En direct
Best of
Best of du 8 au 14 juin
En direct
© Reuters
Société
Suicide des agriculteurs, et maintenant on fait quoi ?
Publié le 11 janvier 2016
La médiatisation du sujet, jusqu’alors tabou, du suicide des agriculteurs donne une obligation à notre société : s’emparer du problème pour tenter de la résoudre.
Antoine Jeandey est rédacteur en chef de WikiAgri, pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Lancé en début d’année 2012, WikiAgri a pour philosophie de partager, avec les...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
WikiAgri est un pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Il a pour philosophie de partager, avec les agriculteurs, les informations et les réflexions sur l’agriculture. Les...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Antoine Jeandey
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Antoine Jeandey est rédacteur en chef de WikiAgri, pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Lancé en début d’année 2012, WikiAgri a pour philosophie de partager, avec les...
Voir la bio
WikiAgri
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
WikiAgri est un pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Il a pour philosophie de partager, avec les agriculteurs, les informations et les réflexions sur l’agriculture. Les...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
La médiatisation du sujet, jusqu’alors tabou, du suicide des agriculteurs donne une obligation à notre société : s’emparer du problème pour tenter de la résoudre.

Dans de nombreux cas, la résolution de problèmes vient de ce que l’on appelle la « volonté politique ». Mais si celle-ci n’existe pas, alors les médias jouent un rôle capital, en mettant en avant ces problèmes de manière telle qu’il ne devient plus possible de les occulter. C’est ce qui est en train de s’opérer aujourd’hui à propos du suicide en agriculture.

Le sujet fait désormais partie de l’actualité, depuis le 11 octobre dernier, et la journée nationale d’hommage organisée à Saint-Anne d’Auray. Et il vient brusquement de rebondir, ce dimanche 10 janvier, avec deux reportages à la fois très intéressants sur le fond, mais aussi venant de médias qui dépassent très largement le cadre des microcosmes local ou agricole : un reportage de 50 minutes diffusé le matin sur France Inter dans l’émission Interception, un autre d’un quart d’heure sur M6 dans le cadre du magazine 66 minutes.

Les témoignages de France Inter et M6

Voici quelques phrases qui ont été prononcées lors des témoignages d’agriculteurs recueillis par la journaliste de France Inter, Vanessa Descouraux : « Il faudra peut-être ouvrir les yeux à nos politiques, à notre société. Il y a plein de gens en détresse, chacun fait son boulot dans son coin » ; « Faut pas avoir peur de la dire, parce que demain ça peut être notre voisin » ; « On nous pousse à investir si on veut rester dans le tempo. On est des numéros maintenant, on ne nous respecte plus. » « Mon voisin, je n’aurais pas cru qu’il aurait fait ça ». « Depuis 40 ans, la politique agricole n’a qu’une seule préoccupation, le maintien des volumes ; l’homme on ne s’en préoccupe pas. D’ailleurs, on dit volontiers que les agriculteurs n’ont plus le droit à l’erreur. »... « Le paysan, quand il sème, c’est pour offrir la vie. Il s’est fait dessaisir de ça, il n’a plus de reconnaissance. Les finances, il n’y a pas que ça, on voit des paysans qui se suicident qui sont très bien financièrement. »

Et l’on peut ajouter le commentaire journalistique de Vanessa Descouraux à propos de la journée du 11 octobre : « Il n’y avait aucun responsable politique, aucun responsable syndical... »

Dans le sujet du 66 minutes de M6, on relève ces autres témoignages : « On travaille à perte depuis plus d’un an, il y a un moment où on ne peut plus. » Ou encore : « On n’a pas commis de crime, et pourtant nous passons en conciliation de justice (Ndlr : pour espérer étaler notre dette). On n’a fait que travailler... »

Quelle est l’ampleur du phénomène ?

Le sérieux journalistique de ces deux grands médias et de ses reporters ne peut en aucun cas être mis en cause. L’exagération éventuelle du phénomène, mise en avant par ceux qui n’ont pas voulu s’en préoccuper jusqu’à présent, ne se fonde finalement que sur les chiffres officiels, une étude rendue publique fin 2013 et évoquant les années 2007 à 2009... En d’autres termes, depuis 2009, nous ne savons, officiellement, rien.

