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Retour de Barbarie : "J’étais un djihadiste de Daech jusqu’à ce qu’ils m’arrêtent et me torturent" (2ème partie)

Publié le 29 août 2016
Un ancien soldat de l'Etat islamique raconte son histoire, à mi-chemin entre "Midnight Express" et "Le zéro et l’infini" (2ème partie).
Michael Weiss est journaliste pour The Daily Beast.
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Un ancien soldat de l'Etat islamique raconte son histoire, à mi-chemin entre "Midnight Express" et "Le zéro et l’infini" (2ème partie).

Pour lire la première partie de ce témoignage, cliquez ici

Michael Weiss - The Daily Beast

La femme d’Abu Zuhair a également été interrogée durant deux jours. "Ils la retenaient durant quatre heures à chaque fois. Ils lui disaient que son mari était un espion qui était venu se faire exploser au milieu d’eux à Raqqa" dit Abu Omar. "Comment est-ce possible alors qu’il a amené sa femme et ses enfants avec lui ? leur répondait-elle. Quel genre d’espion idiot ferait ça ?"

Les problèmes d’Abu Omar ont redoublé lorsque Daech l’a envoyé dans une unité à Palmyre - ou Tadmor -  pour aider les djihadistes à faire le siège de la cité antique. Nous étions en mai 2015. Son meilleur ami, leurs épouses et enfants, étaient tous détenus par Daech à Raqqa, et il était sur le point d’assister à la barbarie de Daech dans toute son ampleur. "A Tadmor, un Tunisien ou un Marocain a tué des soldats du régime al-Assad dans un bâtiment. Ensuite, il a ramené leurs femmes et leurs enfants devant un immeuble d’officiers syriens et les a exécutés J’ai commencé à crier sur le gars. Son pote m’a alors demandé pourquoi je m’opposais à ces meurtres. Je me suis verbalement opposé aux deux. J’étais très remué par ces atrocités. Même le régime Assad n’aurait pas osé faire ce que ces gars ont fait ". Combien de personnes ont été massacrées dans cet immeuble ? "Je ne sais pas" dit-il.

La cité antique est tombée au bout de quelques jours, notamment en raison de la défense anémique du régime Assad. Abu Omar fut renvoyé à Hama. (Son grand ami) Abu Zuhair était encore en prison. Cela faisait maintenant dix-sept jours. Hanté par la captivité de son ami et par les images de massacres d’innocents, Abu Omar continuait à poser des questions à ses camarades. Pourquoi Abu Zuhair était-il emprisonné à Hama ? Et les meurtres ? Quel droit avait une personne qui n’était même pas syrienne d’entrer dans une maison pleine de femmes et d’enfants syriens et de les assassiner tous ? "Daech a des espions partout. Ils filtrent et remontent les informations aux chefs, donc je suis certain qu’ils savaient que j’avais parlé de ce qui s’était passé à Tadmor" me dit Abu Omar. Il est tombé ainsi dans leurs filets.

"Une nuit, des hommes armés sont venus chez moi et m’ont dit que j’étais envoyé de nouveau à Raqqa. J’ai demandé pourquoi en plein milieu de la nuit ? Ils m’ont dit de décharger mon arme et d’enlever ma veste (dans laquelle il y avait des cartouches de réserve). J’ai refusé. Ils m’ont dit : "Ne t’inquiète pas, nous sommes armés, nous ne serons pas attaqués". J’ai donc tout vidé et ils ont mis mes affaires dans le coffre de leur voiture. Nous avons démarré. Puis, un homme masqué m’a pris une main. Puis un autre homme masqué m’a pris l’autre main. Puis ils m’ont passé les menottes."

