En direct
Best of
Best of du 4 au 10 mai 2019
En direct
© Reuters
Anniversaire de la chute de Ben Ali
Printemps arabes, 5 ans plus tard : la liberté avait-elle vraiment une chance de s’imposer ?
Publié le 15 janvier 2016
Le 14 janvier 2011, Zine El-Abidine Ben Ali était contraint de fuir en Arabie saoudite suite au soulèvement du peuple tunisien. Si le bilan des printemps arabes est un véritable échec pour certains pays et est toujours mitigé pour d'autres, des éléments rendent compliqué le fonctionnement d'une démocratie pluraliste.
Diplômé de l'école X-Mines, Philippe d'Iribarne est directeur de recherche au Cnrs, spécialisé dans la diversité des cultures politiques. Auteur de quatorze ouvrages, dont L'islam devant la démocratie (Gallimard, 2013), il a notamment...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Philippe d'Iribarne
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Diplômé de l'école X-Mines, Philippe d'Iribarne est directeur de recherche au Cnrs, spécialisé dans la diversité des cultures politiques. Auteur de quatorze ouvrages, dont L'islam devant la démocratie (Gallimard, 2013), il a notamment...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Le 14 janvier 2011, Zine El-Abidine Ben Ali était contraint de fuir en Arabie saoudite suite au soulèvement du peuple tunisien. Si le bilan des printemps arabes est un véritable échec pour certains pays et est toujours mitigé pour d'autres, des éléments rendent compliqué le fonctionnement d'une démocratie pluraliste.

Atlantico : Cinq ans après la chute de Ben Ali, quel bilan peut-on tirer des révolutions des Printemps arabes ? Comment expliquer l'échec (à l'exception de la Tunisie peut-être) de ces mouvements ?

Philippe d'Iribarne : Se révolter contre un pouvoir tyrannique et corrompu, célébrer sa chute dans l’enthousiasme quand elle se produit, est une chose. Construire un système politique démocratique, à la fois dans la dimension de souveraineté du peuple - des élections libres - et dans celle de respect des libertés individuelles, de la liberté de la presse à la liberté de conscience, en est une autre. Un peuple peut très bien aspirer à la démocratie, dans ces deux composantes, et avoir du mal à faire fonctionner des institutions démocratiques. Pour les printemps arabe, le bilan très provisoire que l’on peut faire aujourd’hui (pensons au temps qu’il a fallu pour que la Révolution française débouche sur une démocratie stabilisée) est très contrasté. En Tunisie, mais aussi en Egypte, on a bien eu la mise en place d’élections libres. Le fait qu’en Tunisie les islamistes, qui avaient conquis le pouvoir dans les urnes, l’ait effectivement quitté quand, aux élections suivantes, ils ont été battus a déjà quelque chose de remarquable. En Egypte, le processus qui a conduit à chasser les islamistes du pouvoir a été plus discutable d’un point de vue des procédures démocratiques, mais a bien correspondu à la volonté populaire. Et, en Tunisie, le fait que, dans la constitution de janvier 2014, l’Etat s’engage à "interdire les campagnes d’accusation d’apostasie", campagnes dont la menace pesait gravement sur la liberté de conscience, représente une réelle avancée des libertés démocratiques. Ce n’est, me semble-t-il qu’en Lybie et en Syrie que l’on peut parler vraiment d’échec. 

Quelles sont les causes (religieuses, sociétales, etc) expliquant la difficulté à faire émerger les démocraties libérales dans le monde arabo-musulman ?

L’écrivain Tahar Ben Jelloun, s’exprimant dans Libération, me paraît bien exprimer ce qui entre en jeu : "dans le monde arabo-musulman, l’émergence de l’individu n’a pas eu lieu. Ce qui compte, c’est l’Oumma (nation musulmane), le clan, la tribu et la famille. On fait corps avec cette notion qui englobe tout le monde". 

