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Comment les conséquences des sanctions russes sur l’économie française ont été largement sous-estimées
Publié le 15 juillet 2016
Si les sanctions étaient dites "intelligentes", c'est-à-dire qui ne coûteraient rien aux pays émetteurs, la réalité est toute autre : en un an et demi, les 37 pays qui en sont à l'origine cumulent près de 60 milliards de dollars de pertes. Un chiffre qui reste cependant en-dessous des dégâts infligés à l'économie russe.
Matthieu Crozet est professeur à Paris Sud. Il est également conseiller scientifique au CEPII, en charge du programme scientifique Analyse du Commerce International.
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Si les sanctions étaient dites "intelligentes", c'est-à-dire qui ne coûteraient rien aux pays émetteurs, la réalité est toute autre : en un an et demi, les 37 pays qui en sont à l'origine cumulent près de 60 milliards de dollars de pertes. Un chiffre qui reste cependant en-dessous des dégâts infligés à l'économie russe.

Atlantico : A la suite de l'annexion de la Crimée par la Fédération de Russie en 2014, l'Union européenne décide d'imposer des sanctions économiques. En quoi ces dernières ont-elles pu participer à affaiblir les entreprises françaises ? Et pour quel coût ?

Matthieu Crozet : Le référendum en Crimée signe effectivement le rattachement de cette région à la Russie. À partir de ce moment, les États-Unis et l'Union européenne imposent un certain nombre de sanctions diplomatiques et d'autres sanctions dites "intelligentes", c'est-à-dire qui viennent perturber le jeu politique du pays ciblé sans engendrer de coûts pour le pays émetteur. Finalement, ce sont 37 pays qui les imposent, et ces derniers représentent à eux seuls plus de 60% du PIB mondial. De même, cette série de sanctions se distingue par le fait que pour la première fois, c'est un pays important et non une puissance comme l'Iran ou Cuba qui est visée.

Puis, vient une deuxième vague de sanctions qui concerne l'arrêt de plusieurs coopérations diplomatiques, culturelles, ainsi que le gel de certains avoirs de dignitaires et entités russes ou oligarques, ainsi que des retraits de visas.

Mais l'UE a aussi imposé un certain nombre de sanctions très fermes à l'égard de l'Ukraine et surtout de la Crimée, et qui concernent par exemple l'interdiction d'investir pour les entreprises européennes, ou de fournir des services touristiques. 

Un autre type de sanction concerne un contrôle à l'exportation pour des produits comme les produits militaires, à usage duale (militaire et civil) comme les composants électroniques. Typiquement, cette dernière sanction a pénalisé en France le secteur de l'aéronautique.

En juin 2014, après l'épisode du crash de l'avion de la Malaysian Airlines au-dessus de l'Ukraine, la Russie a subi de nouvelles sanctions, cette fois moins "softs", puisqu'il s'agissait d'interdire l'exportation de produits sensibles comme des technologies d'exploitations de minerais par exemple. Mais aussi des sanctions financières plus pénalisantes dans le domaine financier : en empêchant par exemple les principales banques russes de se financer sur les marchés européens et américains.

Vous avez récemment étudié l'impact de ces sanctions sur plusieurs économies, dont la France. Qu'avez-vous pu observer ? Comment l'économie française et ses entreprises ont-elles été affectées par ces sanctions ? 

L'étude que nous avons faite est limitative et se concentre sur les exportations vers la Russie.

Tout le commerce vers la Russie s'est bien entendu écroulé, la crise en Russie ayant entraîné la chute du rouble. Au final, nous avons observé une réduction des exportations de l'ordre de 60 milliards de dollars pour les 37 pays émetteurs sur un an et demi. En juillet 2014, lorsque le niveau des sanctions augmente, la Russie réplique en mettant un embargo sur une grande ligne de produits de l'agroalimentaire. L'embrago a un effet très net et fait diminuer de 80% les exportations interdites. Mais ces produits, à l'échelle de l'économie des pays émetteurs de ces sanctions, sont négligeables.

Pour les autres produits, la baisse est beaucoup plus importante. L'essentiel de la déperdition de commerce est lié à des produits qui ne sont pas sous embargo russe (secteur des services, produits de luxe pour la France, etc). Le plus touché est l'Ukraine, le second est l'Allemagne qui a absorbé l'essentiel des coûts avec 27% des pertes totales. La France représente 5,6%. 

Sur la période janvier 2014 - juin 2015, la France a perdu 176,94 millions de dollars de commerce avec la Russie en moyenne chaque mois. Cela représente -22,22% du potentiel de commerce. Pour les produits agricoles sous embargo russe, la perte atteinte passe les 50% du potentiel de commerce sur la période (qui couvre un temps précédent l’embargo). En valeur, la perte de commerce pour ces produits est évaluée à -14,19 millions de dollars par mois. Au final la perte de commerce de produits sous embargo russe représente moins de 10% de la perte totale de commerce de la France.

Nous avons en revanche observé qu'il n'y avait pas eu d'effet de boycott.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Deneziere
- 09/07/2016 - 16:27
Article creux
On aurait aimé connaître l'impact de ces sanctions chez nos concurrents européens et sur le continent entier. Prendre un pays isolément n'a aucun sens.
Anguerrand
- 09/07/2016 - 16:12
Et les 123 Rafales
Hollande s'est glorifié de la signature de Rafales avec l'Inde. Notre grand diplomate le presigland a oublié que l'Inde est l'allié de la Russie, et l'Inde a résilié la commande de ces Rafales ( dans la plus grande discrétion, bien sûr) au profit de la Russie. Les russes se sont vengés de la non livraison des 2 bateaux que pour des questions ideologiques nous n'avons pas livré. Nous le payons deux fois par le revente en solde des 2 vedettes et par l'annulation du gigantesque contrat des Rafales, plusieurs milliards ont été perdu pour notre economie. Hollande est un negociateur extraordinaire qui se ferait virer pour manque de résultats dans une concession auto.
Leucate
- 09/07/2016 - 13:38
Embargo agricole russe
Il aura des effets à long terme bénéfiques pour la Russie si l'on veut bien se souvenir de l'histoire tragique de la paysannerie russe.
Le servage avant été aboli au milieu du XIX° siècle par le tsar Alexandre II et, au bout du cinquante ans, une solide paysannerie russe s'était constituée, permettant à l'empire d'être exportateur de denrées alimentaires. Le servage fut rétabli par les communistes qui transformèrent les paysans en ouvriers agricoles sans terres et cela dura jusqu'à la chute du communisme en 1991.
Depuis, les terres ont été redistribuées et une nouvelle paysannerie se reconstitue qui, en diversifiant ses productions, sera capable d'assurer l'indépendance alimentaire de la Russie. Ce n'est pas encore le cas aujourd'hui mais la Russie a trouvé des tas de pays qui sont ravis de lui vendre leurs produits que l'UE et les américains ne lui vendent plus.
Ce sont donc des marchés qui sont définitivement perdus pour nous puisque, même si l'embargo se termine aujourd'hui, la Russie a trouvé des fournisseurs et n'a aucune raison d'en changer à moyen terme. A long terme, la paysannerie russe reconstituée prendra le relai.