Abu Omar et ses gardiens ont roulé pendant environ 45 minutes dans les petites rues de Hama. Ensuite, il a été conduit dans un immeuble, puis dans une petite pièce qui se trouvait cinq ou six mètres sous terre, avec une petite ouverture dans le plafond. Ça ressemblait plus à une oubliette de donjon qu’à une cellule de prison, et il y avait déjà du monde à l’intérieur. Un autre homme par terre, recroquevillé sur lui-même. Abu Omar voulait connaitre son histoire, alors il s’est approché de l’homme et a touché son dos. L’homme a poussé un cri de terreur. "Ils l’avaient torturé, dit Abu Omar. J’ai vu que son dos était en lambeaux et j’ai commencé à crier et  à appeler les gardiens en haut. "Qui êtes-vous ? Vous ne représentez pas l’islam, vous êtes des meurtriers !" "

Cet homme devenu carcasse sanglante, dont Abu Omar ignorait l’identité, avait été placé ici simplement pour l'effrayer. Abu Omar a été transporté par des hommes masqués dans un autre endroit. Ils menaçaient de lui faire subir le même sort que son camarade de cellule, mais c'était uniquement des menaces. Le jour d’après, le camarade de cellule était parti, et Abu Omar fut appelé pour un interrogatoire.

"Ton ami a avoué que tu aidais la coalition à nous localiser pour nous bombarder en plaçant ces émetteurs" (ndlr : l’accusation des "émetteurs" de la coalition est monnaie courante chez Daech, comme l’a montré un reportage du Daily Beast en novembre 2015. Ceux accusés de "planter" des émetteurs GPS pour aider les bombardiers de la coalition sont souvent exécutés).

Abu Omar ne savait pas de quel ami ils parlaient. Ensuite, ils ont fait entrer Abu Zuhair dans la même pièce qu’Abu Omar. Il avait été battu sans cesse et il était évident que si jamais il avait avoué une provocation ou un acte de sabotage, c’était sous torture extrême. La vue de la souffrance de son ami, comme celle de cet inconnu qui avait partagé sa cellule, avait pour but de faire céder Abu Omar et lui faire confesser sa trahison. Il n’en était rien. Dans la jurisprudence de l’Etat islamique, il faut qu’il y ait preuve. Or, dans le cas d’Abu Omar, il n’y en avait pas. "Ils ont pris mon téléphone mobile et ont montré que je communiquais avec l’Armée syrienne libre, dit-il. Bien sûr que je communiquais avec des gens de l’ASL, j’y avais encore beaucoup d’amis. Mais ce sont d’autres amis de l’ASL qui m’ont fait rejoindre Daech. D’ailleurs, ils le savaient bien, les gars de Daech. J’ai donc dit : "Il n’y a aucun mal à parler avec des amis, si ?". Ils m’ont dit que j’étais un espion et que je planifiais un attentat à la voiture piégée".

Il a été détenu durant vingt-neuf jours à Hama. Durant les vingt premiers jours, il n’a subi aucune torture. Les hommes cagoulés revenaient régulièrement dans sa cellule et lui demandaient d’avouer. Il refusait. Le 21ème jour, ils ont commencé à le battre avec un tuyau d’arrosage vert pendant deux heures sans interruption. Abu Omar ne pouvait plus respirer. Ils le frappaient au visage et le tiraient par la barbe. "Je leur ai dit que c’était contre la religion : "Vous ne pouvez pas me frapper au visage". Ils ont répondu : "Tu n’es plus un musulman, on peut te frapper où on veut". 

Pire que ses propres souffrances physiques, il y avait les cris de douleur d’Abu Zuhair qu’on pouvait entendre non loin, et cela certainement était voulu. "Ils l’ont tellement torturé qu’il a dit qu’il avouerait ce qu’ils voulaient, dit Abu Omar. Ils voulaient les émetteurs, alors il a dit qu’il leur montrerait les lieux où il les a cachés à Hama". Ils ont mis Abu Zuhair dans une voiture et l’ont trimballé dans la ville selon ses indications. Ce n’était qu’une ruse, pour s’acheter un temps de répit sans séances de tortures. Une fois ce temps passé à l'issue duquel aucun émetteur ne sera trouvé, la barbarie reprendra. Abu Zuhair changeait aussi ses aveux. Il allait faire exploser trois voitures. Non, mieux, six voitures. Non, en fait, neuf. "Il ne cessait de mentir pour s’acheter un peu de répit". Abu Zuhair s’était tellement fait torturer par Daech qu’il les a suppliés de le tuer. Il avait perdu la tête. "Il criait et faisait des bruits d’animaux,  il meuglait comme une vache ou aboyait comme un chien. Ils l’avaient frappé tellement souvent et tellement fort sur la tête que je suis certain qu’ils lui ont causé des dommages cérébraux irréversibles."

