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Fillon, la révolution conservatrice : pourquoi il s'agit de bien plus que d’un gadget médiatique pour commenter une dynamique électorale surprise
Publié le 25 novembre 2016
Attaqué de toutes parts pour son "conservatisme", qu'il dément, François Fillon semble avoir poussé encore plus loin le projet de Nicolas Sarkozy de reformer une culture politique hors de celle de 1945 ou 1968, toutes deux propres à la gauche. C'est ce qui explique souvent l'incompréhension de nombre des commentateurs : la droite est de retour.
Jean-Philippe Vincent, ancien élève de l’ENA, est professeur d’économie à Sciences-Po Paris. Il est l’auteur de Qu’est-ce que le conservatisme (Les Belles Lettres, 2016). 
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Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www...
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Attaqué de toutes parts pour son "conservatisme", qu'il dément, François Fillon semble avoir poussé encore plus loin le projet de Nicolas Sarkozy de reformer une culture politique hors de celle de 1945 ou 1968, toutes deux propres à la gauche. C'est ce qui explique souvent l'incompréhension de nombre des commentateurs : la droite est de retour.

Atlantico : En remportant haut la main le premier tour sur un programme de rupture, François Fillon semble prendre le flambeau de la révolution conservatrice initiée par Nicolas Sarkozy quelques années plus tôt, en poussant plus loin que l'ancien président. En quoi son succès s'explique-t-il par la synthèse radicale qu'opère l'ancien Premier ministre entre conservatisme et libéralisme ? 

Eric Verhaeghe : Il me semble que le premier facteur de succès tient à la "discrétion" de la campagne de Fillon. Contrairement à Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé, Fillon n'a pas été adoubé par les médias subventionnés qui lui ont d'ailleurs accordé peu d'importance et ont beaucoup contribué à la sous-estimation de son résultat final. Rétrospectivement, ce fut une chance pour Fillon, car il est apparu comme le candidat qui n'émane pas du "système". Cette expression n'a pas forcément beaucoup de sens, mais elle dit bien ce qu'elle veut dire. Au fond, la meilleure garantie d'honnêteté et de sincérité est aujourd'hui donnée par la méfiance que vous inspirez aux medias. Ce fut le cas de Fillon et la crédibilité de sa synthèse tient largement à cette étrange caractéristique. Elle emporte en effet une multitude de significations. En particulier, elle est la preuve que le candidat n'est prisonnier ni de l'idéologie européiste, ni de la bienpensance. De ce point de vue, Fillon a marqué des points. Sa relative solitude médiatique a nourri l'image d'un homme honnête, intègre, capable de mettre en pratique son programme, loin de ce populisme snob qui caractérise notre classe politique actuelle. Sa synthèse s'appuie sur cette apparente indépendance, qui l'autorise à la fois à un conservatisme certain sur les questions de société, et à un libéralisme économique qui se traduit par ses propositions sur la dépense publique ou sur la stratégie de réformes administratives et techniques. 

Jean-Philippe Vincent : J’éviterais absolument de parler de “révolution conservatrice” en ce qui concerne tant Nicolas Sarkozy que François Fillon. D’une part, les conservateurs estiment que leur pensée n’est pas une “révolution contraire”, mais “le contraire d’une révolution”. Il n’y a rien de plus opposé à l’esprit conservateur que le discours révolutionnaire. D’autre part, historiquement, “la révolution conservatrice” a été un mouvement politique de l’Allemagne de Weimar. Ce mouvement faisait l’apologie d’un Etat ultra-fort, technocratique, agnostique ou athée, dirigiste en économie. Bref le contraire d’un vrai mouvement conservateur, réformant à bon escient pour préserver le meilleur de la tradition. La référence “révolution conservatrice” est donc très suspecte.

Que perdent ou ne voient pas les médias et observateurs qui considèrent, comme l'a dénoncé Alain Juppé, qu'il s'agit là d'une candidature "traditionaliste" ? En quoi cette "révolution conservatrice" a-t-elle pris politiquement et pas encore médiatiquement ?

