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Comment Frédéric Lefebvre espère (lui aussi) réconcilier les Français en dépassant le clivage droite-gauche

Publié le 27 avril 2016
Comme les autres candidats à la primaire des Républicains, l'ancien secrétaire d'Etat multiplie les déplacements en France. Son but : réconcilier ces Français qui ont tourné le dos à la politique et valoriser les jeunes de banlieue.
Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande,...
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Comme les autres candidats à la primaire des Républicains, l'ancien secrétaire d'Etat multiplie les déplacements en France. Son but : réconcilier ces Français qui ont tourné le dos à la politique et valoriser les jeunes de banlieue.

On l'appelait Fredo. Il formait un duo. Avec Dominique Paillé, tous deux porte-parole de l'UMP, ils flinguaient à vue. Sniper effréné, sans barbe et sans pitié. Fredo, comme Dodo, ont fait le bonheur du Petit Journal puis se sont éclipsés. En 2011, le premier a été dégradé, le second devenu ministre s'est assagi avant de cumuler les ennuis. Une embolie pulmonaire puis deux, puis trois… Il en fait 7 en quelques années suivies d'un infarctus pulmonaire. Plusieurs fois, il a touché la mort du doigt avant de décider de vivre autrement. "Aujourd'hui, je refuse toute énergie négative, c'est vital pour moi. Je ne tente plus de détruire l'obstacle mais de le contourner", explique-t-il aux journalistes qu'il rencontre. Sa candidature au poste de député des français de l'étranger l'aide à prendre du recul, il s'expatrie dans cette immense 1ere circonscription et mène une campagne qui fait sourire Barack Obama : "tu as fait une campagne présidentielle dans une circonscription plus grande que la mienne avec un budget de gouverneur", lui lance un jour le Président américain. Une fois élu, Frédéric Lefebvre prend le temps, continue à quadriller Canada et États Unis. Il amorce son grand retour en France fin 2015, lors des universités d'été des jeunes Républicains au Touquet où il fait sensation, affichant un visage barbu et défendant la loi Macron. Les mails de sympathie affluent, quelques mois plus tard il est candidat à la primaire des LR et entame, sans micro ni caméra, un tour de France atypique.

"Les autres draguent les élus et les militants, ma campagne est très différente, je veux aller voir les gens qui ne croient plus en la politique. Ils veulent bien me rencontrer car mes intermédiaires locaux ne sont pas des politiques et ils leur disent: vous allez voir, il est différent, il a voté la loi Macron. Peu à peu, les gens comprennent que mon vote n'est pas politicien mais va dans le sens de leurs intérêts", raconte-t-il d'une traite comme s'il craignait par-dessus tout de ne pas pouvoir finir son propos, de ne pas pouvoir en venir au but. Son but.

Frédéric Lefebvre a décidé de suivre désormais ses premières intuitions pourtant peu couronnées de succès. "Je suis l'un de ceux qui a théorisé l'ouverture", rappelle-t-il, cette ouverture que la droite a pourtant tant reprochée à Nicolas Sarkozy. Si le député des Français de l'étranger l'assume désormais haut et fort c'est qu'il sent bien qu'elle est dans l'air du temps. "Le logiciel droite-gauche ne veut plus rien dire, il y a un mouvement de fond chez les citoyens et chez les élus qui voient que le système est dépassé. Quand je me déplace, les élus de gauche viennent me voir, ils me disent : nous allons être obligés de travailler ensemble sinon, on aura le FN". Il ajoute que les élections régionales et le désistement des listes PS dans le Nord et en PACA ont encore accéléré les choses. "Les lignes bougent, un responsable important du Modem m'a dit : je veux travailler avec vous, un ancien ministre de droite aussi", lance-t-il avec espoir.

Il n'hésite donc plus à déterrer le passé et rappelle que, lorsque Nicolas Sarkozy était ministre du Budget, il acceptait, sur ses conseils, des amendements de gauche. Il sourit: "J'ai été le recordman des amendements votés à l'unanimité. En 2008, le texte de Brice Hortefeux sur l'immigration comportait un amendement visant à régulariser, au cas par cas, des travailleurs sans papier pour raison de travail, il a été voté par tous, à l'Assemblée comme au Sénat".

