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Un écolo "hors système" élu face à un candidat "d’extrême-droite" en Autriche : pourquoi l’Europe ferait bien d’y réfléchir à deux fois avant de pousser un ouf de soulagement

Publié le 27 mai 2016
Alors que l'écologiste Alexander Van der Bellen a été élu de justesse Président de l'Autriche face au candidat nationaliste Norbert Hofer, cet économiste de formation, fils d'immigrés, va désormais devoir faire face à un grand défi : redonner le goût de l'Europe aux Autrichiens.
 Luc Rosenzweig, est ancien journaliste au " Monde" et collabore actuellement au site et au mensuel " Causeur", à la radio RCJ et à la revue " Politique Internationale"
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Alors que l'écologiste Alexander Van der Bellen a été élu de justesse Président de l'Autriche face au candidat nationaliste Norbert Hofer, cet économiste de formation, fils d'immigrés, va désormais devoir faire face à un grand défi : redonner le goût de l'Europe aux Autrichiens.

Atlantico : Les Autrichiens viennent d'élire Alexander Van der Bellen à la présidence du pays. Qui est-il et quel est son parcours politique ? Est-il seulement le candidat anti-Hofer ? Son élection est-elle une bonne nouvelle pour l'Autriche ?

Luc Rosenzweig : Alexander Van der Bellen est le descendant d'une famille noble hollandaise, qui a émigré en Russie sous Pierre Le Grand. En 1917, cette famille tsariste a dû fuir et s'est installée en Estonie, où elle s'est mêlée aux barons baltes, des Allemands en exil. En 1941, lorsque les Russes envahissent les pays baltes en accord avec Hitler, les Allemands qui y vivaient sont autorisés à partir pour l'Allemagne. La famille en profite pour partir et s'installe en Autriche, où naît Alexander Van der Bellen en 1944. Comme beaucoup d'autres personnes de sa génération, il devient membre du Parti communiste autrichien et milite avec les maoïstes en 1968. Puis il intègre le parti écologiste, qui a un certain succès en Autriche car il a très vite rompu avec le gauchisme. Si Alexander Van der Bellen n'a pas eu le soutien officiel de la gauche parlementaire, c'est purement tactique : pour ne pas apparaître comme un candidat du système.

Anton Pelinka : Alexander Van der Bellen est un professeur d'économie à la retraite de l'université de Vienne et ancien président du parti Vert (die Grünen), qu'il a représenté pendant des années au Parlement autrichien pendant les années 1990 et 2000. Dans sa jeunesse, il était actif au sein de certains groupes socialistes avant de rejoindre les Verts. Dans sa campagne, il a mis l'accent sur sa position pro-européenne, en total accord avec la position prise par son parti ces dernières années. Il a bâti son succès sur des voix obtenues dans les électorats des partis traditionnels du centre qui partagent – à des degrés différents – son attitude pro-européenne et qui s'opposent au sentiment anti-Union européenne du FPÖ et de Norbert Hofer.

Yves Roucaute : Alexander Van der Bellen est un écologiste réformiste, plutôt libéral, européen, qui n’a pas la volonté de jouer un rôle politique de premier rang, qui croit au consensus, y compris avec le FPÖ de Norbert Hofer, qui n’a donc pas grand-chose à voir avec les écologistes rouges-verts de France. C’est pourquoi il est absurde que les Verts français se réjouissent.

Cet économiste a été élu pour quatre raisons.

D’abord, par crainte de certains Autrichiens de voir l’image de l’Autriche détériorée à l’étranger, ce qui explique le vote majoritaire favorable obtenu en particulier parmi ceux qui vivent à l’étranger. A cet égard, la propagande internationale anti-Hofer a été efficace.

Ensuite, par alliance anti-FPÖ, ce qui explique qu’il ait réussi à rassembler sur son nom une partie du vote qui s’était porté sur le candidat indépendant qui avait obtenu plus de 18% des voix au premier tour.

