En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
© Reuters
Touché coulé ?
Otan : de l’art de provoquer la Russie sans protéger la Pologne
Publié le 23 juillet 2016
Au début du mois de Juillet, l'OTAN a organisé un sommet en Pologne, au porte de la Russie, et aligné plusieurs milliers d'hommes à la frontière. Plusieurs pays membres de l'organisation, à l'est, cherchent à raviver, à leurs risques et périls, un climat de guerre froide.
Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Roland Hureaux
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Au début du mois de Juillet, l'OTAN a organisé un sommet en Pologne, au porte de la Russie, et aligné plusieurs milliers d'hommes à la frontière. Plusieurs pays membres de l'organisation, à l'est, cherchent à raviver, à leurs risques et périls, un climat de guerre froide.

Le sommet de l'OTAN qui s'est tenu en Pologne les 8 et 9 juillet ne signifie pas encore la guerre mais il n'en constitue pas moins une provocation à l'égard de la Russie dont la nécessité apparait moins clairement que les risques : ce n'est pas impunément que l'on va organiser une réunion aussi large et au plus haut niveau aux portes de la plus grande puissance nucléaire de la planète. Il ne s'agit pas certes de sombrer dans la crainte révérencielle de cette puissance mais que diraient les Américains si la Russie organisaient ce genre de rassemblement au Mexique ? 

Le communiqué final du sommet de l'OTAN dénonce d'une manière qui serait risible si elle ne touchait à des questions aussi graves "les actions agressives de la Russie, y compris ses activités militaires provocatrices à la périphérie du territoire de l'OTAN". Où se situe donc cette périphérie de l'OTAN : dans Caraïbes ? Non "dans la région de la mer Baltique et de la Mer noire" ! 

Déclarations d'autant plus inquiétantes qu'au mois de juin a été organisée en Pologne et dans les pays baltes, à la frontière russe, une manœuvre portant le nom peu amène d'Anaconda à laquelle pas moins de 24 pays étaient associés. Malgré les déclarations apaisantes de Hollande à Varsovie qui, a-t-il dit, ne considère la Russie "ni comme un adversaire, ni comme une menace" ou du ministre des affaires étrangères de l'Allemagne Frank-Walter Steinmeier appelant l'OTAN à la modération, seules voix discordantes, les deux pays ont finalement signé le communiqué final et sont représentés à la manœuvre. La France envoie 150 hommes seulement, ce qui est bien peu sur le plan militaire mais exprime sa solidarité politique avec une entreprise pour le moins douteuse.

31 000 hommes, c'est suffisant pour une provocation, c'est dérisoire face à la Russie qui peut aligner instantanément trente fois cet effectif de l'autre coté de la frontière. 

Pour cacher une faiblesse ? 

Quel intérêt alors ? Au dire de plusieurs spécialistes, la Russie détient aujourd'hui une supériorité claire sur les États-Unis dans la guerre classique. À quoi s'ajoute sa capacité avérée de brouillage et la récente disposition d'un missile balistique volant à une vitesse qui défie toute contre-mesure (et rend obsolète, soit dit en passant, toute idée de bouclier antimissile). 

Au temps de Staline, l'URSS est restée quatre ans sans disposer de l'arme nucléaire face à une Amérique qui l'avait déjà. Elle s'était alors comportée avec le maximum d'agressivité, notamment par le blocus de Berlin, pour faire oublier son infériorité stratégique. Il n 'est pas impossible que la manœuvre de l'OTAN relève de la même logique. Mais il est alors douteux que Poutine soit dupe ! 

Une autre explication serait le souci de rassurer la Pologne et les Pays baltes, toujours prêts à faire de la surenchère contre la menace russe. On comprend certes au vu de l'histoire qu'ils aient quelques inquiétudes. Mais sont-elles aujourd'hui fondées ? Le sommet de l'OTAN dénonce l'annexion de la Crimée et l'aide apportée par la Russie aux rebelles du Donbass. Les néoconservateurs américains, Hillary Clinton en tête, y voient le début d'un processus de conquête qu'elle compare à celui d'Hitler. N'oublions pourtant pas que ces actions que l'on reproche à Poutine sont venues en riposte à ce que Valéry Giscard d'Estaing a lui-même appelé un coup d'état de la CIA (les fameux événements de la place Madian en février 2013) destiné à renverser à Kiev un pouvoir légitime régulièrement élu pour le remplacer par un gouvernement hostile à la Russie. La base de Sébastopol, qui constituait la seule ouverture maritime de la Russie vers le Sud et que le hasard des découpages soviétiques avait rattachée à l'Ukraine, risquait de lui échapper, ce que, compte tenu de la géographie, elle pouvait difficilement accepter.

Poutine a jusqu'ici joué en défensive, même en Syrie, seul point d'appui russe au Proche-Orient que les Etats-Unis ambitionnaient ouvertement de faire basculer en soutenant les rebellions djihadistes contre le gouvernement Assad. Il n'a nullement exprimé d'intention hostile vis à vis de la Pologne et des Pays baltes, bien que la réciproque soit loin d'être vraie.

Une protection illusoire 

Mais à supposer qu'un risque existe pour ces pays, comment ne pas voir ce qu'a d'illusoire la protection que semble leur assurer la gesticulation de l'OTAN ? 

