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Choqués par les violences policières à Nuit Debout ? Allez donc voir comment Kim Jong-un prépare le congrès sans précédent du parti unique nord-coréen

Publié le 06 mai 2016
Ce vendredi débute à Pyongyang un congrès exceptionnel du parti unique nord-coréen, une première depuis près de 36 ans. A cette occasion, le régime de Kim Jong-un a mis en place des mesures de sécurités plus que draconiennes.
Barthélémy Courmont est maître de conférences l’Université Catholique de Lille, directeur de recherche à l’Iris, et rédacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Il est l'auteur de L’énigme nord-coréenne (Presses universitaires de Louvain) et...
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Normalien, agrégé d'Histoire et diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, Pascal Dayez-Burgeon est directeur adjoint de l'Institut des sciences de la communication du CNRS. Il a été diplomate en Corée de janvier à juillet 1997...
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Ce vendredi débute à Pyongyang un congrès exceptionnel du parti unique nord-coréen, une première depuis près de 36 ans. A cette occasion, le régime de Kim Jong-un a mis en place des mesures de sécurités plus que draconiennes.

Atlantico : A partir de vendredi a lieu à Pyongyang un grand Congrès du parti unique nord-coréen, une première depuis 1980 et l'accession au pouvoir de Kim Jong-Il, le père de Kim Jong-Un. A quoi peut bien servir un tel congrès exceptionnel ? Re-légitimer le pouvoir en place ? Envoyer un message à la communauté internationale ?

Barthélémy Courmont : Ce congrès du Parti des Travailleurs, le parti unique au pouvoir depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, est un évènement rare pour le régime nord-coréen. Le dernier a effectivement été tenu en 1980, soit avant la naissance du dirigeant actuel, Kim Jong-un (qui serait né en 1984), mais également avant la fin de la Guerre froide, et l’isolement de Pyongyang sur la scène internationale. Il n’y a jamais eu d’évènement de ce type sous le règne de Kim Jong-il, ni depuis que ce pays s’est lancé dans un programme nucléaire militaire – qui a abouti à quatre essais consécutifs (2006, 2009, 2013, 2016) et a été l’objet de très sévères sanctions internationales. En clair, la Corée du Nord de 2016 n’a plus grand-chose à voir avec celle de 1980, si ce n’est le régime qui reste solidement en place.

Ce congrès est important pour Kim Jong-un, arrivé au pouvoir après la mort de son père fin 2011, pour réaffirmer son leadership et conforter ainsi sa position, sans doute fragile les premières années, à la tête du pays. C’est également l’occasion pour lui de répéter le discours qui était déjà celui de son père, à savoir que le pays est engagé dans un développement économique rapide, en dépit d’un contexte international difficile. La propagande ne cesse depuis les années 2000 d’insister sur les progrès économiques, imaginaires, de ce pays pour mieux asseoir sa légitimité. Kim Jong-un reviendra sur ces avancées économiques, louant l’œuvre de son père, et s’inscrivant ainsi dans la continuité de son action. Un bon moyen d’asseoir sa légitimité.

Il s’agit aussi d’un message envoyé à la communauté internationale, dont l’objectif est de signifier la solidité du régime. Rappelons que de nouvelles sanctions ont été adoptées consécutivement aux derniers essais nucléaires et balistiques, à l’unanimité des membres du Conseil de Sécurité de l’ONU (la Chine et la Russie notamment). Plus isolé que jamais, acculé même, le régime nord-coréen montre par cette grande célébration historique qu’il n’entend pas plier. En Corée du Sud, certains prédisent que ce 7ème Congrès du parti des travailleurs pourrait être marqué par l’annonce d’un cinquième essai nucléaire, pour insister sur les capacités techniques dont dispose Pyongyang. Un tel scénario n’est pas à exclure.

Pascal Dayez-Burgeon : Depuis la mort de Kim Il-sung et la terrible crise de 1997, l'armée est considérée comme le fer de lance du régime (doctrine du Songun). C'est une aristocratie conservatrice qui refuse toute évolution. Mais dans le même temps, pour survivre, le régime a du s'ouvrir, très timidement, à l'économie de marché, ce qui a suscité l'émergence d'une bourgeoisie qui n'entend plus rentrer dans le rang. L'objectif du congrès, sous couvert de continuité idéologique (le parti du travail existe depuis le début du Nord), est donc d'établir un équilibre entre ces deux forces, l'armée d'une part et le parti de l'autre, représentant en fait l'élite non militaire, c'est-à-dire bourgeoise.

Des mesures de sécurité exceptionnelles semblent avoir été mises en place autour de cet évènement. Alors que l'opposition est inexistante en Corée du Nord, doit-on voir dans ces mesures une forme de psychose du régime ?

