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Situation à risque

L’Italie, ce nouvel homme malade de l’Europe qui pourrait faire passer le Brexit pour une partie de plaisir

Publié le 08 juillet 2016
Dans la foulée du référendum sur le Brexit, les attaques contre les banques italiennes, au bord de l'effondrement, ont redoublé. Une situation économique qui complique davantage encore la situation politique de l'Italie, où le Mouvement 5 Etoiles poursuit son ascension dans les urnes et dans les sondages. Tous les éléments pour une explosion semblent réunis, avec les risques que cela comporte pour l'Europe.
Après avoir été en poste à Bruxelles, François Beaudonnet est désormais correspondant à Rome pour France 2. 
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Dans la foulée du référendum sur le Brexit, les attaques contre les banques italiennes, au bord de l'effondrement, ont redoublé. Une situation économique qui complique davantage encore la situation politique de l'Italie, où le Mouvement 5 Etoiles poursuit son ascension dans les urnes et dans les sondages. Tous les éléments pour une explosion semblent réunis, avec les risques que cela comporte pour l'Europe.

Atlantico : Un sondage Demos paru ce lundi dans La Repubblica révèle que le Mouvement 5 étoiles serait devenu le premier parti politique d'Italie pour l'opinion (32%). Au mois d'octobre prochain, les Italiens seront appelés à voter à l'occasion du référendum constitutionnel. Enfin, depuis la tenue du vote sur le Brexit, le système financier italien semble être à l'agonie. En quoi l'ensemble de ces éléments pourraient être à même de déstabiliser politiquement le pays ? L'Italie pourrait-elle être une sérieuse menace pour l'Europe ?

François Beaudonnet : La convergence de ces facteurs est très mauvaise pour Matteo Renzi qui jouissait pourtant d'une assez bonne popularité - du moins comparativement à celle des dirigeants français. Le succès du Mouvement 5 étoiles le met en contre-pieds. Matteo Renzi a plu aux Italiens par son côté anti-système - car même s'il a été maire de Florence, il était vierge de toute vie politique à l'échelon national -, par son âge, son énergie et sa volonté de tout changer. Mais il n'incarne plus cela désormais aux yeux de la population, car son parti, le Parti populaire italien (PPI), s'est retrouvé mêlé à plusieurs affaires ces dernières années. De plus, le Mouvement 5 étoiles est constitué par des personnalités encore plus jeunes que lui, à l'instar de Virginia Raggi, la nouvelle maire de Rome, qui a 29 ans, soit vingt ans de moins que Renzi ! Quant à la nouvelle maire de Turin, autre ville gagnée par le Mouvement 5 étoiles, celle-ci a 37 ans. Et puis le Mouvement 5 étoiles est véritablement anti-système ; c'est même sa raison d'être. 

Une coalition un peu contre-nature semble être en train de se mettre sur pieds entre la droite d'opposition et le Mouvement 5 étoiles ainsi que la Ligue du Nord, deux entités politiques que l'on qualifie de "populistes" et qui ne veulent qu'une chose : le départ de Renzi. A cela s'ajoute l'erreur que Matteo Renzi a eu d'annoncer qu'il démissionnerait en cas de victoire du "non" au référendum constitutionnel d'octobre (NB : ce référendum vise à décider de l'abrogation ou non du Sénat italien), transformant ainsi ce dernier en un référendum "pour" ou "contre" Renzi. 
 
Quant aux banques italiennes, voilà des années maintenant que l'on sait qu'elles sont très fragiles, nombreuses, et que leur restructuration - pourtant nécessaire - n'a jamais eu lieu. Le Brexit a ranimé les attaques dont elles étaient victimes depuis déjà un moment. En l'état, on ne voit pas comment Matteo Renzi ne pourrait pas réinjecter des liquidités dans les banques car celles-ci risquent de s'effondrer. Et dans ce cas, on assisterait à un phénomène que nous commençons à bien connaître : celui de l'effet domino. Plusieurs pensent que Renzi est en train de mettre à mal l'Union bancaire. Celle-ci a été instaurée afin que les Etats ne prêtent pas directement d'argent aux banques, pour éviter le situation de 2008 où les Etats s'étaient tellement endettés pour les renflouer qu'ils ont été contraints par la suite de mettre en oeuvre des politiques d'austérité. Avec l'Union bancaire, l'Etat n'est plus censé intervenir en cas de problème de liquidités des banques. Si Matteo Renzi souhaite fouler l'Union bancaire, le message politique sera lourd de conséquences pour l'Europe, d'autant plus dans le contexte post-Brexit.
 
Raul-Magni Berton: Avant tout, le Mouvement 5 etoiles était déjà le premier parti d'Italie aux élections de 2013. Bien sûr, son score a augmenté, mais aussi celui de son principal adversaire, au détriment du parti de Berlusconi. A l'heure actuelle, le score du Mouvement 5 étoiles ne lui permet pas d'avoir la majorité au Parlement, qui exige 37% des voix ou la majorité relative qu'il n'a pas, vu son refus d'entrer en coalition avec d'autres partis. Au vu du système électoral italien, donc, ce résultat est à relativiser et il est plus probable que les équilibres restent semblables à ceux d'aujourd'hui. 
 