Jean-Philippe Vincent : Ce qui fait le succès de la candidature Fillon, c’est précisément qu’elle n’est pas un traditionalisme. Le traditionalisme est une nostalgie du passé. Le conservatisme, lui, est totalement ancré dans le présent : il est le contraire d’une nostalgie. L’intention de base du conservatisme c’est de réformer à temps pour éviter les situations de rupture révolutionnaire et garantir la continuité politique, culturelle et sociale. Cela correspond à une attente profonde du peuple français et il n’est pas étonnant que beaucoup de médias ne l’aient pas compris. Il faut noter que la demande de conservatisme des Français, historiquement, a eu tendance à se manifester dans les moments de crise aiguë du pays: 1870 et 1958, par exemple.

Eric Verhaeghe : Les médias peinent à discerner les dynamiques nouvelles dans le monde, à l'extérieur de la France comme à l'intérieur. Or, il existe en France une dynamique nouvelle profonde qui modifie probablement durablement notre paysage politique. Après plusieurs mois d'état d'urgence et de menace terroriste, après plusieurs années d'implosion de notre société soumise au diktat du vivre ensemble sans aucune visée collective claire, après plusieurs années de crise économique douloureuse, une classe sociale prend forme: celle d'une bourgeoisie industrieuse, patriote, qui souhaite un redressement et qui fait face à la concurrence internationale sous l'effet d'une réglementation défavorable et même plombante. Cette bourgeoisie industrieuse veut changer les règles, car elle comprend qu'elle combat à armes inégales avec l'étranger et qu'elle sert la soupe à une nomenklatura arrogante et incompétente. 

La révolution conservatrice française prend forme sur ce terreau : celui d'une remise en cause interne de la règle du jeu. Celui d'une aspiration à une régénération radicale des élites, par un appel d'air qui mettra les bobos de côté et favorisera l’avènement d'un autre système, peut-être d'un autre régime. Celui d'une acceptation directe d'un certain nombre de valeurs collectives, notamment des valeurs patriotiques. Incontestablement, la révolution conservatrice, c'est accepter ce que nous sommes et le dire, sans sentiment de transgression ni de révolte. 

Aller contre cet adversaire médiatique et idéologique semble permettre par ailleurs à ce conservatisme de s'affirmer, comme ce fut le cas lors du recadrage de Charline Vanhoenacker peu avant le premier tour de la primaire. Le geste avait beaucoup été apprécié à droite. Jusqu'où peut aller François Fillon sur cette ligne de rupture d'un point de vue idéologique ? Peut-il être le Gramsci de la droite  ?

Jean-Philippe Vincent : François Fillon, pour réussir, a besoin de montrer que ce qu’il propose constitue “la nouvelle alliance du conservatisme et du libéralisme”. Il doit essayer de montrer que ce que le conservatisme et le libéralisme (pris isolément) ne peuvent réussir est possible, réalisable si l’on sait les allier. Ce conservatisme libéral est une tradition de la philosophie politique et de la politique françaises. Des penseurs  comme Renan, Taine, Prévost-Paradol étaient sur cette ligne à la fin du XIXe siècle. Et je rappelle qu’un des principaux livres de Renan s’intitulait: “la Réforme intellectuelle et morale” (1871). Les mots ont un sens.

Eric Verhaeghe : Je n'ai pas perçu que c'était une ligne de rupture. François Fillon a eu le mérite, ce jour-là, de mettre en exergue les contradictions qui animent les bobos qui colonisent et accaparent la télévision aujourd'hui. Personnellement, je suis toujours étonné d'entendre dans leur bouche de grandes considérations sur la démocratie, contre le poujadisme, contre le populisme et, dans le même temps, une sorte de dénigrement systématique et de réduction de tout à la moquerie et à l'ironie, toujours orientée de la même façon. Dites que vous aimez la solidarité, et tout le monde applaudit. Dites que vous êtes pour l'effort, et vous devenez le pire facho. Comment voulez-vous que, dans ces conditions de dénigrement et de partialité, dans cette espèce de dispositif où la dérision est à sens unique, les auditeurs prennent la politique au sérieux, ou, en tout cas, prennent les médias au sérieux. Sur ce point, Fillon ne rompt pas, mais se présidentialise. Il rappelle les règles du prestige propre à la fonction. Il envoie à une dignité perdue dans la République. Et l'une des clés de son succès, c'est bel et bien cette capacité au prestige, à la dignité républicaine. 

A quelle résistance François peut-il s'attendre de la part de ses adversaires idéologiques ? Quelle stratégie peut-il mettre en place contre eux ?

