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Statistiques criminelles, France 2015 : bizarreries et... enfumage ?

Publié le 12 février 2016
Bernard Cazeneuve a récemment fait part des chiffres de la criminalité en 2015... qui connait une forte hausse. Grâce à quelques mécaniques tantôt juridiques, tantôt sémantique, le ministre de l'Intérieur et son ministère sont néanmoins parvenus à faire jouer les chiffres jusqu'à rendre le bilan moins pénible. La criminalité réelle n'en reste pas moins en augmentation.
Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée...
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Philippe Vénère a été policier pendant 40 ans. Ce grand spécialiste français du doit des automobilistes a été notamment commissaire divisionnaire et officier du ministère public du tribunal de police de Paris de 1992 à 1996. Il a également enseigné à...
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Bernard Cazeneuve a récemment fait part des chiffres de la criminalité en 2015... qui connait une forte hausse. Grâce à quelques mécaniques tantôt juridiques, tantôt sémantique, le ministre de l'Intérieur et son ministère sont néanmoins parvenus à faire jouer les chiffres jusqu'à rendre le bilan moins pénible. La criminalité réelle n'en reste pas moins en augmentation.

Qui oserait publier des statistiques sur l'évolution des cancers ou du Sida, dans une rubrique "anodins bobos" ? Or c'est ce que fait le gouvernement français, en ayant banni le mot "crime" de son vocabulaire et baptisé "chiffres de la délinquance" ce qui concerne plutôt des crimes sérieux. Or bien sûr, l'opinion s'inquiète des crimes : braquages, séquestrations et autres, pas de futiles "délits" comme le vol de bonbons au supermarché.

Cette sémantique édulcoration est due à des "communicants" ou publicitaires obsédés par l’anxiogène, tous ayant compris que l'électeur, ou consommateur, est mieux disposé quand il vit au calme, que quand il erre entre affolement et émotions violentes.

Comprenons pourtant le ministère de l'Intérieur : en matière de sécurité - même en oubliant les massacres de 2015 - la situation est mauvaise. Donc il faut édulcorer, enjoliver, noyer le poisson. Et bien sûr "communiquer", ce que l'Intérieur fait si agressivement que, disent de pourtant dociles journalistes, on frise désormais l'intimidation. Analysons donc les récentes statistiques criminelles de 2015. D'autant plus et mieux que le (peu intimidable) signataire étudie le sujet de longue date.

En 2015, on a constaté (toutes infractions confondues) 3,68 millions de crimes et délits, soit 0,7% de plus qu'en 2014 (3,65 millions). Constatons d'abord que l'état d'urgence (dès la mi-novembre 2015) n'a pas érodé la progression des infractions en 2015, ce que prédisait l'Intérieur. Faute de baisse, celui-ci parle donc de "stagnation", ce qui est malhonnête. Car en France, la criminalité stagne bien, mais très haut (en regard aux pays voisins). Imaginons une vallée alpine inondée. Si l'eau y stagne bas, les habitants ont les pieds dans l'eau. Mais si l'eau stagne en haut des monts - stagnation, toujours - ils sont tous noyés. C'est cela que nos officiels camouflent.

De même, l'Intérieur impute au terrorisme la multiplication des homicides. Là encore, c'est faux. Car à Paris et dans la petite couronne (Hauts de Seine, Seine Saint-Denis, Val-de-Marne) les homicides (hors attentats) ont bondi de 20% en 2015. Enfin (à l'échelle nationale), les violences visant les "dépositaires de l'autorité" (policiers, etc.) ont augmenté de 8% en 2015 : plus de 80 de ces agressions par jour, du 1e janvier au 31 décembre.

Observons maintenant deux infractions traumatisantes : les vols à main armée (VAMA) ou "braquages", et les cambriolages. Dans les deux cas, l'Intérieur se félicite de leur baisse : qu'en est-il ?

"Braquages" : d'abord, l'effet de déplacement. La criminologie établit qu'en cas de péril soudain, les malfaiteurs s'adaptent et déplacent leurs crimes, soit dans le temps (attendre que la police quitte le quartier) ; soit dans l'espace (piller un secteur moins "fliqué") ; soit enfin dans leur pratique criminelle (passer à une activité plus discrète comme le racket).

