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A mesure que les perspectives économiques des classes populaires et moyennes se détériorent, la population se radicalise.
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A mesure que les perspectives économiques des classes populaires et moyennes se détériorent, la population se radicalise.
Pas si vite

Ce méchant problème politique qui empoisonnera longtemps les démocraties bien après la chute probable de Donald Trump et autres populistes occidentaux

Publié le 21 octobre 2016
Si Donald Trump et les autres figures populistes occidentales perdent lors des prochaines élections, les partis traditionnels, très liés aux intérêts des élites, resteront confrontés à un défi majeur : la colère et l'insatisfaction grandissantes des perdants de la mondialisation. Ainsi, à mesure que les perspectives économiques des classes populaires et moyennes se détérioreront, la population se radicalisera.
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Si Donald Trump et les autres figures populistes occidentales perdent lors des prochaines élections, les partis traditionnels, très liés aux intérêts des élites, resteront confrontés à un défi majeur : la colère et l'insatisfaction grandissantes des perdants de la mondialisation. Ainsi, à mesure que les perspectives économiques des classes populaires et moyennes se détérioreront, la population se radicalisera.

Atlantico : Dans quelle mesure la montée des figures populistes, telles que Donald Trump aux Etats-Unis, est-elle le symptôme de la paupérisation des classes moyennes et inférieures sous l'effet de la mondialisation ?

Christophe Bouillaud : En réalité, les électorats des partis émergents dits populistes ne s'en sortent pas si mal. La partie la plus paupérisée de la population dans les pays occidentaux a tendance à ne pas participer à la vie électorale. Les partisans des partis populistes sont donc relativement insérés dans la vie économique et sociale mais, soit ils ont peur de perdre cette insertion, soit ils doivent se battre bec et ongles pour conserver le statut économique et social qu'ils avaient acquis.

Par ailleurs, l'aspect économique est sans doute une partie de l'explication mais n'est pas toute l'explication. On retrouve dans la plupart de ces mouvements dits populistes (surtout lorsqu'ils sont situés à droite) une forte composante machiste et xénophobe. L'électorat de Donald Trump en particulier est un électorat très masculin, à la fois dans sa composition et, si j'ose dire, dans ses valeurs. Il n'est pas nécessaire d'insister sur son extraordinaire niveau de xénophobie à l'encontre des Mexicains par exemple et de racisme à l'encontre des Afro-Américains. Ainsi, il y a un mélange détonnant de peur économique et de sentiment de déclassement des individus de sexe masculin les plus traditionnels.

Alexandre Delaigue : On parlait avant de pays du Nord et de pays du Sud, les premiers toujours plus riches et les seconds toujours plus pauvres ; on déplorait la croissance des inégalités mondiales. Cette grille de lecture n'est plus pertinente. La sortie de masses de gens de la pauvreté dans les pays pauvres d'Asie (Chine et Inde en particulier) a fait reculer les inégalités mondiales pour la première fois. Mais ce gain de la mondialisation n'a pas eu que des avantages : il a coïncidé avec la croissance des revenus des 1% les plus riches et avec la stagnation des classes populaires des pays du monde développé. Et cette stagnation a des conséquences politiques : elle crée des gens qui ont le sentiment d'être les laissés-pour-compte de la mondialisation. Ce sont ces gens qui nourrissent les votes protestataires, même si la grille de lecture économique n'est pas la seule pertinente. Mais les partisans du Brexit, les gros bataillons d'électeurs de Trump, ou du Front national en France, se trouvent dans ces catégories sociales que l'on qualifie parfois, non sans mépris, de "petits blancs" : des gens qui voient leur environnement social se dégrader sous l'effet des fermetures d'usines, qui redoutent la concurrence des immigrés sur le marché du travail et ne trouvent que peu d'intérêt dans la multiplication de restaurants ethniques, le multiculturalisme des grandes capitales et la libéralisation des moeurs. Ils ont le sentiment que leur situation se dégrade et qu'ils sont méprisés.