Quand Abu Omar eut terminé son mois au purgatoire, il commença ses trois mois en enfer. Menotté, le visage couvert par un linceul, il fut conduit dans une prison à Raqqa avec un Abu Zuhair désormais impuissant et un troisième prisonnier. Les trois "collaborateurs" marchaient - ou étaient transportés car Abu Zuhair ne pouvait plus marcher – vers la principale prison de Daech : celle du stade municipal.

Là-bas, sous terre, les différentes salles de gymnastique ou de ping-pong étaient transformées en cellules pouvant chacune contenir 50 prisonniers. "A ma grande surprise, la majorité des prisonniers venaient de France, d’Allemagne, de Jordanie, de Tchétchénie. Il n’y avait peut-être que cinq ou six Syriens dans chaque cellule, se souvient Abu Omar. La cellule faisait environ 4,5 mètres de largeur et 7,5 mètres de longueur. On dormait par terre avec juste des coussins. Il y avait seulement une salle de bain d’un mètre carré avec un seul évier. On dormait tous les uns à côté des autres tellement il y avait de monde. Certains prisonniers étaient ici depuis plus d’un an, certains moins. J’entendais les cris de la torture, les portes qui s'ouvrent et qui claquent". La plupart des prisonniers étaient des militants de Daech, désormais accusés de tentative de désertion. D’après Abu Omar, "90% d’entre eux avaient essayé de fuir la Syrie mais se sont fait attraper. La plupart étaient des étrangers qui se sont fait avoir par un faux passeur qui était en fait un agent de Daech. Il y en avait des centaines en prison."

Au bout d’un certain temps, Abu Omar fut transféré seul dans une cellule d’un mètre carré. Sa main gauche était menottée au plafond et le reste de son corps pendait. Il est resté ainsi durant six jours. Ses voisins de part et d’autre étaient un Russe et un Jordanien,  ce dernier étant connu par son nom de guerre, Khateb al Urduni. Au travers du mur, Abu Omar a pu établir un contact avec Khateb quand celui-ci était conscient et capable de parler. "Ça faisait 11 jours qu’il pendait du plafond, raconte Abu Omar. Ses jambes étaient infectées jusqu’au ventre. Tout son corps portait des ecchymoses et des hématomes. Il ne pouvait plus bouger. Quand on l’obligeait à aller prier, les gardes le trainaient hors de sa cellule."

Abu Omar apercevait parfois Khateb durant les prières, lorsque les gardes accordaient aux prisonniers le droit de faire des prières collectives. "Le lendemain, les gardes disaient ''Vous devez prier debout''. Parfois, on devait manger tous ensemble. C’était totalement arbitraire." Le petit déjeuner était typiquement syrien et composé d’une mixture d’huile d’olive, de thym et de zaatar. Abu Omar dit qu’il prenait parfois l’huile d’olive pour masser les jambes et les ecchymoses de Khateb. Les gardes rackettaient les prisonniers, en fonction de l’argent qu’ils avaient sur eux en rentrant dans la prison et de l’humeur des gardes. Chaque mardi, les prisonniers pouvaient demander aux gardes de leur acheter de la nourriture supplémentaire en dehors de la prison. A la fin de chaque sentence de prison, l’argent restant devenait propriété de Daech.

Les interrogatoires reprenaient toujours. Abu Zuhair était maintenant dans la même prison, mais dans un état encore plus misérable qu’avant. Ses geôliers lui demandaient s’il s'était confessé seulement pour éviter la torture. Il répondit que oui. "Alors tu as menti, lui répondent ses geôliers. Ils l’ont battu des dizaines de fois, pour finir par dire qu’il était un espion et qu’il avait planifié des attentats à la voiture piégée contre Daech. Mais il ne savait pas où se trouvaient les voitures. J’ai essayé de leur expliquer qu’il avait perdu la tête et que plus rien de ce qu’il disait n’était réel".

