En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
© Reuters
Retour au réel
Université d'été de la Défense : pourquoi le souhait de Manuel Valls de relancer la défense européenne est louable mais s'annonce bien compliqué à mettre en place
Publié le 07 septembre 2016
Le Premier ministre Jean-Yves le Drian a affirmé, dans le cadre de la quatorzième Université d'été de la défense, son désir de repenser la stratégie de défense de l'Europe pour faire face aux nombreux enjeux auxquels elle est confrontée. Une telle initiative, surtout à cette échelle, nécessiterait de revoir l'ensemble de l'Europe et de sa politique.
Emmanuel Dupuy est président de l'IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe). Spécialiste des questions de sécurité européenne et de relations internationales, il a notamment été conseiller politique auprès des forces françaises en...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Guillaume Bucherer est officier de réserve de la Marine nationale où il est membre du jury du concours d'entrée à l'Ecole de Guerre. Il a travaillé 4 ans au Centre d'études stratégiques de la Marine. Il est diplômé de l'université de...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Emmanuel Dupuy
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Emmanuel Dupuy est président de l'IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe). Spécialiste des questions de sécurité européenne et de relations internationales, il a notamment été conseiller politique auprès des forces françaises en...
Voir la bio
Guillaume Bucherer
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Guillaume Bucherer est officier de réserve de la Marine nationale où il est membre du jury du concours d'entrée à l'Ecole de Guerre. Il a travaillé 4 ans au Centre d'études stratégiques de la Marine. Il est diplômé de l'université de...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Le Premier ministre Jean-Yves le Drian a affirmé, dans le cadre de la quatorzième Université d'été de la défense, son désir de repenser la stratégie de défense de l'Europe pour faire face aux nombreux enjeux auxquels elle est confrontée. Une telle initiative, surtout à cette échelle, nécessiterait de revoir l'ensemble de l'Europe et de sa politique.

Atlantico : Ce mardi 6 septembre, le Premier ministre Manuel Valls et le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian se sont rendus à leur dernière université d'été de la Défense du quinquennat Hollande. Quels ont été les sujets traités ? Quels sont les enjeux de l’édition 2016 des UED ?

Emmanuel Dupuy : L’Université d’été de la Défense reste le rendez-vous incontournable de la rentrée de la communauté de la défense, réunie sous l’égide des Commissions de la Défense de l’Assemblée nationale et celle des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, et placées, sous le parrainage de leurs présidents respectifs, la députée socialiste du Finistère Patricia Adam et l’ancien Premier ministre, le sénateur de la Vienne Jean-Pierre Raffarin.

Cette édition fut notamment marquée par la 5ème et, a priori, la dernière du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui continue de bénéficier, au sein des Forces armées et auprès de la communauté industrielle de défense, d’une aura positive, à l’aune des 15 milliards de contrats export en 2015-2016, en direction de l’Egypte, des Emirats Arabes Unis, de l’Australie et du Koweït, entre autres…

Comme les années précédentes, ce sont plus de 600 personnes, qui se sont réunis à l’Ecole polytechnique et à l’Ecole militaire, deux jours durant, autour, cette année, des thèmes qui conditionnent l’environnement opérationnel de nos forces armées, tant à l’extérieur que sur le territoire national. Il y fut question, notamment de l’impact du Brexit sur l’avenir de la coopération militaire et industrielle entre nos deux pays et de son impact sur la politique européenne de sécurité et de défense.

Le continuum "sécurité-défense" est devenu une réalité. Le Livre Blanc sur la défense et la sécurité de 2008 en définissait les contours théoriques, les attentats qui ont frappé le territoire national ainsi que nos voisins européens et méditerranéens lui ont donné une actualité hélas dramatique. Face à ce nouveau défi, qui s’est installé durablement en France et en Europe, restait néanmoins à définir concrètement des parades efficaces. Il en fut question, bien évidemment pendant cette édition.

La mise en place d’une Garde nationale, le renforcement de nos capacités de réserve militaire et civiques, ainsi que le développement et le renforcement de la résilience sociétale sont ainsi quelques-unes des réponses les plus attendues par les Français, qui interrogent désormais plus ouvertement les responsables politiques sur leur engagement pour assurer paix, sécurité et stabilité. Il était donc normal que les travaux parlementaires récents sur le sujet, dont le rapport "Garde nationale : une réserve militaire forte et territorialisée pour faire face aux crises" rédigé par les sénateurs Jean-Marie Bockel et Gisèle Jourd, soient ainsi mis en avant à l’occasion de cette université d’été.

