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Wolfgang Schäuble : le ministre des Finances d’Angela Merkel est-il l’homme le plus dangereux d’Europe ?

Publié le 15 avril 2016
En rendant Mario Draghi, Président de la Banque centrale européenne, responsable de la montée en puissance du parti populiste AFD en Allemagne, le ministre des finances d'Angela Merkel continue de s'attaquer à toute tentative de relance en Europe. Wolfgang Schäuble est devenu, au fil des années, le pire ennemi de la croissance au sein de la zone euro.
Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr. Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :
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En rendant Mario Draghi, Président de la Banque centrale européenne, responsable de la montée en puissance du parti populiste AFD en Allemagne, le ministre des finances d'Angela Merkel continue de s'attaquer à toute tentative de relance en Europe. Wolfgang Schäuble est devenu, au fil des années, le pire ennemi de la croissance au sein de la zone euro.

Dans un discours prononcé à Kronberg ce samedi 9 avril, Wolfgang Schäuble a une nouvelle fois dénoncé la politique monétaire menée par la BCE, celle-ci étant considérée comme défavorable à l’Allemagne, tout en indiquant "Mario Draghi peut être fier : la moitié du résultat électoral de l'AfD peut être le fruit de sa politique monétaire". Cette accusation est-elle pertinente ? S’agit-il d’un changement de ton de la part de l’Allemagne vis-à-vis de la BCE ?

La semaine passée, Jerôme Fourquet, de l'IFOP, consacrait une de ses notes au succès du parti AfD en Allemagne. Le constat est clair, ce sont les décisions concernant la politique migratoire d'Angela Merkel qui ont provoqué l'émergence du mouvement. Si originellement, l'AfD est bien le produit d'une contestation anti-euro, le parti a muté vers autre chose. Comme le signale cette note de l'IFOP, 90% de l'électorat AfD adhère à l'idée suivante : "avec la poursuite des arrivées de réfugiés, l’influence de l’islam devient trop importante". Bref, Mario Draghi et sa politique monétaire n'ont pas grand-chose à voir là-dedans. Wolfgang Schäuble tire sur une énorme ficelle en voulant se déresponsabiliser tout en accusant son ennemi actuel, qui est bien Mario Draghi. Mais cela n'a rien à voir avec la crise migratoire et avec l'AfD.

Concernant l'attaque frontale caractérisée contre la politique de la BCE, on peut se rappeler d'une interview de Wolfgang Schäuble donnée à la Tribune en 2011, où le ton adopté vis-à-vis de Jean Claude Trichet était autrement plus doucereux : "Notre conception de l'indépendance de la Banque centrale a pour principe de ne pas lui donner de conseils." En d'autres termes, le temps de rire est fini, Wolfgang Schäuble veut clairement se payer Mario Draghi, il n'y a plus aucun doute. La Bundesbank est vent debout contre le Président de la BCE et le ministre des Finances délivre ici un soutien politique de poids à Jens Weidmann, patron de l'autorité monétaire allemande. Désormais, Mario Draghi va devoir se battre sur le terrain politique, et il va avoir besoin de soutien de la part de dirigeants européens.

Peut-être que le plus grotesque, dans cette déclaration de Schäuble est le refus de voir que la politique de la BCE est calquée sur les intérêts allemands depuis 1999. Et la légère inflexion que connaît l'autorité monétaire européenne, sous l'influence de Mario Draghi, semble insupportable pour le ministre des Finances. Ce qui semble fou, ici, c'est de croire que le fait de poursuivre une politique économique bénéficiant à l'ensemble de la zone euro, et non plus à l'intérêt exclusif de l'Allemagne, peut être à ce point intolérable à cet homme. 

Quelles sont les conséquences de cet acharnement "austéritaire", de la part de Wolfgang Schäuble. L’Europe peut elle le remercier de son engagement pour plus de responsabilité de la part des pouvoirs publics ? Comment critiquer un homme qui a fait ses preuves, au regard des résultats économiques allemands au cours de ces dernières années ?

Les principes de Wolfgang Schäuble s'articulent autour de l'équilibre des dépenses publiques, visant à réduire le niveau de dettes publiques à son maximum, sur la capacité de l'Allemagne à exporter tout ce qu'elle peut, et à une politique de 0 inflation. Et ce, en pensant qu'une politique de "bon père de famille" produira de la croissance par la voie de la "confiance", c’est-à-dire comme par magie. Soit le degré 0 de la réflexion économique. On est ici bien plus proche de la morale ou de la vertu que de la réalité. Evidemment, la priorité doit d'abord être celle de la croissance, qui, elle seule, permettra d'obtenir des résultats sur les autres fronts que sont le chômage, les dépenses publiques et la dette.

Les principes vaudou de Wolfgang Schäuble, appliqués à l'Europe toute entière, ont permis la réalisation d'un résultat aussi grotesque que désespérant ; le PIB de la zone euro, en termes réels, est aujourd'hui au même niveau qu'en 2008. Soit une stagnation économique de 8 années. Ce qui permet d'expliquer un taux de chômage toujours supérieur à 10% et une incapacité des pays membres à retrouver des rythmes de croissance correspondant à leur potentiel économique. Wolfgang Schäuble défend les mêmes recettes que celles utilisées par la France entre 1931 et 1936, avec les mêmes résultats. Une catastrophe. En 2014, à Lindau (Allemagne), une réunion rassemblant 450 économistes, dont 18 prix Nobel s'était transformée en procès contre la politique économique menée en Europe par le couple Merkel-Schäuble. Le Prix Nobel Christopher Sims avait, à cette occasion, déclaré : "L'Allemagne fait davantage partie du problème que de la solution". 

