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Les cartels de la drogue, des entreprises comme les autres ? En plus de leur faire la guerre pour tarir l'offre, il faudrait assécher la demande
Publié le 24 février 2016
Depuis trente ans, les pays occidentaux mènent une "guerre" contre la drogue. Mais les cartels sont plus des business que des armées, et si on les analyse comme des business, on peut trouver leurs faiblesses et les exploiter. C'est en tout les cas la thèse d'un nouveau livre, qui propose d'attaquer le problème de la drogue par la demande, plutôt que l'offre. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire...
Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.
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Depuis trente ans, les pays occidentaux mènent une "guerre" contre la drogue. Mais les cartels sont plus des business que des armées, et si on les analyse comme des business, on peut trouver leurs faiblesses et les exploiter. C'est en tout les cas la thèse d'un nouveau livre, qui propose d'attaquer le problème de la drogue par la demande, plutôt que l'offre. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire...

Et si l'approche à avoir face à la drogue n'était pas de voir la situation comme une guerre, mais de considérer que le trafic de drogues est un business à rendre non-compétitif ? C'est la thèse de Tom Wainwright, journaliste à The Economist, dans son nouveau livre, "Narconomics". Pour lui, c'est très simple : les cartels de la drogue sont gérés comme des entreprises, et ils ont donc les mêmes faiblesses que ces dernières.

La situation n'est pas enthousiasmante. En avril, l'ONU tiendra une assemblée spéciale sur le problème de la drogue. La dernière réunion de ce type a eu lieu il y a presque vingt ans. Que s'est-il passé entre temps ? Le nombre d'utilisateurs de cocaïne et de cannabis a crû de 50% depuis 1998, et le nombre de consommateurs d'héroïne et d'opiacés a triplé. On estime le marché des drogues illégales à 300 milliards de dollars, rappelle Wainwright dans un article dans le Wall Street Journal. Peut-être est-il temps de changer d'approche ? 

Un cartel, c'est un business

Pour son livre, Wainwright a interviewé des leaders de cartels, et ils sont des businessmen. Un des leaders de cartel au Salvador se plaint de ses problèmes de ressources humaines : son taux de turnover de ses employés est élevé. 

Au Mexique, les cartels fournissent des services publics et même bâtissent des églises, ce qui est leur forme de "responsabilité sociale des entreprises" dont s'est entiché le CAC 40. 

Le cartel des Zetas a eu une stratégie de croissance bien connue des étudiants en école de commerce : ils co-optent les mafieux locaux et prennent un pourcentage de leur chiffre d'affaires. C'est le modèle bien connu de la franchise, qui a fait la prospérité de McDonald's. Et comme McDonald's ils doivent gérer des problèmes avec leurs franchisés. 

Et dans les pays riches, les dealers du coin sont entrain de perdre du marché face aux sites de vente illégale de drogues, tout comme le libraire du coin souffre d'Amazon. 

Au lieu de combattre l'offre, combattre la demande

Pour Wainwright, le problème est qu'on a essayé de s'attaquer à l'offre, plutôt qu'à la demande. Par exemple, pour la cocaïne, la politique pratiquée depuis vingt ans est de détruire les cultures de cocaïne. L'idée étant qu'en réduisant l'offre, on augmentera le prix, et donc on fera baisser la consommation. Chaque année, des gouvernements sud-américains, assistés par les Etats-Unis, détruisent environ la moitié des champs de production de coca. Pourtant, depuis 20 ans, le prix d'un gramme de cocaïne n'a pas bougé, restant toujours entre 150 et 200 dollars, quelle que soit la situation de l'offre. 

Le problème est que, comme Wal-Mart ou Carrefour, les cartels sont en situation de "monopsonie", ou de monopole d'acheteur. Wal-Mart garde les prix bas même lorsque les prix des matières premières augmentent, parce qu'il profite de sa taille sur le marché pour mettre la pression sur les producteurs. On constate la même chose avec la cocaïne : lorsqu'on détruit les champs de coca, les revenus des pauvres fermiers baissent, mais pas les prix. Un kilo de cocaïne coûte 400 dollars en Colombie, et 150 000 dollars aux Etats-Unis : c'est comme essayer de changer le prix de l'art en changeant le prix de la peinture. 

