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Rapport de l'Unicef sur l’enfance : comment les politiques égalitaristes ont aggravé les inégalités scolaires, au point de faire de la France l'un des pires élèves parmi les pays riches

Publié le 15 avril 2016
Une nouvelle fois, la France se fait remarquer par ses piètres résultats en matière d'inégalités scolaires, reléguée aux dernières places des pays riches. C'est ce que révèle le nouveau bilan Innocenti rédigé par l'UNICEF.
Jean-Paul Brighelli est délégué Education de Debout la France. Professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français, il est également l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment...
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Une nouvelle fois, la France se fait remarquer par ses piètres résultats en matière d'inégalités scolaires, reléguée aux dernières places des pays riches. C'est ce que révèle le nouveau bilan Innocenti rédigé par l'UNICEF.

Atlantico : Ce jeudi, l'UNICEF a publié son 13ème bilan Innocenti qui révèle que la France figure parmi les pays riches les plus inégalitaires en matière d'éducation (35ème place, et 12,7% des élèves en-dessous des standards PISA). Qu'est-ce qui explique cette piètre performance ? 

Pierre Duriot : Ce n'est pas une nouveauté, c'est juste la confirmation du chemin pris depuis plusieurs années et qui se confirme à chaque rapport international mettant en cause les inégalités et le niveau général de l'instruction. Il s'agit d'une tendance lourde puisque les mauvais chiffres, comme les bons, ne s'infléchissent que sur une période d'une dizaine d'années. Plusieurs causes sont à pointer, pas toutes uniquement de la faute de l'école. Structurellement, l'ensemble de la société devient inégalitaire ; en cela l'école suit les statistiques économiques sur les écarts de richesses et de salaires dans la société, mais elle y colle alors qu'elle devrait les compenser en partie. L'école fait aussi avec l'évolution de la société, et notamment en ce qui concerne les problèmes sociétaux liés à la famille - désagrégée, recomposée, monoparentale, moins bien structurée et moins structurante. L'école souffre aussi de l'absence de mixité sociale, de disparité de cultures, de trop grande féminisation de son personnel. Un autre rapport récent, paru dans Le Monde, pointait les différences significatives dans la réussite scolaire des garçons issus des différentes origines migratoires présentes en France et leurs scolarisations respectives dans des établissements hiérarchisés. Un rapport fort peu politiquement correct et passé presque inaperçu. Langues, cultures, ségrégation sociale, ségrégation économique, nouvelles modes éducatives, addictions diverses aux écrans, s'additionnent pour rendre la tâche de l'école de plus en plus difficile.

Mais celle-ci n'a pas correctement rempli ses missions, c'est le moins que l'on puisse dire. Elle a abandonné en partie l'enseignement et l'instruction pour se focaliser sur des items éducatifs, pour ne pas dire politiques. A ceux qui en douteraient, on peut étaler moult directives ministérielles sur les combats contre le racisme, l'homophobie, le respect des cultures allogènes. On peut citer également les multiples "sensibilisations", à la nutrition, au secourisme, au code de la route, à l'hygiène ; les sorties permanentes au musée, au spectacle ; ou encore pour apprendre à nager ou même faire du vélo ! Autant de signes d'une prise en charge éducative dont une bonne part pourrait être considérée comme relevant de la famille, de centres de loisirs, de stages en associations, mais totalement inappropriée à l'école ainsi déshabillée, désacralisée, déculturée.

Ce faisant, l'école de l'apprentissage est devenue l'école du vivre-ensemble et plus loin, du menu à la carte, tant les entorses au "menu" républicain ont été nombreuses pour des raisons inavouables, de respect mal placé ou d'électoralisme. Mais l'école a aussi créé de l'illusion avec sa pédagogie de la réussite, supprimant ainsi les mauvaises notes, les mauvaises appréciations, les travaux de base incontournables comme les tables ou les règles, définitivement étiquetés comme ingrats et de toute façon inadaptés au nouvel état d'esprit d'enfants souvent gratifiés en permanence et sans contrepartie. Elle a aussi dévalorisé ses examens, donnant de trop bonne grâce un bac devenu totalement inadapté à la simple poursuite d'études un tant soit peu intéressantes : les élèves ne sont d'ailleurs pas dupes et visent les mentions pour être crédibles. Le tout en passant à côté de métiers manuels ou de filières professionnelles que l'on essaie de reconquérir après les avoir perdues trois décennies durant, au prix de notre industrie.