Encore, et il faut s’y attarder un peu, parce qu’il a rassuré en indiquant qu’il ne chercherait pas à gouverner, c’est-à-dire à utiliser les armes données par la Constitution de 1929 pour devenir un Président actif. C’est un bon coup politique car cela a rassuré l’establishment, en particulier les deux partis qui gouvernent l’Autriche depuis 1945 et qui se sont dits qu’ils allaient pouvoir continuer à gouverner. En effet, les institutions autrichiennes permettent de penser un Président un peu plus fort et plus actif. C'est une interprétation possible de la Constitution et c'était l'interprétation de Hofer : il était prêt à utiliser l'arme constitutionnelle pour dissoudre le gouvernement et nommer un nouveau chancelier, c’est l’article 79, alinéa 1, de la Constitution, et on imagine qu’il aurait aussi dissous l’Assemblée ce qu’autorise l’article 29, sans qu’il ait d’ailleurs besoin de demander son avis au chancelier contrairement à ce que certains ont écrit. Van der Bellen avait une vision plus consensuelle, plus traditionnelle, plus "molle" disent certains, de la fonction de Président d'Autriche. C'est en raison de cette vision plus classique qu'une partie de la gauche et des conservateurs ont voté pour lui : sa vision d'une présidence passive s'inscrivant dans la tradition autrichienne rassurait davantage que celle de Hofer et elle permet aux deux partis traditionnels, après leur déroute aux élections, de continuer à gouverner au moins jusqu’aux prochaines élections législatives, en 2018.

Enfin, Alexander Van der Bellen a repris le thème du patriotisme. Son affiche de campagne portait le mot patrie derrière lui. Certains médias de gauche lui ont d'ailleurs reproché d'aller chasser sur les terres du FPÖ de Hofer, ce à quoi il a répondu qu'il n'y avait pas de raison de ne pas sortir le drapeau autrichien et qu'il était fier d'être autrichien. Cela lui a permis de ne pas être à contre-pied de la vague patriotique autrichienne qui, sinon, l’aurait emporté.

Avec cela, il a réussi à rassembler un peu plus de 50% des voix alors qu’il ne représentait guère plus de 20,4% des voix au premier tour et que les sondages montrent que seulement 29% des Autrichiens qui ont voté pour lui l’ont fait pour son programme. Ce qui signifie d’ailleurs qu’il est lucide quand il veut une présidence passive. Il n’y a aucune perspective de voir les écologistes autrichiens profiter de cette élection, en tout cas à court terme, pour monter en force s’il y avait dissolution car son parti, qu’il est d’ailleurs contraint de quitter pour des raisons constitutionnelles, n’en profiterait pas.

Les commentateurs européens semblent avoir concentré leur attention sur la non-appartenance des deux candidats aux deux principaux partis politiques autrichiens. Mais qu'en est-il du programme politique de Van Der Bellen ? Quelles sont ses principales propositions pour le pays ?

Anton Pelinka : En tant que chef d'Etat, Alexander Van der Bellen devra coopérer avec le gouvernement de coalition constitué par le parti social-démocrate de centre-gauche (SPÖ) et le Parti populaire autrichien (ÖVP, centre-droit). La différence politique entre le nouveau président et le gouvernement de coalition est moins marquée que celle que nous aurions pu voir entre Norbert Hofer et le gouvernement. C'est pourquoi la politique autrichienne sera toujours fiable, spécialement en ce qui concerne la position de l'Autriche envers l'Union européenne.

Markus Rhomberg : Dans son discours de victoire, Van der Bellen a souligné sa volonté d'être un partenaire constructif du Parlement et du gouvernement fédéral. Il a également rappelé qu'il serait le président de tous les Autrichiens et qu'il tendrait la main à tous les électeurs de Norbert Hofer. Néanmoins, il annoncera un programme pro-européen avec un rôle actif de son pays pour résoudre la crise des migrants et améliorer leur intégration.

Yves Roucaute : Dans la mesure où il a une vision passive de la présidence, son programme consiste à ne pas faire grand-chose. Il va sans doute avancer quelques pions du côté de l'écologie, mais il ne gouvernera pas. Et l'Autriche est depuis très longtemps convaincue des bienfaits de l'écologie, c'est un pays qui a depuis très longtemps une vision non industrialiste et non consumériste, sa présidence ne changera donc pas grand-chose.

