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Visière à gauche

Et sinon, ces inégalités autres que celles entre Français de naissance et Français susceptibles de perdre leur nationalité, ça intéresse encore quelqu’un ?

Publié le 03 janvier 2016
Inégalités politiques, économiques ou sanitaire : le Parti socialiste se rend aveugle lorsqu'il ne veut pas voir et se permet de botter en touche. Entrons dans les tabous de la Gauche.
Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.
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Inégalités politiques, économiques ou sanitaire : le Parti socialiste se rend aveugle lorsqu'il ne veut pas voir et se permet de botter en touche. Entrons dans les tabous de la Gauche.
  • L'inégalité politique : les Hors-jeu VS. les Dans le jeu avec Christophe Bouillaud
  • L'inégalité sociale : les Classes moyennes contre les Classes supérieures avec Patrice Duchemin 
  • L'inégalité économique : Privé VS Public avec Gilles Saint-Paul
  • L'inégalité financière et épargnante : les Informés VS les Non-informés avec Philippe Crevel
  • L'inégalité dans l'accès à l'éducation supérieure : Prépas/Grandes écoles VS Fac' avec Patrick Cabanel
  • L'inégalité sanitaire : La médecine libérale VS la médecine hospitalière avec Jean-Paul Hamon

 

L'inégalité politique : les Hors-jeu VS. les Dans le jeu

Christophe Bouillaud : Contrairement à la représentation de la démocratie qu’on peut trouver dans les médias, la plupart des individus ne s’intéressent pas spontanément à la vie politique de leur pays.  C’est particulièrement vrai pour les membres des classes populaires, pour tous ceux plus généralement dont la vie quotidienne est rendue compliquée par manque de revenus, de relations sociales, par une maladie invalidante, etc.,  ou pour ceux qui manquent de l’éducation minimale pour comprendre de quoi il est question, ou encore pour ceux qui sont arrivés récemment sur le territoire concerné et ne se sentent pas du coup très concerné par ce qui s’y passe. C’est un fait bien établi par la science politique que plus on occupe une place centrale dans la vie sociale et économique de son pays plus on participe à sa vie politique. La démocratie permet d’abord aux plus puissants et aux plus intégrés des citoyens de donner de la voix – ce qui les rend d’ailleurs de ce fait souvent encore plus puissants et plus intégrés.

Historiquement, depuis le milieu du XIXème siècle, la gauche a  produit un énorme effort de mobilisation et de politisation des milieux populaires – effort qui a entraîné par riposte celui  des droites, en particulier dans notre pays de la droite catholique. C’est le PCF (Parti communiste français) des années 1950 et ses organisations satellites (CGT, Mouvement pour la Paix, etc.) de l’époque, qui représenteront le zénith séculaire de ces efforts pour donner une conscience politique à tous les défavorisés. Depuis lors, malgré des regains de mobilisation militante de la gauche non-communiste à la suite des années 1968-1977, la gauche, au sens large, du PS et des Radicaux de gauche jusqu’au NPA et à LO, en passant par les écologistes, n’a cessé de perdre sa capacité de susciter l’intérêt pour la politique au sein des classes populaires. Le PCF quant à lui n’est plus que le spectre de lui-même. Un récent article de Camille Peugny (« Pour une prise en compte des clivages au sein des classes populaires. La participation politique des ouvriers et des employés », Revue française de science politique, vol. 65, numéro 5-6, octobre-décembre 2015) permet de bien mesurer les effets de cette moindre capacité des partis politiques en général, et de la gauche tout particulièrement, à amener les citoyen(ne)s occupant les professions socialement les moins enviées et économiquement les moins rémunératrices à voter et à s’intéresser à la vie politique, y compris parce qu’ils ou elles sont souvent des étrangers non naturalisés. Selon les calculs de C. Peugny, entre le fait d’être de nationalité étrangère, d’être français mais non inscrit sur les listes électorales, ou enfin d’être français, inscrit, mais abstentionniste constant, c’est plus d’un quart des ouvriers et près d’un cinquième des employés qui n’ont pas participé  du tout à la séquence électorale de 2012 (pas de vote aux présidentielles ni aux législatives), alors que ce n’est le cas que pour un cadre supérieur sur dix.

Cette situation d’inégalité dans la participation des classes populaires à l’acte civique de base, le vote, a amené certains,  à gauche mais pas seulement, à évoquer l’idée de rendre le vote obligatoire, et  par suite logique, de rendre automatique l’inscription sur les listes électorales. Ces mesures institutionnelles ne sont malheureusement qu’un pis-aller, qui correspondent au fait que la gauche, mais aussi la vieille droite catholique, ont perdu leur capacité d’encadrement et de mobilisation des classes populaires à travers leurs militants – ce qui accentue de fait nettement le caractère inégalitaire, presque censitaire, des élections malgré le suffrage universel officiellement en vigueur.

