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Pas de réjouissance hâtive

Pourquoi la primaire de la droite est tout sauf un succès démocratique, n’en déplaise aux apprentis sorciers du pseudo renouvellement

Publié le 02 décembre 2016
Contrairement à ce qu'ont affirmé les différents candidats, la primaire de la droite et du centre n'est pas un succès démocratique. En effet, ce processus électoral pâtit, en France, d'un manque total de contrôle et d'encadrement.
Yves Roucaute
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Yves Roucaute est philosophe, épistémologue et logicien. Professeur des universités, agrégé de philosophie et de sciences politiques, docteur d’État en science politique, docteur en philosophie (épistémologie), conférencier pour de grands groupes sur...
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Contrairement à ce qu'ont affirmé les différents candidats, la primaire de la droite et du centre n'est pas un succès démocratique. En effet, ce processus électoral pâtit, en France, d'un manque total de contrôle et d'encadrement.

Atlantico : Tout le monde s'est félicité dimanche dernier de la forte participation au premier tour de la primaire de la droite et du centre, parlant de succès démocratique. Dans quelle mesure pourrait-on dire qu'il s'agit là d'une erreur d'analyse ?

Yves Roucaute : Ces primaires ont été organisées, d'une certaine manière, en dépit du bon sens. Je rappelle que c'est le modèle américain qui a été transposé, sauf qu'aux Etats-Unis, les électeurs à la primaire sont inscrits. Par ailleurs, toutes les primaires ne sont pas ouvertes : certaines ne le sont qu'aux électeurs inscrits du camp républicain ; d'autres sont semi-ouvertes, réservées aux inscrits indépendants et républicains ; et enfin, certaines primaires sont totalement ouvertes aux électeurs inscrits, qu'ils soient démocrates, indépendants ou républicains. Quand vous êtes inscrit et que vous avez voté à une primaire républicaine, cela est noté, et vous ne pouvez donc pas allé élire ensuite le candidait à la primaire démocrate.

En France, c'est loin d'être le cas : il n'y a qu'à voir ce qui s'est passé notamment en Seine-Saint-Denis et en Val-de-Marne, deux départements où Alain Juppé s'est retrouvé en tête, ce qui a été très rare lors de ce premier tour de la primaire. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit de deux départements réputés généralement pour être très à gauche. S'il s'est retrouvé devant François Fillon et Nicolas Sarkozy, c'est parce que les électeurs de gauche ont massivement voté pour lui. Aux Etats-Unis, ce serait impossible : si les électeurs démocrates votent à la primaire républicaine, ils ne pourront plus voter à la primaire démocrate. Le système des primaires en France est donc totalement incontrôlé et toutes les magouilles et les manoeuvres sont possibles. La primaire en France nous fait croire que le vainqueur de la primaire est nécessairement le vainqueur de la présidentielle. L'illusion est effectivement totale : il est temps d'ouvrir les yeux.

Si nous décidons d'organiser des primaires en France aussi bien à droite qu'à gauche, il convient de se mettre d'accord sur les modalités de mise en place de ce système, avec de vrais contrôles, des listes officielles sur lesquelles les électeurs sont inscrits suivant leur préférence politique. Il faudrait que ces listes soient exposées, pour que les truqueurs éventuels soient dénoncés publiquement. Dans la situation actuelle, c'est comme si nous étions écarquillés entre deux chaises ; on ne sait plus très bien où l'on va, ce que l'on fait. Heureusement, la victoire de François Fillon ne se situe pas à quelques milliers de voix près, mais elle est très large, ce qui fait que toutes ces magouilles et ces manipulations n'ont pas eu d'effets sur sa victoire. Même s'il est possible que Nicolas Sarkozy se serait retrouvé au deuxième tour sans le vote socialiste, celui-ci aurait été battu à l'issue du second tour. 

Quels risques précisément pour la démocratie sont inhérents au principe de la primaire ? 

Si la primaire est réalisée suivant des contrôles d'honnêteté morale comme ceux décrits ci-dessus, dans ce cas alors, ce système peut être intéressant pour élargir l'assiste des partis politiques français. L'assise populaire de ces derniers est insuffisante, et ce depuis une quarantaine d'années. La primaire pourrait ainsi asseoir, de manière un peu plus forte, la légitimité des candidats. 

Comment réformer la démocratie sans passer par une institutionnalisation et un renforcement de la pratique de la primaire ? 

Il n'est pas normal, en France, que nous n'ayons pas des juges qui soient élus, ce qui permettrait d'éviter les dérives observables dans certains jugements. Il n'est pas normal, non plus, que les policiers, les commissaires, ne soient pas en relation directe avec l'élu local ; cela changerait le rapport à la police dans la population, ce qui renforcerait la démocratie. De même, il n'est pas normal qu'il n'y ait pas plus de référendums, et pas nécessairement nationaux mais locaux : à l'heure du numérique, il est absurde de ne pas demander plus souvent à la population son avis sur un certain nombre de processus de la vie quotidienne (voierie, sécurité, école, etc.).

En France, le système est extrêmement pyramidal, vertical, étatique, et la démocratie, en effet, a des difficultés à vivre. De ce côté-là, nous avons beaucoup de choses à apprendre des Américains, des Suisses, de tous ces individus qui mettent les associations et les processus participatifs en avant. Je rappellerai d'ailleurs que c'est ce que voulaient De Gaulle et Pompidou. 

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Commentaires (23)
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langue de pivert
- 29/11/2016 - 18:17
@2bout
Vous faites semblant de ne pas comprendre. Qui parle de désignation interne ? Je ne me vois pas désigner le candidat qui représentera la gauche ou le FN aux présidentielles (ni venir en catimini pour fausser le choix des adhérents ou/et des sympathisant de ces partis) De quel droit ? Je considère que ça ne me regarde pas. Par contre donner mon avis sur celui qui représentera "la droite et le centre" au travers de primaires réservées aux adhérents et/ou sympathisants ça me conviendrait très bien ! Seulement puisque une déclaration sur l'honneur peut être signée par des gens sans honneur (quand je dis sans honneur je ne parle pas de ceux qui on bien le droit de changer de famille - pour faire simple - mais de ceux qui viennent juste "foutre la merde" et retourne voter à gauche ou au FN) La gauche peut bien présenter qui elle veut je ne voterai jamais pour AUCUN de ses candidats ! Pourquoi j'irais foutre la merde dans leurs primaires ? Ils font ça très bien tout seul ! Vous hésitez entre LR PS et FN vous ?
2bout
- 29/11/2016 - 10:45
A vous lire,
il serait préférable de revenir à un mode de désignation interne grâce auquel des partis imposent leur candidat à l'ensemble des électeurs. Mais on en voit les limites : des barons qui s'attribuent localement un droit de préemption sur le choix des adhérents et des candidats avant tout comptables de leurs partisans (et parfois même, le vote à main levée des organisations anti-démocratiques). C'est un mode désignation qui privilégie, ou même attise, la divergence des intérêts de chaque citoyen, ce qui entraîne des guerres claniques stériles. Et puis, on peut tout à fait se passer de structure partisane pour mener des campagnes électorales, je l'ai moi-même déjà fait, au moins à l'échelle locale.
Texas
- 29/11/2016 - 08:51
Même avis que Langue de Pivert et eric ADAM
Les alliances contre-nature sont suffisamment évidentes entre les scrutins présidentiels ou législatifs , pas la peine de leurs donner une occasion supplémentaire ( et anticipée ) avec des Primaires ouvertes .