Il sera sans doute davantage dans une position d'ouverture vis-à-vis de l'Europe et vis-à-vis de la Turquie. En effet, il est pour son adhésion à l'Union et cela risque de faire grincer des dents en Autriche, 80% des Autrichiens étant contre. Mais, à nouveau, il devra laisser faire le gouvernement où aucun des deux partis traditionnels, les sociaux-démocrates du SPO et les conservateurs de l’OVP, ne voudra se présenter en 2018 devant les électeurs avec une entrée de la Turquie dans l’Union.

Il a également une vision un peu moins ferme des frontières que Norbert Hofer. Néanmoins, deux fondamentaux empêcheront une action déterminante de sa part. 1) Il n'a pas l'air d'en avoir la volonté. 2) Même s'il le voulait, il ne le pourrait pas car les écologistes en Autriche, en tant que parti, sont extrêmement faibles (24 députés sur 183), et il n'aurait pas le soutien du Conseil national. Il n'a donc pas de possibilité d'agir. C'est un professeur d'économie respectable qui joue la modération et qui tient à sa respectabilité.

Finalement, après un fort suspens, rien ne va vraiment changer en Autriche. Et c’est cela le problème. Car le gouvernement autrichien est un gouvernement de coalition (SPO + conservateurs), or les Autrichiens ne veulent plus de cette coalition. Le problème du changement d’establishment est donc repoussé sans avoir été réglé. Les partis qui gouvernent représentent à eux deux 22% des voix dans le pays, c'est dire la crise de représentativité que vit l'Autriche et les menaces pour 2018 si les partis traditionnels ne travaillent pas pour réformer le système et coller au plus près de la population comme ils ont commencé à le faire en infléchissant sensiblement la politique envers les migrants et en prenant au sérieux la question du chômage.

 

De nombreux journaux européens ont insisté sur le danger que représenterait Norbert Hofer s'il était élu. Mais est-ce vraiment le cas ou est-ce exagéré ? Dans quelle mesure peut-on le comparer à Jorg Haider ou à Marine Le Pen ?

Anton Pelinka : Norbert Hofer et le FPÖ sont partenaires du Front national français, du PVV néerlandais, du Vlaams Belang belge et de la Ligue du Nord italienne. Tous ces partis appartiennent au même ensemble partisan au Parlement européen, unis dans leur opposition contre toute forme de renforcement de l'Union européenne. Le FPÖ s'inscrit dans la tradition de Jörg Haider. Le meilleur qualificatif pour ce genre de partis est "populisme de droite".

Markus Rhomberg : Pendant sa campagne, Norbert Hofer a appelé de ses vœux plus d'instruments de démocratie directe en Autriche et un rôle plus puissant pour le Président dans le système politique autrichien. Il a également appelé à une politique d'asile migratoire plus restrictive, un accent mis sur les problèmes de sécurité intérieure en Autriche et plus de profits sociaux pour les Autrichiens. En prenant en compte ces aspects, l'analogie de son programme avec Jörg Haider, l'ancien leader de son parti, ou avec d'autres partis d'extrême-droite en Europe comme le Front national de Marine Le Pen, est assez évidente.

Yves Roucaute : On a affaire à une vision du monde venue de la gauche qui ne comprend rien à rien : cette gauche complètement défaite est incapable de penser ce qu'il se passe aujourd'hui (la crise en Europe, ce qu'il se passe en Autriche). Des mots creux venus de la Seconde Guerre Mondiale, voire de la mauvaise conscience, sont employés : fascisme, extrême-droite. Ce n'est en rien une analyse concrète de situations concrètes.