Par ailleurs, le référendum constitutionnel voulu par Renzi vise à réduire le nombre des élus nationaux et à réduire le pouvoir du Sénat. Cette réforme peut réduire les contre-pouvoirs et accentuer la fracture entre électeurs et élus, mais dans un temps relativement long. 
 
Pour ce qui est des réactions des bourses, il s'agit pour le moment d'un choc à court terme, et rien n'indique l'arrivée d'une catastrophe. Je dirais donc que les risques de déstabilisation du pays suite au Brexit sont faibles, et que l'Italie n'est pas une menace pour l'Europe.
 
 

Quels sont, aujourd’hui, les moyens de stabilisation offerts à Matteo Renzi ? En quoi a-t-il besoin de l'assistance de ses partenaires européens dans la crise qui semble se profiler ? En quoi l'Europe ne peut se permettre un tel scénario ?

François Beaudonnet : Matteo Renzi a besoin d'un accord de Bruxelles - donc de Berlin - pour pouvoir refinanciariser les banques italiennes et éviter que cela ne soit perçu comme une aide d'Etat par Bruxelles. Mais s'il n'obtient pas cet accord, il le fera quand même, bien qu'il souhaite éviter une crise majeure entre Rome et Bruxelles. Il a multiplié ces derniers temps les discussions avec des membres de la Commission européenne et avec Angela Merkel. Il compte jouer auprès d'elle sur le fait que l'Allemagne a pu recapitaliser ses banques quand elle en a eu besoin. Pour l'Europe, il serait compliqué néanmoins de laisser sortir l'Italie de l'Union bancaire après les efforts qu'il a fallu déployer pour la mettre en place. Un arbitrage devra être réalisé pour voir ce qui est le moins dommageable pour l'Europe. 
 
A l'échelle nationale, il essaye de décrédibiliser le Mouvement 5 Etoiles en insistant sur l'incompétence des nouveaux édiles de Rome ou Turin. Il pourrait aussi essayer de repousser le référendum. Mais sa seule véritable arme consiste à montrer des résultats, notamment sur le plan économique, notamment en terme de chômage. Mais les Italiens n'y croient plus. Ils trouvent que Matteo Renzi parle trop et n'agit pas assez ; il est extrêmement présent sur les réseaux sociaux, les plateaux TV, etc. 
 

Raul Magni-Berton : J'aurais tendance à penser qu'il faut attendre pour savoir s'il s'agit d'un choc de court terme - qui me parait plus probable - ou alors d'une crise qui aura des conséquences sur l'économie italienne et européenne.

Au regard de la situation actuelle et à venir (les résultats du référendum d'octobre), dans quelle mesure l'hypothèse d'un "Italexit" paraît envisageable ?

Raul Magni-Berton: Cela me semble totalement invraisemblable à court terme. Encore une fois, quel que soit le résultat du référendum, la situation ne concernera en rien les relations entre l'Italie et l'Europe. Les résultats électoraux qui se profilent ne me semblent pas entraîner une sortie de l'UE. Et puis, aucun parti qui compte n'est aussi hostile à l'UE que ne l'étaient certains élus britanniques. Le Mouvement 5 étoiles, plutôt critique, est effectivement favorable à la tenue d'un référendum, mais, actuellement, vu les conséquences économiques du Brexit, on peut bien se demander quel électorat choisirait de sortir de l'UE. Encore moins les Italiens qui sont traditionnellement beaucoup plus europhiles que les autres pays et plus dépendants de l'économie européenne.

François Beaudonnet : Pour le moment, seule la Ligue du Nord a demandé la tenue d'un référendum sur un Italexit. Beppe Grillo, la grande figure du Mouvement 5 Etoiles a, quant à lui, demandé le maintien de l'Italie dans l'UE mais une réforme profonde de cette dernière. Pendant très longtemps, les Italiens ont été pro-européens, une tendance qui commence à changer. L'hypothèse de l'Italexit n'est pas à exclure dans le cas où Matteo Renzi démissionnerait à l'issue du référendum constitutionnel de cet automne. 

 

Propos recueillis par Thomas Sila

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Ganesha
- 09/07/2016 - 07:58
Censure ?
Mon commentaire commençait par : ''Raul et François ne sont pas d'accord...'' et il était le premier de la liste. Mystérieusement, il a disparu : problème technique ou censure ? Il ne contenait aucune violence ou attaque personnelle et n'employait pas de ''mot interdit''. J'y rendais hommage à Giuseppe Verdi. Mais je me livrais à des suppositions sur le profil sociologique des lecteurs d'Atlantico : serait-cela l'explication ?
A M A
- 07/07/2016 - 16:46
Quel sera l'avant-dernier à
Quel sera l'avant-dernier à quitter la bateau Europe avec le seul canot de sauvetage restant, laissant le dernier clamer glorieusement:"S' il n'en reste qu'un, je serai celui-là"? La France, toujours grandiloquente est bien placée pour finir à la nage, gouvernée comme elle va encore l'être...
C3H5.NO3.3
- 06/07/2016 - 23:32
Le Loup et le Chien
""actuellement, vu les conséquences économiques du Brexit, on peut bien se demander quel électorat choisirait de sortir de l'UE"
Vous devriez élire la fable de La Fontaine