L'inégalité sociale : les Classes moyennes contre les Classes supérieures 

Patrice Duchemin : Dès qu'il y a une augmentation de salaire, c'est le SMIC ou le RSA qui est réévalué. Tout l'enjeu se situe dans la frontière entre la classe moyenne basse et les plus pauvres. Sans être politologue, je pense que c'est cette classe moyenne qui nourrit le Front national. Ils ne sont pas assez riches pour profiter (NDLR : de la vie) et trop riches pour payer.

On demande aux classes moyennes de payer toujours plus. Quand on supprime les aides au logement par exemple, cela pose un vrai problème. Vous êtes une famille, vous avez trois enfants, si l’on vous supprime ces aides, cela vous fait beaucoup d’argent en moins alors que vous n’êtes pas pour autant dans les « riches ». Après vous avez toutes les niches fiscales qui sont petit à petit abrogées et dont ne bénéficie donc plus cette catégorie de la population. Pour la classe moyenne, tous les moyens disparaissent.

Dans la consommation, il y a une bipolarisation qui pose question du point de vue de ces classes moyennes. Le moyen de gamme disparaît. Dans le marché de l’automobile, vous avez des voitures accessibles, on dit accessible car on ne dit plus bas de gamme, les Twingo et consorts et après vous avez les voitures haut de gamme. Une voiture milieu de gamme aujourd’hui existe différemment. Autrefois c’était une Renault 7 par exemple. Actuellement, une voiture étiquetée moyenne gamme ne l’est plus dans les faits. Elle est davantage équipée et donc plus chère. Tout se bipolarise, et pas seulement dans l’automobile. Dans la restauration, le choix oscille entre un restaurant à 40 euros et un burger à 10 euros avec formule. Essayer de manger à l’extérieur entre 20 et 25 euros, ça n’existe plus !

Tous les marchés économique se bipolarisent donc ce n’est pas surprenant que la société se bipolarise. Il y a une France d’en bas qui se sent exclue et une France d’en haut, riche, qui s’en sort mieux.

Aujourd’hui les riches sont plus riches et les pauvres sont plus pauvres. C’est ce qu’on appelle la bipolarisation de la société entre les riches et les pauvres. Et ce constat est vrai à la fois en tant que réalité physique qu’en tant que réalité sociale, à savoir en fonction de la façon dont se perçoivent les gens. L’arrivée du moyen haut de gamme, tel que Zadig et Voltaire, Sandro ou encore The Kooples, c’est un moyen d’échappatoire du moyen de gamme par le haut. C’st intéressant car je n’ai jamais vu de moyen de gamme qui s’en sortait par le bas, mais uniquement des marques qui s’en sortaient par le haut. Il y a, comme les cellules, une dilution de la classe moyenne, mais attention, ce n’est en aucun cas un moyennisation de la société mais une extrémisation de celle-ci.  

La consommation est un facteur d’intégration sociale donc si les classes moyennes sont oubliées des entreprises alors elles le seront socialement par voie de conséquence. C’est simple : si vous ne consommez pas alors vous n’êtes pas dans la société. Mais je ne suis pas si pessimiste que je n’y semble parce que je pense qu’internet a beaucoup fait pour les classes moyennes. Si un Français habite dans un village perdu alors il fera ses courses sur la toile.  Que cela soit pour des pulls, des objets numériques ou encore ses courses par le biais des Drive chez les grands distributeurs. Ces solutions résolvent un grand nombre de soucis qui se posent pour les classes moyennes et plus directement des citoyens qui se retrouvent dans des endroits isolés en France.

Le succès des ventes privées (NDLR : l’application mais aussi les ventes privées des marques en elles-mêmes dans les point de vente). Le fait de susciter les « achats malins » est une aide aux classes moyennes. C’est l’exemple donné par les magasins situés en périphérie, les « outelet » qui permettent à cette catégorie de la population d’avoir accès à des articles qu’elle ne pourrait pas acheter autrement. Il ne faut pas négliger non plus le renouveau de commerces comme Lidl qui était réservé en France aux classes dites basses ; aujourd’hui, je vous incite à aller voir le Lidl qui s’est ouvert Porte d’Orléans, il y a un vrai changement. C’est un renouveau du low cost qui n’est pas du tout dépréciant ni d’un point de vue économique, ni d’un point de vue sociologique qui donne aux classes moyennes de nouvelles solutions dans le commerce. La récente campagne de pub de Lidl en atteste.

Les classes moyennes peuvent faire d’internet leur meilleur allié dans l’optique de la consommation tout en sachant de nouveau que la consommation est un vecteur d’intégration sociale. C’est-à-dire que si vous êtes malin et que vous utilisez internet, vous pouvez mieux vous en sortir qu’avant. 

L'inégalité économique : Privé VS Public

Gilles Saint-Paul : En ce qui concerne les inégalités public/privé, on constate que la gauche, historiquement, a peu d'incitation à les redresser, étant donné que son électorat se recrute de façon disproportionnée dans le secteur public. Ainsi, par exemple, depuis l'alignement des durées de cotisation en 2003, on n'observe aucune tentative d'alignement des retraites du public sur celles du privé; et le chantier des régimes spéciaux est en sommeil. 