Premièrement, sur le fascisme attribué par certains idéologues à la mémoire courte. Le FPÖ a profondément changé depuis Haider, qui avait d’ailleurs gouverné la Carinthie avec les socialistes en 2004, et qui avait démissionné et créé sa propre organisation. Aujourd'hui, le FPÖ est une organisation qui est à la fois sur des positions patriotiques et sur des positions libérales en économie. Hofer se réclame d'ailleurs de Margaret Thatcher. Cela n'a donc rien à voir avec le fascisme. Le fascisme a toujours été une idéologie anti-libérale, étatique (intervention de l'état, nationalisation, prise en main de l'ensemble du commerce, de l'industrie, des entreprises), ce qui n'est pas du tout le cas du FPÖ. Le fascisme est une organisation paramilitaire qui organise la violence. Rien de cela avec le FPÖ, qui, à la différence des groupes factieux de la gauche française, ne casse pas du flic, ne frappe pas les cadres, ne bloque pas les ports et les pompes, par la violence. Car le fascisme est né et s’est développé à l’extrême-gauche, depuis le socialiste Mussolini, dans la haine du libéralisme, des institutions républicaines, du pluralisme, des valeurs de respect humain, dans le culte de l’affrontement social, de l’ouvriérisme, du "peuple", du "mouvement social". Et, aujourd’hui encore, c’est bien là qu’on le trouve en France, en Grèce, en Espagne.

Deuxièmement, le FPÖ n'est pas à l'extrême-droite non plus. Depuis la Révolution française, l'extrême-droite rassemble des partisans de la monarchie, en faveur d'un pouvoir central fort mais ce ne sont pas des populistes, et encore moins des égalitaristes. Il s'agissait des légitimistes en France, ceux qui ont soutenu Charles X, qui refusaient la République, le drapeau bleu blanc rouge. En Autriche, c’est la culture de l’empereur, de la hiérarchie, de l’armée nationale, etc. L'extrême-droite renvoie donc à un phénomène politique très précis. On pourrait d'ailleurs demander aux nombreux commentateurs français qui ont infesté les médias de leur analyse pathétique comment ils expliquent que Norbert Hofer soit un dirigeant du FPÖ au Burgenland, où une coalition de socialistes et de FPÖ gouverne. Comment des socialistes autrichiens pourraient-ils s'associer à l'extrême-droite pour gouverner un land aussi important que le Burgenland ? Il faudrait que les socialistes aillent demander à leurs copains autrichiens. Cette dénomination n’est pas seulement ridicule, elle interdit de penser ce qui se joue.

Il ne faut plus utiliser les vieilles catégories ou bien utiliser des catégories fourre-tout comme "populisme", qui n’expliquent rien et permettent aux gens paresseux de se donner l’impression de penser.

Il convient de faire des analyses de situation concrètes pour affronter les problèmes d'aujourd'hui. Si la crise migratoire avait été réglée, le FPÖ, parti libéral et nationaliste qui accepte l’Union européenne dans la mesure où elle permet à la nation de vivre et de prospérer, n'aurait pas fait un tel score. En effet, il y a eu plus de 95 000 demandes d'asile l'année dernière en Autriche, c'est plus que le nombre de naissances en Autriche et c'est énorme pour une population de 8,5 millions de personnes. Il faut arrêter de dire que cela n’a pas créé de problèmes, surtout dans une société aussi ouverte et chrétienne que la société autrichienne. Ainsi, les violences du Nouvel an ont été très mal vécues et la police comme la mairie de Vienne, qui est une mairie de gauche, ont demandé aux femmes de ne plus sortir seules dans la rue le soir et de toujours se faire accompagner dans les pubs et les cafés. Or, Vienne est depuis deux siècles une ville faite de cafés, de restaurants, où les femmes se baladent sans rencontrer le moindre problème. Ce bouleversement avec l’arrivée d’une population qui avait été accueillie à bras ouverts et qui a, pour une part, violé les règles de l’hospitalité et refusé la culture du pays d’accueil, a profondément troublé les Autrichiens. Nier l'existence du problème et dire que les gens qui osent en parler sont soit des fascistes, soit d'extrême-droite, c'est vraiment refuser de voir la réalité. Le président écologiste ne nie d'ailleurs pas cette réalité. Et c’est sans doute aussi pourquoi il tend la main au FPÖ à peine élu.

En outre, l'Autriche affronte le problème du chômage que les partis traditionnels ont laissé se développer faute de mesures fortes. Les Autrichiens sont très honnêtes et ils n'admettent pas de considérer comme chômeurs les gens qui sont en formation. Ces derniers sont donc intégrés aux statistiques : alors que les statistiques officielles européennes parlent de 5% de chômeurs, en réalité, ce chiffre est supérieur à 9% du point de vue des Autrichiens. Et cela est considéré comme anormal par cette société autrichienne qui est très solidaire et considère que l’on doit assistance aux plus démunis.