Il conviendrait donc de se soucier, pour de bon, de connaître l’ampleur de ce à quoi il faut faire face. La politique de la poussière sous le tapis ne peut plus durer, et cela grâce à la médiatisation. Mais comment chiffrer ? Une autre enquête ? Celle de l’InVS (institut de veille sanitaire) en collaboration avec la Msa (mutualité sociale agricole) éditée en 2013 mais portant sur 2007-2009 présentait des défauts : 1. Il s’agissait d’une extrapolation généralisée d’après quelques résultats récoltés ; 2. Elle ne tenait pas compte des toutes petites exploitations ; 3. Elle ne prenait en compte que les suicides déclarés comme tels, alors qu’il arrive tout de même relativement souvent qu’un suicide soit déclaré comme « accident », ne serait-ce que si sa cause est l’endettement, pour que celui-ci ne vienne pas créer un autre suicide, celui de la veuve (et donc pour l’assurance, qui exclut très souvent le suicide, puisse jouer) ; 4. Enfin, on l’a déjà dit plus haut, les dates : sortir des chiffres plus de 4 ans après, ce n’est pas acceptable...

Mais si la volonté politique devait enfin exister, il existerait d’autres méthodes de calculs. Je vous cite un exemple, les banques peuvent donner leurs chiffres de clôtures de compte (ou de changement d’affectation vers la veuve ou le veuf). Et cela bien sûr sans lever le secret bancaire, juste en donnant des statistiques globales, par département, et bien sûr réelles. Après il y a un tri à faire sur les causes de ces clôtures, mais il est, le plus souvent, réalisable par les banques elles-mêmes. Tout seul, dans son coin, Jacques Jeffredo, l’organisateur de la journée du 11 octobre, par ses propres recoupements par rapport aux chiffres qu’il a lui-même récoltés sur plusieurs cantons et départements, estime qu’il existe un minimum de 2 suicides d’agriculteurs par jour. La Msa avait donc chiffré à 1 tous les deux jours. Ce n’est du tout la même chose (une différence de 1 à 4 !). Aucune politique sérieuse pour endiguer le phénomène ne peut être menée sans connaître son ampleur. Il faut donc commencer par là : chiffrer, avec le plus d’exactitude possible.

Mener une politique humaine, et même de reconversion quand c’est nécessaire

Ce que l’on sait par ailleurs, mais qui n’est pas rendu public officiellement car personne ne veut prendre le risque d’être le messager de mauvais augure (là encore, c’est aux journalistes de le faire...), c’est qu’il y aurait entre 10 et 20 000 exploitations agricoles (évidemment une fourchette trop large, l’estimation mériterait d’être affinée) pour lesquelles il aurait mieux valu, selon des critères économiques, ne pas accorder le droit à l’installation. 10 à 20 000 exploitations dont on s’attend, dès le commencement, sans même tenir compte des contextes de crise qui bien sûr vont amplifier cette statistique plus tard, à ce qu’elles finissent mal... La pression pour accorder l’installation là où on ne devrait pas a des causes multiples (montrer un secteur dynamique avec des jeunes, l’intéressé ou ses parents qui insistent, les syndicats qui de bonne foi veulent de l’installation, etc.), on ne peut pas incriminer l’un ou l’autre. En revanche, ne rien faire devient directement criminel quand on sait que la situation peut mener au suicide. En droit, cela s’appelle « incitation au suicide »...

Donc que faire ? La Msa a mis en place des cellules d’écoutes, ou des réseaux « sentinelle ». Un effort louable, mais avec des moyens en proportion à ses propres chiffres, donc largement insuffisants. Pour donner un exemple qui m’a été rapporté, lorsque le problème livré par celui qui appelle est jugé trop important, l’interlocuteur de la Msa transmet le dossier à un psy professionnel, qui doit donc rappeler l’agriculteur... Malheureusement le délai entre l’appel au secours et le retour du psy de la Msa peut prendre jusqu’à plusieurs jours... Le temps, largement, d’avoir laissé l’irréparable se commettre.

Il faut donc aller plus loin, beaucoup plus loin. Donner les moyens à la Msa de répondre dans des délais « normaux » (dans la journée, pas plus de quelques heures), c’est le minimum du minimum. Mais évidemment ça ne suffit pas. Il faut une action politique d’ampleur. Engager des actions de reconversions, avec un programme de formations à la clef, qui inclut un nouveau choix professionnel mais aussi une forme de psychologie permettant à ceux qui rentrent dans ce programme puisse faire face à leur sentiment d’échec. Ça ne s’improvise pas, il faut des moyens pour cela, donc une réelle volonté politique, qui n’existe pas aujourd’hui. Sans compter qu’un tel plan de reconversion pose des questions induites : quid de l’installation ? De l’occupation du territoire rural ? De nos besoins en productions ? De la définition nouvelle que l’on veut donner la « ferme France » ? Aujourd’hui, tout est déconnecté. Un jour on passe une loi allant l’environnement, le lendemain une autre vers l’économique, du coup on désarçonne tout le monde... Et si, enfin, tout était regardé ensemble, pour être reconstruit, dans le cadre d’une vraie loi agricole, pas de celles qui ont été faites depuis trop longtemps uniquement pour donner leur nom au ministre en place, et de passage...