Par ailleurs, l’engagement militaire français depuis 2013 dans la bande sahélo-saharienne fut aussi l’occasion de rappeler combien la coopération transrégionale, autant que le recours à une approche globale dans la gestion des crises, en particulier en ce qui concerne l’aide publique au développement, étaient des clés complémentaires de la lutte efficace et pérenne contre le terrorisme, tant dans la bande sahélo-saharienne que dans notre voisinage stratégique que constitue l’espace méditerranéen, tant les ingrédients des insécurités y sont imbriqués (Démographie et migrations, souveraineté et frontières, criminalité et mal-gouvernance).

De ce point de vue, le rôle accru de l’Agence Française du développement (AFD), dans le cadre du lien entre sécurité et développement, à travers la création d’une Facilité pour lutter contre les vulnérabilités de l’ordre d’une centaine de millions d’euros, ainsi que la création d’un crédit de coopération "sécurité & défense" dans le calcul de l’aide publique au développement étaient également des enjeux d’importance évoqués durant ces deux jours. Il s’agissait d’ancrer la sécurité en "profondeur" dans les zones fragilisées par les conflits et le caractère résiduel des violences liées au terrorisme et à la narco-criminalité.

Enfin, il convenait de rappeler que les menaces auxquelles font face la France et l’UE (terrorisme d’origine islamiste radical) ne sont pas les seules qui devrait justifier un engagement budgétaire stabilisé autour des 31,4 milliards d’euros (40 milliards en y incluant les pensions) dans le calcul du budget annuel que la France consacre à ses Forces armées ; chiffre cependant en-deçà des 2% du PIB que l’Otan préconise depuis le Traité de Newport en septembre 2014 pour ses 28 membres.

En effet, de nouveaux théâtres d’opérations, caractérisés par la virtualité (Cyber-espace), l’inconnu (espace extra-atmosphérique), de nouveaux paradigmes géopolitiques (pivotement asiatique) et des changements d’alliances stratégiques se muant en potentielles crises à l’est autant qu’au sud du continent européen ("émergence" sur le plan géo-économique et "aspiration" à la création d’un espace eurasien, qui sur le plan géopolitique, peut être perçu comme concurrentiel avec l’intégration euro-atlantique) engagent et engageront sans cesse crescendo nos forces armées, notre diplomatie ainsi que nos capacités de recherche et de développement dans une logique de coopération autant que d’une compétition plus frontale.

Guillaume Bucherer : Il a été question de la prise de conscience d'un changement de paradigme de défense dans un monde extrêmement mouvant. Malheureusement longtemps négligé, l'outil de défense a su s'imposer au regard du décideur politique, qui ne le voit plus comme un simple instrument de politique étrangère, mais comme un garant de son existence même, à l'heure où la menace sur nos sociétés est autant interne qu'externe. 

La volonté française a des chances d'être partagée au niveau européen. D'abord par les Britanniques, qui, même s'ils sont sortis de l'UE, restent nos partenaires privilégiés en matière de défense, car leur outil de défense comme leur réseau diplomatique est similaire au nôtre. L'Allemagne a également indiqué vouloir augmenter son budget de défense. Enfin, des pays qui se considèrent sous la menace russe chercheront par tous les moyens à se trouver des alliés diplomatiques dans les instances européennes. N'oublions pas que la police du ciel des pays Baltes est actuellement réalisée par l'aviation militaire des pays d'Europe occidentale. 

Il existe cependant, par delà ces apparentes convergences budgétaires, un obstacle majeur. En effet, aussi puissante et performante qu'elle soit, une armée reste un outil au service d'une politique étrangère. Or, on constate une tendance des pays européens à vouloir "mettre la charrue avant les boeufs". Nous n'aurons de défense européenne que lorsque nous aurons une politique étrangère européenne. Sans cela, les moyens de défense resteront paralysés par des divergences politiques. Pour le moment, les pays européens ont des intérêts non seulement divergents mais parfois franchement opposés. Par exemple, les pays d'Europe occidentale ne perçoivent pas la menace russe, tandis que les pays nordiques ou de l'est ne se sentent pas concernés par les questions migratoires en Méditerranée. La réussite diplomatique consistera à trouver les intérêts communs, comme par exemple la sécurisation des routes commerciales maritimes. 

