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© Reuters
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Clivage dangereux

Traumatisme post-attentats : le fossé entre ceux que l'islam inquiète et ceux qui se sentent victimes de stigmatisation est profond

Publié le 18 novembre 2016
Il y a un an, le djihad frappait la France, tuant 130 personnes. Depuis, la situation s'est presque nécrosée. Les non-musulmans vivent dans l'angoisse de l'islam tandis que les musulmans se sentent pointés du doigts. Un coup de force de l'EI, qui vise à cliver la société.
Malik Bezouh est président de l'association Mémoire et Renaissance, qui travaille à une meilleure connaissance de l'histoire de France à des fins intégrationnistes. Il est l'auteur des livres Crise de la conscience arabo-musulmane, pour la...
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Il y a un an, le djihad frappait la France, tuant 130 personnes. Depuis, la situation s'est presque nécrosée. Les non-musulmans vivent dans l'angoisse de l'islam tandis que les musulmans se sentent pointés du doigts. Un coup de force de l'EI, qui vise à cliver la société.

À Paris, ce 3 décembre 1983, la "marche des beurs" réunissait plus de 100 000 manifestants. Parti de Marseille le 15 octobre de la même année, le  mouvement, composé d’une quarantaine de militants, n’eut de cesse de prendre de l’ampleur au fur et à mesure de son long périple. Les revendications des marcheurs, légitimes au demeurant, étaient qu’il soit mis un terme aux discriminations ainsi qu’aux aux ratonnades, parfois mortelles, qui affligeaient si cruellement les enfants issus de l’immigration maghrébine. 

À l’époque, aucune revendication, ou presque, à caractère cultuel ; et pour cause ! L’islam, au tout début des années 80 demeurait la religion des anciens, des "vieux", pratiquée tantôt à la maison, loin des regards indiscrets, tantôt dans de petites salles de foyers Sonacotra, pour travailleurs immigrés. Cela est si vrai qu’un journal enquêtant sur les motivations politiques des marcheurs réussit, non sans peine, à mettre la main sur un jeune homme reconnaissant qu’il avait rejoint les marcheurs au nom de la défense des valeurs musulmanes. Le journal titra son article, sur ce surprenant français musulman, de la façon suivante : "Un ovni chez les beurs"...

>>> A lire aussi : 13 novembre 2015, un an après : le contexte, les progrès, les échecs

Plus de trois décennies se sont écoulées depuis cette fameuse "marche des beurs". Et force est de constater que les "ovnis" n’en sont plus vraiment tant il est vrai que leur nombre à explosé ! Pis encore. Certains d’entre-eux, certes ultra-minoritaires, versent, à présent, dans le takfirisme, un islam ultra-violent, intolérant au possible et dont l’essence première est l’excommunication de tout musulman n’adhérant pas à leur vision mortifère de l’islam. Quant aux occidentaux, ils sont considérés, par ces mêmes takfiristes, comme des croisés, inféodés au sionisme mondial, cet hydre infâme caressant l’espoir de dominer le monde musulman et d’abattre l’islam. Quant à la France, encore groggy par les attentats jihadistes qui l’ensanglantèrent en novembre 2015, elle n'en finit plus de panser ses plaies.

La question qu’il convient de se poser, après ces terribles épreuves qui ont profondément traumatisé notre pays, est la suivante : comment est-on passé de la "marche des beurs", pacifique et citoyenne, à cette furie takfiriste

À la vérité, c'est un processus complexe que l’on va tenter de cerner sans nous perdre dans des considérations par trop complexes. Deux éléments de réponse peuvent être mis en avant. Le premier, purement hexagonal, concerne notre relation à l’islam de France ; le second, plus lointain géographiquement, est en lien avec le monde arabe se consumant de temps immémorial...

Les travaux du sociologue Hugues Lagrange, directeur de recherche au CNRS, apportent de nombreux éclairages sur les causes de ce processus d’"islamisation", identitaire  ou profond, d’une fraction des jeunes français issus de l’immigration nord-africaine et africaine. En effet, ces travaux ont démontré l’existence d’une corrélation entre l'échec scolaire, les discriminations, etc., et l’importance accordée à la religion. Ainsi, à défaut d’un avenir terrestre, certains jeunes se sont construits un "avenir céleste" en s’ouvrant de nouveaux horizons marqués au coin de la spiritualité. Il s’agit donc d’une ré-appropriation des valeurs religieuses diffusées, par ailleurs, par les différents courants musulmans mondiaux, souvent concurrents : salafisme saoudien, tabligh, islamisme d’inspiration frérique, etc. Ces mêmes travaux ont permis de constater l’existence d’un facteur culturel lié au sentiment de relégation sociale, très prégnant chez les jeunes français musulmans de seconde ou de troisième génération. Sentiment qui en poussent quelques-uns à se détourner de la culture européenne perçue comme hostile à leur égard. De façon plus globale, on constate aussi un repli sur les fondamentaux communautaires ou identitaires chez les jeunes juifs, surtout ceux issus du monde séfarade. Bref, c’est une tendance générale qui, de la même façon, touche la France catholique ; phénomène observé lors des manifestations monstres contre le mariage homosexuel...

