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La disqualification du pouvoir politique sur ces questions de sécurité vient du fait qu'une majorité de Français a l'impression que l'État a perdu la main et ne maîtrise plus rien.
Rébellion

Derrière la colère des magistrats vis-à-vis de François Hollande, un pouvoir politique qui perd de plus en plus le contrôle du pays et de ses corps intermédiaires

Publié le 14 octobre 2016
Les récents propos de François Hollande sur l'institution judiciaire ont suscité une levée de boucliers de la part des magistrats français. Entre la société civile et le pouvoir politique, la rupture déjà visible depuis plusieurs années semble s'accentuer de jours en jours.
Paul-François Paoli est l'auteur de nombreux essais, dont Malaise de l'Occident : vers une révolution conservatrice ? (Pierre-Guillaume de Roux, 2014), Pour en finir avec l'idéologie antiraciste (2012) et Quand la gauche agonise (2016). En 2018, il...
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Paul-François Paoli
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Paul-François Paoli est l'auteur de nombreux essais, dont Malaise de l'Occident : vers une révolution conservatrice ? (Pierre-Guillaume de Roux, 2014), Pour en finir avec l'idéologie antiraciste (2012) et Quand la gauche agonise (2016). En 2018, il...
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Les récents propos de François Hollande sur l'institution judiciaire ont suscité une levée de boucliers de la part des magistrats français. Entre la société civile et le pouvoir politique, la rupture déjà visible depuis plusieurs années semble s'accentuer de jours en jours.

Atlantico : Suite aux révélations de François Hollande dans le livre Un président ne devrait pas dire ça, où il qualifiait notamment la Justice comme une "institution de lâcheté", les magistrats se sont insurgés contre de tels propos, le premier président de la Cour de Cassation Bertrand Louvel parlant même de "problème institutionnel" et appelant à une "émancipation de la tutelle de l'exécutif". En quoi ces frictions "structurelles" entre la Justice et le président de la République témoignent de relations de plus en plus distendues entre les institutions et le pouvoir politique ? Quels sont les autres exemples de perte de contrôle du pouvoir politique que cette "rébellion" de l'institution judiciaire est venue illustrer ? Dans quelle mesure la société civile est-elle aussi touchée par ce phénomène de "non-reconnaissance" du pouvoir politique ?

Paul-François Paoli : Un exemple flagrant d'impuissance du pouvoir politique peut être trouvé dans ce qui vient de se passer dans le quartier de la Grande Borne à Viry-Châtillon et cette attaque contre des policiers. Il est stupéfiant de constater à quel point le langage tenu par le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve n'est absolument pas adapté à la gravité de la situation. Il a parlé de "sauvageons" qui s'étaient "comportés lâchement". Or, ce n'est pas une agression de jeunes sauvageons qui s'est passée, mais un acte de guerre. Des gens sont venus pour tuer des fonctionnaires de police, un acte d'une violence extrême. Là encore, nous voyons un représentant du pouvoir utiliser une sorte de sémantique complètement inadaptée. C'est Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'Intérieur, qui avait utilisé ce terme de "sauvageons". À l'époque, tous les fonctionnaires du politiquement correct et du médiatiquement correct lui étaient tombés dessus pour avoir utilisé ce mot ! Mais aujourd'hui, ce mot n'est plus du tout adapté. Nous avons affaire à des gens qui sont des criminels, que ce soit à Marseille, à la Grande Borne, etc. Nous avons un ministre qui tient des discours complètement gnangnans, inoffensifs. Nous avons des gens qui ont peur de leur ombre.

La disqualification du pouvoir politique sur ces questions de sécurité vient du fait qu'une majorité de Français a l'impression que l'État a perdu la main et ne maîtrise plus rien. Or, comme le disait le général De Gaulle : "en France, si l'État périclite, c'est la nation qui périclite". Il y a en effet en France un lien organique entre l'État et la nation. Si les Français ont l'impression que l'État n'a plus le monopole de la violence légitime, que des groupes de criminels peuvent agir comme ils l'entendent, cela signifie que l'État ne remplit plus ses fonctions. C'est très grave, en particulier dans un pays comme la France, et cela participe à la crise de confiance envers le milieu politique et les représentants de l'État.

La perte de contrôle de l'autorité politique trouve ses racines dans une complète dissociation entre le langage officiel, apaisant, et la violence de la réalité. Un certain nombre d'hommes politiques et de représentants des institutions parlent cette novlangue du vivre-ensemble avec ses stéréotypes que tout le monde connaît et qu'on nous sert du matin au soir : "il ne faut pas faire d'amalgame", "il ne faut pas stigmatiser certaines populations", "il faut éviter de céder à la haine", etc. Or, cette langue, personne ne la parle en privé ! C'est une langue qui est administrée aux citoyens pour nous dissuader de verser dans ce que les médias et les politiques appellent le populisme. Mais cette langue, au contraire, favorise le populisme. Elle encourage l'exaspération par son caractère purement fictif et ses stéréotypes qui sont là pour masquer la violence de la réalité.

