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The Daily Beast

Aux sources de la guerre féroce de Julian Assange et WikiLeaks contre Hillary Clinton

Publié le 13 septembre 2016
Depuis l'ambassade d'Equateur à Londres, où il vit toujours enfermé, Julian Assange a élaboré une stratégie pour distiller les secrets qui changent le cours des élections.
Jacob Siegel est journaliste au Daily Beast. 
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Depuis l'ambassade d'Equateur à Londres, où il vit toujours enfermé, Julian Assange a élaboré une stratégie pour distiller les secrets qui changent le cours des élections.

Copyright The DailyBeast auteur Jacob Siegel

Il y a plusieurs manières de décrire le rôle de WikiLeaks comme pollueur de la campagne présidentielle américaine. Ecouter Julian Assange dialoguer, à la radio, avec le célèbre chroniqueur conservateur Sean Hannity, en évoquant les surprises qu’il prépare pour l’élection, peut vous paraitre sinistre, ou accablant selon vos opinions politiques, mais en tout cas, toujours compromettant.

Quoi qu'il arrive en octobre, ne parlez pas de surprise.

Depuis 2012, Julian Assange, fondateur et dirigeant de WikiLeaks, est enfermé dans l'ambassade équatorienne à Londres pour éviter d’être extradé vers la Suède, pour des accusations d’agression sexuelle. Le fonctionnement ​​de WikiLeaks, qui a toujours reposé sur le comportement 'bande à part' de son chef – même avant qu’il ne s’isole - peut paraître opaque. Sur certaines sujets, Julian Assange a gardé les secrets de WikiLeaks, mais il a aussi affiché certaines positions de manière parfaitement claire au fil des années : son aversion pour Hillary Clinton, son alignement croissant avec les positions du gouvernement russe, et son intérêt pour les élections.

L'antipathie d’Assange envers Hillary Clinton est un fait acquis et semble s’être transformée en haine. Assange voit l'ancienne secrétaire d'État comme quelqu’un d'aussi belliqueux que corrompu.

En 2010, Assange estimait qu’Hillary Clinton devait démissionner lorsque que WikiLeaks a révélé via une fuite de câbles diplomatiques que des diplomates étrangers avaient été espionnés par les Etats-Unis.  

Assange n'a pas été le seul à inviter Hillary Clinton à démissionner à la suite de ce "cablegate". Certains journalistes américains respectés l’ont fait aussi. Mais qu'Assange déclare que chez WikiLeaks "il n’y a pas de cible'', alors qu'au cours de la même interview, il avait appelé à sa démission ne tient tout simplement pas. Hillary Clinton a été, de manière répétée, la cible de WikiLeaks et d’Assange lui-même. Dans son livre Quand Google a rencontré WikiLeaks, Assange détaille une soi-disante collusion entre le Département d'Etat dirigé par Hillary Clinton et Google. Et on comprend à des signes clairs que la diffusion par WikiLeaks de près de 20.000 mails de la Convention nationale démocrate a été programmée pour infliger un maximum de dégâts à la campagne présidentielle de Hillary Clinton. En outre, des officiels américains et des experts privés ont souligné la probable implication du gouvernement russe dans le piratage de ces emails.

Dans un communiqué publié sur le compte Twitter de WikiLeaks, puis dans des interviews, Julian Assange a répondu à cette accusation de collusion avec les Russes. Selon Assange, Hillary Clinton "s’est alliée avec les néo-conservateurs responsables de la guerre en Irak et elle s’est associée à l'hystérie néo-maccarthyste contre la Russie, et elle a utilisé le tout pour diaboliser Trump."

Même si l’on tient compte d’une collusion avec les Russes et de la campagne d’Hillary Clinton qui tente d'exploiter ces liens, ces emails posent de vraies questions sur les garanties offertes aux donateurs par son équipe et sur les efforts du Democratic National Committee (DNC) pour saboter la campagne de son rival démocrate, Bernie Sanders.

La présidente du DNC, Debbie Wasserman Schultz, a démissionné suite au scandale déclenché par ces fuites. Plus d'un mois plus tard, ces fuites génèrent toujours des articles négatifs anti-Hillary Clinton dans la presse tout en attirant l’attention sur WikiLeaks.

Julian Assange et ses alliés font allusion à une prochaine fuite. Il faut souligner que cette surprise d’octobre est préparée depuis longtemps.

La première mention publique des projets de WikiLeaks contre Hillary Clinton en route vers la Maison Blanche émane d’une source inattendue, Kim Dotcom, né Kim Schmitz en Allemagne de l’Ouest.