Ceux qui l’interrogeaient lui avaient de nouveau montré son téléphone portable, mais cette fois-ci, ils avaient non seulement les preuves de conversations WhatsApp actives d’Abu Omar avec ses amis de l’ASL, mais aussi les conversations supprimées il y a plus d’un an. L’équipe informatique de Daech avait réussi a faire parler son téléphone. Et pourtant, ils n'avaient toujours rien sur d’éventuelles attaques à la voiture piégée ou sur des émetteurs GPS. Durant les trois mois et demi de captivité dans le stade municipal, Abu Omar affirme n’avoir jamais changé sa version des faits et avoir toujours nié d'être un espion à la solde de la coalition.

 

"Tous ceux qui m’interrogeaient étaient syriens, dit-il. Ils n’avaient clairement pas une bonne instruction. Durant tout mon séjour là-bas, tous les fonctionnaires de la prison étaient masqués. J’avais un linceul sur le visage lorsqu’on m’interrogeait. Donc à aucun moment, je n’ai pu voir des visages". Abu Omar se souvient d’un homme – pas un de ceux qui interrogeaient – qui n’a jamais prononcé un seul mot d’une quelconque langue devant qui que ce soit. "C’était un mec sympa. Il venait la nuit, au hasard, et enlevait mes menottes pour une demi-heure pour que je me repose. Ou il me donnait une couverture quand il faisait froid". Les dissidents soviétiques ont souvent écrit sur le fait que lorsque leurs familles venaient prendre de leurs nouvelles dans la fameuse prison de la Lubyanka à Moscou, tenue par le KGB, ce dernier donnait systématiquement de fausses nouvelles aux familles. La même chose semblait arriver dans cette prison en Syrie car Abu Omar entendit se mélanger les cris de tortures aux lamentations des mères et des femmes des détenus sur le sort de leurs maris ou de leurs fils. "On leur disait toujours, "Il n’est pas avec nous. Il a été tué". C’était des mensonges bien sûr. Il était en prison".

Quand Abu Omar a revu le Jordanien, c’était pour lui dire au revoir. Khateb lui a dit qu’après une année de captivité, il avait eu le droit de partir à condition qu’il devienne un kamikaze pour le compte de Daech. "Il leur a dit : "Je veux parler à ma famille d’abord". Ils ont accepté de lui laisser trente minutes avec sa famille avant de partir se faire exploser. Il a accepté. Il m’a donné 5 000 livres (environs 23 dollars) et sa montre en signe d’amitié, et nous nous sommes dits au revoir". Abu Omar n’a jamais revu Khateb. Il pense qu’il a rempli sa part du contrat.

"Qui décide de la sentence ? ai-je demandé. Le juge Zaid, répondit Abu Omar. Il préside les débats du tribunal en prison. C’est lui qui décide qui se fera tuer et qui sera épargné. C’est un émir, une sorte de prince ou de chef dans l’administration de Daech. Tous les émirs sont irakiens. Le juge Zaid est irakien".

Le juge Zaid décida qu’Abu Zuhair n’était pas un témoin fiable. De plus, les interrogatoires d’Abu Omar n’avaient rien donné. Il a donc été envoyé dans une petite prison, dans une maison à Raqqa, à dix minutes du stade municipal. Ici, les gens étaient vingt-cinq par cellule et restaient quatre jours. C’était une sorte de centre de tri avant que Daech ne décide de qui sera acquitté ou qui sera inculpé.

"Ils m’ont finalement laissé partir car je leur ai dit que ma femme était malade. J’ai promis de rester en Syrie. Ils ont accepté de me remettre à Abu Daoud, mon émir à Hama". Lorsqu’Abu Omar est retourné dans sa ville natale, Abu Daoud a immédiatement présenté des excuses et lui a assuré qu’il serait de nouveau traité comme un vrai musulman et qu’il pourrait rejoindre les rangs de Daech de plein droit. "C’était une erreur", a-t-il dit. Abu Omar a dit à Abu Daoud qu’il avait besoin de faire une pause. Il a demandé cinq jours de vacances pour aller voir sa femme et ses enfants qui se trouvaient à Raqqa. "Ils m’ont donné un papier qui me servait de laisser-passer pour les checkpoints et je suis donc retourné là-bas".

