée ? »
 
De son côté, la rédactrice en chef de « The Guardian » est revenu sur la campagne du « Brexit », où « dire la vérité » selon elle est devenu un véritable « handicap », puisque les médias traditionnels ont été noyés dans le bruit assourdissant des réseaux sociaux : « Un monde où l’idéologie l’emporte sur la réalité » en somme… La messe est dite ! Nuls doutes qu’à l’occasion des prochaines élections pour la présidentielle française de mai 2017, de semblables actions puisse être menées afin de conditionner les esprits dans le but d’influencer dans une certaine mesure, le choix des électeurs et des électrices. Et ceci, à des fins d’anticipation de leurs comportements individuels et collectifs en matière de votes. Mais le contexte français n’est pas le même qu’aux Etats-Unis, la législation et les règles diffèrent très sensiblement. L’ambiance sociale aussi. 
 

Il y a un peu plus de deux semaines, à quelques jours du premier tour de la primaire de la droite et du centre, Mediapart se procurait et publiait de nombreux documents privés (et probablement subtilisés) visant Nicolas Sarkozy. Si la protection des sources ne les oblige en rien à révéler la façon dont ils ont eu accès à cette information, peut-on penser qu'il s'agisse d'une intervention politique extérieure ? Y a-t-il d'autres révélations médiatiques du même genre qui vous semblent aujourd'hui suspectes et dont il est difficile de démêler le vrai du faux ?

« Même les paranoïaques ont de vrais ennemis », avait écrit le génie de l’humour noir et de l’impertinence, Rolant Topor. « C'est vrai, mais les paranoïaques schizophrènes en ont deux fois plus » lui répliquait comme en écho, Hervé Le Tellier et Xavier Gorce dans leur ouvrage « Guerre et plaies » en mai 2003. Les révélations opportunes dans la presse – aux bénéfices des uns et des autres – faisant la part belle à la poursuite des objectifs politiques de certains candidats n’est pas chose nouvelle. La France cultive tout de même une longue tradition de journaux de presse très engagés, et même si cela n’est plus qu’une posture d’apparat dans de nombreux cas. « Seuls les paranoïaques survivent » répétait à l’envi Andrew S. Grove, l’ancien patron d’Intel… On peut donc tout imaginer dans ce contexte délétère, et les spéculations vont bon train dans le landerneau des spécialistes. Ce ne serait pas la première fois que la presse partisane manœuvre, enjolive, mente ou se trompe lourdement, compte tenu des enjeux de conquête électorale à venir. Mais « spéculer » n’est pas expliquer et encore moins « prouver ».

Le débat démocratique à de plus en plus tendance à se passer de faits vérifiés, attestés. « Business model » oblige ! Les partis-pris idéologiques propre à certains supports médias sont notables, connus et finissent à la longue par ne plus choquer personne puisque les lecteurs sont quant à eux avides de révélations toujours plus croustillantes. De celles dont on parle aisément autour de la machine à café, le matin, entre deux collègues de bureau... Ils n’ont de cesse à travers les réseaux sociaux de relayer certaines affaires, mais aussi certaines rumeurs dont est aussi pourvoyeuse la presse d’opinion française, au même titre que la presse anglaise par exemple. Mais avec les codes de langage et d’expression associés de notre pays. Nicolas Sarkozy n’en a pas été la seule victime. Alain Juppé, François fillion et dans une moindre mesure les petits candidats de la primaire de la droite et du centre ont été également impactés par le poids des stéréotypes et de la vindicte publique et médiatique. D’une extrême violence parfois, et par le truchement de biais culturels toujours spécifiques, d’un pays à l’autre. La débâcle des sondeurs et de leurs prévisions, mais aussi le rôle qu’ont eu les médias dans la diffusion et le décryptage d’informations hasardeuses pendant la campagne électorale, a eu tendance à dessiner un monde où l’idéologie dominante, l’interprétation usitée et l’expression des émotions l’emportent le plus souvent sur l’effectivité des faits. L’exactitude des situations. La restitution pondérée. 
 