L’aspect tribal dépend beaucoup des pays. Essentiel en Lybie, sorte de rassemblement artificiel de territoire tribaux, il ne paraît pas jouer un rôle significatif en Tunisie et en Egypte. En Syrie l’aspect multiconfessionnel (entre sunnites, alaouites, druzes et chrétiens) ne facilite pas le fonctionnement d’une démocratie pluraliste. Les minorités craignent en bonne part qu’une prise de pouvoir de la majorité sunnite les place dans une situation encore plus difficile que le pouvoir d’un dictateur tel que Bachar El Assad.

Il y a par ailleurs un aspect religieux plus commun à ces pays. Selon le Coran la vérité dont il témoigne est assortie de "preuves", preuves "éclatantes", "décisives", "manifestes", etc. Référence est faite sans cesse à ce qui est parfaitement clair, devant lequel la seule réaction sensée est d’accepter l’évidence. L’intelligence relève totalement de la capacité à s’incliner devant les preuves que l’on reçoit et en rien de celle d’entreprendre une démarche critique. La clarté des enseignements reçus rend toute division illégitime. "Ne soyez pas comme ceux qui se sont divisés et qui se sont opposés les uns aux autres après que les preuves décisives leur sont parvenues. Voilà ceux auxquels un terrible châtiment est destiné" (III 105) est-il dit. Cette vision, associant certitude et unité, a marqué de manière durable le monde musulman, bien au-delà de la sphère proprement religieuse.

A moyen terme, à quel point l'échec des nationalismes arabes au XXe siècle pèse-t-il encore aujourd'hui ?

Ce nationalisme était largement laïc. Au Moyen-Orient, les chrétiens y ont tenu une place importante. Son échec a favorisé la montée d’un islamisme bien peu favorable à la liberté de pensée. Les dirigeants de la grande époque des nationalismes arabes ne sont pas innocents de ce mouvement. Ils ont souvent passé des compromis avec les islamistes pour asseoir leur pouvoir.

A plus long terme, à quel point l'héritage de la civilisation arabo-musulmane dans son esprit conquérant (et son humiliation à la fin) pèse-t-il encore aujourd'hui ?

Cet héritage pèse sans doute dans les problèmes d’intégration des musulmans dans les sociétés occidentales. Il ne facilite pas la démarche que demande le fait d’avoir à plier devant les exigences de ces sociétés pour pouvoir s’y intégrer. Je ne suis pas sûr qu’il joue un grand rôle dans les problèmes internes des pays où l’islam domine.

L'explication des Printemps arabes a souvent été trouvée dans une aspiration à la liberté. Mais s'agissait-il vraiment de cela ?

Oui, mais de quelle liberté ? Il s’est agi à coup sûr du refus d’être soumis au pouvoir arbitraire de despotes corrompus tels que Ben Ali ou Moubarak. Dans ce refus, le désir d’un pouvoir honnête et juste, attentif au bien du peuple, était sans doute au moins aussi fort chez beaucoup que celui de liberté. C’est ce désir qui a alimenté, dans un premier temps, le succès électoral des partis islamistes et c’est apparemment parce qu’ils n’y ont pas répondu, une fois élus, qu’ils ont été rejetés. Par ailleurs la liberté à l’Occidentale ne fait pas forcément référence, dans la mesure où elle est perçue par beaucoup comme conduisant à une forme de licence.  

