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Taux élevé de mariages mixtes et élaboration de lois contre le port du voile : tel est le paradoxe français mis en évidence par Emmanuel Todd
Publié le 28 août 2016
Le gouvernement a souhaité réaliser une "refondation de l'école" et une réforme du collège. Pour cela, il devait relire et revoir à sa manière l'enseignement de l'histoire et de l'éducation civique. Choisir ce que l'histoire veut garder de nos mémoires. En France, un tel choix ne peut que déchaîner les passions. Vincent Badré a voulu revenir sur la question de l'enseignement de l'histoire, en tenant compte des évolutions actuelles, des nouveaux programmes de 2016 et en élargissant le regard. Extrait de "L'Histoire politisée ? Réformes et conséquences", de Vincent Badré, aux éditions du Rocher 2/2
Vincent Badré, professeur d'histoire-géographie en banlieue parisienne est l'auteur de L'Histoire fabriquée? ce qu'on ne vous dit pas à l'école et L'histoire politisée ? Réformes et conséquences (Éditions du Rocher).
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Le gouvernement a souhaité réaliser une "refondation de l'école" et une réforme du collège. Pour cela, il devait relire et revoir à sa manière l'enseignement de l'histoire et de l'éducation civique. Choisir ce que l'histoire veut garder de nos mémoires. En France, un tel choix ne peut que déchaîner les passions. Vincent Badré a voulu revenir sur la question de l'enseignement de l'histoire, en tenant compte des évolutions actuelles, des nouveaux programmes de 2016 et en élargissant le regard. Extrait de "L'Histoire politisée ? Réformes et conséquences", de Vincent Badré, aux éditions du Rocher 2/2

Le pays des compromis inavoués

Les discours de division et de rupture sont faciles à entendre. Il est par contre bien plus difficile de voir que l’identité française se construit en grande partie sur des compromis. Après les grands massacres des guerres de religion et de la Révolution ou de la Seconde Guerre mondiale, les oppositions d’idées sont restées très dures verbalement, mais ont bien souvent abouti à des compromis.

La loi de 1905 était une loi de rupture. Elle prévoyait que les temples protestants, les synagogues juives et les églises seraient gérés par des associations cultuelles de fidèles librement organisées. L’Eglise catholique les a refusées car elles risquaient de finir par désobéir à sa structure, dirigée par des évêques, un pape et des conciles.

Une solution a été trouvée après les troubles des inventaires, deux morts par accident et un temps d’apesanteur juridique et surtout dans la suite de la fraternité des tranchées de la guerre de 14-18.

Cette solution est typique de nos compromis inavoués. Elle est passée par un échange de lettres entre le Vatican et la République. L’avis n°185707 en date du 13 décembre 1923 du Conseil d’État a considéré que les associations catholiques n’avaient pas à gérer l’exercice du culte, indirectement il reste dirigé par l’évêque, sans que des laïcs puissent le modifier. C’est donc par un moyen juridique très indirect que l’État a reconnu, sans le dire, l’organisation particulière de l’Église catholique. En théorie, les deux sont séparés. Dans la pratique, il y a des compromis, des liens, des politesses et des petites vacheries, comme dans un vieux couple.

Il faudrait examiner bien des éléments de notre histoire pour y trouver d’autres équilibres entre des mouvements contraires, par exemple dans le domaine du Code du travail ou de la décentralisation.

L’amour des héros, un moyen de reparler de la liberté et de la personne humaine

En parler est presque un crime pédagogique pour certains, mais ils sont très présents dans la mémoire historique. Astérix est une parodie assez typique de ce genre de figures de sauveur, ironique et malin.

En parlant des héros de l’histoire, on pense spontanément aux figures déjà connues, mais il devrait aussi être possible de parler de figures moins habituelles. Les ingénieurs français qui ont participé à la création des avions Concorde puis Airbus ou les aventuriers français de l’humanitaire qui ont marché dans les pas des Français en quête d’exploits chevaleresques du passé.

Le pays de la sobriété et de la mesure

La figure d’Obélix est l’antithèse comique d’une certaine tradition française. Un soir, au bord d’une rivière de campagne, un ami libanais m’a demandé «mais, au fond, qu’est-ce que le jansénisme?». Et bien c’est le contraire d’Obélix. C’est un mouvement culturel et religieux qui traverse les XVIIe , XVIIIe et XIXe siècle. Il recherche un certain dépouillement des soucis du monde et des choses de la chair. Opposés à certains aspects de la politique religieuse de Louis XIV et de Louis XV, les jansénistes ont été persécutés pour avoir été fidèles à la voix de leur conscience. Leur histoire n’est pas seulement un épisode parmi d’autres des querelles entre religieux, c’est aussi un récit qui peut encore nourrir des réflexions actuelles. Ce mouvement est aussi la forme la plus radicale d’une attitude française de recherche de mesure et de discrétion. 

