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Et Nicolas Sarkozy s’enticha de François Baroin... en oubliant le danger Laurent Wauquiez ?

Publié le 15 avril 2016
Nicolas Sarkozy s'appuie sur deux hommes depuis son retour en politique, après la défaite à l'élection présidentielle de 2012 : Laurent Wauquiez, à qui il a confié le poste de numéro 2 des Républicains... et François Baroin qu'il envisage comme futur Premier ministre passé 2017.
Bruno Jeudy
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Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.
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Nicolas Sarkozy s'appuie sur deux hommes depuis son retour en politique, après la défaite à l'élection présidentielle de 2012 : Laurent Wauquiez, à qui il a confié le poste de numéro 2 des Républicains... et François Baroin qu'il envisage comme futur Premier ministre passé 2017.

Atlantico : Nicolas Sarkozy semble avoir fait de François Baroin son dauphin. Il envisagerait d'en faire son Premier ministre s'il était élu, et de le soutenir sans candidature s'il ne pouvait pas se représenter. Quid de Laurent Wauquiez ? Nicolas Sarkozy peut-il lui tourner le dos ?

Bruno Jeudy : Dans son livre La France pour la vie, Nicolas Sarkozy écrit du bien des deux quadragénaires du parti Les Républicains. Il s'agit de François Baroin et de Laurent Wauquiez. Il parle de ce dernier d'une manière élogieuse, ce qui est assez rare quand il s'agit – pour Nicolas Sarkozy – d'évoquer la jeune génération. A propos de Laurent Wauquiez, il va même jusqu'à dire qu'il lui rappelle son propre style et son propre parcours, lorsque lui-même émergeait à l'époque du RPR.

N'en reste pas moins que Nicolas Sarkozy a fait le choix de s'appuyer sur ces deux hommes aujourd'hui. A Laurent Wauquiez, il a d'abord confié le poste de vice-président ; puis celui de numéro 2 à la réorganisation du parti. Pour ce qui est de François Baroin, qui ne jouit d'aucune fonction opérationnelle au sein des Républicains, il le consulte régulièrement. En outre, il fut l'un des premiers à apporter son soutien à Nicolas Sarkozy, avant même son retour en 2014. Ce soutien valait pour la présidence de l'UMP et vaudra pour la présidentielle de 2017.

A ce stade, Nicolas Sarkozy n'a donc aucune raison de tourner le dos à Laurent Wauquiez. Dans les faits, il a besoin de lui, non pas pour sa personne mais pour ce qu'il représente. Laurent Wauquiez est quelqu'un d'assez populaire au sein des Républicains, chez qui il incarne une ligne dur validée par un grand nombre de militants actifs. Indéniablement, Nicolas Sarkozy a besoin de s'appuyer sur Laurent Wauquiez, dont il n'a pas manqué de souligner la victoire aux régionales. Les sondages prédisaient un succès étriqué, et pourtant Laurent Wauquiez a remporté assez largement sa victoire.

Parallèlement, Bruno Le Maire ne cesse de progresser dans les sondages au point de menacer Nicolas Sarkozy alors que Laurent Wauquiez ronge son frein. Pourrait-il se désolidariser de Nicolas Sarkozy, rompre l'accord tacite qui le lie à l'ancien président, et se présenter afin d'exister ?

Laurent Wauquiez sait manier le poignard. Il l'a montré à plus d'une reprise depuis le début de sa carrière politique. Pour autant, à ce stade, les raisons de le manier contre l'ancien président sont assez minces. A la condition que Nicolas Sarkozy reste, bien entendu, sur une ligne politique susceptible de convenir au député de Haute-Loire, celui-ci ne devrait pas se désolidariser. Cette ligne, pour convaincre Laurent Wauquiez, se doit donc d'être autre chose que de l'eau tiède : elle doit rester assise sur des valeurs de droite bien affirmée. On sait notamment la déception de Laurent Wauquiez face au choix de Nicolas Sarkozy de ne pas abroger – pour peu qu'il arrive au pouvoir – la loi relative au mariage pour tous. Cela a provoqué une explication entre eux, suite à laquelle Laurent Wauquiez a fait valoir qu'il était contre le changement de position de l'ancien président de la République.

Cela étant, il n'y a pas de raison que Laurent Wauquiez change de ligne dans l'immédiat. Il soutiendra Nicolas Sarkozy si celui-ci est candidat à la présidentielle. Il va de soi qu'il reconsidèrera son choix si Nicolas Sarkozy montrait des signes de défection… ce qui ne semble pas être le cas jusqu'à présent. Il est clair, aujourd'hui, que Laurent Wauquiez campe sur l'aile droite des Républicains et qu'il espère capter l'héritage sarkozyste le moment venu. Cela comprend notamment le noyau dur, très important et très fidèle, à l'ancien président. Très fidèle, aussi, à son style – un style énergique, en rupture avec la droite plus consensuelle, d'inspiration chiraquienne. Laurent Wauquiez, à l'évidence, est prêt à sauter sur l'occasion si Nicolas Sarkozy renonçait finalement à se présenter : ce serait un bon moment pour récupérer cet héritage.

