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Comment Vladimir Poutine tente de survivre à l'effondrement de ses revenus pétroliers (et pourquoi ce n’est pas gagné…)

Publié le 23 février 2016
Malgré la décision prise à Doha (Qatar) par l'Arabie saoudite, la Russie, le Venezuela et la Qatar de geler leur production de pétrole de manière à faire remonter son prix, le pétrole poursuit sa chute. Un vrai défi pour Vladimir Poutine dont le pays dépend fortement de la rente des hydrocarbures.
Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné...
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Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné...
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Malgré la décision prise à Doha (Qatar) par l'Arabie saoudite, la Russie, le Venezuela et la Qatar de geler leur production de pétrole de manière à faire remonter son prix, le pétrole poursuit sa chute. Un vrai défi pour Vladimir Poutine dont le pays dépend fortement de la rente des hydrocarbures.

Atlantico : Alors que le prix du baril de pétrole est au plus bas, malgré le gel de la production décidé dernièrement à Doha, comment se porte économiquement la Russie, elle qui dépend largement de la rente pétrolière ?

Cyrille Bret : Le prix du Brent se situe actuellement dans une fourchette de 30 à 40 dollars. Or les budgets russes étant bâtis sur des hypothèses qui oscillent entre 90 et 100 dollars, on mesure la difficulté pour les finances publiques russes. D'autant plus que les hydrocarbures sont estimés à la moitié des budgets publics fédéraux, comme pour les grands pays pétroliers comme l'Iran ou l'Arabie saoudite. C'est la raison pour laquelle la crise du prix du pétrole, et plus largement la crise du prix du gaz, place l'économie russe dans une situation difficile. Cela souligne la principale faiblesse de cette économie : l'absence de diversification. Je vous invite à lire à ce sujet une étude à laquelle j'ai participé "La Russie a-t-elle les moyens économiques de ses ambitions géopolitiques ?". Je pense que la décennie Poutine (1999 – 2009) est certes une décennie de prospérité, mais c'est une décennie perdue en ce qui concerne les réformes structurelles et la diversification.

Tous les indicateurs macroéconomiques russes sont au rouge, non seulement dans les grandes organisations internationales comme le FMI ou la Banque mondiale, mais aussi dans les statistiques étatiques russes. Après une année 2015 de contraction du PIB, les projections pour 2016 annoncent cette fois une récession. Concernant l'inflation, elle est en train de retrouver son trend assez fort des années 2000, autour de 10 et 15%. Par ailleurs, les taux de base de la banque centrale de Russie sont très élevés, allant jusqu'à 15%, ce qui paralyse les financements des entrepreneurs. Quant au taux de chômage qui était particulièrement bas dans les années 2000 (autour de 5%), il est reparti à la hausse et les perspectives sont peu encourageantes. Enfin, le déficit budgétaire est en train de se creuser, alors même que les finances publiques fédérales de Russie se portaient bien pendant une grosse décennie au point que le budget dégageait régulièrement des excédents.

Quels sont les moyens mis en œuvre par Vladimir Poutine par pallier cette baisse considérable de revenus ?

Vladimir Poutine s'efforce de trouver de nouveaux débouchés, notamment en Asie comme le révèle la conclusion en mars dernier d'un contrat d'exportation de gaz vers la Chine. Il a relancé le secteur agricole et a également lancé plusieurs contrats d'armement, de défense et de sécurité qui occupent traditionnellement une place importante dans la balance commerciale russe. Sa politique en matière d'armement a été extrêmement active dans le Grand Moyen-Orient, en Egypte, en République islamique d'Iran et également en Arabie saoudite – ce qui est par ailleurs étonnant quand on connait le conflit qui oppose l'Iran et l'Arabie saoudite.

Il utilise les 400 à 500 millions de dollars de réserve de change accumulés durant les années 2000 pour amortir les chocs.

Seulement, cette politique ne peut pas s'éterniser. Pour le moment, elle ne porte absolument pas de fruits. Au contraire, les indicateurs montrent que l'absence de diversification et l'exposition très forte au cours mondiaux des matières premières placent la Russie dans une situation de vulnérabilité et d'ultra cyclicité. Les stabilisateurs économiques ne marchent pas en Russie.

Combien de temps la Russie peut-elle encore espérer résister à un prix très faible du baril de pétrole ?

Si nous estimons les réserves avant la crise ukrainienne – c’est-à-dire de 400 à 500 millions de dollars - la Russie peut tenir un ou deux ans.  Reste que cette approche est purement comptable, elle ne prend pas en compte les variations politiques, la résistance de l'opinion, la cohésion autour des pouvoirs publics, les sacrifices de leur bien-être dont savent se montrer capables les Russes, etc. Tous ces éléments sont susceptibles de faire tenir la Russie.

Les pouvoirs publics russes saisissent cette opportunité de retournement de la conjoncture pour relancer des politiques d'investissement qui peuvent produire leurs effets rapidement. La population russe est éduquée et l'appareil productif russe - qui est à bien des égards obsolètes - peut être relancé car la Russie est aussi une nation d'ingénieurs. L'approche purement comptable ne rend pas compte des capacités de rebond de la Russie. Il y aussi des facteurs qui sont plus aggravants : la corruption, et plus largement l'environnement judiciaire, n'est pas favorable aux investissements ni domestiques ni internationaux.

N'est-ce pas dangereux pour un pays comme la Russie d'être dépendant à ce point d'une ressource aussi variable que le pétrole ? Que devraient faire les autorités russes pour être moins soumis aux aléas du marché pétrolier ?

Les autorités russes se doivent d'engager de véritables politiques structurelles. A l'intérieur, il s'agit de remettre à plat le système juridique de garantie apportée à la propriété privée et aux investissements. Le fait est que les tribunaux russes ne suscitent pas la confiance des acteurs économiques russes actuels. Le deuxième volet est très lié au premier et concerne la lutte contre la corruption. En effet, même la Chine - qui est gangrenée par la corruption depuis longtemps - se lance dans de vastes opérations contre la corruption. La Russie pourrait utiliser le caractère assez autoritaire de son régime pour lancer des opérations anti-corruption de la même envergure. Cela lui permettrait d'attirer davantage d'investissements internationaux et de se réintégrer dans les systèmes de financements international. Enfin, la diversification et la relance de l'appareil industriel exige de la part des pouvoirs publics des investissements directs et des commandes qui ne portent pas uniquement sur des plans d'armement et de modernisation des forces armées qui absorbent 4% du PIB. Cela représente un effort de défense considérable.

A la racine de toutes ces politiques économiques se trouve un changement politique difficile qui remet en cause des pouvoirs établis, notamment celui des oligarques. Ces politiques structurelles seront donc difficiles à mettre en place. Des politiques conjoncturelles seront certainement menées et consisteront notamment à agir sur les cours du pétrole et plus largement des hydrocarbures en faisant jouer l'oligopole OPEP-Russie.

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von straffenberg
- 23/02/2016 - 15:52
Les ressources diverses de la Russie..
Assimiler les revenus de la Russie aux seuls énergies fossiles est assez réducteur son sous sol est riche en minerais variés et stratégiques cuivre nickel or diamant ; métaux rares. Son point faible serait plutôt un tissu industriel pas assez diversifié (manque de PME) .Poutine a donc beaucoup d’atout dans son jeu s'il veut faire prospérer son pays ....
vangog
- 23/02/2016 - 12:11
Son "trend"?????
Il ne peut pas écrire "tendance", ce science-pipologue, non? Ça lui écorcherait le clavier d'écrire en français, pour les Français, ou c'est la mode à Science-pipo?...