Troisièmement, le parti socialiste et les conservateurs monopolisent toute la politique sociale de l'Autriche. Les salaires, le temps de travail, les conditions de travail sont déterminés par ce que l’on appelle le "partenariat social" qui est formé à 50% par un groupement de représentants des employés et des employeurs (la Chambre économique fédérale, la Confédération des syndicats autrichiens, la Chambre d'agriculture, la Chambre fédérale du travail) et, à 50% par des représentants du parti socialiste et des conservateurs. Autrement dit, 22% des Autrichiens sont représentés et presque 80% sont exclus de l'ensemble des discussions sur la politique sociale. Et cela alors que le chômage a monté, alors que la concurrence internationale est forte ; c'est un système dont les Autrichiens ne veulent plus car ils pensent qu’il est en faillite au moins partielle. D'autant plus que ces deux partis-là sont aussi ceux qui distribuent les places à la télévision, dans les entreprises d'Etat, les logements, etc.

Au lieu de cataloguer rapidement, on ferait mieux de réfléchir au fait que presque 50% des Autrichiens ont voté pour Norbert Hofer non pas parce que le fascisme et le nazisme menacent en Autriche, mais parce que l'Europe ne fait pas son job, que la coalition gauche-droite ne fait pas son job, et parce que pour près de la moitié de l’Autriche, Norbert Hofer paraissait prêt à faire le job. Les sondages montrent que les Autrichiens qui ont voté pour lui l’ont fait d’abord pour son programme, libéral en économie, conservateur au niveau des valeurs, protectionniste au niveau de la sécurité.

L'Autriche est un extraordinaire cas de figure, et les dirigeants en France feraient bien d'en tirer les leçons au lieu, pour certains, de s’imaginer qu’il est possible de continuer comme avant, sans réformer la France et l’Union européenne.

Après le traumatisme des années 1930, le projet européen visait à empêcher toute tendance politique extrémiste de prendre forme. Et pourtant, en Autriche un candidat proche de l'extrême-droite était aux portes du pouvoir et un candidat "hors système" a été élu président. Quelles en sont les implications pour l'UE, à la fois techniquement et intellectuellement ?

Markus Rhomberg : L'Autriche est un bon cas d'étude pour les Européens qui veulent étudier l'ascension, la chute et le retour en grâce d'un parti d'extrême-droite ces 20 dernières années. Son cas appelle les politiciens européens d'une part à planter le débat avec ces partis et à les affronter avec un programme actif, et d'autre part à ne pas négliger les attentes des gens qui craignent les conséquences de la modernisation.

Yves Roucaute : Il y a deux choses à dire ici.

Premièrement, la situation que nous vivons aujourd'hui n'a évidemment rien à voir avec les années 1930. Nous n'avons pas vu de groupes paramilitaires pro-Norbert Hofer. En tant que libéraux, ils acceptent les élections démocratiques et le pluralisme. On constate d’ailleurs que le FPÖ n'est pas contre l'Union européenne. Il ne plaide pas pour une sortie de la zone euro, il développe des positions économiques très libérales. Il défend les institutions républicaines. Il est partisan des droits de l’Homme.

L'assimilation faite par la gauche française avec le contexte des années 1930 est donc ridicule. Les exemples de Benito Mussolini (dirigeant d'extrême-gauche), Marcel Déat (député socialiste fondateur du Parti Fasciste Français) ou encore Oswald Mosley (député travailliste britannique) nous montrent d’ailleurs que le mouvement fasciste vient toujours de l'extrême-gauche.

Le fascisme est né à l'extrême-gauche, et c’est vrai qu’il y a une menace fasciste aujourd'hui en France. Mais elle est précisément, une nouvelle fois, à l'extrême-gauche. La gauche continue à crier au loup alors qu'elle produit le loup.