A la fin de l'année 2015, Laurent Wauquiez, fraîchement élu à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes, a clairement laissé entendre qu'il n'abandonnerait pas son poste chez les Républicains. Il entend bien en devenir le président par intérim quand Nicolas Sarkozy se lancera dans la primaire. Il refuse de laisser la tête du parti à Luc Chatel ou Eric Woerth, également pressentis. Il compte clairement mettre la main sur les Républicains pour préparer la suite de sa carrière ; et faire de ce parti (ou de ce qu'il en restera après la recomposition qui suivrait l'élection présidentielle) un élément de son ascension politique.

Laurent Wauquiez a clairement fait savoir qu'il ne cherchait pas à être Premier ministre en 2017, pour peu que Nicolas Sarkozy soit réélu. Il laisse volontiers la place à François Baroin : les deux hommes font un calcul différent pour accéder à l'Elysée en 2022. L'un mise sur Matignon, l'autre non. Ils ne sont donc pas concurrents dans l'immédiat, malgré des ambitions présidentielles relativement affichées pour les deux.

Laurent Wauquiez a affirmé, à plusieurs reprises, ne pas vouloir planter de couteau dans le dos de Sarkozy et ne pas jouer la carte de 2017. Pourquoi alors avoir débauché une partie de l'équipe de Sarkozy : Ange Sitbon, Emmanuel Millan… ?

Indéniablement, Laurent Wauquiez est en train de se construire un parcours de présidentiable. Il a d'ores et déjà un fief, la région Auvergne-Rhône-Alpes, qu'il cherche à conforter. Il compte faire de cette région l'une des plus puissante d'Europe. Rappelons qu'elle est presque aussi grande que l'Autriche et qu'il lui est possible d'en faire une véritable base arrière. Il s'agit également d'en faire un laboratoire qui lui permettrait de prouver, le moment venu, ses résultats et sa méthode de travail.

Il a effectivement débauché quelques-uns des spécialistes de l'organisation politique de Nicolas Sarkozy, pour poursuivre cet objectif. Ange Sitbon est un des meilleurs connaisseurs de la carte électorale et lui servira vraisemblablement de conseiller politique bien au-delà des frontières de sa région. Le cabinet que Laurent Wauquiez se constitue est redoutable et ne restera probablement pas l'arme au pied très longtemps.

Sans être – pour l'instant – une menace pour Nicolas Sarkozy, cela représente clairement une perte et un affaiblissement pour son parti. Certains sont partis Laurent Wauquiez, certes, mais d'autres se sont éloignés pour rallier Valérie Pécresse ou même pour quitter la formation et en rejoindre une autre.

On sait que le président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes est conseillé par Patrick Buisson qui veut la perte de Nicolas Sarkozy. Pourrait-on même imaginer une alliance objective entre Laurent Wauquiez et Alain Juppé afin de faire échouer Nicolas Sarkozy ?

Adepte d'une droite sans complexe, Laurent Wauquiez s'est positionné clairement comme un opposant à Alain Juppé. Sur le fond comme sur la forme, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes se pose en antithèse du maire de Bordeaux dont il déplore le style consensuel, l'eau-tiède et les idées molles. Pour autant, même pour mieux prendre la tête d'une droite – affirmée plus forte et anti-juppéiste – il serait difficile de dire que l'intérêt de Laurent Wauquiez soit le sacre d'Alain Juppé à la suite de la primaire. Il est certain, cependant, qu'à court et à moyen termes, les deux hommes seront des opposants politiques.

 

Propos recueillis par Vincent Nahan

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (8)
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padam
- 11/04/2016 - 20:07
désespérant
Après avoir été l'otage de la "pensée" bobo parisienne conduite par l'inénarrable BHL durant son quinquennat, avec les brillants résultats que l'on sait (Mexique, Mayotte, Libye...), voici Sarkozy apparemment disposé à remettre ça avec F.Baroin, laïcard franc-maçon viscéralement anticlérical, du moins vis à vis du Christianisme, qui pour toute réponse aux effroyables attentats islamistes de Paris avait fort à propos proposé d'interdire les crèches dans l'espace public. Eh oui, il y a quand même de sacrés petits salauds. Décidément, le pauvre Sarko est irrécupérable...
MONEO98
- 11/04/2016 - 16:03
Baroin premier ministre pour sarkozy ?
ça veut donc dire qu'il cherche l'appui des frères à 3 points... ceux qu'on ne voit jamais mais qui animent depuis toujours la Republique
A suivre
Liberdom
- 11/04/2016 - 13:00
Baroin, preneur d'otages
Baroin est l'inventeur de l'exit taxe, la fameuse prise d'otage fiscale, qui consiste à faire payer la taxe sur la plus-value virtuelle des contrats d'assurance vie de ceux qui ont décidé de quitter la France. Un des nombreux diables qui on bâti l'enfer fiscal français.