Donc, si cibler l'offre ne marche pas, il faut cibler la demande. Il faut améliorer l'éducation dans les écoles, améliorer les programmes de désintox et fournir des médicaments aux junkies, et diriger les consommateurs de drogues dures vers des drogues plus douces comme le cannabis.

Combattre la demande : plus facile à dire qu'à faire

La proposition de Wainwright a sans doute du mérite, mais certaines choses sont plus faciles à dire qu'à faire. 

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les études montrent que certains programmes d'éducation peuvent avoir un effet. L'organisation Mentor UK, concentrée sur la prévention de l'alcool et de la drogue chez les jeunes, a épluché toutes les études et décelé des schémas. Certains programmes ne fonctionnent pas : ceux qui se concentrent exclusivement sur la peur, ou qui informent simplement sur les drogues sans évoquer le contexte social, ou qui cherchent simplement à renforcer l'estime de soi des ados. 

Par contre, les programmes qui se concentrent sur le contexte social semblent intéressants. Ceux-ci aident les enfants à comprendre que l'utilisation de drogue n'est pas aussi répandue qu'ils le croient, et à gérer les situations sociales où l'alcool et la drogue sont disponibles. Et certains programmes qui, sans évoquer directement la drogue, cherchent simplement à renforcer l'ancrage des enfants avec l'école et leur vie sociale, montrent des bons résultats, puisque les enfants mieux insérés se droguent moins.

Donc pour la prévention chez les jeunes, il y a quelques signes encourageants. Le problème, c'est le stade après la prévention. Comment soigner l'addiction ? Aux Etats-Unis, sur 23,5 millions d'adolescents et adultes en situation d'addiction, seulement 1 sur 10 reçoit un traitement. Mais surtout, les traitements qui existent ne sont pas efficaces. Comme le signale l'écrivain David Sheff, dont le fils était drogué avec de nombreuses rechutes, le chiffre d'un taux de succès de 30% des programmes de désintoxication, déjà peu enthousiasment, sur-estime grandement la réalité. En effet, ce chiffre ne prend en compte que ceux qui ont fini le programme, alors que la majorité des gens rechutent avant la fin du programme. Le chiffre réel de succès serait inférieur à 10%. 

Une étude de Suzette Glasner-Edwards et de Richard Ronson, pour le très sérieux National Institutes of Health, évalue toutes les évaluations faites des diverses méthodes de traitement de l'addiction, et conclut... qu'en réalité, on ne sait pas vraiment ce qui marche. Ce qu'on peut dire avec une relative certitude : il faut des médicaments, et pas que de la psychothérapie, mais les médicaments seuls ne fonctionnent pas, il faut aussi un accompagnement. Et cet accompagnement doit se faire sur la durée. Le docteur Mark Willenbring, du National Institute for Alcohol Abuse and Alcoholism, parle de la nécessité d'un traitement "multimodal" et "personnalisé", ce qui est une autre manière de dire qu'on n'a jusqu'à présent trouvé aucune technique vraiment efficace et qu'il faut faire au cas-par-cas. 

Bref : si essayer de s'attaquer au problème des drogues du côté de l'offre semble ne pas fonctionner, il ne faut pas croire que s'attaquer au côté de la demande ferait des miracles. Peut être faudrait-il faire...les deux.

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Anguerrand
- 24/02/2016 - 16:51
Assécher la demande ça me semble impossible
Àlors pourquoi ne pas faire une légalisation dans un premier temps du canabis en vente dans les bureaux de tabac comme le tabac qui aurait l'avantage de taxer ce produit, de faire faillite à toute la racaille de banlieue, puis dans un second temps les autres drogues sur avis medical. Les drogues sont un fait, et combiens de policiers et douaniers seraient libérés de ces sales tâches dangereuses, avec l'avantage de faire rentrer des taxes dans les caisses de l'état et et connaître les malades des ces drogues.