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Primaires américaines, c’est parti : ce qu’il faut attendre de l’étape clé de l’Iowa

Publié le 29 janvier 2016
Enfin, nous y voilà ! Ce lundi 1er février les « primaires » vont, enfin, débuter aux Etats-Unis avec le vote de l’Iowa (vote que l’on appelle « caucus » parce qu’il se déroule lors de réunions publiques, et non par suffrage direct). « Enfin », parce que ce vote va donner la première mesure concrète de l’état d’esprit des électeurs américains après neuf mois d’une campagne mouvementée.
Gérald Olivier
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Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990,...
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Enfin, nous y voilà ! Ce lundi 1er février les « primaires » vont, enfin, débuter aux Etats-Unis avec le vote de l’Iowa (vote que l’on appelle « caucus » parce qu’il se déroule lors de réunions publiques, et non par suffrage direct). « Enfin », parce que ce vote va donner la première mesure concrète de l’état d’esprit des électeurs américains après neuf mois d’une campagne mouvementée.

Deux personnalités ont dominé les débats : Donald Trump chez les Républicains, Hillary Clinton chez les Démocrates. Le premier est celui que l’on n’attendait pas, et dont la popularité médiatique surprend. La seconde est, au contraire, celle que tout le monde attendait, mais qui échoue toujours à convaincre.

Au-delà de ces deux personnalités, une douzaine de candidats sont en lice côté républicain, contre trois côté démocrate. Mais malgré de multiples débats télévisés, des dizaines de réunions publiques et des centaines d’interviews, il est bien difficile d’établir un état des forces en présence. De sorte que le vote de l’Iowa va « enfin » éclaircir un peu les choses.

Côté démocrate, la question concerne la popularité réelle de Bernie Sanders, le sénateur du Vermont et socialiste avoué. En clair est-il en mesure de déstabiliser Hillary Clinton ? Ou bien la course à la nomination va-t-elle s’avérer finie avant d’avoir commencé. Selon les sondages les deux candidats seraient à égalité avec 45% des intentions de vote. Mais les enquêtes d’opinion ont une fiabilité très relative outre-Atlantique. Si Sanders recueille moins de 25% des voix, c’en sera quasiment terminé de sa candidature. Un tel écart face à une candidate dotée des moyens dont dispose Hillary serait insurmontable. A l’inverse si Bernie Sanders réalise un score supérieur à 40%, sa candidature gagnera en crédibilité. Et si, surprise, il venait à remporter ce vote, ce serait un coup terrible à l’image et à l’amour propre d’Hillary Clinton. Cette défaite rappellerait 2008, quand elle avait été battue par Barack Obama, et remettrait en cause l’inévitabilité de sa victoire…

Côté républicain les choses sont plus complexes. Mis à part l’inénarrable Donald Trump, aucun candidat n’est parvenu à émerger. La plupart se morfondent dans les profondeurs des sondages avec entre 1 et 5% des intentions de vote. Le « caucus » de l’Iowa sera donc source de deux enseignements : un, établir une hiérarchie parmi eux; deux, indiquer le soutien réel dont bénéficie M. Trump.

Toutefois ces enseignements auront leurs limites. La réponse, quelle qu’elle soit, sera tout sauf définitive.

L’Iowa est le premier Etat à se prononcer. Mais à peine 1% des délégués nécessaires à la nomination, de chacun des deux grands partis américains, y seront attribués. 

Depuis la campagne présidentielle de 1972, l’Iowa, petit état du Middle-West, a le statut de « first in the nation ». Il ouvre les scrutins des primaires.  Des cinquante Etats de l’Union, il est le premier à se voter. C’est une tradition. Une règle non écrite qui fait que ce  vote suscite de la part des candidats et des média un intérêt inégalé. Le vote de l’Iowa n’est pas suivi de près  parce qu’il est important. Il est important parce qu’il est suivi de près. 

L’Iowa est un Etat du « midwest », situé presque au centre géographique des Etats-Unis. Sa superficie est de  56 000 km²  et  il compte 3 millions d’habitants. Il est dix fois plus petit que la France et vingt fois moins peuplé.  Son nom dérive d’une tribu indienne, les Ioways.  Sa capitale s’appelle  Des Moines, du nom de son principal cours d’eau.  Prononcé  à l’américaine,  Des Moines devient « di-mogne’z »,  mais le nom est bel et bien français et rappelle que ce territoire fut,  au XVIIIe siècle , propriété de  la couronne. Napoléon le vendit en 1803 au président Thomas Jefferson avec le reste de ce qui s’appelait alors la Louisiane…

Longtemps l’Iowa a été considéré comme « le cœur de l’Amérique » (« Americas’ Heartland »). C’était une Amérique en miniature et le pays votait à son image.  D’où une réputation valorisante d’oracle politique.  Aujourd’hui sa sociologie n’est plus représentative de celle du pays.  L’Iowa est blanc  à 92%. Avec une population de souche allemande (35%), anglaise, irlandaise, et norvégienne.  Moins de 3% de ses résidents sont des « foreign born », c’est-à-dire «  nés à l’étranger ».  Or les Etats-Unis sont marqués par la mixité ethnique et au plan national, les blancs n’y sont plus de 65%, face à 16% d’hispaniques, 12% de noirs et 5% d’asiatiques… C’est aussi un Etat où les évangélistes sont nombreux et actifs, ce qui tend à biaiser ses résultats en faveurs des candidats aux convictions religieuses fortes.