Frédéric Lefebvre, qui pense avoir les parrainages nécessaires pour se présenter à la primaire, veut faire de sa candidature le symbole de cette coproduction droite-gauche et défend des sujets dont il pense qu'ils pourraient transcender les clivages au premier rang desquels la loi Macron. "J'ai permis à cette loi de trouver une majorité, j'ai travaillé avec Emmanuel Macron là-dessus mais Manuel Valls a fait une grosse erreur en sortant le 49.3. Il s'est laissé convaincre qu'il ne fallait pas que le texte passe grâce aux voix de droite".

Depuis, il cherche un autre thème de convergence, une idée qui pourrait trouver un soutien à droite comme à gauche. "La déchéance, la droite a dit : c'est de la faute de François Hollande mais c'est nous qui l'avons demandée", regrette-t-il. Son grand combat aujourd'hui se nomme le Revenu Universel. Ouvert à tous, contrairement au RSA ou au feu RMI, il serait sans condition et donc sans contrôle, cumulable avec un emploi. Mais il constate amer : "Myriam El Khomri a dit qu'il fallait travailler sur le sujet et Michel Sapin a fermé le ban. Le système dit : c'est sympathique mais infaisable".

Mais peu importe le système, le candidat sillonne la France, fier de rassembler 120 personnes à Biarritz et d'intéresser quelques jeunes de banlieue. Il y a quelques semaines, il était dans une école de Roubaix qui veut amener les jeunes d'un quartier difficile jusqu'au BAC. "Les Américains ont compris que la croissance allait être tirée par l'Afrique et que la première langue au monde allait être le français, ils cherchent donc des Français pour aller investir là-bas. Sur le même modèle, de la Goutte d'Or à Argenteuil en passant par la banlieue de Nantes, partout, j'explique que la double nationalité est une chance. Les jeunes refusent la réalité de leurs racines parce qu'ils pensent que ça va les empêcher de réussir, je leur explique que c'est le contraire. Être originaire d'Afrique aujourd'hui doit être une opportunité, je l'ai dit à Gattaz (NDLR le président du Medef)". Le député candidat espère aussi un sursaut de sa famille politique devenue, selon lui , "sur un certain nombre de sujets, plus à droite que le FN car le FN a compris que sur les questions sociales il devait se recentrer".

Car pour le candidat à la primaire, il y a urgence: "C'est la fuite de Varennes, le peuple gronde, il a faim. La France est révoltée mais elle n'a pas encore trouvé les moyens de sa révolte", affirme-t-il, grave. Il ne dit pas autre chose que de nombreux élus de terrain comme Xavier Bertrand ou encore Jean-François Copé sans qu'aucun d'eux ne soit d'accord sur le remède à apporter.

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Commentaires (2)
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Outre-Vosges
- 28/04/2016 - 03:48
Encore des bisounours en politique
Ceux qui prétendent dépasser les clivages me font penser à des naïfs (ou à des traitres) qui en pleine guerre auraient prétendu réconcilier résistants et collaborateurs, en assurant qu’au fonf bien peu de choses les séparaient. À l’heure actuelle le grand problème est celui du remplacement de population, ce n’est pas en le mettant sous le tapis que ces deux politicards le résoudront. J’espère qu’ils ne tromperont pas beaucoup de monde.
J'accuse
- 27/04/2016 - 11:09
Les politiciens inventent l'eau tiède
Le peuple n'a jamais été de droite ou de gauche : il vote toujours pour ceux qui arrivent à le convaincre (souvent en le dupant) qu'ils sont les meilleurs pour apporter sécurité et prospérité pour tous. Les débats sur la gauche, la droite, le centre et les extrêmes n'intéressent que les militants (encartés ou non) et les journalistes, microcosme qui occupe toute la vie politique en passant à côté des réalités des citoyens. Vous croyez que la place de la République intéresse les électeurs ? Que les stats sur le chômage et le PIB les passionnent ? Qu'ils sont accros aux Primaires ? Ils sont toujours pour l'union nationale : c'est-à-dire que les meilleurs s'allient pour la meilleure politique possible. Les clivages sont créés artificiellement par les politiciens dévorés d'ambition, en quête de différenciation pour essayer d'être mieux perçus que les autres ... et accéder au pouvoir, leur seul objectif. Certains veulent abandonner un clivage pour un autre ? Ce n'est qu'une façon opportuniste de manipuler les électeurs pour les attirer à soi; toujours la même comédie du pouvoir : "moi je suis bien, pas les autres".