Alors que des élections vont prochainement se dérouler dans certains pays occidentaux (Etats-Unis, France, Allemagne) une défaite des populistes ne risque-t-elle pas de procurer un soulagement de courte durée ? Si les partis traditionnels continuent de négliger ces perdants de la mondialisation - et leurs revendications -, quelles pourraient être les conséquences politiques de long terme ?

Christophe Bouillaud : Les perdants de la mondialisation sont représentés par l'ensemble des classes populaires et par une bonne partie des classes moyennes. Pour l'instant, il n'y a qu'une fraction de ce large segment de la population qui se dirige vers le populisme extrémiste de droite, probablement d'ailleurs parce qu'elle avait des caractéristiques spécifiques qui expliquent que sa colère se soit orientée de ce côté-là de l'échiquier politique.

Une partie des revendications des perdants de la mondialisation sera probablement prise en compte, notamment celle portant sur la limitation de l'immigration. En Grande-Bretagne, c'est d'ailleurs l'un des points forts du programme de Theresa May, qui promet une limitation assez forte de l'immigration dans le Royaume-Uni de quelque nature qu'elle soit. Il me semble que l'attitude d'Angela Merkel vis-à-vis des migrants est assez similaire : la pression de l'électorat de l'AfD l'a poussée à un changement de position assez net. De la même manière qu'en France, la pression du Front national joue sur les politiques migratoires depuis des années.

En revanche, il me semble évident qu'à mesure que les perspectives économiques des classes populaires et moyennes vont se détériorer, la population va se radicaliser, allant chercher dans les extrêmes ou dans des partis nouveaux des solutions. Les partis traditionnels auront très probablement beaucoup de difficultés à répondre aux attentes de ces perdants car ils sont eux-mêmes extrêmement liés aux intérêts des gagnants. Là encore, on peut prendre l'exemple britannique : Theresa May dirige un parti conservateur, qui est le protecteur naturel de la City de Londres et voudrait désormais dans le même temps défendre les intérêts des citoyens britanniques qui n'ont aucun lien avec la City...

 

Cette opposition d'intérêt sera, à mon sens, extrêmement difficile à résoudre pour les partis traditionnels.

Dans une interview donnée au Washington Post au mois de juin dernier, Hillary Clinton reconnaissait que la mondialisation avait fait des perdants et que ceux-ci se tournaient dès lors vers les populistes comme Donald Trump. La "solution" n'est-elle pas, enfin, que les partis de gouvernement prennent en compte les dégâts qui ont été effectivement causés par la mondialisation ? En quoi le déni alimente-t-il la poussée populiste ?

Branko Milanovic : Il me semble contre-productif de nier l'évidence. Il est encourageant de voir qu'Hillary Clinton en a pris conscience et qu'elle reconnaisse - au moins verbalement - la réalité (bien qu'on puisse douter qu'elle fasse quoi que ce soit contre ce phénomène dans la mesure où sa campagne est fortement financée par les milieux d'affaires). Pour accroître leur viabilité, les principaux partis politiques pourraient reconnaître qu'un groupe significatif d'individus connaît très peu d'augmentation réelle de revenus et lancer des politiques de redistribution (augmentation de la taxation des héritages, subventions à ceux qui possèdent un petit capital, facilitation de l'accès à l'éducation) qui permettraient à la fois d'augmenter les revenus des "perdants" et de réduire l'écart séparant les classes moyennes des élites. La réduction du coût exorbitant de l'éducation est particulièrement importante aux Etats-Unis (mais aussi en Europe). En effet, payer pour l'éducation des enfants devient de plus en plus hors de portée, même dans les familles où les deux parents sont des travailleurs de la classe moyenne. Rien n'a été fait à ce sujet. Mais il est très difficile de prendre des mesures dans ce sens quand les élites contrôlent les partis politiques dans pratiquement tous les pays au travers des financements et de ce que Gramsci appelait l'hégémonie (l'emprise idéologique).

Concrètement, quel impact la mondialisation a-t-elle eu sur le niveau de vie et les revenus des classes moyennes et inférieures des pays occidentaux ?