Ensuite la dilution. Toujours plus, les "Vols à main armée" (crime passible de la Cour d'assises) sont, niveau police, dévalués en "vol violent avec arme", ou "violences en réunion sous la menace d'une arme" (simples délits). Niveau justice, tout nouveau braquage arrive au Parquet selon sa "nature d'affaire (NATAF). Mais il en sort souvent selon une "nature d'infraction" (NATIF) qui escamote le braquage. Un tel bonneteau judiciaire fait statistiquement baisser des infractions qui, dans les rues, augmentent toujours.

Enfin, l'éparpillement. Si l'on multiplie les sous-catégories (VAMA visant les transports de fonds... les établissements industriels et commerciaux... les particuliers à leur domicile... Idem pour les "vols avec armes blanches" : à la fin, l'inquiétant et massif bloc de braquages laisse place à de banals petits tas, dispersés ici et là.

Exemple d'effet de déplacement. Si en 2015, les VAMA baissent bien de 31,5% dans l'agglomération niçoise, les effrayants "braquages à domicile" y explosent, eux, de + 62% (de 53 à 86). La statistique nationale confirme ce transfert : en 2015 les "séquestration de personnes" ont bondi en France de + 40%.

Cambriolages : Restons à Nice. Là encore, effet de déplacement. Les cambriolages de résidence principale y baissent certes de ± 12% - mais en même temps, ceux des résidences secondaires explosent de + 20%.

Donc côté cambriolage, il y a sans doute stagnation plus que baisse réelle - toujours à un niveau très haut : rappelons que, selon la Fédération française des sociétés d'assurances, les cambriolages en France ont explosé de + 50%, de 2008 à 2013.

Enfin, pour l'enquête nationale annuelle de victimisation de l'ONDRP (2014, derniers chiffres disponibles), 568 000 ménages déclarent avoir été cambriolés, chiffre au plus haut depuis 2006).

Ainsi donc, nul grossier truandage des statistiques criminelles de 2015, mais des "oublis" et de la "chirurgie esthético-statistique". Les Français en sont-ils dupes ? Non. Début janvier 2016, un sondage (IFOP-Ouest-France) montre qu'une majorité de Français (56%) "ne fait pas confiance au gouvernement pour lutter contre l'insécurité".

Même, la population éprouve une inquiétude que l'on sent aisément monter. Si les médias nationaux évitent désormais l’anxiogène, les médias locaux parlent toujours du braquage commis au bourg voisin ; ce, sous forme de brèves. Or sur leurs sites Internet, ces journaux disposent souvent d'un compteur, le titre de la brève étant suivi de "Vue X fois". Qui relève les compteurs de ces sites réalise que, si le bobo-journalisme parisien dédaigne ces "faits divers", la France des oubliés, elle, s'en inquiète massivement.

Un exemple, parmi des centaines d'autres. Le Dauphiné, 7 janvier 2016, à Cran-Gevrier (17 000 habitants) "Ils tentent de braquer le magasin, la gérante refuse" ; brève vue... 12 240 fois. Songeons maintenant à ces braquages de proximité frappant la France, au rythme réel de plus de 30 par jour : une poche de grisou sécuritaire est en train de gonfler. Vite et fort.

Xavier Raufer

Atlantico : En 2015, en France, le bilan de la criminalité n'est évidemment pas bon. Au-delà des attentats, que peut-on dire de l'évolution des chiffres quant aux années précédentes ?

Philippe Vénère : Souvent, on s’interroge sur ce que fait la police. Je crois qu’il est important, en premier lieu, de rappeler que les policiers sont dans la rue et qu’ils travaillent dur. Le suivi pénal tel qu’il est aujourd’hui, dû à la politique de Christiane Taubira, est à l’origine de cette question. L’ancienne Garde des Sceaux a fait passer une loi annulant l’exécution des peines de prisons inférieures à deux ans ferme. Nécessairement, cela implique de remettre en liberté une immense majorité de gens coupables de délits déjà sérieux. Il est évident que ces criminels, une fois remis dehors, s’affranchissent bien volontiers des lois. Il m’apparaît primordial de partir du constat suivant : la rééducation, les mesures de prévention, comme l’ensemble des peines qui répondent de cette logique n’ont pas d’effet véritable sur des délinquants confirmés. Certains, des délinquants primaires ou légers, seront peut-être dissuadés, mais certainement pas ceux qui sont déjà bien engagés dans cette voie. Ceux-ci récidivent volontiers, quand bien même Christiane Taubira a également fait disparaître ce phénomène, en plus des peines planchers. En supprimant les peines planchers et l’incarcération si la peine est inférieure à deux ans de prison ferme, le constat est accablant : 80% des délinquants attrapés par les forces de police sont remis en liberté.