Quand on constate ce que fait la CGT aujourd'hui dans le pays, son désintérêt vis-à-vis de personnes qui ne peuvent même plus aller travailler, qui n'ont même plus d'essence pour se déplacer voir un médecin... Les néo-fascistes, ce sont les nervis qui attaquent les cadres, la police, le bourgeois, le petit commerce, qui brûlent les voitures en chantant l’Internationale ou qui trouvent, tel Besancenot, mille excuses à cette lie de l’humanité que Marx condamnait sans appel, et qu’il appelait le "lunpenproletariat". Hélas, comme en 1934, les révolutionnaires ne sont même plus capables de lire le vieux Karl.

L'avantage de l'Autriche, c'est qu'elle n'a pas chez elle une extrême-gauche néofasciste comme en France. Norbert Hofer a d'ailleurs félicité son concurrent de sa victoire et celui-ci lui a dit qu’il voulait travailler avec lui. Cela reste un pays où malgré tout on reste consensuel sur les valeurs globales de l'Autriche, sur le respect des droits humains par exemple, sur les institutions républicaines.

La deuxième chose à dire c’est qu’il y a, indéniablement, un vrai problème européen. Nous voyons en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne ou en Grèce que nous avons affaire à un vaste mouvement de rejet des systèmes en place et d'interrogation sur le rôle de l'Europe. Ni les institutions européennes ni la gouvernance de l'UE ne répondent aux besoins de la population. Cela seul suffit à expliquer aussi la menace de sortie du Royaume-Uni. Nous avons besoin d'une Europe forte dans la concurrence internationale face à la Chine, aux Etats-Unis, à la Russie, au Japon, mais on constate que la gouvernance européenne n'y répond pas. Nous avons besoin d'une politique de sécurité et de défense forte en Europe car nous sommes en face d'une vague djihadiste et de micro-conflits très menaçants, et l'Europe ne répond pas. Que fait-on pour protéger la Grèce de l'arrivée de migrants que l'on ne contrôle pas ? Pourquoi n'aide t-on pas plus Frontex avec plus de moyens ? Pourquoi négocions-nous notre sécurité avec la Turquie ? A la place, une armée de bureaucrates prétend décider la longueur des aubergines et la fabrication des fromages. Si nous ne réglons pas toutes ces questions, et si nous ne remettons pas à l’endroit le principe de subsidiarité, l'Europe va exploser. Et nul ne la regrettera, pas même moi.

Et si les élites politiques ne veulent pas faire leur job, défendre leur patrie, assurer la sécurité et la puissance, que dirons-nous après ? Que c'est la faute de l'extrême-droite ou la bêtise des nations ? L'Autriche était un Etat extrêmement pro-européen, l'une des pointes avancées de la construction européenne, et l'une des plus fortes démocraties d’Europe. Or, la déception qui s’est installée dans cette population est à méditer. Pour les élites traditionnelles européennes, il est temps d’accoster au pays du courage, et soit de se réformer, soit de se démettre. Sinon, et ce sera la juste sanction, la marque qu’elles ont fait leur temps à l’heure de la mondialisation et de la révolution numérique, elles seront balayées.

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Commentaires (13)
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Ganesha
- 25/05/2016 - 00:53
Cloette
Cloette, votre commentaire de 17h28 me laisse dubitatif. Les autrichiens d'origine turque, puisqu'ils ont voté, sont donc bien autrichiens ! En tant que tels, sont-ils partisans d’être envahis par des hordes de Syriens et d'Afghans disposés à travailler pour un euro de l'heure ? A la rigueur, on peut comprendre qu'ils soient pour le regroupement familial… Je n'ai lu aucune étude sur ce sujet, simple réflexion logique...
cloette
- 24/05/2016 - 19:52
@Deudeuche
Qui vivra verra .... En tout cas l'analyse de Yves Roucaute est excellente .et j'ai appris que cet élu est pro européen , pour l'entrée de la Turquie dans l'Europe , pour l'intégration des migrants , choses qui sont de plus en plus rejetées par les Autrichiens ,à suivre donc....
Deudeuche
- 24/05/2016 - 19:20
@cloette
et aux autres Autrichiens des grandes villes "multiculti" qui vivent hors sol. L'avenir dira si cette élection n'était que le chant du cygne de la vieille Autriche post 1945 modifiée années 60.