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Crise agricole : peut-on avoir une jacquerie au XXIe siècle ?
Publié le 10 mars 2016
La jacquerie, cela rappelle un temps ancien de notre histoire de France, une époque où les paysans n'avaient d'autres moyens que la révolte pour exprimer leur détresse et leur faim. Aujourd'hui, en 2016, la jacquerie gronde dans les campagnes. Des soulèvements se préparent un peu partout sur le territoire, à la faveur de mouvements qui s'affichent "non syndicaux et non politiques". Enquête.
Antoine Jeandey est rédacteur en chef de WikiAgri, pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Lancé en début d’année 2012, WikiAgri a pour philosophie de partager, avec les...
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La jacquerie, cela rappelle un temps ancien de notre histoire de France, une époque où les paysans n'avaient d'autres moyens que la révolte pour exprimer leur détresse et leur faim. Aujourd'hui, en 2016, la jacquerie gronde dans les campagnes. Des soulèvements se préparent un peu partout sur le territoire, à la faveur de mouvements qui s'affichent "non syndicaux et non politiques". Enquête.

Nous sommes en pleine actualité. Au moment où ces lignes sont écrites, un mouvement intitulé "la jacquerie est en marche" vient tout juste de terminer une action, ayant déployé une centaine de tracteurs dans le sud de la Vienne avec des bennes à lisier, déversées pour bloquer le passage vers des cibles diverses : GMS, centres de gestion, mutuelles... Mené par quelques volontaires montrés samedi dernier sur France2 dans un reportage d'Edouard Bergeon que je vous recommande fortement (en replay) car très instructif et émouvant à la fois, ce mouvement spontané rassemble de plus en plus, alors qu'il ne bénéficie d'aucune organisation syndicale. J'ai eu Guillaume Poinot au téléphone, l'un des initiateurs filmé dans le document télévisé. Il tenait particulièrement à cette action, "le lendemain de la fermeture du salon de l'agriculture, pour bien montrer que tous nos problèmes demeurent".

Ce mouvement n'en est qu'un parmi d'autres. Il en existe aujourd'hui de plus en plus, qui se forment localement, dans la Vienne donc, mais aussi en Bretagne, dans le Sud-Ouest, dans le Maine-et-Loire... Parce qu'ils ne se retrouvent pas dans les revendications syndicales ou estiment que ces syndicats ont leur part de responsabilité dans la débâcle actuelle, plusieurs mouvements refusant la moindre étiquette naissent avec la crise agricole.

Le phénomène général de société observé sur la défiance vis-à-vis des politiques se prolonge ainsi en agriculture avec une remise en cause de la légitimité syndicale pour défendre les droits du monde paysan. J'ai contacté personnellement de nombreux leaders, ils ne se ressemblent pas tous, mais ont des points communs.

Des mouvements d'éleveurs qui refusent tout signe distinctif d'appartenance syndicale

Philippe Grégoire est à la tête du MNER, mouvement national des éleveurs de nos régions, qui s'étend sur le Maine-et-Loire, l'Allier, la Vendée, la Loire-Atlantique... On va dire sur une grosse zone centre-ouest de la France. Il est un ancien membre du bureau de l'Apli, association des producteurs de lait indépendants, qui fut elle-même créée en 2009, lors de la crise précédente, avec comme action d'éclat d'alors la grève du lait, avec épandage du précieux liquide blanc dans la baie du Mont-Saint-Michel. L'Apli était alors pionnière en terme de mouvement indépendant. Mais Philippe Grégoire a fait partie des 6 membres du bureau qui l'ont quittée au moment des élections aux chambres d'agriculture, lorsque plusieurs de ses membres se présentaient sous l'étiquette "Coordination rurale", et leur donnaient ainsi l'impression d'une récupération par ce syndicat. Aujourd'hui, l'Apli existe toujours, avec un affichage d'indépendance, mais aussi cette suspicion latente de l'avoir perdue au profit du syndicat de la Coordination rurale. Evidemment, les avis diffèrent sur le sujet selon les membres actuels de l'Apli, ou ceux qui ont choisi de quitter l'association.

