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Comment un enfant victime de maltraitance peut se construire en tant qu'adulte et vivre une "résilience"
Publié le 26 août 2016
Delphine a 4 ans lorsque son enfer commence… Après des années d'hôpital, de traitements trop forts pour son jeune âge et une ablation d'un rein alors qu'elle est parfaitement bien portante, Delphine va finalement parvenir à s'affranchir de cette relation mère/fille particulièrement dévastatrice. Le syndrome de Münchhausen par procuration est une forme grave de sévices à un enfant au cours de laquelle l’adulte provoque de manière délibérée chez l'enfant dont il s'occupe des problèmes de santé sérieux et répétés avant de le conduire auprès d’un médecin. Extrait de "Câlins assassins", de Delphine Paquereau, aux éditions Max Milo 2/2
Née en 1983, Delphine Paquereau grandit en Poitou-Charentes au cœur d’une famille dysfonctionnelle. Sa mère est atteinte du syndrome de Münchhausen par procuration, elle passe donc son enfance dans les hôpitaux. Aujourd’hui mariée, elle est mère de deux...
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Delphine Paquereau
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Née en 1983, Delphine Paquereau grandit en Poitou-Charentes au cœur d’une famille dysfonctionnelle. Sa mère est atteinte du syndrome de Münchhausen par procuration, elle passe donc son enfance dans les hôpitaux. Aujourd’hui mariée, elle est mère de deux...
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Delphine a 4 ans lorsque son enfer commence… Après des années d'hôpital, de traitements trop forts pour son jeune âge et une ablation d'un rein alors qu'elle est parfaitement bien portante, Delphine va finalement parvenir à s'affranchir de cette relation mère/fille particulièrement dévastatrice. Le syndrome de Münchhausen par procuration est une forme grave de sévices à un enfant au cours de laquelle l’adulte provoque de manière délibérée chez l'enfant dont il s'occupe des problèmes de santé sérieux et répétés avant de le conduire auprès d’un médecin. Extrait de "Câlins assassins", de Delphine Paquereau, aux éditions Max Milo 2/2

Conclusion 

Pendant trois ans, jusqu’en septembre 2012, je vais entreprendre tous les lundis un travail avec une psychothérapeute recommandée par le docteur Carrez, Mme Aline. Je prends conscience de l’histoire douloureuse refoulée de mon enfance grâce à l’éveil de mes émotions. Ma thérapeute n’émet aucun avis personnel, ne trouve aucun argument qui me rendrait coupable de ce que j’ai vécu. C’est ce que moi j’ai longtemps fait. J’apprécie de venir me confier sans être jugée. J’ai trouvé la bonne thérapeute. 

Au fil des semaines, des mois, la petite fille angoissée, craintive, commence à s’éloigner de mes pensées. Il m’arrive de me retrouver, le soir, dans mon lit, recroquevillée, et de pleurer. Je finis par m’endormir, je me réveille un peu plus tard, j’ai mal au rein. Mal ? Je retrouve aussi la douleur que je ressentais quand mon père me faisait des piqûres dans les fesses pour soigner mes infections urinaires. Je comprends que par ces sensations physiques, je suis en train de m’approprier mon histoire. Revivre, ressentir, comprendre, accepter, c’est le prix à payer pour me libérer. 

Je commence à arrêter de m’accuser, de me culpabiliser, je peux développer de l’empathie pour l’enfant qui a souffert du comportement de sa mère et du monde médical. J’ai souffert et enfoui ma colère. Une haine latente m’a accompagnée un grand nombre d’années et a déclenché dans mon corps divers symptômes, un mal-être. Aujourd’hui, je peux ressentir consciemment ma révolte contre les manipulations de ma mère qui m’ont fait souffrir et qu’on m’a demandé d’oublier.

Aujourd’hui, je sais quel prix il m’a fallu payer pour ce que l’on appelle « la résilience ». Je chemine dans le but de prendre ma vie en main et de faire tout ce qu’il me semble nécessaire à ma reconstruction psychique et physique.

Je résilie ma prise en charge « 100 % longue maladie ». Je ne veux plus que cela apparaisse sur ma carte Vitale, je ne suis pas malade ! J’obtiens ma nouvelle attestation en deux mois.

Je décide également d’enfin faire disparaître ma cicatrice qui me complexe depuis tant d’années et qui est un stigmate physique de ce que j’ai subi. Par chance, je n’ai pas eu à me confronter à une nouvelle anesthésie générale.

À mon travail, je demande à changer de service pour exercer un emploi de bureau : après la naissance de Victor, chaque journée en gériatrie était un enfer et me ramenait à mes souffrances d’enfant. La faiblesse des personnes âgées, leur impossibilité à extérioriser leur colère, leur soumission étaient intolérables. J’avais une boule au ventre tous les matins, je me vidais de toutes les larmes que mon corps avait retenues le soir. Je ne refoule plus mes émotions mais je ne veux pas m’user à me battre pour la cause des autres, une cause pour laquelle, en plus, je ne suis pas comprise.