Chez les démocrates, L’Iowa demeure un baromètre fiable de l’issue des primaires. Le candidat qui arrive en tête dans l’Iowa, finit en général par emporter la nomination.  Ce fut le cas en 2008 avec Barack Obama, qui rassembla 38% des suffrages, contre 28% pour Hillary Clinton, reléguée à la troisième place, derrière John Edwards. Ce fut le cas également en 2004 avec John Kerry, en 2000 avec Al Gore, en 1984 avec Walter Mondale et en 1976 avec Jimmy Carter. Ce fut aussi le cas en 2012 avec Barack Obama, en 1996 avec Bill Clinton et en 1980 avec Jimmy Carter. Dans ces trois derniers cas il s’agissait de présidents sortant mais affrontant un défi, au moins symbolique, pour leur re-nomination. Au cour des quatre dernières décennies, seuls les scrutins de 1988 et 1992 ont fait exception à la règle. En 1988 Dick Gephardt arriva en tête, mais la nomination revint à Michael Dukakis et en 1992 c’est Tom Harkin (enfant du pays, puisqu’il était alors sénateur de l ‘Iowa) qui l’emporta alors que Bill Clinton fut cette année-là le candidat présidentiel démocrate.

On ne retrouve pas une tendance aussi nette chez les Républicains. Ainsi en 2012 c’est Rick Santorum qui arriva en tête, et en 2008, Mike Huckabee. Mais ni l ‘un ni l’autre ne parvinrent à emporter la nomination du parti qui échoua dans les mains respectivement de Mitt Romney et John Mc Cain. Au cours des quarante dernières années hormis des présidents sortant, seuls trois républicains ont emporté la nomination après avoir remporté l’Iowa, George W. Bush en 2000, Bob Dole en 1996 et Gerald Ford en 1976.

De sorte que, côté républicain, il sera plus instructif d’observer, non pas le vainqueur, mais plutôt les trois premiers, car le futur « nominé » sera très probablement l’un de ces trois-là. Depuis 1972 seul John Mc Cain est parvenu à obtenir la nomination du parti sans être monté sur le podium dans l’Iowa (il avait terminé quatrième avec 13% des voix).

L’Iowa  sert donc moins à désigner le vainqueur  final, qu’à identifier les premiers perdants et éclaircir les rangs des candidats. Ceux, et celle, qui totaliseront moins de 10% des voix auront beaucoup de mal à poursuivre leur campagne à moins d’un coup d’éclat la semaine suivante lors de la primaire du New Hampshire (9 février).

Mais cette année, tous les regards se porteront inévitablement sur le score de Donald Trump. Le  trublion républicain joue très gros à l’occasion de ce premier vote. Caracolant en tête des sondages depuis six mois, alors que beaucoup le considèrent comme trop extrême et trop instable pour être « présidentiable », il a l’occasion de confirmer son statut de nouveau favori. A contrario, un score décevant,  le ferait tomber de son nuage.

A l’évidence le milliardaire newyorkais est conscient de l’enjeu. Pour s’assurer de bien figurer lors de ce caucus, il a engagé Chuck Laudner,  le directeur de campagne qui obtint une victoire surprise pour Rick Santorum en 2012.  Il s’est aussi payé l’équipe de campagne la plus étoffée de tous les candidats ; pas moins de treize personnes rémunérées, quand ses adversaires se reposent principalement sur le travail de militants bénévoles… Enfin Trump a bénéficié la semaine dernière du soutien de Sarah Palin, l’égérie du mouvement du Tea Party et de l’aile populiste du parti républicain.

Selon les derniers sondages Trump est crédité de 34 à 39% des voix dans l’Iowa. Il devance largement Ted Cruz (21 à 24% des intentions de vote) et Marco Rubio (12% à 15% des voix).

Au-delà du score obtenu par ces candidats, si ce trio de candidats arrivait en tête, même dans un ordre différent,  la course à la nomination du parti républicain serait de facto ramenée de douze candidats à trois. Ce qui serait déjà une clarification de taille.

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Texas
- 29/01/2016 - 20:54
Enfin..!
Un article qui dépeint justement les enjeux . L' auteur aurait pu rajouter les vents contraires qui soufflent sur la campagne de Me Clinton , mais ce n' est pas le sujet du moment .