La révolution numérique et la pression qu’elle impose désormais en terme d’instantanéité fait qu’il est le plus souvent impossible d’expliquer les tenants et les aboutissements d’un monde complexe, avec des phrases simples d’accès, courtes, et composées des termes univoques adéquats. Des termes qui seront finalement toujours teintés - in fine - de subjectivité. La Vérité, avec un grand « V » est un leurre. Elle n’existe tout simplement pas et laisse une grande part à la lecture et l’interprétation des faits par chacun. Mais il existe quand même une série de faits démontrables, à partir desquels un débat contradictoire peut se constituer. Le rôle et l’intérêt des médias dans cette situation complexe sont d’illustrer, de pouvoir contextualiser, de rendre lisible et déchiffrable les induits qui échappent le plus souvent à la sagacité de leurs lecteurs. Mais la confiance des audiences devenue très volatile est en chute libre et rend très difficile ; voir parfaitement impossible ; l’explication mesurée puisque les formes actuelles du politique se gagne essentiellement par l’émotion et non plus par la démonstration. De plus, ce qui passe pour des faits n’est le plus souvent qu’un point de vue, l’interprétation d’une tierce personne qui pense que ceci ou cela « est vrai ». Et la technologie a permis à ces « faits » de tourner plus facilement en boucle. C’est le spin permanent... 
 

Quelles sont les principales cibles en France de ces "fakes news" créées par la Russie ?

Il nous est ainsi possible de faire un parallèle opportun avec l’Allemagne, qui nous permettra de mieux comprendre à quoi nous devons nous attendre en la matière. Quelques jours après avoir annoncé son intention de demander un quatrième mandat de chancelier, Angela Merkel à fermement averti cette semaine que les fausses nouvelles – et des « botnets » – pourraient grandement influencer et perturber les prochaines élections nationales en Allemagne. Comme en France, celle-ci se dérouleront l’année prochaine. Soit en 2017. En appelant les législateurs à faire face à ce phénomène – et si nécessaire à réglementer sévèrement en conséquence – l’actuelle chancelière constate que quelque chose a en effet changé dans le débat politique. Celui-ci se déroule désormais dans le cadre d’un tout « nouvel environnement médiatique », car les opinions publiques ne sont plus formées comme elles l'étaient il y a 25 ans. L’action des faux sites web propagandistes et diffuseurs de news frelatés, des trolls parties prenantes agissant en intelligence avec les positions Russes et l’aide de « botnets » peuvent facilement orienter les choix et renforcer certaines opinions publiques, via l’usage subversif des algorithmes associés. Et comme la chancelière allemande l’envisage elle-même, nous devons tous nous attendre à composer avec eux désormais, nous aussi…

L’inquiétude grandissante étant à son comble après l’élection inattendue de Donald Trump, cela a même fait dire au ministre Allemand de la Justice Heiko Maas la semaine dernière, que le réseau social Facebook devrait être désormais traité comme une société éditrice de médias classiques. Ce qui aurait l’énorme avantage selon lui de pouvoir rendre la plateforme responsable de tous les contenus qu’elle laisse publier en ligne... Tandis que le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a déclaré la semaine dernière que le réseau social est en train de prendre des mesures adéquates pour limiter la propagation de la désinformation en ligne – en excluant par exemple les sites d'informations fausses des réseaux publicitaires de Facebook – la victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle n’en finit plus de susciter les débats sur le rôle que la désinformation, les préjugés, les émotions fielleuses et les fausses nouvelles ont joué dans la campagne américaine. Avec une convergence notable des critiques contre Facebook et Twitter, de plus en plus fortement accusés de n’avoir rien fait pour lutter contre ce déversement de propagande en ligne, ou d’avoir laissé faire sans agir…