Il reste difficile d’accéder à des chiffres concernant l’évolution de la délinquance en 2015. L’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales (ONDRP) ne fournira ses chiffres qu’aux alentours de Juin-Juillet. En revanche, il est certain (et très clair) que la tendance est à la hausse, particulièrement concernant la délinquance violente. Les cambriolages seront peut-être en légère baisse, dans la mesure où un certain nombre de communes ont pris plusieurs dispositions relatives à cette forme de délinquance, comme la mise en place de caméras et le système des "voisins vigilants". Ce procédé consiste à signaler aux forces de polices et de gendarmeries différents éléments suspects, et ainsi de permettre aux forces de l’ordre d’agir si besoin est. Les rondes que la police ou la gendarmerie peuvent effectuer auront effectivement tendance à dissuader d’éventuels cambrioleurs. A titre d’exemple, la commune dans laquelle je vis – qui demeure une petite commune – n’a pas connu de cambriolage depuis les dernières élections. Cela ne signifie pas pour autant que les vols ont disparu… Prenons l’exemple des vols par ruse, qui consistent à abuser de la crédibilité de quelqu’un (généralement de personnes âgées) pour le voler sans violence. Les coordonnées téléphoniques, qui sont relativement simples à récupérer surtout dans le cadre de personnes âgées, sont généralement utilisées dans le cadre de ces abus. Et tant les vols par ruse que les cambriolages sont traumatisants pour la population. A ceci près que les premiers sont loin d’être aussi punis que les seconds.

La tendance générale est, bien sûr, à la hausse en 2015. Qu’il s’agisse des crimes ou de délits, nous constatons clairement une hausse. Je souscris volontiers à cette analyse. L’affaire Jacqueline Sauvage, qui a récemment occupé les médias, rappelle d’ailleurs qu’une partie conséquente des homicides commis en France le sont à l’issue de violences conjugales. Ces derniers constituent le lot le plus importants d’homicides, en vérité. Or des situations de détresse comme celles-ci sont connues. Des cas comme celui de Jacqueline Sauvage ne sont que la résultante de la faillite de notre politique pénale : les voisins le savent, les assistantes sociales le savent… Simplement, si une plainte n’a pas été déposée, le cas est considéré comme relevant du privé. Et ces violences conjugales prolifèrent. C’est là encore, dans une situation qui concerne 90% des femmes (mais n’oublions pas les 10% d’hommes qui subissent ces violences pour autant), en raison d’un certain sentiment d’impunité que la violence demeure et s’amplifie. Finalement, il faut arriver à un cas comparable pour que l’opinion réagisse.  Pour éviter que se produisent de tels drames, il faudrait que les magistrats reçoivent comme instruction de la Chancellerie de se saisir de toute affaire qu’on porte à leur connaissance. Et ce, qu’elle provienne des voisins, des assistantes sociales, des signalements, etc. Ça n’était pas sur son cas qu’il fallait faire un exemple, mais sur la criminalité violente, crapuleuse.

D’autre part, pour ne pas charger que la magistrature (et les ministres qui leur imposent une certaine politique), il est important de prendre toutes les plaintes. Avoir une délinquance en augmentation sur un secteur est préjudiciable pour l’ensemble de la hiérarchie qui y travaille. On peut, certes, constater que les violences conjugales sont en hausse, mais également afficher un nombre d’affaires prises en charge en hausse ! Là l’action de la police serait véritablement efficace.

En prenant en compte les attentats qui ont eu lieu l'année passée, quel bilan dresser de l'Etat d'urgence ? Permet-il de réduire la criminalité en France ?

Philippe Vénère : L’Etat d’urgence a effectivement un impact sur la criminalité. On l’a constaté par le passé, entre 1984 et 1986, par exemple.