Au cours des années soixante, les Européens de l'Ouest en vinrent à douter légitimement de la valeur de la protection militaire américaine face à une Union soviétique encore virulente. La doctrine de la riposte graduée venait de se substituer à Washington à celle des représailles massives, ce qui signifiait, comme le général de Gaulle l'avait vu, que le États-Unis n'étaient pas prêts à risquer un affrontement nucléaire direct avec l'URSS pour protéger l'Europe occidentale. Il en avait déduit la nécessité pour la France de se doter de l'arme nucléaire. Qui peut croire sérieusement que ce que les Etats-Unis n'étaient pas prêts à faire alors pour la France et le Royaume-Uni, ils le feraient aujourd'hui pour la Pologne et la Lituanie ? 

D'autant qu'on se souvient des efforts que le président Roosevelt avait déployés en 1938 pour faire accepter par les Français et les Anglais les accords de Munich où la Tchécoslovaque avait été sacrifiée. 

C'est dire que ces pays n'ont pas vraiment intérêt à jouer avec le feu. La surenchère à laquelle ils se livrent face à la Russie est aussi coupable que la promesse illusoire des États-Unis de les protéger. La Pologne est certes un pays sympathique mais chroniquement irresponsable, comme on l'avait vu entre les deux guerres. L'autorité du pape Jean Paul II avait un moment calmé ses dirigeants. Mais il n'est plus là et il n'est pas sûr que son successeur qui se rend à Cracovie à la fin juillet ait autant d'autorité sur eux. 

Après beaucoup de manœuvres maladroites de leur part, Polonais et Baltes furent finalement les dindons de la farce tragique de 1939. Ce furent alors la France et la Grande-Bretagne, pas les États-Unis, qui mirent en jeu leur survie pour leur venir en aide. En vain. Il faut espérer pour eux qu'un tel scénario ne se reproduira pas.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
02.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
03.
Connaissez vous Marie Kondo (la Japonaise qui a déclenché une folie du rangement dans le monde qui ne devrait pas tarder à atteindre la France) ?
04.
Et si le Rassemblement National était en train de faire un bien mauvais coup à l’euro en renonçant à exiger que nous en sortions ?
05.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
06.
Iran, pourquoi la menace d’une intervention militaire brandie par John Bolton pourrait marcher
07.
Gérard Larcher, l'Homme qui tient tête à Emmanuel Macron et ...à Laurent Wauquiez
01.
Patrick Bruel aime une nouvelle femme de (bien) moins de 50 ans; Vincent Cassel : entre sa (très) jeune épouse & sa fille aînée, c’est tendu; Sophie Marceau s’occupe de son fils, René-Charles Angélil-Dion de ses frères, Anouchka Delon de toute la famille
02.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
03.
Le Royaume-Uni se prépare à un Brexit sans accord et ne voit plus comment arrêter cette chronique d’un chaos annoncé
04.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
05.
Littéralement explosif : le sondage exclusif qui montre que la condamnation de la violence par les Français... baisse (et que le nombre de ceux qui disent la comprendre augmente)
06.
Inégalités : la France est allée au maximum de ce que la redistribution fiscale permettait. Voilà ce qui pourrait être fait désormais
07.
Robots payeurs : mais que s’est-il vraiment passé sur la cagnotte de soutien aux policiers ?
01.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
02.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
03.
Patrick Bruel aime une nouvelle femme de (bien) moins de 50 ans; Vincent Cassel : entre sa (très) jeune épouse & sa fille aînée, c’est tendu; Sophie Marceau s’occupe de son fils, René-Charles Angélil-Dion de ses frères, Anouchka Delon de toute la famille
04.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
05.
Ce à quoi se condamnent lentement mais sûrement les Gilets jaunes
06.
Sévère répression des gilets jaunes : la justice française est-elle en train de préfèrer l’ordre à la justice ?
01.
Grand débat national : l’équation impossible d’Emmanuel Macron
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Pourquoi Macron, les populistes et les gilets jaunes sont tous le produit de la même vague (et pourquoi ils seraient bien inspirés de le comprendre réciproquement)
04.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
05.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
06.
Si la France vit un moment révolutionnaire (et voilà pourquoi c’en est bien un), quelle stratégie politique pour éviter le chaos et en sortir par le haut ?
Commentaires (2)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Camtom
- 23/07/2016 - 16:16
Comme avec le truc d'exclure
Comme avec le truc d'exclure les athlètes russes des JO, dans quoi 15 jours?! Parce que les américains ils sont nickels niveau dopage?!! Les cimetières américains de ma Normandie font que j'ai toujours eu une certaine affection pour eux, mais on n'est pas obligé de tomber dans leur délire de faire monter la pression avec la Russie qui n'est pas et ne doit certainement pas être notre ennemie et qui est la seule à défendre les mêmes intérêts que nous... Qu'est ce qu'on a à gagner à énerver et humilier Poutine et de ne même pas le convier à leur réunion de la coalition, alors que, honnêtement, elle en serait où la Syrie sans lui...
langue de pivert
- 23/07/2016 - 12:13
Les problèmes des Russes c'est leur paranoïa chronique, leur recherche obsessionnelle d'accès aux mers chaudes et la nostalgie de "l'empire" ! Sinon les Russes sont un peuple sympathique avec qui nous avons plus de points communs que de différences. Nos vrais et seuls ennemis sont les muzz !