Barak Obama lui-même, à l’occasion d’une visite à Angela Merkel à Berlin, le 17 novembre dernier, n’a pas été très tendre avec la plateforme sociale de Zuckerberg. Dénonçant un système où « les faits et la vérité n’ont pas d’importance » et s’inquiétant ouvertement pour le débat démocratique, face aux articles mensongers diffusés sur les autres réseaux sociaux. Mark Zuckerberg, le cofondateur et président de Facebook, s’était défendu avec véhémence après l’élection de Donald Trump, de toute influence pernicieuse sur le réseau social qui aurait pu surdéterminer l’issue du vote. Barack Obama a souligné les dangers « d’une époque où il y a tant de désinformation active, très bien présentée, et qui semble identique quand on s’informe sur Facebook ou à la télévision. Si tout a l’air identique et qu’aucune distinction n’est faite, alors nous ne pouvons pas savoir quoi protéger ». Dans un long entretien publié le également 17 novembre par le New Yorker, le 44e président des Etats-Unis Barack Obama reliait d’ailleurs la victoire du candidat républicain à ce contexte : « Trump comprend le nouvel écosystème, dans lequel les faits et la vérité n’ont pas d’importance. Vous attirez l’attention, vous suscitez de l’émotion, et puis vous passez à autre chose. Vous pouvez surfer sur ces émotions »…

Un "fact-checker" russe - qui tente de démêler le vrai du faux dans la production médiatique et numérique russe - déclarait il y a peu à Bloomberg que "la lutte contre les fausses nouvelles s'est transformée elle-même en une production de fausses nouvelles". Sommes-nous revenus aux "guerres" de propagande et contre-propagande comme pendant la Guerre froide ? Quelle forme prend cette nouvelle stratégie de désinformation aujourd'hui ?

C’est en effet le problème des boucles informationnelles récursives, qui finissent tôt ou tard par faire perdre le sens des réalités et parfois même celui de la rationalité. Le vrai du faux devient alors indiscernable dans certaines conditions. Il semble en effet que nous assistions actuellement à un certain « revival » (une relance) de la guerre froide, sous une forme néanmoins renouvelée, compte tenu des nouveaux apports du cyberspace pour combattre dans un autre champ d’action, à contrario des espaces de conflits traditionnels. Le flot de fausses nouvelles répandues à l’occasion de la dernière campagne pour la présidence américaine semble avoir obtenu selon certains experts américains, le soutien manifeste d'une campagne de propagande russe sous-jacente, et assez sophistiquée. Celle-ci ayant réussi à créer et à diffuser des contenus et des articles trompeurs en ligne, avec comme objectif prioritaire de défaire la réputation et l’image de la candidate démocrate Hillary Clinton, en aidant insidieusement son concurrent républicain Donald Trump. Le tout ayant comme effet final recherché de saper le moral des troupes démocrates et la foi de la population, dans les bienfaits de la démocratie américaine. C’est toutefois ce qu’affirment ces chercheurs indépendants qui ont auraient suivi l'opération en temps réel selon le Washington Post. 
 
De plus en plus sophistiquée, la machine de propagande Russe ­est composée de milliers de botnets et d’équipes humaines de trolls dûment rétribuées, qui arpentent sans fin les sites Web et les médias sociaux « écho ». Et ceci, afin d’amplifier les sites relais à travers tout l'Internet. Mais L'effort a également été porté sur le fait d’accroître la peur de tensions internationales promptes à réveiller l’hostilité potentielle d’une Russie disposant de l’arme nucléaire. A l’image du journaliste Russe Alexey Kovalev qui nourrit le projet de démystifier la propagande du gouvernement russe, celui-ci a en effet constaté que « La lutte contre de fausses nouvelles c’est elle-même transformée en fausses nouvelles ». Prenant en quelque sorte la forme d’une méta-propagande. Il y a peu de temps encore, le phénomène de la propagande du gouvernement russe intéressait uniquement quelques petits groupes d'experts, car ceci était considéré à tort comme un outil dont la fonction principale se limitait à garder les Russes captifs et favorables à Vladimir Poutine. Mais les perspectives de regard ont radicalement changé désormais. Pour autant, nombreux sont ceux qui dénoncent les méthodes sans pour autant être très précis en matière de décryptage de ses moyens d’actions souvent non-conventionnels. 
 