 

Une diversité méconnue

Dans Astérix, le barde finit toujours par se faire taper dessus. Celui qui sort du comportement commun du village est facilement mal vu.

C’est un peu ce que remarque Emmanuel Todd dans son livre Le Destin des immigrés. Il décrit des Français qui ont un taux élevé de mariages mixtes avec des personnes d’origine étrangère, mais qui font des lois contre le port du voile, perçu comme un signe de dissidence culturelle. Il oppose cette attitude à celle de pays comme le Royaume-Uni, bien plus tolérant pour les comportements, et bien moins pour les unions mixtes.

La diversité régionale et sociale devrait trouver plus de place dans l’histoire scolaire. Les programmes demandent de parler de Charles Quint dans le chapitre sur la Renaissance. C’est une bonne chose, surtout en rappelant qu’il était souverain de l’Espagne et en Italie, mais aussi de Lille et Besançon. Et qu’il a gouverné son empire en bonne partie avec des hommes de culture française comme les Francs-comtois Nicolas et Antoine Perrenot de Granvelle.

Le retour à une histoire qui accepte de parler aussi des classes populaires pourrait se faire en intégrant les résultats de recherches comme celles de Jean-Marc Moriceau.

Ne pas victimiser les minorités

La culture historique scolaire a tendance à cantonner les minorités religieuses françaises dans leur rôle de victimes dignes de pitié. Elle parle bien moins de leur apport spécifique à la construction des identités françaises. Les patrons protestants calvinistes de Mulhouse étaient par exemple les sujets d’une ville libre d’empire, étrangère au royaume de France. Ils ont joué un rôle particulier dans l’industrialisation d’une région comme l’Alsace, avec des comportements qui les distinguent de ceux d’industriels d’autres régions. De mœurs austères alors qu’ils vendaient des tissus de luxe, ils ont aussi été pionniers dans l’étude de la situation des ouvriers et dans la recherche de lois sociales comme l’interdiction du travail des enfants en 1841. Ils se distinguaient aussi par la solidarité familiale et une fécondité très élevée. 

Leur histoire montre également les liens qui peuvent être faits entre l’étude d’un milieu, d’une région et d’une explosion de vitalité économique.

L’histoire de la présence juive en France, de l’antiquité au Moyen Âge, n’est généralement présentée qu’en passant, quand on évoque les persécutions liées aux croisades. On ne va pas jusqu’à détailler les multiples expulsions et spoliations pratiquées par les rois de France. On ne rappelle pas non plus que notre connaissance de l’ancienne langue française doit beaucoup à l’œuvre de Rachi de Troyes qui a vécu à la fin du XIe siècle. Il a réalisé un important commentaire de la Bible et du Talmud. En cherchant à expliquer les textes sacrés à ses contemporains, il a spontanément utilisé la langue qu’il parlait avec eux, alors que les intellectuels chrétiens de l’époque écrivaient plus volontiers en latin. Cela nous donne de précieux aperçus sur la langue parlée par ses contemporains et sur les relations entre juifs et chrétiens de l’époque.

Les musulmans sont bien moins présents dans la trame de l’histoire ancienne de la France. On peut explorer les quelques exemples existants. On peut étudier la vie d’Abd el-Kader résistant à la colonisation, prisonnier plus ou moins bien traité, initié à la franc-maçonnerie, reçu avec les honneurs en France par Napoléon III, puis exilé à Damas et protecteur des chrétiens pendant les massacres de 1860. Il faudrait surtout traiter cette histoire comme un commencement et comme une ouverture vers des modes de relations complexes et variables. 

Extrait de L'Histoire politisée ? Réformes et conséquences, de Vincent Badré, aux éditions du Rocher, septembre 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici

 

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cloette
- 29/08/2016 - 08:35
Deudeuche
Vous avez raison ...
Beredan
- 29/08/2016 - 08:01
Bidouillages à la Todd
Manu nous enfume ! Le mariage mixte , pour les musulmans , c'est celui par lequel un chrétien épouse une musulmane en refusant de se convertir à l'islam... Dans cette configuration , la seule qui fait sens , ce mariage mixte est quasi inexistant , car la musulmane qui l'accepte encourt la peine de mort . C'est clair ?
Deudeuche
- 29/08/2016 - 07:22
@clint
confusion entre "l'immaculée conception" dogme catholique du 19 eme siecle (1854) qui ne concerne que Marie, et la nature à la fois humaine et divine de Jésus effectivement conçu du saint Esprit. Si ce n'était pas le cas il ne serait qu'un Bouddha de plus, un enseignement à suivre etc et autres billevesées fondées sur les oeuvres humaines.
Votre commentaire sent fort l'unitarien philosophe libéral, athée "de fait" qui monopolise le protestantisme bourgeois de centre ville.
sinon beaucoup d'anciens musulmans deviennent chrétiens et ne fréquentent évidemment pas les "temples" francmaquisés.
Salut attestant protestant et évangélique.