Le plus gros travail à accomplir, ç’a été avec Lila.

Il aura fallu beaucoup de séances pour que Mme Aline réussisse à me faire verbaliser, à accepter mes difficultés relationnelles avec ma fille. Le rapport à la mère J’ai peur que Lila ne m’entraîne dans une relation intense.

Notre rapport devient envahissant pour moi et insécurisant pour Lila. Plus je sens cette intensité entre nous, plus je me détache d’elle. Elle ressent cet éloignement et, du coup, « s’accroche » encore plus à moi. La séparation l’effraie, la vie en collectivité lui est plus ou moins compliquée (« Lila ne joue pas, Lila reste collée à un adulte »). J’aimerais qu’elle joue, qu’elle prenne plaisir à aller vers les autres, j’aimerais qu’elle apprécie quand on doit se quitter. Mais non, elle me retient quand elle sent la séparation arriver et moi je me fâche, je panique. Quand elle s’endort enfin le soir, après m’avoir réclamée dix fois, je m’isole pour pleurer. Cela rend notre quotidien à tous les quatre extrêmement difficile.

Dire la vérité à Lila. Voilà ce qu’il faut que je réussisse à faire. Lui dire ouvertement quelles ont été les difficultés relationnelles entre moi et sa grand-mère et les conséquences de cette relation sur ma vie d’adulte et de maman. Abandonner le déni de mes souffrances, développer de l’empathie pour l’enfant que j’étais.

Je suis allée chercher de l’aide auprès d’un pédopsychiatre. Lila n’était pas vraiment d’accord. Les consultations étaient difficiles pour moi, je n’arrivais pas à retenir mes émotions et je pleurais, un peu. Lila, elle, restait silencieuse. Elle ne répondait que par des hochements de tête. En revanche, elle écoutait, elle entendait les difficultés que j’exprimais au médecin.

Nous y sommes allées trois fois. Cela peut paraître peu, pourtant le changement est flagrant. Le moment du coucher se déroule mieux. Elle tente toujours de me retenir un peu, mais elle ne me rappelle plus qu’une fois pour que je la borde à nouveau. Elle ne se réveille plus du tout la nuit, alors qu’elle venait plusieurs fois dans notre chambre, angoissée. À l’école, à la garderie, à la danse, elle ne s’accroche plus à moi.

Tous ces petits changements sont une avancée énorme. Je me sens plus détendue, je n’ai plus peur de me laisser engloutir.

Dire que les premiers jours de vie de Lila, c’est moi qui « l’étouffais », de peur que ma mère ne me vole ma fille, je comprends que ce soit confus pour elle maintenant. C’est à moi de la rassurer, tout en me rassurant. Lila a lu dans mes yeux la mère insécure et perdue que j’étais et contre laquelle je me bats pour mon bien-être et le sien.

Il a fallu néanmoins consulter à nouveau un psychanalyste, le comportement de Lila redevenant inquiétant en conséquence des incursions répétées et régulières de sa grand-mère à la sortie de sa classe, et notamment après son entrée dans la cour de récréation pour se présenter à sa petite-fille. Cette psychanalyste, que Lila a vue sept fois, a pu lui expliquer mon histoire particulière avec ma mère.

Désormais, je sens Lila plus légère, libérée d’un poids. Les questions qui se sont posées à elle ont trouvé des réponses, un sens qu’elle comprend mieux et elle parle de cette situation délicate plus facilement.

Avec le temps, la haine que j’éprouve à l’égard de ma mère pourra s’atténuer et même disparaître. Des événements de la vie me ramèneront peut-être brusquement à certains souvenirs ; mais maintenant, je sais de quoi il retourne. Je me connais suffisamment bien parce que j’ai de nouveau éprouvé les sentiments de la petite fille que j’ai été, et la dernière trace de culpabilité en moi a disparu. J’ai admis la vérité, surmonté mes angoisses et n’ai plus peur de révéler qui était réellement ma mère, quelle a été mon histoire.

Je voudrais, un jour, être capable, en toute modestie de faire changer le regard du grand public. Je ne doute pas que mon honnêteté émotionnelle sera un jour capable de faire tomber le mur d’ignorance qui entoure le refoulement de l’enfant tourmenté par la maltraitance qu’il subit et qui le poursuivra jusqu’à l’âge adulte si personne ne l’aide.

« Maltraitance ». J’ai encore du mal à prononcer ce mot. Mais oui, le syndrome de Münchhausen by proxy est bien une forme de maltraitance, sous ses apparences câlines.

Mais aujourd’hui, grâce à mes témoins secourables, le Professeur Brissaud, les docteurs Carrez et Gauthier, grâce à ma propre volonté, je vis avec un élan de vie que je ne voudrais perdre pour rien au monde !

Extrait de "Câlins assassins", de Delphine Paquereau, aux éditions Max Milo. Pour acheter ce livre, cliquez ici

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ISABLEUE
- 26/08/2016 - 13:57
honte à ces medecins
Qui n'ont rien vu !!@@@