Enfin, il y a ce gros tiers d'enfants, bien pointés par l'UNICEF, entre 30 et 35%, souffrant de ces nouvelles formes de misères et d'exclusions, par la pauvreté due à l'absence de travail ou de perspectives de travail, mais aussi par la pauvreté de certains terroirs ou quartiers, à la ville comme à la campagne, l'exclusion par la pauvreté de la culture, ou la non-adhésion à la culture, l'absence de repères familiaux, de cadres institutionnels, de personnes identificatoires… Avec tous ces enfants-là, l'école n'a pas su se réinventer ; elle en est restée à ce qu'on appelle dans le jargon des enseignants le pédagogisme. Toutes ces raisons, mises bout à bout, mais toujours étayées par une "bien-pensance" obligatoire, aboutissent au classement que l'on connaît et aucun des mauvais classements qui tombent depuis une quinzaine d'années ne semble devoir inciter à la remise en cause des choix ou des non-choix qui ont été effectués.

Jean-Paul Brighelli : Il faut surtout voir que cette piètre performance est en retrait par rapport à la précédente étude : de plans de sauvetage inutiles en bonnes intentions stériles, la France scolaire s'enfonce chaque année davantage. Plus précisément, l'étude confirme le fait, souligné précédemment par PISA, qu'entre les élèves les mieux lotis (les "héritiers", dirait Bourdieu) et ceux qui sont les plus désemparés, l'écart n'a cessé de croire.

De surcroît, si l'on croise cette étude avec les données disponibles par sexe, on s'aperçoit que les élèves en difficulté sont des garçons (à plus de 70%), et que les meilleurs sont des filles (même pourcentage). C'est-à-dire qu'il y a une "fracture sexuée" (c'est le titre du dernier ouvrage de Jean-Louis Auduc que je recense ici) qui s'ajoute à la fracture sociale. 
 
En fait, et c'est toute la morale du phénomène, plus nous consacrons des moyens à réduire cette fracture entre les meilleurs et les plus perdus, plus elle s'accroît. Et j'aurais tendance à penser que c'est justement parce que nous pensons en termes de "réduction de la fracture" - sur quoi se fondent les politiques "égalitaristes" mises en place depuis quinze ans par les uns et les autres - au lieu de penser en termes de transmission générale des savoirs et élitisme républicain (deux mots qui constituent un pléonasme, quand on y réfléchit deux minutes) que nous coulons de plus en plus ceux qui devraient bénéficier d'un enseignement supplémentaire - alors que nous préférons abaisser la barre pour tous. C'est une politique de poussière sous le tapis mais la poussière demeure, et s'accroît.
 

Que penser de ce résultat, au regard notamment des dépenses engagées en matière d'éducation ? 

Jean-Paul Brighelli : Les politiques égalitaristes sont extrêmement voraces en termes de budget, et particulièrement inefficaces en termes de résultats. L'invention des ZEP / ECLAIR / RER et autres ghettos scolaires, dotés de moyens supplémentaires alors même que la politique éducative abaisse constamment la barre, a coûté très cher au système pour un résultat négatif dont l'UNICEF nous envoie aujourd'hui la preuve. Et je ne dirai rien de la solution-miracle du "tout informatique", très onéreuse pour un résultat nul — à croire que le ministère, comme il vient de le faire récemment avec Microsoft à qui il a vendu pour une obole l'Education nationale, est soumis à des lobbies qui se fichent pas mal des résultats, pourvu qu'ils gagnent de l'argent.

Pierre Duriot : Cela s'explique par un mauvais choix d'options à tout le moins, ou pire, de mauvais choix délibérés, ceux qui consisteraient à liquider l'école en organisant sa médiocrité. L'école publique "gratuite", ce n'est pas l'option libérale "laïque" ; le paramètre a l'air d'en déranger certains. "Obligatoire" est devenu un mot totalitaire quand celui de "collective" ne correspond plus ni à l'époque, ni à l'idéologie. L'argent est mis au service d'une école politisée et débouche de fait sur une progression des écoles privées et confessionnelles. Il y a, dans le discours gouvernemental, un énorme mensonge, corroboré par les résultats obtenus.

Y a-t-il un moment particulier à partir duquel le système éducatif français s'est mis à produire des inégalités ? N'y a-t-il pas eu "trahison" du mythe fondateur de l'école républicaine ? 

Pierre Duriot : En fait, le système scolaire a commencé à vraiment produire des inégalités quand le système économique a commencé lui aussi à produire de l'inégalité : 1973. Le premier crash pétrolier, la remise des clés au système bancaire privé, l'abandon des souverainetés nationales, le tout amplifié par le pédagogisme, les renoncements successifs à l'effort, à l'excellence, à l'instruction, au profit de la transmission idéologique, du passage d'une école centrée sur le travail et le mérite à une école centrée sur l'enfant, son désir, son bien-être et la satisfaction de ses parents électeurs. Mais tout cela a été graduel et surtout pétri de bons sentiments. Encore une fois, soit nous avons fait de mauvais choix, soit nous avons fait le choix objectif de la liquidation de l'outil scolaire massif des Trente Glorieuses au profit d'une école privée, payante, de reproduction des élites et qui concerne actuellement environ 25% de bons et très bons élèves.