Cette langue est parlée par la plupart des hommes politiques, mais pas tous. Nicolas Sarkozy a très bien compris qu'il fallait rompre avec cette sémantique. Il s'oppose à un Alain Juppé qui, lui, parle cette langue. Nicolas Sarkozy veut de son côté parler au nom du peuple et pour le peuple. Je ne sais pas si sa stratégie sera payante, mais je pense que sur le fond il a raison.

Quelles conséquences peut-on attendre dans la société d'une telle crise d'autorité du pouvoir politique (électorales, sociétales, sécuritaires, etc.) ?

Je pense que la grande conséquence à attendre, c'est l'accentuation du clivage politique entre les tenants de ce que j'appelle le "sémantiquement correct" et la langue de l'apaisement (Alain Juppé, François Bayrou, Emmanuel Macron, etc.) et d'autres gens comme Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy, même Bruno Le Maire, qui sont capables de transgresser le "sémantiquement correct". On va voir ce clivage dès le début des débats sur les primaires, et tout va se passer au bout des mots. Mao Zedong disait que le pouvoir est au bout du fusil, en réalité il est au bout des mots. Je pense que les Français ne se reconnaissent plus dans la langue des institutions et dans la langue qui leur est imposée. C'est pour cela que les hommes politiques qui remporteront la mise sont ceux qui vont transgresser cette langue. Aujourd'hui, des intellectuels le font (Eric Zemmour, Michel Onfray, etc.), et les hommes politiques s'y mettront aussi.

Que serait-il possible de faire pour restaurer cette autorité du pouvoir politique selon vous ? Le prochain président de la République qui sera élu en 2017 aura-t-il une responsabilité particulière ?

Pour restaurer l'autorité du pouvoir politique, il faut que ce dernier, tout comme l'État, soit re-légitimé auprès des Français. Le problème, c'est que les institutions et les hommes politiques subissent une érosion de légitimité phénoménale.

Prenons un exemple très simple, à caractère judiciaire. Le débat sur la peine de mort est interdit en France. Il est quasiment criminalisé. Depuis 1981 et la loi de Robert Badinter, il est globalement considéré que la France a fait un bond de civilisation. Mais si vous interrogez les gens, vous constaterez que près de 70% des Français sont pour le rétablissement de la peine de mort. C'est donc un exemple flagrant de dissociations entre les citoyens et le pouvoir politique. Dans une démocratie, cela ne peut pas fonctionner.

On peut prendre d'autres exemples : le regroupement familial, la question du droit du sol, etc. Certains sujets sont tabous en France, et je pense que les hommes politiques qui réussiront à recréer un lien avec les Français sont ceux qui seront capables de transgresser certains tabous. Les hommes politiques sont en train de comprendre qu'il faut suivre la voie de ce que j'appellerais une "transgression positive" (pas pour créer du scandale ou du buzz). Les Français en ont assez de la morale des institutions (le vivre-ensemble, les droits de l'homme, etc.).

On ne peut recréer le lien entre la société civile française et le monde politique que s'ils sont en phase. Comment voulez-vous qu'une représentation soit légitime si elle parle une langue étrangère ?

En ce qui concerne 2017, je pense qu'Alain Juppé est la dernière chance du système et de la France d'en haut. Elle pense qu'il peut sauver les meubles. Personnellement, je pense qu'Alain Juppé est un homme d'une grande compétence, mais la situation est si grave que je ne suis pas sûr qu'il soit en mesure de sauver les meubles.

Quand le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas dit qu'il n'y a pas de zones de non-droit en France, il se moque du monde ! Demandez à n'importe quel policier à Marseille... Comment un ministre de la Justice peut-il dire cela ? Il s'inscrit totalement en faux par rapport à l'expérience des gens, du terrain. Tout le monde attend en tout cas que l'État soit restauré.

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bd
- 02/11/2016 - 16:36
Labeliser les politiciens?
Pour éviter, comme cela se présente aux U.S., de focaliser les débats sur des postures, des attitudes ou des comportements au détriment des vraie questions de fond, il faudrait une sorte de "sur-parti" qui garantit le contrôle de la qualité psychiatrique des candidats comme le ferait un label. 
Ce "label" garantirait au citoyen qu’un candidat -quelle que soit sa couleur politique- validé par ce label serait psychologiquement sain. 
Le premier critère serait l'aptitude à l'empathie. 
Un politicien sans empathie n'est intéressé que par lui-même et le pouvoir au prix de n'importe quelle manipulation. 
Les «sans empathie» sont aussi souvent des propagateurs de haine. 
Si l’on pouvait éviter ce genre de personne toxique…
winnie
- 15/10/2016 - 07:29
Ca fait plaisir de voir. ...
que les gens commencent a se reveiller et que certains journalistes commencent a ecrire la verite, mais pour cela il aura fallu pres de 300 morts, c'est bien triste, alors que les Francais le disent depuis 30 ans!
Crabe de cocotier
- 14/10/2016 - 22:51
Je pense que la révolution viendra du peuple quand il aura trop
Subi le politiquement correct que nous imposent ces ventres mous