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Aveuglement ou mauvaise foi ? L’enseignement de l’histoire relève nécessairement d’un choix politique

Publié le 26 novembre 2016
L'affrontement du débat d'entre deux tours a vu les deux candidats proposer deux visions de l'enseignement de l'Histoire : d'un côté François Fillon renoue avec le "récit national", quand Alain Juppé renvoie la matière à la seule "science". Une ligne de fracture plus importante que d'autres très médiatisées semble ici se dessiner entre les deux finalistes.
Jean-Paul Brighelli est délégué Education de Debout la France. Professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français, il est également l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment...
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Jean-Paul Brighelli est délégué Education de Debout la France. Professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français, il est également l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment...
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L'affrontement du débat d'entre deux tours a vu les deux candidats proposer deux visions de l'enseignement de l'Histoire : d'un côté François Fillon renoue avec le "récit national", quand Alain Juppé renvoie la matière à la seule "science". Une ligne de fracture plus importante que d'autres très médiatisées semble ici se dessiner entre les deux finalistes.

Atlantico : La question de l'enseignement de l'histoire a été un point de dissension entre les deux finalistes de la primaire de la droite et du centre, Alain Juppé et François Fillon. Le premier a écarté la question en affirmant : "l'histoire, ce n'est pas un récit, un roman, c'est une science". Peut-il vraiment ôter toute valeur idéologique à cette façon de penser l'histoire ? En quoi l'histoire n'est pas une science comme les autres ?

Jean-Paul Brighelli : Récit ou roman, on joue sur les mots. Le spécialiste de Dumas que je suis sait bien que "roman historique" est un oxymore, une contradiction dans les termes. Mais je sais aussi que c'est par le récit que le grand historien - ou le bon professeur d'Histoire - fait entrer son auditoire de plain-pied dans le passé. Sans compter que l'Histoire s'est toujours nourrie de fictions. De légendes. Le grand Ferré ou le petit Bara, légendes - mais légendes fécondes. Ce que nous savons de la guerre de Troie, nous le tenons d'un poète aveugle dont l'existence même est suspecte : n'empêche qu'Achille ou Ulysse ont bien plus de réalité que nos modernes candidats à la présidence...‎

Et l'Histoire peut bien tendre vers la science, elle ne sera jamais une science. Trop d'incertitudes s'y opposent, trop d'intérêts idéologiques sont en jeu. "Le produit le plus dangereux que la chimie de l'intellect ait élaboré", disait d'elle Paul Valéry.

Ajoutez à cela ce que j'appelle le syndrome de Liberty Valance. A la fin du film homonyme de John Ford est formulé le grand principe : "When the legend becomes fact, print the legend !" Je suspecte les historiens d'obtempérer parfois malgré eux à ce principe. Et alors ? Comment croyez-vous que l'on intéresse les peuples et les enfants ? Prenez Jeanne d'Arc : dans le contexte de la défaite de 1870, elle fut une icône de gauche - avant d'etre revendiquée par la droite parfois la plus extrême.  

En quoi est-ce que cette neutralité d'apparence défendue par Juppé est plus engagée qu'il n'y parait ?

Vouloir à toute force enseigner des incertitudes (et le doute a du bon, encore faut-il savoir à quel niveau on doit le propager) est une position dangereuse. ‎Non seulement les enfants ont besoin de certitudes - ils ont bien le temps de les nuancer -, mais la France a besoin de certitudes. Comme la France d'avant 14, quand la IIIeme République préparait la revanche. Sinon, le doute scientifique ouvre une béance que les âmes faibles comblent en cherchant ailleurs des certitudes - dans la propagande la plus meurtrière, par exemple. Alors oui, le "récit national" est un pare-feu. Il est nécessaire. Et il est pédagogique.

On voit aujourd'hui à l'oeuvre un authentique révisionnisme, vu par exemple dans la première mouture des nouveaux programmes, qui evacuaient entre autres les Lumières. Des programmes dont Michel Lussault, leur concepteur, a prétendu exclure ces deux mots, "patrie" et "nation". C'est adopter le point de vue révisionniste et crapuleux des Indigènes de la République. Paul Yonnet en 1990 (l'expression "roman national" date de cette époque, Pierre Nora l'avait forgée sur le modèle du "roman familial" freudien) fustigeait la façon dont l' idéologie de SOS-racisme détruisait volontairement la notion de Nation. Et "patrie" évoque désormais Pétain, alors que  "Mourir pour la patrie est le sort le plus beau", comme dit le Chant des Girondins (que devrait connaître le maire de Bordeaux) qui fut l'hymne national de la IIeme République ! 

Quelle importance donne son opposant François Fillon à cette matière ? Que pensez-vous de sa vision de l'enseignement de l'Histoire de France ?          

Autant être clair. La césure aujourd'hui est entré les souverainistes - et Fillon l'est dans une certaine mesure - et les hérauts de l'Europe à tout prix et de la mondialisation. D'un côté Mélenchon, Dupont-Aignan, Marine Le Pen et François Fillon, à des titres divers et avec plus ou moins d'intensité. De l'autre Juppé, Hollande ou Macron. La réflexion sur l'enseignement de l'Histoire pourrait paraître secondaire, alors qu'elle est fondamentale. Il faut réenchanter la France - ou se résigner à la voir se dissoudre.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Lafayette 68
- 27/11/2016 - 09:21
suite
J'ai observé en géographie le fait que les élèves du secondaire situent de plus en plus mal et ne maîtrisent plus correctement les définitions de méridien et de parallèle,latitude et longitude,équinoxe et solstice etc...( géographie physique sortie des programmes car le déterminisme physique= danger de droite , nature et culture débat droite-gauche).Et même dans les épreuves d'agrégation externe de géo , on a supprimé il y a 15 ans environ les questions de géographie zonale pour mettre de la géographie thématique ...Tout un symbole: le monde est un village, les zones géographiques quelle horreur!
Lafayette 68
- 27/11/2016 - 08:55
@Brighelli
100% d'accord avec votre commentaire. Une absente : la géographie et la perte des repères dans l'espace volontairement programmée , dans le même état d'esprit que la perte des repères dans le temps.
40 ans d'enseignement (collège puis lycée) .
Leucate
- 26/11/2016 - 22:14
@Benvoyons - je ne sais pas qui est le c..
Les gaulois n'étaient pas les brutes hirsutes que l'histoire ancienne nous enseignait, ils étaient en contact avec le monde grec puis romain depuis très longtemps et ils commerçaient avec.
Mais ils ne nous ont rien laissé, d'autant que, dès après Alesia, les gaulois pro-romains n'ont eu de cesse que d'abandonner leurs cités pour en construire d'autres plus belles et plus pratiques, à la romaine et de se lancer dans la "dolce vita".
Dans la réalité, la transition entre l'époque gauloise celtique et l'époque gallo-romaine a été très brève, à peine une génération pour les tribus et fédérations proches des romains - on ne parle pas de la tribu aux fins fonds de l'armorique coincée entre les camps de Babaorum et Petibonum.
Les villes se sont construites selon les plans romains, les dieux celtes se sont assimilés aux dieux romains qui eux-même s'étaient identifiés aux dieux grecs de la mythologie, et les légions gallo-romaines ont assuré la garde de la frontière germanique.
Les gaulois en réalité n'ont rien laissé parce qu'ils n'écrivaient pas, mais ils ont transmis au monde antique méditerranéen certaines techniques en matière agricole ou dans d'autres domaines tels les tonneaux.