Jean-Marc Siroën : Depuis une vingtaine d’années, les inégalités ont augmenté dans les pays occidentaux (plus d’ailleurs les inégalités de patrimoine que les inégalités de revenu). Cela n’implique pas une diminution du revenu et du niveau de vie des classes moyennes et inférieures. Dans les faits, c’est plus une stagnation qu’une régression qui a été observée en moyenne, ce qui n’a pas empêché une partie de la population d’affronter une plus grande précarité, voire une chute dans la pauvreté. La mondialisation a été concommittante avec cette évolution. L’ouverture au commerce des pays à faible coût de main-d’œuvre a en effet conduit les pays occidentaux à délocaliser certaines activités à fort contenu en travail peu qualifié. En contrepartie, les pays occidentaux ont investi dans la conception, l’ingénierie ou les services à forte valeur ajoutée, autant d’activités exigeantes en travail qualifié et en capitaux, ce qui a favorisé les classes supérieures. La mondialisation financière a, par ailleurs, favorisé des crises économiques qui, en accélérant des restructurations conduisant à des licenciements ou des baisses de salaires, ont davantage touché les classes inférieures. Mais la mondialisation n’est pas la seule à devoir être mise en cause : un progrès technique extrêmement rapide, très demandeur de travailleurs qualifiés, l’épuisement du syndicalisme et de l’Etat-Providence, l’inefficacité de systèmes éducatifs préparant mal aux mutations, une mobilité inter-professionnelle, incantatoire mais peu favorisée, sont aussi des causes de cette rupture historique où les nouvelles générations ont maintenant peu de chance d’améliorer leur situation par rapport à celle de la génération qui l’a précédée.

Au regard de l'expérience, des résistances de la population, quel pourrait être un chemin "raisonnable" permettant de concilier la mondialisation avec les aspirations des classes moyennes occidentales ?

Branko Milanovic : Pour que la mondialisation soit compatible avec les intérêts des classes moyennes, ou du moins pour que les classes moyennes (ou ouvrières) occidentales soient moins activement opposées à la mondialisation, des politiques nationales de redistribution doivent être mises en place. Cela ne signifie pas uniquement plus d'impôts pour les riches et plus de redistribution, mais le recours à des politiques de long terme en faveur d'un élargissement de la propriété du capital (après tout, c'est bien Margaret Thatcher qui a parlé de "capitalisme populaire" au début de la mondialisation). Ces politiques devraient également viser à égaliser les niveaux d'éducation, et probablement à introduire des revenus de base garantis par la citoyenneté. Ce dernier point requiert néanmoins une nouvelle approche des politiques migratoires car garantir un revenu significatif (en termes universels) à tous les résidents d'un pays riche pourrait davantage exacerber la migration extra-européenne. C'est pourquoi je suis favorable à l'introduction de plusieurs catégories de résidents (une "citoyenneté graduelle") et au fait d'avoir des migrants qui seraient des travailleurs temporaires tenus de rentrer dans leurs pays d'origine après une période donnée.

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Commentaires (17)
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valencia77
- 23/10/2016 - 08:42
bien que
avec un RDB on pourrait se consacrer aux sports de plein air, kayak, escalades, randonnes, tir, entrainement des milices patriotiques.
valencia77
- 23/10/2016 - 08:38
revenu de base?
foutez tout les immigres hors de France. Il y aura du travail pour tous, les impots pourront etre reduit et les salaires augmentes grace au reductions des couts administratifs des entreprises. Ah, aussi, control des naissances pour limiter la taille de la population. Mais d'abord, eliminez les immigres inutiles.
Jardinier
- 22/10/2016 - 09:37
Pour prendre un exemple,
Le revenu de base de Nathalie Koscuisko-Morizet, qui est un revenu pour tous compensé par la suppression du RSA et d'autres politiques solidaire et joint à la liberté de s'enrichir via la flat tax fait clairement partie du second (même si j'aimerai savoir comment elle le finance en en supprimant que cela), alors que la proposition de Sarkozy d'un revenu de solidarité limité à 75% du smic fait clairement partie du premier.