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Dear Melania : pourquoi les médias se trompent (aussi) sur la First Lady
02.
Kim Kardashian veut 7 enfants, Laura Smet en attend un, Alain Delon attend des siens qu’ils ne se déchirent pas à la Johnny; Voici voit Laeticia Hallyday & Sébastien Farran réconciliés, Closer les voit tendus; Victoria Beckham s’est fait gonfler les joues
03.
L'association WWF accusée de stériliser des populations aux abords de parcs nationaux en Afrique et en Inde
04.
Le Monde a découvert une nouvelle et grave pathologie : la droitisation des ados !
05.
La droite s'insurge contre un nouveau clip raciste et haineux du rappeur Nick Conrad
06.
Déclarations des revenus de 2018 : attention aux risques d’erreurs
07.
Plus on en sait et moins on en sait : le grand paradoxe de la science du XXIème siècle
01.
Pourquoi les entretiens d’évaluation annuels sont inutiles pour la plupart des salariés
02.
Aveuglement ? Un dîner caritatif est organisé à Saint-Denis au profit d’un Centre de formation des Oulémas soupçonné d’entretenir de troubles liens avec les dhijadistes anti-occidentaux
03.
Derrières les ors et les artifices, pourquoi le Qatar est toujours un dangereux émirat moyenâgeux
04.
Pétition anti-Delon : l’erreur psychologique majeure commise par ceux qui croient que le bonheur serait garanti dans un monde 100% bon sentiment
05.
Ce que les experts de l’OMS recommandent pour réduire les risques de démence sénile
06.
L'OPA du néo-sultan Erdogan sur la diaspora turque de France et d’Europe via les écoles et les mosquées
01.
“Droite Trocadéro” contre “droite mercato” : ce que cache la querelle entre LR et ex LR ralliés au macronisme
02.
Pétition anti-Delon : l’erreur psychologique majeure commise par ceux qui croient que le bonheur serait garanti dans un monde 100% bon sentiment
03.
Le glyphosate, le dernier débat hystérique de tous ceux qui se méfient de l’Europe et du progrès
04.
De l'art d'utiliser les morts : et Nathalie Loiseau enrôla Simone Veil dans sa campagne
05.
Emmanuel Macron, l’Europe, le RN et les Gilets jaunes : un cocktail détonnant de vérités et d’erreurs intellectuelles ou politiques majeures
06.
Gilets jaunes, six mois déjà et ces questions restées sans réponse sur les défis auxquels fait face notre démocratie
Commentaires (4)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
DESVESSIESPOURDESLANTERNES
- 15/01/2016 - 23:24
analyses pertinentes
de nos commentateurs mais comment se peut il que nos services consulaires et autres -installés a grand frais- n'aient rien vu venir en cas d'intervention modifiant les rapports de force locaux .
En Lybie ,et en Syrie;..... on peut considérer que la France ne disposait pas de tous les renseignements pertinents quant à l'évolution de la situation .Grosse faute et carton rouge !
tubixray
- 15/01/2016 - 17:25
Printemps pourri
Au mieux, le bilan est neutre pour la Tunisie et l'Egypte qui ont frôlé l'islamisation pure et dure bien que le danger continue de roder.... Pour la Libye pour laquelle N. Sarkozy avait tant fait, le résultat est catastrophique, il aurait mieux fait de continuer à recevoir Kadhafi dans sa tente plutôt que de provoquer sa chute .... "vive l'amitié entre la France et la Libye" a t-il lancé après la chute du régime = sa pire erreur en 5 ans de mandat ..... Quant à la Syrie, Hollande et -bien plus tard - Fabius ont fini par comprendre que mieux valait laisser œuvrer le charmant El Assad que de recréer une Libye bis ! Bilan de ce printemps pourri = Daesch .... l'horreur.
Anguerrand
- 15/01/2016 - 16:35
A Mike desmots
Votre analyse est totalement pertinente, l'Occident n'a jamais compris l'Orient, l'Afrique et sa façon de raisonner à travers en particulier le Coran, la peur de l'interdit. Pour l'oriental le chef doit être fort, très fort et faire peur, il ne comprend pas en dehors des élites le sens de la democratie, de l'égalité en un mot les droits de l'homme et bien sûr de la femme. La France est particulièrement responsable avec sa pensée socialisante ( tous partis compris). De plus une signature sur un document n'engage même pas son signataire. Je reste 5 mois/ an au Maroc, et d'ici je constate " l'océan" qui nous sépare quand aux mentalités. Expliquer que l'on peut marier 2 homos est non seulement impensable et leur fait considérer notre civilisation comme totalement dégénérée. Il ne faut pas s'étonner que des frustrés sexuels considèrent nos femmes comme des putains, alors en gros elles cherchent bien à etre violées ou violentées. Elles n'ont qu'à se voiler où se terrer au foyer.