Arrêté à plusieurs reprises en 2005, il avait changé son nom en ‘Dotcom’. "Ce nouveau nom était un hommage à la technologie qui l’avait rendu millionnaire" écrivait le Wall Street Journal en 2012 dans un article sur son arrestation. Dotcom est toujours en Nouvelle Zélande où il féraille contre son extradition vers les Etats-Unis pour des accusations de non respect du copyright, racket, fraude, et blanchiment d’argent via son service de partage de fichiers Megaupload.

Dotcom et Assange ont scellé une alliance politique en 2014, lorsque tous les deux, avec le journaliste Glenn Greenwald et Edward Snowden, ont formé une équipe de défense de la liberté sur Internet comme le Daily Beast l’avait évoqué à l’époque. Greenwald s’était envolé vers l’Australie tandis que Assange et Snowden s’intéressaient à l’Internet Mana Party, le parti politique de Dotcom. Leur gros coup fut la révélation de documents de Snowden sur le programme de surveillance néo-zélandais, diffusés juste à temps avant les élections de ce pays.

Greenwald avait déclaré qu’il ne soutenait aucun parti dans ces élections et qu’il n’était venu en Nouvelle Zélande que pour témoigner en tant qu’expert. Pour Assange, l’alliance avec Dotcom n’était pas seulement due à leur passion commune de l’univers numérique. Eux ne se contentaient pas d’essayer de libérer l’information.

"Nous sommes victimes du même persécuteur, je comprends donc ce qui se passe" avait dit Assange. L’Amérique "essaie d’imposer sa loi dans le plus grand nombre de pays possible, y compris en Nouvelle Zélande."

Alors que des débats autour de l’extradition de Dotcom ont lieu, Assange est resté dans l’ambassade équatorienne par peur d’être inculpé aux Etats-Unis pour la diffusion de documents confidentiels américains, y compris des câbles diplomatiques émanant du Département d’Etat d’Hillary Clinton. Cette fuite, en préfigurait d’autres

L’intervention d’Assange dans l’élection néo-zélandaise a été peu remarquée à l’époque, et ce n’est pas étonnant, le parti de Dotcom a perdu son pari électoral. Rétrospectivement, c’était un événement significatif, et une autre manière de participer aux élections, après avoir vainement tenté une autre incursion dans le monde politique, en essayant de se faire élire en Australie via un parti Wikileaks.

Passons maintenant au 2 décembre 2014. La course à la Maison Blanche n’avait pas encore officiellement commencé mais les campagnes des candidats les plus connus comme Hillary Clinton étaient déjà lancées, quand Dotcom a diffusé un tweet annonçant qu’il serait "le pire cauchemar" d’Hillary Clinton.

 

Je ne suis pas un pirate

Je ne suis pas un fugitif

Je ne risque pas de fuir en avion

Je suis votre combattant pour la Liberté

ET

Le pire cauchemar d’Hillary en 2016 !

Ce tweet n’a pas provoqué d’émoi, mais il a resurgi en mai 2015 quand un journaliste de Bloomberg l’a interrogé sur ce sujet : "En fait, je dois dire que cela concerne plutôt Julian, mais je sais que nous avons des choses en boite pour elle" a répondu Dotcom, ajoutant que c’est Assange "qui a l’information".

Dans une campagne politique, le nombre de secrets dépasse la capacité d’attention du public et Dotcom avec ses problème juridiques a largement été ignoré. Ce n’est qu’en juin de cette année, un mois avant les primaires démocrates, lorsqu’Assange a dit à un journaliste d’ITV "Nous avons des informations à venir concernant Hillary Clinton" que le tweet de Dotcom a soudain été perçu moins comme un vœu que comme la mise en garde d’une personne bien informée.

Tout cela a conduit à une première série de fuites, dont on parle encore aujourd’hui, qui ont été diffusées quelques jours avant la Convention Démocrate de juillet, et ce ne serait, selon Assange, qu’un avant-goût de ce qui suivra.

Peu de temps avant de démissionner de l’équipe de campagne de Donald Trump, tout en continuant à conseiller Trump, le républicain Roger Stone a dit qu’il avait été en contact avec WikiLeaks "J’ai été en contact avec Assange" a-t-il déclaré à un groupe républicain : "Je pense que la prochaine diffusion de documents concernera la Fondation Clinton, mais j’ignore quelle sera la surprise annoncée pour octobre."

Assange continue à se présenter comme au-dessus de la mêlée, plus intéressé par la diffusion d'informations confidentielles et le renversement des barrières qui font obstacle à l’information qu’aux actions politiques partisanes. Mais, même enfermé dans une enceinte diplomatique à Londres, il sait comment influencer des élections qui se déroulent de l’autre côté de l’Atlantique et il a un passé politique.

Mais s’il insiste pour qualifier le duel Clinton-Trump de choix entre peste et choléra, ce n’est pas parce qu’Assange est trop puriste pour ne pas avoir fait son choix.

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