Mais revenons au MNER. Récemment, plusieurs actions ont été menées, près d'Ancenis, ou encore au siège de la coopérative Terrena où une délégation a été accueillie. Une manifestation notamment a vu plusieurs tracteurs défiler ou bloquer, avec des manifestants, avec comme mot d'ordre interne : surtout pas une écharpe ou un fanion de quelque syndicat que ce soit. Les administrateurs de Terrena (des agriculteurs donc) ont expliqué leur fonctionnement, et la manifestation s'est arrêtée là, même si tout le monde n'a pas été convaincu. Par rapport à la défiance vis-à-vis des politiques, Philippe Grégoire estime "normal que les agriculteurs votent pour le FN aujourd'hui, puisqu'ils ont été déçus par les autres partis, mais attention, ils le font pour sanctionner les autres, pas en adhérant aux thèses du Front National : si Coluche était encore là aujourd'hui, nous voterions tous pour Coluche !" Par rapport aux syndicats, il estime que la FNSEA n'avait pas à soutenir une répartition des aides telle "qu'elle profite encore aux céréaliers, alors que l'on savait les éleveurs en danger", et il met sur ce sujet la Coordination rurale dans le même sac. Sylvain Boussion, également au MNER, précise que le mouvement a dû s'adosser tout de même à un syndicat (en l'occurrence le Modef), "pour avoir le droit d'être entendu et reçu par exemple au ministère de l'Agriculture". De fait, je connais aussi certains paysans, un moment tentés par le MNER, qui n'ont pas rejoint le mouvement craignant donc une forme d'inféodation syndicale, cette fois vers le Modef, même si ses dirigeants s'en défendent totalement. Question : n'y a-t-il vraiment pas le moindre moyen de faire entendre un point de vue pour un mouvement indépendant en tous points ?

Bonnets roses et rouges bonnets

En Bretagne, c'est le mouvement des Bonnets roses qui est apparu récemment, autour de la problématique des porcs en particulier mais aussi de l'élevage en général, en brandissant une bannière "non syndicale, non politique". J'ai eu au téléphone René Le Goudivès, éleveur de porcs dans le Morbihan, l'un des quatre responsables. Il dénonce ceux qui sont "multi casquettes, et qui ont cautionné le virage libéral des années 1980", mais aussi des "charges franco-françaises", ne comprend pas pourquoi "les échanges laitiers entre la Nouvelle-Zélande et la Chine concernent 5% des échanges mondiaux et dictent leurs prix laitiers à toute la planète"... Ce mouvement est né récemment (quelques mois), il doit son nom à la sympathie engendrée précédemment par les célèbres Bonnets rouges, tout en s'en détachant pour un autre leadership. Une action récente près de Rennes a vu les Bonnets roses maintenir la pression auprès des grandes surfaces. Sur les événements récents, René Le Goudivès apprécie "les baisses de charges obtenues avec le syndicalisme", mais déplore le discours gouvernemental consistant "à dire que tout se passe à Bruxelles et qu'ils ne peuvent rien faire : en Angleterre, quand Cameron tape du poing sur la table il obtient des résultats avec l'Europe, nous pas. Il n'y a pas la volonté, chez nous, nous allons droit à la catastrophe..."

Enfin, il apprécie des soutiens inattendus dans l'action des Bonnets roses, comme celui de l'acteur Jean-Claude Dreyfus, qui a lancé un appel de fonds pour financer leur action.

Les Bonnets rouges, eux, on s'en souvient, avaient soulevé la révolte sur l'écotaxe, "la taxe de trop", en abaissant plusieurs portiques. Leur démarche était intéressante, puisque regroupant plusieurs acteurs économiques, agriculteurs, pêcheurs, industriels, transporteurs, commerçants... Tous solidaires face aux mesures accumulées au fil des années et des gouvernements empêchant les entrepreneurs en tout genre de travailler. Les Bonnets rouges existent toujours bien sûr. Ils représentent un mouvement différent, dans le sens où l'un des créateurs, Thierry Merret, est aussi président de la Fdsea du Finistère : il n'y a donc pas, en l'occurrence, de défiance vis-à-vis du syndicalisme. Et lui aussi souffre d'une forme de tentative de récupération, politique cette fois, par des indépendantistes bretons : s'ils ont toujours fait partie des Bonnets rouges, ces derniers n'ont pour autant pas vocation à devenir leur organe officiel. Mais ce qui intéresse le plus Thierry Merret aujourd'hui, dans l'analyse de la situation de crise, c'est "le phénomène de mondialisation qu'on vit au quotidien, en tant qu'entrepreneurs indépendants, à la différence de salariés qui ne le voient que quand leur usine ferme. Et ce n'est pas faute de s'être battu à l'époque - j'étais JA - pour éviter de rentrer dans le GATT, devenu OMC, et que l'on retrouve aujourd'hui à travers les accords bilatéraux tels le Tafta. Le monde agricole, sans remettre en cause quelque forme d'agriculture que ce soit, est soumis à la mondialisation. C'est contre cela qu'il faut se battre, identifier l'exception agricole dans les échanges internationaux."