Atlantico : Ce mardi 6 septembre, le Premier ministre Manuel Valls et le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian se sont rendus à leur dernière université d'été de la Défense du quinquennat Hollande. Quels ont été les sujets traités ? Quels sont les enjeux de l’édition 2016 des UED ?

Emmanuel Dupuy : L’Université d’été de la Défense reste le rendez-vous incontournable de la rentrée de la communauté de la défense, réunie sous l’égide des Commissions de la Défense de l’Assemblée nationale et celle des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, et placées, sous le parrainage de leurs présidents respectifs, la députée socialiste du Finistère Patricia Adam et l’ancien Premier ministre, le sénateur de la Vienne Jean-Pierre Raffarin.

Cette édition fut notamment marquée par la 5ème et, a priori, la dernière du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui continue de bénéficier, au sein des Forces armées et auprès de la communauté industrielle de défense, d’une aura positive, à l’aune des 15 milliards de contrats export en 2015-2016, en direction de l’Egypte, des Emirats Arabes Unis, de l’Australie et du Koweït, entre autres…

Comme les années précédentes, ce sont plus de 600 personnes, qui se sont réunis à l’Ecole polytechnique et à l’Ecole militaire, deux jours durant, autour, cette année, des thèmes qui conditionnent l’environnement opérationnel de nos forces armées, tant à l’extérieur que sur le territoire national. Il y fut question, notamment de l’impact du Brexit sur l’avenir de la coopération militaire et industrielle entre nos deux pays et de son impact sur la politique européenne de sécurité et de défense.

Le continuum "sécurité-défense" est devenu une réalité. Le Livre Blanc sur la défense et la sécurité de 2008 en définissait les contours théoriques, les attentats qui ont frappé le territoire national ainsi que nos voisins européens et méditerranéens lui ont donné une actualité hélas dramatique. Face à ce nouveau défi, qui s’est installé durablement en France et en Europe, restait néanmoins à définir concrètement des parades efficaces. Il en fut question, bien évidemment pendant cette édition.

La mise en place d’une Garde nationale, le renforcement de nos capacités de réserve militaire et civiques, ainsi que le développement et le renforcement de la résilience sociétale sont ainsi quelques-unes des réponses les plus attendues par les Français, qui interrogent désormais plus ouvertement les responsables politiques sur leur engagement pour assurer paix, sécurité et stabilité. Il était donc normal que les travaux parlementaires récents sur le sujet, dont le rapport "Garde nationale : une réserve militaire forte et territorialisée pour faire face aux crises" rédigé par les sénateurs Jean-Marie Bockel et Gisèle Jourd, soient ainsi mis en avant à l’occasion de cette université d’été.

Par ailleurs, l’engagement militaire français depuis 2013 dans la bande sahélo-saharienne fut aussi l’occasion de rappeler combien la coopération transrégionale, autant que le recours à une approche globale dans la gestion des crises, en particulier en ce qui concerne l’aide publique au développement, étaient des clés complémentaires de la lutte efficace et pérenne contre le terrorisme, tant dans la bande sahélo-saharienne que dans notre voisinage stratégique que constitue l’espace méditerranéen, tant les ingrédients des insécurités y sont imbriqués (Démographie et migrations, souveraineté et frontières, criminalité et mal-gouvernance).

De ce point de vue, le rôle accru de l’Agence Française du développement (AFD), dans le cadre du lien entre sécurité et développement, à travers la création d’une Facilité pour lutter contre les vulnérabilités de l’ordre d’une centaine de millions d’euros, ainsi que la création d’un crédit de coopération "sécurité & défense" dans le calcul de l’aide publique au développement étaient également des enjeux d’importance évoqués durant ces deux jours. Il s’agissait d’ancrer la sécurité en "profondeur" dans les zones fragilisées par les conflits et le caractère résiduel des violences liées au terrorisme et à la narco-criminalité.

Enfin, il convenait de rappeler que les menaces auxquelles font face la France et l’UE (terrorisme d’origine islamiste radical) ne sont pas les seules qui devrait justifier un engagement budgétaire stabilisé autour des 31,4 milliards d’euros (40 milliards en y incluant les pensions) dans le calcul du budget annuel que la France consacre à ses Forces armées ; chiffre cependant en-deçà des 2% du PIB que l’Otan préconise depuis le Traité de Newport en septembre 2014 pour ses 28 membres.