Le Washington Post a par exemple très largement cité l’histoire d’un groupe de citoyens américains anonymes et concernés, qui se dit « PropOrNot » et vise à « identifier, à contrer et éventuellement décourager la propagande russe ». L'article qui cite les « PropOrNot » estime que « des fadaises implantées ou promues par la campagne de désinformation ont été consultés plus de 213 millions de fois ». Le rapport des « PropOrNot » ne précise pourtant pas comment le groupe est parvenu à produire ce chiffre faramineux de 213 millions. Mais il a toutefois identifié les sites libertaires et de droite, les sites d'information alternatifs comme le  « Capitalisme nu  blog »,  « Zéro Hedge »  et  « Drudge Report », des blogs et des médias sociaux ayant menés selon eux des actions spéciales au bénéfice de la propagande Russe en repostant par exemple, ou en citant des informations de manière à amplifier les effets déstructurant de cette propagande labile. Mercredi dernier, le parlement européen a adopté une  résolution sur la nécessité de contrer la propagande déployée par la Russie et l'Etat islamique, visant très spécifiquement les maux suivants : « Les fausses vérités, provoquant le doute, divisant les Etats membres, l'ingénierie capable de générer une scission stratégique entre l'Union européenne et ses partenaires nord-américains, et capable de paralyser le processus de prise de décision, de discréditer les institutions de l'UE et de ses partenariats transatlantiques qui jouent un rôle reconnu dans la sécurité européenne et son architecture économique, dans les yeux et les esprits des citoyens de l'UE, et des citoyens des pays voisins, sapant et minant le récit européen fondé sur les valeurs démocratiques, les droits humains et la primauté du droit ».
 

De quels outils disposons-nous aujourd'hui afin de nous prémunir d'un impact trop important de ces fausses nouvelles ? Que penser par exemple des instruments de "censure" des fausses informations proposés ou étudiés par Google ou Facebook ces derniers temps ?

En la matière, il n’est jamais bon de réinventer l’eau chaude. Le seul moyen efficace pour contrer la propagande russe serait de faire ce que « RT » et « Sputnik » font si bien – concevoir des messages en « faisceaux », destinés au même public cible. Mais les démocraties ne disposent malheureusement pas de cette prérogative propre aux états autoritaires. Fait ouvertement, et en contexte démocratique, le résultat serait tout simplement ridicule… Mais produit subrepticement, le risque de dévoilement serait très grand et la confiance des foules dans les processus démocratiques pourraient être très gravement compromis. Vladimir Poutine, pour sa part, est fier. Il a d’ailleurs félicité « RT » et « Sputnik » sur la résolution du Parlement européen, louant leur « travail efficace » et dénonçant la « dégradation des idées démocratiques dans la société occidentale ». Les consommateurs de sites alternatifs d’informations et de news ne se soucient pas si la propagande Russe est plus ou moins amalgamée avec les contenus qu'ils consomment, parce qu'ils ne croient pas à la propagande de l'UE ou celle du gouvernement américain. Michael Flynn, le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump interrogé sur ses apparitions régulières sur « RT », semblait par exemple très emprunté pour faire la différence entre le canal de propagande de l'Etat russe, et celui de CNN. Pendant des années, peu de gens ont accordé en réalité beaucoup d’attention à cela, par ce que cela agissait à la marge. Mais ce n’est plus le cas depuis que certains spécialistes affirment que l’élection présidentielle américaine de Donald Trump a été conditionnée par ces actions de propagande.
 
