En direct
Best of
Best of du 5 au 11 janvier
En direct
© Reuters
Accord improbable
Sommet de Doha : pourquoi la crise pétrolière est loin d’être finie (merci l’Arabie Saoudite et la Russie)
Publié le 15 avril 2016
Ce dimanche, les pays membres de l'OPEP, ainsi que d'autres pays producteurs de pétrole, se réuniront à Doha en vue de parvenir à un accord visant à réguler la crise pétrolière actuelle. Une perspective qui semble peu réalisable, tant les intérêts des parties divergent.
Philippe Sébille-Lopez est docteur en géopolitique et directeur fondateur du cabinet Géopolia créé en 1995. Il est spécialiste des enjeux énergétiques et notamment des pays producteurs d'hydrocarbures. Il réalise des analyses géopolitiques et...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Philippe Sébille-Lopez
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Philippe Sébille-Lopez est docteur en géopolitique et directeur fondateur du cabinet Géopolia créé en 1995. Il est spécialiste des enjeux énergétiques et notamment des pays producteurs d'hydrocarbures. Il réalise des analyses géopolitiques et...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Ce dimanche, les pays membres de l'OPEP, ainsi que d'autres pays producteurs de pétrole, se réuniront à Doha en vue de parvenir à un accord visant à réguler la crise pétrolière actuelle. Une perspective qui semble peu réalisable, tant les intérêts des parties divergent.

Atlantico : Depuis la rencontre en tout début de semaine entre la Russie et l'Arabie Saoudite, les rumeurs sur un gel de la production de pétrole qui pourrait être décidé lors de la réunion de dimanche à Doha s'amplifient. Comment cette rumeur impacte les marchés ? Quelle serait, à terme, la conséquence d'une telle décision si elle était effectivement approuvée par les 15 pays réunis ? 

Philippe Sébille-Lopez : Les marchés, pour une partie d'entre eux, ne s'attendent pas à une révolution suite à la réunion de Doha de dimanche. La Russie et l'Arabie Saoudite mettent en place des aménagements ou font des déclarations comme en février lors de la dernière rencontre à Doha lorsqu'ils affirmaient vouloir caler les niveaux de production sur ceux de janvier 2016. Or, ces deux pays avaient déjà augmenté leurs niveaux de production de janvier 2016 par rapport aux niveaux précédents pour les mois de janvier antérieurs : ce qu'ils ont fait, c'est donc geler leurs niveaux de production sur des niveaux surévalués pour la saisonnalité de la production. Il s'agit donc là d'un non-évènement, ce qui risque fortement de se produire à nouveau dimanche. 

A la question de savoir si les pays réunis dimanche décideront d'un gel de la production, le ministre saoudien du pétrole, Ali al-Naimi, a affirmé au quotidien Al-Hayat ce mercredi : "Oubliez cela". Entre cette déclaration et les rumeurs découlant de la réunion entre la Russie et l'Arabie Saoudite, qu'attendre véritablement du sommet de Doha dimanche ? 

C'est assez difficile à dire, d'autant plus que tous les pays producteurs de pétrole ne seront pas représentés, à l'exception des pays de l'OPEP mais avec des degrés de délégation différents. Le Mexique sera présent, mais en tant qu'observateur, alors que sa situation de production n'est pas vraiment au beau fixe, faute de capacités d'investissement puisque la société nationale Pemex est ponctionnée par le Gouvernement (comme tant d'autres ailleurs). Trop de cas de figure disparates existent pour que la réunion de Doha puisse aboutir à une réelle remise à plat de la production mondiale de pétrole pour l'année 2016.

Iran, Norvège, Brésil, Etats-Unis, etc. : un certain nombre de pays producteurs n'enverront pas leur ministre de l'Energie à la réunion de Doha, voire n'y assisteront en aucune manière, car s'opposant à un gel et/ou une baisse de la production de pétrole. Dans quelle mesure faire adhérer ces pays à l'accord qui sera conclu dimanche ? Quelles conséquences dans le cas où ils s'y opposeraient et ne mettraient pas à exécution les décisions prises ? 

La plupart des pays que vous citez viendront en tant qu'observateurs pour prélever l'information à la source. Les intérêts divergent entre les pays OPEP et les pays non-OPEP, sans parler des divergences au sein de ces groupes : par exemple, le Venezuela cherche à produire à tout prix pour résoudre sa crise financière ; or, je doute que ce soit la meilleure solution dans la mesure où ils n'ont pas les moyens de financer leurs propres investissements.

La question se règle toujours entre les grands acteurs, notamment entre l'Arabie Saoudite et la Russie. Néanmoins, il convient de se demander quel type d'accord les deux pays pourraient trouver, tenant compte du fait notamment que la production de l'Irak a fortement progressé au cours de l'année passée, devenant ainsi le 3ème producteur mondial. A cela s'ajoute le cas de l'Iran qui va demander une augmentation de production d'un million de barils par jour pour se rapprocher du niveau irakien. Même si l'on parvenait à un accord de réduction du niveau de production, rien ne garantit une application de cet accord, comme l'histoire de l'OPEP a pu le montrer.