Ce morceau de papier était en fait un visa et il avait une date de fin. Il n’avait que ces cinq jours avant de devoir retourner au front. Presque un mois après avoir quitté la prison principale de la capitale de Daech, il était de retour. Et c’est là qu’il a appris qu’Abu Zuhair avait été exécuté par balles. Il a reçu une vidéo de l’exécution de son ami, devenu fou sous les coups barbares de Daech. Hamza, le frère d’Abu Zuhair, a partagé la vidéo avec moi sur Facebook quand Abu Omar nous a mis en relation. C’est une vraie vidéo de propagande de Daech. Elle montre deux hommes habillés en orange, à genoux quelque part dans la campagne. Deux djihadistes cagoulés et tout de noir vêtus et armés se tiennent derrière eux. Une des victimes, le regard vide et les cheveux longs, se présente sous son nom d'état-civil, Abu Zuhair. Plan de coupe en intérieur. Abu Zuhair "avoue" qu’il est coupable de préparer des attentats à la voiture piégée en échange de 500 dollars. Une voix lui demande quelle est la punition pour un acte d’espionnage. Abu Zuhair répond que c’est la mort. Plan de coupe sur la campagne. Les exécuteurs sortent les pistolets et tirent à bout portant de derrière, dans la nuque d’Abu Zuhair et de l’homme agenouillé à côté de lui.

Deux mois avant son exécution, Oum Zuhair, sa femme, était allée supplier le gouverneur de Raqqa de la laisser partir avec ses quatre enfants. Elle était enceinte de huit mois et allait devenir veuve. Le gouverneur lui accordé cette faveur et elle a pu retourner avec ses enfants à Hama. "Après avoir vu la vidéo, j’ai décidé qu’il fallait quitter la Syrie", explique Abu Zuhair. Il était ami avec un passeur à Raqqa. Quelqu’un dont il était sûr qu’il n’était pas un agent de Daech. Cet ami lui a demandé beaucoup d’argent pour le faire passer en Turquie. Un prix trop élevé pour Abu Omar. Mais le temps jouait en sa défaveur et le visa allait bientôt expirer. Le passeur a eu pitié de lui et a accepté de l’aider pour un prix plus modeste. Il a coupé les cheveux et la barbe d’Abu Omar – l’accoutrement habituel des soldats de Daech – et lui a trouvé des vêtements de chauffeur-routier. Concernant ses trois enfants, deux étaient nés d’un précédent mariage : une fille de 7 ans et sa sœur de 5 ans et demi. L’ex-femme d’Abu Omar, elle aussi de Hama mais vivant actuellement à Raqqa,  l’autoriserait à prendre seulement l’ainée avec lui en Turquie. Sa nouvelle femme et leur fils d’un an et demi seraient aussi du voyage.

"J’ai demandé à mon ex-femme de se remarier avec moi, ainsi, elle et mon autre fille pourraient nous rejoindre", dit-il, me rappelant que Daech interdit bon nombre de plaisirs, mais que la polygamie ne fait pas partie de ces interdictions. "Elle a refusé". (ndlr : son ex-femme est retournée à Hama et n’a pas eu affaire aux représailles de la part de Daech car elle et Abu Omar étaient divorcés.)

Devenu un faux transporteur d’essence, Abu Omar se mit au volant d’un vieux camion alors que sa femme et ses enfants le suivaient dans une autre voiture. "Lorsqu’on passait les checkpoints de Daech, on disait que nous étions en chemin pour trouver un camion-citerne. Heureusement, la coalition les bombardait souvent donc nous n’avons pas eu trop de problèmes pour passer". Le mini-convoi d’Abu Omar fut cependant arrêté au dernier checkpoint. On lui dit qu’il ne pouvait pas passer sans papiers, qu’il n’avait pas. Il dit qu’il a réussi à négocier en racontant l’histoire qu’ils avaient préparée. Ils avaient trouvé une femme et ses enfants sur le bord de la route, juste à côté d’un convoi qui venait de se faire bombarder par la coalition. Le mari avait demandé à Abu Omar de mettre sa famille dans un lieu sûr. Abu Omar ne faisait que les ramener avec lui. La ruse a fonctionné. Abu Omar et sa famille ont rejoint la région d’Alep tenue par l’Armée syrienne libre. De là-bas, ils ont regagné une région de Hama non contrôlée par Daech, puis le nord-ouest vers la province d’Idlib, avant de prendre la direction de la Turquie. "L’ASL m’a demandé si je voulais rester et me battre avec eux. J’ai dit non".

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