Pour l’heure, les méthodes proposées pour lutter contre ces actions de propagande s’organisent. « PropOrNot » a par exemple développé un plug-in de navigateur qui avertit l’utilisateur que le site visité fait en réalité partie de réseaux assimilés à des « réseaux de propagande ». La résolution du Parlement européen appelle à renforcer le groupe de travail de communication stratégique de l’UE qui, entre autres choses, produit régulièrement un « Désinformation Digest ». Celui-ci ayant pour vocation immédiate de démystifier la propagande russe. Au cours de la campagne électorale américaine, certains observateurs ont pu parler aux Américains d'extrême droite qui avaient depuis longtemps cessé de prêter attention aux médias mainstream ou  « grand public » - mais qui respectent « RT » et, par extension, Vladimir Poutine, parce que les deux avaient infiltré leurs univers alternatifs. 
 
Le 16 mai 2016 dernier, un projet de loi bipartisan avait été présenté au Sénat américain. Intitulé « Information Warfare Contrer 2016 », il visait à donner les armes nécessaires aux Etats-Unis pour lutter contre la propagande dans le monde. Dans un contexte international toujours plus conflictuel et trouble, ce projet de loi bipartisan appelé la loi « Information Warfare Contrer 2016 » est en outre co-parrainée par le sénateur Républicain de l’Ohio Rob Portman et le sénateur Démocrate du Connecticut Christopher Murphy. Il a déjà été proposé deux fois en première lecture, puis a été renvoyé à la commission des affaires étrangères.
 

 

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Commentaires (6)
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Jean-Benoist
- 01/12/2016 - 08:04
russie bashing de la part?
De nombreux medias français qui eux se sont autorisés a s'immiscer dans la campagne americaine, ont craché sur Trump, ont choisi Juppé et qui ne se remettent pas en cause..?...dans quel pays vivons nous?
Lamentable
ikaris
- 30/11/2016 - 13:00
Fake News russe ? Et les médias de l'oligarchie ?
Il est curieux ce billet car les problèmes théoriques qui sont posés sont intéressant dans l'absolu ... sauf que à chaque fois qu'il est illustré il s'agirait de fausses nouvelles russes qui combattent les vraies nouvelles des médias classiques. Les médias classiques français nient systématiquement les problèmes migratoires au moyen des mises en scène les plus grossières (filmer des enclaves européennes à Paris ou à Molenbeek, montrer des habitants content d'accueillir des migrants-envahisseurs) ou de la diabolisation (si vous ne pensez pas ça vous êtes fachos / nazis / petainiste rayer la mention inutile) ... donc on ne peut pas blamer ceux qui ne les croiraient pas. Une étude sur les grands médias américains avaient montré que sur 130 seules 2 avaient appelé à voter Trump, plus de 60 Clinton et que sur le reste une bonne cinquantaine était particulièrement partiale ... dans ce contexte voir la main des russes derrière Trump est particulièrement révélateur d'une tentative désespérée du système qui invoque les mânes du patriotisme pour se sauver lui même. Citons les mises en scène célèbres : les bébés tués au Koweit, le gamin noyé en Turquie ...
Texas
- 30/11/2016 - 11:01
Double Standards
Avec un recul de 15 jours , se repasser les videos de la campagne électorale Américaine traitée par CNN , NBC , ABC offre quelques vertus pédagogiques en matière de " Fake News " , Mr Decloquement . Et le manque de confiance d' une Agence célèbre à l' égard de Mr Trump , est largement compensé par un excès de confiance , d' informations sensibles sur un serveur privé . Pour mémoire , le New York Times , le matin du 8 Novembre créditait les Démocrates de 85% de voix , Fake News ? ; Pour parodier un personnage célèbre : " At this point , what difference it makes " ? . Les Démocrates ont été pris à leur propre jeu et ce sont de très très mauvais perdants .