Le prix mondial du baril est déterminé en fonction de l'offre et de la demande. Pour les pays OPEP et non-OPEP, le but est de parvenir à un équilibre afin que les prix soient les plus rentables possibles pour toutes les parties prenantes. Mais dès lors que l'on considère l'excédent de production disponible depuis 2009 et la demande qui progresse avec les pays émergents, comment se répartir la charge de la production mondiale pour répondre à la demande sans qu'il n'y ait trop d'excédents qui vont faire chuter les cours et tout en améliorant les niveaux de prix actuels ? Si l'on prend le cas du Brésil par exemple, le pays produit un pétrole cher ; dans ces conditions, ce n'est donc pas ce pays qui va faire baisser ou augmenter le cours du baril. Il y a donc des Etats-spectateurs parmi les producteurs sur la scène pétrolière mondiale. 

L'Agence internationale de l'Energie (AIE) a annoncé une baisse prévisionnelle de la production des pays non-OPEP : -710 000 barils par jour, dont -480 000 pour les Etats-Unis. Comment s'explique cette baisse, notamment dans le cas américain ? Quelle part représente les pays non-OPEP dans la production mondiale d'une manière générale ? 

La production américaine concerne le pétrole de schiste, qui est assez coûteux de fait. Ainsi, avec un baril à environ 40 dollars, les entreprises du secteur, déjà fortement endettées, ne peuvent plus suivre et déposent le bilan, quand d'autres gèlent la production. A l'arrivée, la concurrence est établie en fonction du prix de production ; or on sait très bien que là-dessus, ce sont les pays du Moyen-Orient qui dominent.

Les pays non-OPEP représentent environ 60% de la production mondiale quand la production des pays de l'OPEP oscille entre 30 et 40% suivant les années.

Toujours selon les prévisions de l'AIE, la demande mondiale devrait augmenter, moins que pour l'année 2015 cependant : +1,2 millions de barils/jour. Quels sont les ressorts de cette demande toujours soutenue ? Qui sont les pays à l'origine de cette demande ?

Ce chiffre établit ainsi la croissance mondiale à 3 ou 4% si l'on se réfère aux prévisions des années précédentes faites par l'AIE. Or, nous ne sommes absolument pas sûrs qu'on atteigne un tel niveau. Il est donc tout à fait possible que ce chiffre soit revu à la baisse au cours de l'année, ce qui est souvent arrivé ces dernières années. Ces révisions d'estimation sont souvent dues à une surestimation de la croissance mondiale par l'AIE. Si l'on regarde les prévisions actuelles du FMI, on ne peut pas dire que la situation économique à l'échelle mondiale soit très réjouissante. On part là sur une hypothèse très haute, et je ne suis pas certain - a fortiori s'il n'y a pas d'accord conclu ce dimanche - avec des prix pétroliers qui restent bas, qu'on puisse assister à une hausse de la demande. Dans les pays de l'OCDE, le pétrole est surtout utilisé dans les transports et de moins en moins dans les centrales thermiques. La Chine constituait le principal vecteur de la hausse de la demande mondiale depuis 2003 ; or la situation économique du pays a bien changé et il ne faudra pas compter sur ce pays en vue de cette relance, même si la demande va continuer à augmenter, mais dans une moindre mesure. L'Inde pourrait prendre la relève de la demande pétrolière chinoise en 2016, mais à un degré moindre que cette dernière depuis 2003.

Propos recueillis par Thomas Sila

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
04.
Sévère répression des gilets jaunes : la justice française est-elle en train de préfèrer l’ordre à la justice ?
05.
Elections européennes : La République en Marche détrône le Rassemblement national selon un nouveau sondage
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
07.
Oui, il y a “des gens en situation de pauvreté qui déconnent”. Mais voilà pourquoi la question et la solution sont largement ailleurs
01.
Patrick Bruel aime une nouvelle femme de (bien) moins de 50 ans; Vincent Cassel : entre sa (très) jeune épouse & sa fille aînée, c’est tendu; Sophie Marceau s’occupe de son fils, René-Charles Angélil-Dion de ses frères, Anouchka Delon de toute la famille
02.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
03.
Le Royaume-Uni se prépare à un Brexit sans accord et ne voit plus comment arrêter cette chronique d’un chaos annoncé
04.
Alerte Rouge : après la Chine, Donald Trump entend s’attaquer à l’Europe et voilà pourquoi la France serait bien inspirée de réagir au plus vite
05.
Littéralement explosif : le sondage exclusif qui montre que la condamnation de la violence par les Français... baisse (et que le nombre de ceux qui disent la comprendre augmente)
06.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
07.
Inégalités : la France est allée au maximum de ce que la redistribution fiscale permettait. Voilà ce qui pourrait être fait désormais
01.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
02.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
03.
Patrick Bruel aime une nouvelle femme de (bien) moins de 50 ans; Vincent Cassel : entre sa (très) jeune épouse & sa fille aînée, c’est tendu; Sophie Marceau s’occupe de son fils, René-Charles Angélil-Dion de ses frères, Anouchka Delon de toute la famille
04.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
05.
Alerte Rouge : après la Chine, Donald Trump entend s’attaquer à l’Europe et voilà pourquoi la France serait bien inspirée de réagir au plus vite
06.
Ce à quoi se condamnent lentement mais sûrement les Gilets jaunes
01.
Grand débat national : l’équation impossible d’Emmanuel Macron
02.
Pourquoi Macron, les populistes et les gilets jaunes sont tous le produit de la même vague (et pourquoi ils seraient bien inspirés de le comprendre réciproquement)
03.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
04.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
05.
Marine Le Pen : vent en poupe mais… tigre de papier ?
06.
Si la France vit un moment révolutionnaire (et voilà pourquoi c’en est bien un), quelle stratégie politique pour éviter le chaos et en sortir par le haut ?
Commentaires (0)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Pas d'autres commentaires