"Plus de la moitié des agriculteurs ne sont pas syndiqués, il faut aussi les écouter"

Dans le sud-ouest, un autre mouvement indépendant a vu le jour, un peu particulier dans le sens où il rassemble tous ceux qui sont victimes des mesures prises pour endiguer la grippe aviaire qui s'est abattue sur les élevages de canards (éleveurs, transformateurs, commerçants, salariés...) : les Canards en colère. Lionel Candelon, l'un des créateurs, a voulu rassembler large : "Nous ne refusons pas les syndicalistes, mais on se rend compte que l'un ou l'autre syndicat, seul, ne nous aide pas beaucoup. Alors nous préférons faire entendre notre voix. D'ailleurs, regardez, en France, plus de la moitié des agriculteurs ne sont pas syndiqués, est-ce une raison pour ne pas les écouter ? Nous, il va bien falloir nous écouter, parce qu'ici les gens sont à bout, ils vont devenir prêts à toutes formes d'actions !"

Les mesures drastiques prises pour endiguer la grippe aviaire n'ont pas été accompagnées des mesures suffisantes pour maintenir les activités économiques, et même celles qui ont été décidées tardent fortement à être suivies d'effet. La situation est catastrophique, et peut entraîner l'arrêt de l'activité de nombre de petites entreprises locales, de celles qui font le tissu de l'emploi de la ruralité. Les Canards en colère montent au créneau, et se révèlent à être effectivement le seul mouvement à être aussi offensif sur le sujet.

N'oublions pas les individus lambda...

En plus de tous ces mouvements, beaucoup d'agriculteurs vivent et commentent la crise avec force réflexion et conviction. Des femmes et des hommes sensibles, qui voient la mutation en cours de notre agriculture avec un certain recul, et qui fourmillent d'idées pour rétablir la situation. Je relève un point commun, l'envie de tout rebâtir. Certains contestent les décisions prises au fil des ans par le syndicat majoritaire notamment, d'autres estiment que beaucoup de ces décisions ont été prises à bon escient, mais que les structures mises en place par la profession ont vieilli, qu'il convient de réfléchir urgemment à la manière de les reconstruire selon le contexte actuel. Finalement, le résultat est le même : il faut tout reprendre à zéro.

Là aussi, en prenant le temps de la consultation vers l'être humain, autrement dit en allant dans les campagnes, tout politique, décideur, ou journaliste ayant réellement l'envie de comprendre les situations peut trouver des gisements d'informations et de propositions qu'un technocrate parisien n'oserait imaginer...

Quel avenir pour les syndicats "classiques" ?

Si de tels mouvements prennent de l'ampleur, comment réagir de la part des syndicats ? Car si la FNSEA s'effrite quelque peu, ses concurrents n'en profitent pas vraiment. La Confédération paysanne et le Modef, même s'ils ont bien sûr des compétences internes et le droit de défendre une certaine idée de l'agriculture, apparaissent aux yeux de la majorité trop politisés à gauche pour réellement gagner en voix. La Coordination rurale (idem, malgré ses compétences et vues) est souvent accusée de vouloir récupérer des mouvements qu'elle n'aurait pas su initier elle-même, en d'autres termes de vouloir prendre la place de la FNSEA plus par intérêt que par conviction. Finalement, c'est encore la FNSEA qui semble conserver une aura minimale, mais attention, ses dirigeants actuels sont très décriés dans les campagnes, y compris parfois dans leurs propres réseaux. La maison-mère un peu moins.

Le 70e congrès de la FNSEA doit se tenir du 30 mars au 1er avril à Laval. Il n'est pas électif en principe. Pour autant, il faut s'attendre à une remise en cause de la politique syndicale, au minimum dans les débats à huis-clos. L'interlocuteur privilégié du pouvoir en place (quel qu'il soit) sur l'agriculture se doit de tenir son rang. Guillaume Poinot, représentant La jacquerie est en marche, témoigne : "Vers chez moi, personne n'a compris les excuses de Xavier Beulin à Hollande, alors qu'il y avait plus de CRS que d'agriculteurs en colère au salon de l'agriculture. Quand je dis personne, ça concerne aussi des gars syndiqués chez les JA ou à la Fédé... On n'a pas à s'excuser de subir la crise !" Ecouter la base, se souvenir de ses racines avant l'obligation venue des responsabilités syndicales ou autres de ne quasiment plus mettre les pieds dans son exploitation, pour trouver le moyen d'y revenir plus souvent... La FNSEA a sans doute en son sein la capacité de réagir.

Et si elle ne le fait pas, la contestation montera de toutes façons, mais d'ailleurs... Et de la part de mouvements d'autant plus imprévisibles qu'ils ne sont pas des interlocuteurs naturels des responsables en place.

 

Cet article a également été publié sur le site Wikiagri, à lire ici

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