Jean-Philippe Vincent : Les adversaires de François Fillon vont essayer de montrer que ce qu’il propose est contraire à la fameuse “tradition républicaine française”, sans définir d’ailleurs en quoi elle consiste. Ce procès en suspicion a déjà commencé: on laisse presque entendre que François Fillon n’est pas un “authentique républicain”. Quelle peut être sa stratégie? Montrer, exemples historiques à l’appui, qu’il s’inscrit totalement dans une tradition très française (et républicaine”: celle du conservatisme libéral.

Eric Verhaeghe : Fillon constitue un danger pour l'establishment parce qu'il n'est pas contrôlable et qu'il pourrait effectivement changer la donne. Pour les gens du système, cette dimension-là constitue une menace, dans la mesure où elle pourrait mettre en cause des rentes et des privilèges acquis. Le projet de supprimer 500.000 emplois de fonctionnaires constitue par exemple une sorte de provocation pour tous ceux qui sont visés et sont convaincus de beaucoup travailler. Pour tous ceux qui se sentent mis en danger par ce programme, la réponse sera "à la vie à la mort". Fillon peut donc s'attendre à une campagne hostile sans compromis qui tapera sur tous les sujets, de l'avortement jusqu'à la Russie. Pour Fillon, la meilleure riposte consiste à améliorer encore sa présidentialisation en se situant au-dessus de la mêlée. L'appel de plusieurs dizaines de parlementaires à une campagne digne constitue probablement sa riposte la plus habile. 

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lafronde
- 24/11/2016 - 17:50
Lutte des classe, encore et toujours
J'ai en particulier apprécié cette idée d'Eric Verhaeghe de changer la classe dirigeante : "une classe sociale prend forme: celle d'une bourgeoisie industrieuse, patriote, qui souhaite un redressement et qui fait face à la concurrence internationale sous l'effet d'une réglementation défavorable et même plombante. Cette bourgeoisie industrieuse veut changer les règles, car elle comprend qu'elle combat à armes inégales avec l'étranger et qu'elle sert la soupe à une nomenklatura arrogante et incompétente." Cette bourgeoisie industrieuse est un classe sociale indispensable à la prospérité de la Nation. Par contre la classe jacassante de rhéteurs politiques et mediatiques est une élite inutile, comme jadis l'aristocratie française marginalisée et stipendiée par le système de Cour. Pour votre emploi demain, votre fiscalité d'entreprise ferez-vous confiance aux rhéteurs ou aux industrieux ? Sortons la classe jacassante, elle nous ruine !
lafronde
- 24/11/2016 - 17:33
Comment se passer de l'Etat obèse ?
@edac44 Vous posez les bonnes questions : où réduire les dépenses ? et comment diminuer le nombre de fonctionnaire ? Les réponses sont aisées : comment faisait-on avant l'Etat-Providence pour les solidarités ? comment font les pays concurrents avec un Etat moins dépensier et des fonctionnaires moins nombreux ? Donc c'est possible ! En premier lieu, supprimer un poste de fonctionnaire n'est nullement supprimer le poste-métier sous-jacent. Tout fonctionnaire ayant un métier utile à la Société se verra proposer (par le marché ou la réforme publique) un poste (ou plusieurs) mais avec un statut de salarié, dans les agences qui prendront en charge ces mission de service public : administration territoriale, transports, secteur public, enseignement, hôpitaux. Il n'y a pas suppression d'emploi, mais suppression d'un statut inutile et privilégié. Passons à la dépense : la priorité est d'abolir les droits-créances qui génère un budget social non financé, et ruineux. Et les pauvres ? Ils passeront de l'assistanat au travail en entreprise, avec moins de fiscalité pour booster l'économie. Les solidarités nécessaires doivent être rapatriées en local, pour éviter l'oisiveté et les gaspillages.
vangog
- 24/11/2016 - 17:28
Les fonctionnaires travaillant dans les bureaux...
sont ceux qui sont submergés par les nombreuses procédures UMPSECOLOCOCOs qui leur ont été imposées, depuis trente ans d'accumulation imbécile...ils ne sont pas ceux travaillant sur le renseignement ou sur le sur le pistage du terrorisme sur internet...Si quelqu'un parvient à ôter aux policiers cette paperasserie inutile, tant mieux! et il y a beaucoup de temps de travail à gagner...