Il va de soi que la présence de beaucoup plus de policiers sur les lieux publics a un véritable effet dissuadant en matière de délinquance. Un certain nombre d’entre eux ne tentent pas ce qu’ils auraient pu tenter. Et pour cause : on gêne. On gêne le trafic, les agressions. Puisque nous sommes plus nombreux, nous pouvons intervenir plus vite. En outre, les policiers en place ont pour consigne d’être particulièrement vigilants à ce qu’il se passe et de prendre des initiatives en cas de comportement suspect. Tant qu’ils ne sont pas dérangés dans le cadre d’une intervention, il est indéniable que l’Etat d’urgence n’est pas sans effet sur la criminalité et la délinquance. Nous subissons tous l’Etat d’urgence et il est logique d’être amené à être contrôlé. C’est une partie du travail des forces de l’ordre. Dans la gendarmerie de nombreux réservistes ont été rappelés notamment pour permettre ce travail.

Je déplore l’attitude de certains politiques qui estiment qu’avec l’Etat d’urgence nous sommes de retour au temps de Vichy. Durant la guerre d’Algérie, l’Etat d’urgence permettait d’isoler des cibles potentiellement dangereuses. A l’époque existait un système d’internement, visant justement à isoler ces individus. Le préfet disposait de ces pouvoirs, comparables à ceux de la police judiciaire. Aujourd’hui, en dépit de toutes les réformes dont on parle, l’Etat d’urgence n’a pas changé dans sa forme, même s’il est question de l’élargir. J’ignore si ce genre de mesure pourrait avoir un véritable impact sur la délinquance de rue, cela ne me parait pas du tout évident. Aujourd’hui déjà, l’impact est réel mais pas quantifiable : nous manquons de recul pour faire le bilan et constater les chiffres de l’évolution de la délinquance de rue. Un individu souhaitant braquer une maison ou un magasin est capable de se déplacer plus loin pour éviter les forces de polices. C’est rendu plus difficile par la hausse du nombre de policier – et il est beaucoup plus probable qu’il soit attrapé par ces derniers s’il se déplace à pied – et cela a une incidence sur la délinquance. Je suis certain que la petite délinquance de rue aura diminué, quand il sera possible de réaliser un bilan.

Quel est le retour de terrain qu'il est possible de faire, relatif à 2015 ?

Philippe Vénère : Les policiers comme les gendarmes sont soumis à une importante pression de résultat, en provenance de leur hiérarchie. Mais, finalement, ils sont surtout très désabusés : ils sont rares à avoir l’impression de mener une action efficace sur le terrain. La motivation manque, notamment parce que la société semble beaucoup plus soucieuse de savoir comment la police est intervenue que de se pencher un tant soit peu sur les résultats qu’elle affiche. En outre, s’il y a la moindre doléance sur une intervention judiciaire, cela se retourne contre les forces de l’ordre. En parallèle, les délinquants ont davantage tendance à se dire que tout cela ne coûte, finalement, pas si cher et qu’ils ont tout à gagner à continuer. J’ai souvent abordé ce genre de délinquants. Le phénomène est en phase d’amplification depuis, et pour cause : persiste chez eux un véritable sentiment d’impunité. Auparavant, il ne concernait que quelques délinquants mineurs, désormais il se constate aussi chez les délinquants majeurs.

 

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REVERJOVIAL
- 08/02/2016 - 14:32
On mérite ce que l 'on subi
Le francais tjrs prompt à défendre le rebelle et à remettre en cause l'autorité, voila le principal effet de la mentalité de notre pays qui nourrit le laissé aller général facteur de criminalité.
adroitetoutemaintenant
- 08/02/2016 - 08:07
Une solution
La justice et la police/gendarmerie sont séparés. Pourtant on pourrait donner aux forces de l’ordre un pouvoir de justice « délictuel ». Pour chaque délit commis, ils imposeraient une peine de prison minimum simple. Au premier délit : 1 jour (les peines courtes se feraient au commissariat/gendarmeie) . A chaque délit supplémentaire la peine de base serait doublée. 1, 2, 4, 8 etc… Au 13eme délit la peine serait de 8192 jours ce qui est plus de 22 ans. A chaque délit, les magistrats pourraient en rajouter suivant la gravitée mais ne pourraient pas discuter la peine « délictuelle » de base. L’avantage est évident et rendrait aux forces de l’ordre un moral de fer.