En effet, de nouveaux théâtres d’opérations, caractérisés par la virtualité (Cyber-espace), l’inconnu (espace extra-atmosphérique), de nouveaux paradigmes géopolitiques (pivotement asiatique) et des changements d’alliances stratégiques se muant en potentielles crises à l’est autant qu’au sud du continent européen ("émergence" sur le plan géo-économique et "aspiration" à la création d’un espace eurasien, qui sur le plan géopolitique, peut être perçu comme concurrentiel avec l’intégration euro-atlantique) engagent et engageront sans cesse crescendo nos forces armées, notre diplomatie ainsi que nos capacités de recherche et de développement dans une logique de coopération autant que d’une compétition plus frontale.

Guillaume Bucherer : Il a été question de la prise de conscience d'un changement de paradigme de défense dans un monde extrêmement mouvant. Malheureusement longtemps négligé, l'outil de défense a su s'imposer au regard du décideur politique, qui ne le voit plus comme un simple instrument de politique étrangère, mais comme un garant de son existence même, à l'heure où la menace sur nos sociétés est autant interne qu'externe. 

La volonté française a des chances d'être partagée au niveau européen. D'abord par les Britanniques, qui, même s'ils sont sortis de l'UE, restent nos partenaires privilégiés en matière de défense, car leur outil de défense comme leur réseau diplomatique est similaire au nôtre. L'Allemagne a également indiqué vouloir augmenter son budget de défense. Enfin, des pays qui se considèrent sous la menace russe chercheront par tous les moyens à se trouver des alliés diplomatiques dans les instances européennes. N'oublions pas que la police du ciel des pays Baltes est actuellement réalisée par l'aviation militaire des pays d'Europe occidentale. 

Il existe cependant, par delà ces apparentes convergences budgétaires, un obstacle majeur. En effet, aussi puissante et performante qu'elle soit, une armée reste un outil au service d'une politique étrangère. Or, on constate une tendance des pays européens à vouloir "mettre la charrue avant les boeufs". Nous n'aurons de défense européenne que lorsque nous aurons une politique étrangère européenne. Sans cela, les moyens de défense resteront paralysés par des divergences politiques. Pour le moment, les pays européens ont des intérêts non seulement divergents mais parfois franchement opposés. Par exemple, les pays d'Europe occidentale ne perçoivent pas la menace russe, tandis que les pays nordiques ou de l'est ne se sentent pas concernés par les questions migratoires en Méditerranée. La réussite diplomatique consistera à trouver les intérêts communs, comme par exemple la sécurisation des routes commerciales maritimes. 

Atlantico : Ce mardi 6 septembre, le Premier ministre Manuel Valls et le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian se sont rendus à leur dernière université d'été de la Défense du quinquennat Hollande. Quels ont été les sujets traités ? Quels sont les enjeux de l’édition 2016 des UED ?

Emmanuel Dupuy : L’Université d’été de la Défense reste le rendez-vous incontournable de la rentrée de la communauté de la défense, réunie sous l’égide des Commissions de la Défense de l’Assemblée nationale et celle des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, et placées, sous le parrainage de leurs présidents respectifs, la députée socialiste du Finistère Patricia Adam et l’ancien Premier ministre, le sénateur de la Vienne Jean-Pierre Raffarin.

Cette édition fut notamment marquée par la 5ème et, a priori, la dernière du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui continue de bénéficier, au sein des Forces armées et auprès de la communauté industrielle de défense, d’une aura positive, à l’aune des 15 milliards de contrats export en 2015-2016, en direction de l’Egypte, des Emirats Arabes Unis, de l’Australie et du Koweït, entre autres…

Comme les années précédentes, ce sont plus de 600 personnes, qui se sont réunis à l’Ecole polytechnique et à l’Ecole militaire, deux jours durant, autour, cette année, des thèmes qui conditionnent l’environnement opérationnel de nos forces armées, tant à l’extérieur que sur le territoire national. Il y fut question, notamment de l’impact du Brexit sur l’avenir de la coopération militaire et industrielle entre nos deux pays et de son impact sur la politique européenne de sécurité et de défense.

Le continuum "sécurité-défense" est devenu une réalité. Le Livre Blanc sur la défense et la sécurité de 2008 en définissait les contours théoriques, les attentats qui ont frappé le territoire national ainsi que nos voisins européens et méditerranéens lui ont donné une actualité hélas dramatique. Face à ce nouveau défi, qui s’est installé durablement en France et en Europe, restait néanmoins à définir concrètement des parades efficaces. Il en fut question, bien évidemment pendant cette édition.