Cette vision moraliste de l'économie vise à transposer des principes microéconomiques simples à un Etat, (un Etat, c'est comme un ménage…bla bla bla), alors qu'un Etat se gère sur les principes de la macroéconomie, et en premier lieu, avec une politique monétaire. Et celle-ci ne se résume pas à regarder passer les trains en ayant pour seul objectif de rayer l'inflation de la carte, mais elle consiste à opérer un mélange optimal entre plein emploi et inflation. De toute évidence, avec un taux de chômage supérieur à 10% et une inflation proche de 0%, la politique monétaire européenne est bien trop restrictive. Ce que Wolfgang Schäuble ne semble pas vouloir admettre. Il ne voit que des retraités qui souffrent de voir baisser les taux d'intérêts, sans se rendre compte que cette tendance à la baisse n'est que le fruit de la révision perpétuelle de la croissance européenne à la baisse, justement parce que la BCE n'en fait pas assez. L'ironie, c'est qu'en ne comprenant rien, Wolfgang Schäuble participe à l'agonie des rentiers, mais en oblitérant tout le reste de la population au passage. Son niveau de dangerosité économique est sans équivalent. Wolfgang Schäuble est un fervent européen, mais il met son propre projet en pièces de par son incompétence économique.

Au cours de la même semaine, et en prévision du prochain G20 finance, Wolfgang Schäuble a déclaré son ambition de voir l’ensemble des pays cesser de pratiquer des politiques monétaires expansionnistes. Une telle résolution est-elle envisageable, aussi bien au niveau politique qu’économique ?

Cette proposition est délirante. Le monde est affecté par une crise de la demande, et Wolfgang Schäuble souhaite que le peu de demande existante soit encore affaiblie. Mais cette ambition permet également de mettre en évidence l'incompréhension du ministre de l'Economie allemand, par rapport au contexte. Wolfgang Schäuble veut en finir avec les taux bas et réclame des taux élevés pour les épargnants. Pourtant, les taux ne sont que le thermomètre du niveau de la demande ; plus les taux longs sont faibles, plus ils indiquent un niveau d'activité morose. Si les taux courts sont relevés, nous assisterons à une inversion de la courbe des taux, voyant les taux courts plus élevés que les taux longs, et le monde plongera alors en déflation. Ce n'est pas en truquant le thermomètre que l'on peut modifier la réalité, et ici, en l'occurrence, une telle décision collective conduirait à la mise en place d'une dépression mondiale. Cette déclaration n'a qu'un intérêt politique, il s'agit de se présenter comme le grand défenseur de l'épargnant allemand, en gros du retraité, c’est-à-dire de la majorité du corps électoral du pays, dont l'âge moyen est proche de 60 ans. Mais économiquement parlant, c'est le degré 0 de la pensée.

En quoi les déclarations de Wolfgang Schäuble sont-elles si étonnantes ? Ne s’agit-il pas plutôt de la poursuite d’une ligne économique parfaitement cohérente ? Quelle est-elle ?

Une certaine cohérence peut effectivement se déceler dans la défense exclusive du patronat allemand, et ce, au dépend de l'intérêt général européen. En cherchant absolument à se battre contre un surplus de demande en Europe, Wolfgang Schäuble participe à l'énorme pression à la baisse qui existe sur les salaires. Or, puisque l'Allemagne est dans une situation de plein emploi, tout plan de relance aurait pour effet de voir naître une pression à la hausse sur les salaires allemands, ce que le patronat local ne veut à aucun prix, pour cause de potentielle perte de compétitivité. Et tout est bon pour l'empêcher : appel à la migration permettant de faire entrer sur le territoire des salariés potentiels à bas coûts, et critique de l'action de Mario Draghi. Mais c'est grâce à cette énorme pression sur les salaires que l'Allemagne parvient à afficher une balance courante positive de l'ordre de 8% de son PIB. Ce qui ne veut rien dire d'autre que le pays produit bien plus qu'il ne consomme, parce que les salariés n'en ont pas les moyens. Or, le plein emploi actuel laisse craindre que cette situation pourrait ne pas durer, pour cause de hausse de salaires, d’où l'offensive actuelle, aussi bien concernant la politique migratoire allemande que les déclarations concernant Mario Draghi. Mais à force de produire une politique européenne calquée sur les intérêts du patronat allemand, le risque de voir l'Europe s'écrouler n'a jamais été aussi élevé. Et cette année 2016, entre le Brexit, la crise migratoire, le souhait de sanctionner l'Espagne et la réapparition du problème grec, le potentiel de craquage n'est pas neutre. Il serait peut-être bon de voir la France se réveiller. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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zeliclic
- 13/04/2016 - 14:57
Vous avez tous raison
Suivons Monsieur Schäuble et prenons de l'aspirine pour soigner notre migraine de déficits et peu importe l'hémorragie de croissance.
pierre de robion
- 12/04/2016 - 22:21
Pipeau!
Le Keynésianisme dans un pays autosuffisant passe encore, mais dans un pays qui ne produit plus grand chose comme la France,ce serait l'explosion du déficit commercial et la banqueroute dans une inflation galopante! On en a eu une idée en 1981!
Alors que cette économiste de salle de rédaction garde ses réflexions pour elle et les gogos qui la suivent!
samson
- 12/04/2016 - 18:31
Des nouvelles des abenonics
Pr NG les lecteurs payants d'atlantico apprécieraient un petit article sur la situation au Japon qui n'évolue pas comme vous l'aviez prédit...
Il n'y a pas de honte à reconnaître ses erreurs....sinon une explication détaillée nous ravirait.