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Un référendum peut en cacher un autre
Et si le plus gros risque politique et économique pour l’Europe n’était pas le Brexit mais le référendum constitutionnel italien dont personne ne parle ?
Publié le 18 mai 2016
Un échec du référendum pourrait mener à une crise politique, et de là à une crise financière et économique.
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Un échec du référendum pourrait mener à une crise politique, et de là à une crise financière et économique.

Le monde entier parle du Brexit. Barack Obama s'est déplacé à Londres pour expliquer aux Britanniques que c'était une mauvaise idée. Les singeries de Boris Johnson, ancien maire de Londres, chef de file du camp "Leave", et spécialiste de l'humour politique, font le tour du monde. Et économiquement, le Brexit serait un risque très important — pour l'économie britannique, mais également pour les économies européennes et la construction européenne.

Pourtant, personne ne parle d'un autre référendum qui aura lieu cette année, celui-ci en Italie. Et selon un rapport des analystes de Deutsche Bank, relevé par le site Business Insider, ce référendum serait en réalité le plus gros risque politique pour l'Union européenne cette année.

De quoi s'agit-il ? L'instabilité politique du régime constitutionnel italien, avec ses élections à la proportionnelle et ses coalitions de gouvernement instable, qui font penser à notre IVème République, est proverbiale. L'objectif de Matteo Renzi, le nouveau et jeune Premier ministre progressiste italien, ne fut pas tant un programme économique et social qu'un changement des institutions italiennes afin de leur donner plus de stabilité et de donner plus de marge d'action au gouvernement.

En jeu, une réforme de la loi électorale visant à donner au parti arrivé en premier aux élections un "bonus" de sièges, comme en Allemagne, afin de renforcer sa position et de permettre une coalition stable, et, surtout, une réorganisation du Sénat — la réforme soumise à référendum. En effet, une des causes de l'instabilité politique italienne est son bicaméralisme parfait — contrairement à la plupart des systèmes parlementaires (France, Royaume-Uni, Allemagne…), dans le système italien, le gouvernement est responsable devant les deux chambres du Parlement et doit avoir la confiance des deux. Le référendum, qui doit être tenu avant le mois d'octobre 2016, va transformer le Sénat en "Sénat des régions" composé de 100 sénateurs, principalement des conseillers régionaux et des maires. Et surtout, le gouvernement ne sera plus responsable devant le Sénat.

Bref : Matteo Renzi a engagé sa responsabilité sur le résultat du référendum. S'il échoue, son gouvernement chutera, et il s'en suivra une période d'instabilité gouvernementale très profonde. "Il sera extrêmement difficile, encore plus que d'habitude pour l'Italie, de former une majorité de gouvernement stable, avant ou après une éventuelle nouvelle élection", écrivent les analystes de Deutsche Bank sous la direction de Marco Stringa.

Et une crise politique peut rapidement devenir une crise financière et économique. Un échec d'un référendum pourrait convaincre les investisseurs que l'Italie est irréformable, et créer une nouvelle flambée de sa dette. Avec des conséquences potentiellement systémiques pour l'Europe entière, comme il s'est vu lors de la crise de l'euro…

L'Italie a pourtant besoin de réformes. Comme le rappelle Deutsche Bank, sa croissance est souvent plus faible que les attentes et que son potentiel, comme le montre ce graphique où on voit les résultats de la croissance italienne par rapport au consensus des analystes…

…et ça fait vingt ans que la croissance italienne est plus faible que celle de ses pairs, comme le montre ce graphique. 

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