La mise en place d’une Garde nationale, le renforcement de nos capacités de réserve militaire et civiques, ainsi que le développement et le renforcement de la résilience sociétale sont ainsi quelques-unes des réponses les plus attendues par les Français, qui interrogent désormais plus ouvertement les responsables politiques sur leur engagement pour assurer paix, sécurité et stabilité. Il était donc normal que les travaux parlementaires récents sur le sujet, dont le rapport "Garde nationale : une réserve militaire forte et territorialisée pour faire face aux crises" rédigé par les sénateurs Jean-Marie Bockel et Gisèle Jourd, soient ainsi mis en avant à l’occasion de cette université d’été.

Par ailleurs, l’engagement militaire français depuis 2013 dans la bande sahélo-saharienne fut aussi l’occasion de rappeler combien la coopération transrégionale, autant que le recours à une approche globale dans la gestion des crises, en particulier en ce qui concerne l’aide publique au développement, étaient des clés complémentaires de la lutte efficace et pérenne contre le terrorisme, tant dans la bande sahélo-saharienne que dans notre voisinage stratégique que constitue l’espace méditerranéen, tant les ingrédients des insécurités y sont imbriqués (Démographie et migrations, souveraineté et frontières, criminalité et mal-gouvernance).

De ce point de vue, le rôle accru de l’Agence Française du développement (AFD), dans le cadre du lien entre sécurité et développement, à travers la création d’une Facilité pour lutter contre les vulnérabilités de l’ordre d’une centaine de millions d’euros, ainsi que la création d’un crédit de coopération "sécurité & défense" dans le calcul de l’aide publique au développement étaient également des enjeux d’importance évoqués durant ces deux jours. Il s’agissait d’ancrer la sécurité en "profondeur" dans les zones fragilisées par les conflits et le caractère résiduel des violences liées au terrorisme et à la narco-criminalité.

Enfin, il convenait de rappeler que les menaces auxquelles font face la France et l’UE (terrorisme d’origine islamiste radical) ne sont pas les seules qui devrait justifier un engagement budgétaire stabilisé autour des 31,4 milliards d’euros (40 milliards en y incluant les pensions) dans le calcul du budget annuel que la France consacre à ses Forces armées ; chiffre cependant en-deçà des 2% du PIB que l’Otan préconise depuis le Traité de Newport en septembre 2014 pour ses 28 membres.

En effet, de nouveaux théâtres d’opérations, caractérisés par la virtualité (Cyber-espace), l’inconnu (espace extra-atmosphérique), de nouveaux paradigmes géopolitiques (pivotement asiatique) et des changements d’alliances stratégiques se muant en potentielles crises à l’est autant qu’au sud du continent européen ("émergence" sur le plan géo-économique et "aspiration" à la création d’un espace eurasien, qui sur le plan géopolitique, peut être perçu comme concurrentiel avec l’intégration euro-atlantique) engagent et engageront sans cesse crescendo nos forces armées, notre diplomatie ainsi que nos capacités de recherche et de développement dans une logique de coopération autant que d’une compétition plus frontale.

Guillaume Bucherer : Il a été question de la prise de conscience d'un changement de paradigme de défense dans un monde extrêmement mouvant. Malheureusement longtemps négligé, l'outil de défense a su s'imposer au regard du décideur politique, qui ne le voit plus comme un simple instrument de politique étrangère, mais comme un garant de son existence même, à l'heure où la menace sur nos sociétés est autant interne qu'externe. 

La volonté française a des chances d'être partagée au niveau européen. D'abord par les Britanniques, qui, même s'ils sont sortis de l'UE, restent nos partenaires privilégiés en matière de défense, car leur outil de défense comme leur réseau diplomatique est similaire au nôtre. L'Allemagne a également indiqué vouloir augmenter son budget de défense. Enfin, des pays qui se considèrent sous la menace russe chercheront par tous les moyens à se trouver des alliés diplomatiques dans les instances européennes. N'oublions pas que la police du ciel des pays Baltes est actuellement réalisée par l'aviation militaire des pays d'Europe occidentale. 