Abordons l’autre élément de réponse à présent. Il s’agit de l’islam qui, depuis le triomphe des conservateurs religieux - aux XIIIe siècle - sur les mutazilites, porteurs d’un islam  rationaliste, est en crise. Crise prolongée et entretenue par les théologiens musulmans classiques, héritiers d’une interprétation archaïque, vermoulue, des Textes de l’islam. Promoteurs d’un islam englué dans un fatras de jurisprudences, toutes plus désuètes les unes que les autres, ils ont fait le lit de l'intégrisme musulman contemporain. Cet intégrisme religieux, encore latent, va trouver le moyen de s’exprimer à travers les interventions désastreuses de l’ex-URSS en Afghanistan et des États-Unis en Irak, causant chacune la mort de centaines de milliers de civils et, par ricochet, l’irruption d’Al-Qaïda, des talibans et de DAECH, respectivement. Le salafisme révolutionnaire est né. Il attirera vers lui des centaines d’âmes françaises perdues venues combattre au nom de l’islam, dernière cause encore disponible sur le marché, après l’effondrement du bloc communiste. Ce salafisme révolutionnaire permettra, aussi et surtout, d’épancher tout le mal-être de ces âmes à la dérive, en quête de Dieu sait quel idéal que l’Occident hédoniste, matérialiste et consumériste n’offre plus. Enfin, le maintien des régimes arabes despotiques, régnant par le crime politique, la terreur policière et la corruption, a aggravé considérablement la maladie jihadique. En effet, ces régimes vont empêcher l’émergence d’une culture réformiste, respectueuse de l'altérité et démocratique qui aurait pu jeter les bases d’un processus de sécularisation et, par suite, amarrer l’islam à une modernité endogène, non copiée sur un Occident jadis croisé, hier colonisateur et aujourd'hui babylonien ; du moins est-ce ainsi qu’il est perçu par une large partie de l’opinion arabe.

En résumé, l’on serait tenté de dire qu’entre "la marche des beurs" de décembre 1983 et la furie jihadiste qui a ensanglanté la France en novembre 2013, deux crises ont fait leur apparition : la crise neurasthénique d’un Occident à bout de souffle et la crise de conscience d’un monde arabo-musulman déliquescent. 

Nos candidats français au jihad, issus de l’immigration maghrébine et sub-sahélienne, sont à l’interface de ces deux crises : celle de la conscience arabo-musulmane, bien entendu, et celle de la France, en proie à des difficultés de tout ordre – sociales, économiques, morales, identitaires... – et assumant, non sans peine, son arabo-islamité, élément constitutif de sa nouvelle identité.

Que s'est-il passé en France depuis ?  L’apparition d’une sorte de névrose nationale caractérisée d’une part par l’émergence d’une angoisse lancinante taraudant les citoyens français non musulmans vis-à-vis de l’islam et, d’autre part, par l’exaspération croissante des français musulmans qui se sentent montrés du doigt. Et c’est là tout l’objectif de l’organisation takfiriste DAECH dont le dessein est la fracturation des sociétés européennes où vivent des communautés musulmanes. Le terrorisme n’étant qu’un moyen.

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Olivier62
- 14/11/2016 - 16:05
A qui la faute ?
Les immigrés musulmans n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes. Ce pays les a accueillis, logés, nourris, éduqués, soignés, subventionnés (RSA et innombrables allocations - au fait combien ont un emploi ?). En échange on ne reçoit qu'attentats et délinquance. Il ne tenait qu'à eux de s'intégrer et de participer à la vie de la nation. Maintenant si c'est vraiment insupportable de vivre en France, l'Algérie voire même la planète Mars, est là qui leur tend les bras... Les français de souche ne leur ont demandé ni de venir, ni de rester.
Paul Emiste
- 13/11/2016 - 18:11
J´ai la solution.
Tous ceux qui se sentent mal en France repartent dans un pays musulmans de leur choix, où ils seront beaucoup plus heureux qu´ici.
Deneziere
- 13/11/2016 - 17:59
Et les deux causes principales sont encore passées sous silence
1/ Tous les peuples n'ont pas vocation à se mélanger en toutes quantités. Si c'était le cas pour les Arabes et les Européens, alors, l'Algérie serait encore française. 2/ La repentance et la bien-pensance ont légitimé cette fracturation en promouvant ad nauseam l'idéologie victimaire post-coloniale. Et Monsieur Bezouh nous ressort des discriminations fantasmées (ou carrément auto-entretenues par les arabo-musulmans eux-mêmes), et des soi-disant ratonnades en 1983... vingt ans après qu'elles aient disparu.