Jean-Paul Brighelli : Comme je le disais plus haut, "l'élitisme républicain" né avec la Révolution (à rebours de l'Ancien Régime, qui répartissait les places en fonction de la naissance ou de la fortune - mais justement on y revient) visait à donner plus à ceux qui pouvaient davantage - et en même temps se souciait d'amener chacun au plus haut de ses capacités. On a inversé le système en abaissant la barre pour tous, et on voit aujourd'hui le résultat.

C'est sans doute à partir de la loi Jospin (juillet 1989) que cette tendance s'affirme. Les ZEP ont été créées au tout début de l'ère Mitterrand. Leur fonctionnement sur la période 1982-1992 a été étudié longuement par l'INSEE, qui a prouvé, sous la plume de Roland Bénabou, Francis Kramarz et Corinne Prost, que cette création n'a eu aucun effet sur la réussite des élèves : donc, persistons dans l'erreur ! 

C'est plus qu'une trahison : c'est une dénaturation de la promesse républicaine. En fait, nous nous sommes pliés à des diktats européens (stratégie de Lisbonne) qui préconisaient la mise en place d'une poignée (10%) de cadres et d'une masse mobile de travailleurs sous-formés faciles à manipuler. La mise en place du "socle commun de compétences" au lieu d'un socle de vrais savoirs fait partie de cette stratégie. Il est significatif qu'à l'exception du FN et de DLF, aucun parti aujourd'hui ne mette en doute cette stratégie et parle d'abolir le socle de compétences.

Quelles mesures conviendrait-il de prendre pour réduire structurellement ces inégalités ?  

Jean-Paul Brighelli : Il faut instamment remettre en place une école de la transmission des savoirs pour tous, avec des programmes très exigeants. Ceux qui vont régir l'inutile réforme du collège de Mme Vallaud-Belkacem sont très loin de cet objectif. Au contraire, ils persistent dans l'erreur : nous sommes au bord du gouffre, faisons un pas en avant ! Ce n'est qu'en se montrant exigeant avec les élèves, qui d'ailleurs ne demandent pas mieux et méprisent les enseignants qui ne leur tiennent pas la dragée haute et les rênes courtes, que nous comblerons ces différences révoltantes. Allez voir comment on enseigne à Singapour et à Shanghai, qui caracolent aujourd'hui en tête des résultats mondiaux, et vous verrez qu'ils n'ont pas aménagé de ZEP ! Il faut enseigner le français dans ce qu'il a de plus beau et de plus difficile, au lieu de se contenter d'une illusoire capacité à "communiquer". Enseigner les maths dans toute leur complexité — les anciens titulaires d'un Bac C (années 1980-1990) devraient comparer les manuels de leur époque avec ce que l'on exige aujourd'hui des Bacs S qui les ont remplacés ! Nous devons transmettre au lieu d'avoir pour seul souci d'éviter "l'ennui" des élèves - parce que toute concession en amont se traduit toujours par des désastres en aval : nous en avons encore une fois la preuve aujourd'hui.

Pierre Duriot : Il faut surtout changer de logiciel de pensée, savoir quelles missions sont celles de l'école, recentrer ses actions, mieux former les professeurs ; passer de la réussite obligatoire et béate ou de l'abandon pur et simple à la gestion et la résolution de la situation d'échec ou de problème ; repenser au travail, au mérite, à la récompense, aux modèles identificatoires, pourquoi pas à l'uniforme. Repenser aussi la valorisation des métiers, des filières professionnelles, dans une école, lieu sacralisé d'une transmission ne souffrant pas la revendication identitaire ou religieuse, mais également en prise avec la société civile et économique. Mais au-delà, il sera nécessaire que la société toute entière corrobore le discours du travail, du mérite et de l'excellence, ce qui pour le moment est loin d'être le cas.

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vangog
- 15/04/2016 - 11:09
Le prix de la bêtise gauchiste est très lourd pour la France!
Regardez le programme du FN sur http://www.frontnational.com/le-projet-de-marine-le-pen/avenir-de-la-nation/ecole/ et vous comprendrez qu'il n'existe pas de fatalité à la décadence gauchiste. En quelques mois, les patriotes peuvent désintoxiquer l'éducation nationale socialiste de son idéologie morbide, et re-insuffler dans les écoles et l'enseignement les valeurs républicaines de laïcité, de mérite, de notation, de discipline, de transmission des savoirs fondamentaux, lire, écrire, compter, de fin de l.islamisation rampante, de fin des discriminations scolaires gauchistes: carte scolaire, ZEP-ECLAIR, RER...et les patriotes réaliseront des économies qui permettront de payer dignement les enseignants, en plus. Elle est pas belle, la France?