Il existe cependant, par delà ces apparentes convergences budgétaires, un obstacle majeur. En effet, aussi puissante et performante qu'elle soit, une armée reste un outil au service d'une politique étrangère. Or, on constate une tendance des pays européens à vouloir "mettre la charrue avant les boeufs". Nous n'aurons de défense européenne que lorsque nous aurons une politique étrangère européenne. Sans cela, les moyens de défense resteront paralysés par des divergences politiques. Pour le moment, les pays européens ont des intérêts non seulement divergents mais parfois franchement opposés. Par exemple, les pays d'Europe occidentale ne perçoivent pas la menace russe, tandis que les pays nordiques ou de l'est ne se sentent pas concernés par les questions migratoires en Méditerranée. La réussite diplomatique consistera à trouver les intérêts communs, comme par exemple la sécurisation des routes commerciales maritimes. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France est-elle en train de renouveler avec l’Allemagne l’erreur de François Mitterrand au moment de la réunification ?
02.
Pourquoi Oxfam se trompe de combat (et passe totalement à côté de ce qui se passe dans les pays développés)
03.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
04.
Libéraux en peau de lapin : pourquoi la polémique autour de François-Xavier Bellamy en dit long sur le raidissement des soit-disant « modérés »
05.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France ne vend pas l’Alsace à l’Allemagne mais les deux pays scellent la coupure entre les dirigeants et leurs peuples
06.
Peut-on encore s’enrichir autrement qu’avec l’immobilier en France ?
07.
Mort du Comte de Paris : et la porte du placard de l’Histoire se ferma sur les Orléans
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Comment le Canard Enchaîné a envoyé François Fillon, Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d'Estaing au cimetière des éléphants de la politique
03.
Jacques Chirac, ce soudard amateur de bières et de belles femmes qui s'est avéré être un excellent chef des armées
04.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
05.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
07.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
03.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
04.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France ne vend pas l’Alsace à l’Allemagne mais les deux pays scellent la coupure entre les dirigeants et leurs peuples
05.
Sévère répression des gilets jaunes : la justice française est-elle en train de préfèrer l’ordre à la justice ?
06.
Elections européennes : La République en Marche détrône le Rassemblement national selon un nouveau sondage
01.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
02.
Gilets jaunes : l’inexplicable (et énorme) échec des Républicains
03.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
04.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
05.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
06.
Oui, il y a “des gens en situation de pauvreté qui déconnent”. Mais voilà pourquoi la question et la solution sont largement ailleurs
Commentaires (4)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Paulquiroulenamassepasmousse
- 07/09/2016 - 17:44
Pipeau...pipeau....
Ou plutôt pisser dans un violon, car qui peut croire qu'une défense européenne pourrait voir le jour sans qu'un gouvernement Européen ne soit constitué auparavant....
Alors Valls peut parler de tout, surtout avant 2017, personne ne l'écoute.
arcole 34
- 07/09/2016 - 11:01
AVANT DE FAIRE UN DEFENSE COMMUNE EUROPEENNE
Il aurait peut-être fallu faire une politique, économique avant de mettre en place une Europe de la Défense , après je vois mal qu'une défense soit nationale dans l'état actuel de notre Europe et de la montée des périls qui va impliquer une mutualisation des moyens militaires pour y faire car de part la redistribution mondiale des cartes . Face aux aux pays émergeants qui ménent déjà une guerre commerciale agressive , j'entends par là la Russie , l'Inde , la Chine , le Pakistan, nous allons avoir du souci à nous faire pour notre avenir. Apparemment je vois que certains toujours avec des œillères ne résonnent qu'en termes de repliement . Avec ce genre de politiques autarciques je pense que notre pays et notre Europe n'ira pas très loin avant de tomber sous la dépendance d'un de ces blocs sus-nommés. Bref les sociologues appellent ça revenir à l'état de fellah.
vangog
- 07/09/2016 - 10:37
La Défense ne peut être que nationale!
Et lorsqu'on voit l'incompétence et les erreurs flagrantes des technocrates bruxellois, on en conclut que le commandement de cette défense ne peut être que national, mais certainement pas transféré à des va-t'en-guerre droidelhommistes à la Clinton, avides de pouvoir mondialiste...leur donner le commandement de La Défense européenne, cela reviendrait à donner le pouvoir aux fascistes qui souhaitaient imposer au monde leur socialisme internationaliste...de défense, il n'y en aurait pas! mais des guerres droidelhommistes tous azimuts, contre tout ce qui indigne ces petits europanovistes, dans leur salon rose bruxellois...une vraie tuerie mondiale!