Le bien-vivre, c’est aussi une ambition.

En savoir plus : http://www.wikiagri.fr/tags/suicide_des_agriculteurs (l’ensemble des articles parus sur WikiAgri évoquant le suicide en agriculture) ; http://www.franceinter.fr/emission-interception-la-mort-aux-trousses (pour réécouter l’émission de France Inter) ; http://www.6play.fr/66-minutes-p_825/Emission-du-10-janvier-c_11541898 (replay du 66 minutes de M6).

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Pourquoi les Francs-maçons ne sont certainement pas les héritiers des constructeurs de cathédrale qu’ils disent être
02.
Vol MH370 : "le pilote se serait envolé à 12 000 mètres pour tuer l'équipage dans la cabine dépressurisée ", selon un nouveau rapport
03.
Notre-Dame de Paris : l’incendie aurait été causé par une série de négligences
04.
Dents de la mer : les grands requins blancs remontent vers le Nord aux Etats-Unis, faut il redouter la même chose en Europe ?
05.
Cash Investigation : pourquoi le traitement des semences par les multinationales est nettement plus complexe que le tableau dressé par l’émission de France 2
06.
Un Américain a passé un an à ne manger que des aliments aux dates de péremption dépassées, voilà les leçons qu’on peut en tirer
07.
Ce piège dans lequel tombe le gouvernement en introduisant le concept d’islamophobie dans le proposition de loi Avia sur la lutte contre les contenus haineux
01.
Véhicules propres : la Chine abandonne l'électrique pour miser sur la voiture à hydrogène
02.
Auchan, Carrefour, Casino : mais que vont devenir toutes ces galeries marchandes et hypermarchés qui se vident ?
03.
Mariage de Karine Ferri : Nikos n'est pas venu, les autres stars non plus; Laeticia Hallyday se rabiboche avec son père, Meghan Markle aurait fait fuir sa mère, Rihanna renoue avec son milliardaire;  Kate Middleton snobe Rose, Britney Spears s'arrondit
04.
Vol MH370 : "le pilote se serait envolé à 12 000 mètres pour tuer l'équipage dans la cabine dépressurisée ", selon un nouveau rapport
05.
Crise au sein de LREM dans le Nord : six députés claquent la porte
06.
Dents de la mer : les grands requins blancs remontent vers le Nord aux Etats-Unis, faut il redouter la même chose en Europe ?
01.
PMA : la droite est-elle menacée de commettre la même erreur qu’avec le progressisme des années 60 qu’elle a accepté en bloc au nom de l’évolution de la société ?
02.
Voulez-vous savoir dans quelle France on entend vous faire vivre ? Regardez bien l'affiche de l'UNICEF !
03.
Mais pourquoi s’abstenir de faire des enfants pour sauver la planète alors que le pic démographique est passé ? Petits arguments chiffrés
04.
Acte II : mais comment définir la ligne suivie par le gouvernement en matière de politique économique ?
05.
Cash Investigation : pourquoi le traitement des semences par les multinationales est nettement plus complexe que le tableau dressé par l’émission de France 2
06.
Véhicules propres : la Chine abandonne l'électrique pour miser sur la voiture à hydrogène
Commentaires (2)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
pale rider
- 11/01/2016 - 23:36
@kaprate vous/nous sommes les koulaks
Modernes , n oublions pas que nos élus ont tous été cocos ds leur jeunesse, ça laisse des traces .
kaprate
- 11/01/2016 - 13:47
"L'Etat m'a tuer"
Merci pour cet article qui parle des difficultés et des souffrances de ceux qui n'ont pas fait le choix de la facilité en développant leur activité, qui travaillent beaucoup plus de 12 heures par jours et 5 jours par semaine, ne partent pas en vacances, vivent dans la peur de ne pas pouvoir subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille, peur de tout perdre sans aucun parachute. Cette réalité est aussi celle de ceux, comme moi, qui sont patrons de TPE ou PME. Au delà du contexte économique et de la mondialisation, nos gouvernements sont grandement responsables de ce massacre. Et plutôt que de nous protéger et nous donner les moyens de notre développement; nous qui générons emploi et richesse à redistribuer, ils nous réglementent, nous méprisent, nous stigmatisent, nous font les poches et nous contrôlent pour récupérer un maximum et alimenter un système injuste et à bout de course. Un harcèlement institutionnel! Depuis 2012, Environ la moitié des entreprises ont été controlées par le Fisc ou l'Urssaf, non loin de 80% redressées. Les tribunaux administratifs sont saturés et l'URSSAF perd notamment la moitié de ses procès pour redressement abusif ou injustifié... "l'Etat m'a tuer"