Barthélémy Courmont : A l’occasion des grandes célébrations du régime, la sécurité est systématiquement renforcée, même si cela semble en effet peu justifié, compte-tenu de l’absence d’opposition. Cela dit, c’est un moyen pour le parti de renforcer sa légitimité et d’unir la population en faisant référence à un risque sécuritaire de grande ampleur. Pour que le régime nord-coréen puisse survivre, il doit constamment alimenter un climat de peur et d’un risque d’invasion étrangère. Souvenons-nous aussi des écrits de Hannah Arendt, qui plaçait la paranoïa parmi les caractéristiques des régimes totalitaires. La Corée du Nord est l’un des derniers régimes totalitaires, et entretient savamment la paranoïa pour mieux surprendre la population autant que la communauté internationale, en particulier à l’occasion de grands évènements. En ce sens, ce congrès ne fait pas exception.

Pascal Dayez-Burgeon : Psychose ou paranoia sont des concepts psychologiques peu opératoires car ils laissent à penser que la Corée du Nord serait folle. Il s'agit en fait d'une autocratie absolutiste qui tient grâce à la force (armée surpuissante, polices parallèles camps de concentration), l'enrégimentement constant de la population et à une propagande ultra-nationaliste, voire raciste, qui dénonce en permanence l'ennemi intérieur (espions, traitres, Coréens abatardis par la propagande étrangère, etc). L'Allemagne nazie ne fonctionnait pas autrement.

Interdiction des mariages et des enterrements, interdiction d'entrer et sortir de Pyongyang, agents de sécurité embusqués dans des buissons ou sous des plaques d'égout, patrouilles citoyennes… De telles mesures sont-elles habituelles dans la Corée du Nord de Kim Jong-un ? Quels autres types de "précautions" pourrait-on imaginer ?

Barthélémy Courmont : Bien évidemment, tout ce qui est suspecté d’actions subversives ou anti-patriotiques. Ce type d’évènement est surtout l’occasion de multiplier les purges et d’éliminer les éléments dérangeants, au nom de la sécurité et de la nécessité de rester soudés derrière le dirigeant. Gageons que Kim Jong-un cherche à profiter de l’occasion pour se débarrasser un peu plus de la vieille garde dans l’armée, cette dernière étant associée au pouvoir politique et à l’activité économique du pays. Il s’agit aussi de terroriser la population. Dans les régimes totalitaires, le Gouvernement a le monopole de la terreur, et cette dernière lui permet évidemment d’éviter toute forme de contestation. En interdisant des activités qui semblent anodines, le régime rappelle ainsi à la population qui est maître à bord.

Pascal Dayez-Burgeon : Des mesures de cette nature ont déjà été prises à plusieurs reprises, aux décès de Kim Il-sung et de Kim Jong-il ou durant les mobilisations de printemps, répondant aux manoeuvres américano-sud-coréennes. Une dictature est toujours un Etat policier. Cela-dit, il faut se méfier de la propagande des ultra-conservateurs du Sud, prompts à exagérer certains détails ou si nécessaire à en inventer pour discréditer le régime du Nord. Pyongyang laisse dire. En excellent communiquant, le régime du Nord a compris que sa légende noire le servait. Mieux vaut qu'on parle de vous en mal plutôt que de n'en pas parler du tout. On remarque d'ailleurs que tous les deux ou trois mois la Corée du Nord se débrouille pour faire parler d'elle, négativement (essais nucléaires ou balistiques) ou autrement (drame écologique, événement culturel - un festival ou cette réunion de parti, voire un événement people comme le mariage de Kim Jong-il).

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lasenorita
- 09/05/2016 - 09:38
Les gauchistes français qui critiquent notre police...
Les gauchistes français,qui admirent tant les régimes communistes et qui critiquent notre police et notre armée, semblent ignorer que ceux qu'ils défendent sont pire que nos policiers...ainsi, ils sont révoltés par le fait que ''notre'' police ait tué des Algériens, qui manifestaient malgré l'interdiction donnée(en octobre 1961)et d'autres Algériens qui avaient été tués (le 8 mai 1945)parce que ces Algériens avaient massacré des ''civils innocents''...ces mêmes gauchistes français ne s'offusquent pas quand ils apprennent que le F.L.N. tire ''à balles réelles'' sur les manifestants (les Kabyles) et que ce même F.L.N. (qu'ils soutenaient) à tué davantage de musulmans que ''notre'' police et notre armée et que ce F.L.N. torture des ''innocents'',encore actuellement, en Algérie(voir les escadrons de la mort)...
vangog
- 06/05/2016 - 16:04
Hommage à nos forces de l'ordre à qui est intimé
l'ordre de ne pas répliquer aux casseurs frondegauchistes et zadistes-fascistes; L'état PS paiera dans les urnes sa lâcheté!
Anguerrand
- 06/05/2016 - 09:41
On croit rêver
Les violences policières ne s'exercent qu'en autodéfense, les agresseurs sont bien ces pros, des manifestations. Le pire c'est qu'ils sont certainement là grâce à leurs aides comme le RSA, donc payés par nos impots. Plus de 300 policiers blessés depuis le début de l'année dont certains gravement. ( fractures du crâne)