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L'Europe sur la pente glissante du piège de Thucydide : saurons-nous éviter que la concurrence avec la Chine ne se transforme en nouvelle guerre du Péloponnèse ?
Publié le 16 mai 2016
Alors que Thucydide décrivait il y a bien des siècles la guerre du Péloponnèse entre Sparte et Athènes, la conjoncture économique et géopolitique mondiale s'apparente précisément "au piège de Thucydide", qu'il serait judicieux d'éviter.
Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
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Jean-Paul Betbeze
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Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
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Alors que Thucydide décrivait il y a bien des siècles la guerre du Péloponnèse entre Sparte et Athènes, la conjoncture économique et géopolitique mondiale s'apparente précisément "au piège de Thucydide", qu'il serait judicieux d'éviter.

Sous-marins : hourra, la France vient d’en vendre douze à l’Australie, qui se soucie de ses côtes et de son cher voisin chinois ! Etats-Unis : Trump et Sanders parlent de plus en plus du danger chinois, de la manipulation du yuan et de la destruction d’emplois américains. Il faut les taxer ! Chine : le Président Xi Jinping va visiter les îlots, gros rochers déserts devenus bases militaires, à proximité de zones maritimes revendiquées par la Chine et ses voisins. Thucydide : il y a quelques semaines à Pékin, deux diplomates, Henry Kissinger et Dai Bingguo, débattent du "Piège de Thucydide". C’était au Forum du Development Research Center, la grande réunion politico-économique chinoise. Quoi ? Le "Piège de Thucydide" en mars 2016 à Pékin ? Les îlots ? Les sous-marins ? Trump ? Et nous ?

Remontons le temps : cinq siècles avant Jésus-Christ. Athènes se développe et Sparte prend peur. Ceci conduit à la guerre du Péloponnèse (de 431 à 404 avant JC), étudiée par Thucydide. Sparte y disparaît. Cette "plus grande catastrophe de la civilisation grecque" pour l’historien américain Lyndon Allouche est le résultat d’un engrenage entre rattrapage chez l’un et peur chez l’autre, plus les liens d’assistance noués par chacun. Rattrapage d’abord : l’un devient plus fort, et le montre – pour continuer. La peur augmente alors, chez l’autre. Liens d’assistance ensuite : Corfou attaque Corinthe, ce qui force Sparte à la défendre, donc Athènes à soutenir son allié, Corfou. C’est toujours pareil : chaque puissance moyenne s’inquiète et cherche protection, soit auprès de la puissance établie, soit de celle qui monte. Le monde grec se divise, jusqu’à s’embraser. Et ça continue depuis. Pour l’historien américain Graham Allison, dans 11 des 15 cas qu’il a étudiés au cours des cinq derniers siècles, la guerre survient, dont les deux guerres mondiales.

Et aujourd’hui ? "Nous ne voulons pas que la crainte de la Chine rende la guerre inévitable. Ainsi, nous allons éviter le piège de Thucydide", déclare, en 2012, le général Martin Dempsey, chef d’état-major des armées américaines. Comment faire ? Car la Chine continue d’avancer dans "sa" zone. Elle envoie des navires de guerre à proximité des pays dont elle conteste les emprises. Elle commente ce qui se passe à Taïwan. Le Japon s’arme, sachant qu’il est l’allié des Etats-Unis. Les Etats-Unis s’occupent plus d’Asie et moins d’Europe. Donald Trump déclare que l’OTAN coûte "une fortune" à l’Amérique pour protéger l’Europe de la Russie, ce qu’elle devrait faire elle-même. Les Etats-Unis vont-ils prendre peur, sans Trump ? Ou provoquer la Chine, avec lui ? La Chine va-t-elle en faire trop ? Un allié de l’un attaquer un allié de l’autre, ou l’énerver (Corée du nord par exemple) ?

Une bonne solution, entre Sparte et Athènes, aurait été une troisième puissance. Rien de tel à l’époque, ni depuis. Si la bipolarisation crée de la tension, vive le tripolaire ! Or aujourd’hui, ce troisième pôle est là : l’Europe ! D’ailleurs, la Chine s’inquiète du Brexit, qui affaiblirait l’Europe. Et elle achète, depuis longtemps, des bons du trésor de la zone euro, français notamment. Pour nos beaux yeux, ou pour ne pas affaiblir la zone, au risque de rapprocher la Chine de cette bipolarisation redoutée ?

Mais ceci n’évite pas le danger des liens. Or, la Chine en noue beaucoup, avec les BRICS notamment, ce qui conduit les Etats-Unis à resserrer les siens et à en tisser d’autres. La zone euro noue donc sa pelote, la plus complexe.

Surtout, ceci n’évite pas le vrai risque : "jouer au bord du piège". Si la France, au hasard, se dit qu’elle est trop importante pour faire défaut, plus compte sur Mario Draghi pour lui fournir des taux bas et tarder dans ses réformes, plus sur Xi Jinping pour acquérir les bons du trésor que Mario Draghi n’aura pas achetés, alors le risque augmente certes chez elle, mais aussi pour tous – et rien ne bouge. C’est le "paradoxe de la tranquillité" d’Herman Minsky. Chacun prend plus de risques sans rien entendre, comme quand on avance sur un lac gelé, jusqu’aux premiers craquements. Alors il faut vite réformer et se désendetter, si c’est encore possible. Le "piège de Thucydide" est là, "tranquillement" ouvert. Chine et Etats-Unis jurent de n’y pas tomber. C’est donc que chacun s’en approche. Trump regarde. C’est donc aujourd’hui qu’il faut renforcer la zone euro, pour éviter des guerres pires que celles qui nous entourent.

 

Cet article a été publié dans sa version originale sur le site de Jean-Paul Betbèze, et est disponible ici

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padam
- 16/05/2016 - 19:51
Thucydide oui, mais dans le texte et le contexte!
Curieux texte... Simplement trois remarques: 1/ Comparer la situation du monde grec de la deuxième moitié du Vème siècle et les circonstances qui ont conduit au long affrontement généralisé désastreux pour la Grèce aux enjeux géostratégiques du monde actuel apparaît pour le moins hasardeux,sauf peut-être pour des Chinois ou des Américains. 2/ Sparte n'a pas disparu à l'issue du conflit! La grande perdante c'est Athènes qui ne retrouvera jamais sa puissance maritime, son empire et sa position hégémonique acquise après les guerres médiques. 3/ Si, il y avait bien une troisième puissance extérieure impliquée dans les démêlés entre les cités grecques, la Perse. C'est même grâce au jeu complexe et subtil de la Perse que Sparte a pu triompher in fine. Bref, on ne peut que recommander à l'auteur de (re)lire Thucydide, et de se référer à la meilleure spécialiste incontestée de "La guerre du Péloponnèse" et de son auteur qu'était J. de Romilly, plutôt que de se fier à des historiens américains dont la vision de l'Antiquité s'avère volontiers sujette à caution...