En ce qui concerne la précarité, aucun gouvernement ne s'y est attaqué faute d'une alternative politiquement viable. Il s'agit là d'un modus vivendi où les syndicats trouvent leur compte parce que les travailleurs qu'ils représentent sont protégés, et dont les employeurs se satisfont dans la mesure où le recours aux CDD leur garantit un volant de flexibilité.

En première analyse, cela n'a pas de sens de parler d'inégalité sectorielle. Il est normal et sain que certains secteurs soient en expansion pendant que d'autres se contractent. Ainsi, sous l'effet de la croissance de la productivité, on a assisté dans tous les pays à une chute de l'emploi dans l'industrie et à un redéploiement de ces emplois vers le secteur des services. Ces évolutions ne sont pas en soi anormales et témoignent de l'ajustement de l'économie à un environnement changeant.  Si le marché du travail est fluide, la mobilité intersectorielle de la main d'oeuvre fait en sorte que les disparités d'emploi entre secteurs ne se traduisent pas par des inégalités entre individus.  Les inégalités sectorielles ne deviennent pertinentes que dans la mesure où il existe des obstacles à la mobilité. Par exemple, une profession soumise  à des barrières à l'entrée artificielles, comme par exemple un  numerus clausus,  peut connaître des hausses de salaires importantes si sa demande augmente, ce qui augmente l'inégalité salariale relativement à la situation où de telles barrières n'existeraient pas.

Il existe deux inégalités importantes sur le marché du travail français, qui sont liées à des considérations statutaires.

Tout d'abord, l'inégalité entre le secteur public et le secteur privé. Observons qu'il existe des barrières à l'entrée dans la mesure où l'accès au secteur public est  réglementé par des concours, bien que ceux-ci soient ouverts à tous. Les fonctionnaires ont des conditions nettement plus avantageuses en termes de retraite et la sécurité de l'emploi. Ces conditions avantageuses se font, dans une certaine mesure, au détriment du secteur privé. Les retraites publiques n'étant pas provisionnées, celles-ci devront être financées par les régimes privés, alors même que leurs contributeurs sont moins bien lotis  -- dans ce domaine, ce sont réellement les "pauvres" qui devront subventionner les "riches". De même, la sécurité de l'emploi implique qu'il est difficile de réduire les effectifs dans le secteur public, d'où un surcroît d'impôts qui frappe, là encore, le secteur privé.  Ajoutons que cette même sécurité de l'emploi permet à l'Etat de ne pas cotiser au titre de l'assurance chômage, ce qui réduit ses coûts relativement aux employeurs privés et lui permet également de verser des salaires nets plus élevés.

Ensuite, l'inégalité entre travailleurs précaires et travailleurs protégés. Les premiers, titulaires de stages ou de CDD, sont certains de perdre leur emploi à brève échéance. Les seconds, titulaires de CDI, sont très protégés contre le risque de chômage. La frontière entre les deux secteurs est relativement poreuse: le CDD est de plus en plus un point d'entrée dans le marché du travail, et se voit bien souvent convertir en CDI. Il n'en reste pas moins qu'il s'agit là d'une inégalité préoccupante dans la mesure où la protection importante des  uns se paye par une précarité accrue des autres, puisque ce sont sur eux que sont concentrées les destructions d'emplois nécessaire aux entreprises pour ajuster leur main d'oeuvre face à des chocs. Si le "contrat unique" dont on parle tant aurait à mon avis des effets économiques plutôt faibles, il aurait en revanche le mérite de réduire les inégalités entre "protégés" et  "précaires". Mais c'est précisément cela qui rend son adoption politiquement problématique. 

L'inégalité financière et épargnante : les Informés VS les Non-informés

Philipe Crevel : En 2012, l’ennemi s’appelait la finance ; au-delà de 4000 euros par mois, le Français était un riche fiscalement corvéable à l’infini… C’était le retour de 1936, de 1981 sans Léon Blum et François Mitterrand… En 2012, les ministres s’enorgueillissaient de n’avoir aucun titre financier dans leur patrimoine. François Hollande décidait alors de promouvoir le Livret A et le Livret de Développement Durable en relevant leur plafond conformément à une de ses promesses électorales. Ainsi, au moment où les entreprises éprouvaient les pires difficultés pour se financer, le Président de la République décidait d’orienter l’épargne des ménages vers le Livret A afin de financer le logement social et les déficits publics. Le Gouvernement de Jean-Marc Ayrault alourdissait massivement la fiscalité de l’épargne. Les livrets bancaires, les comptes titres, les plus-values sur les titres non cotés, l’épargne salariale tout y passe… Certains députés voulaient même tordre le cou de l’assurance-vie. Fin 2013, le retour au réalisme prévaut. Le pouvoir se rend compte qu’une économie dynamique suppose des entreprises saines dotées de fonds propres. Le discours change même si les mesures anti-épargne restent. Au fronton de la politique économique, il est désormais affirmé qu’il faut orienter l’épargne vers les entreprises. Il est ainsi créé les fonds euro-croissance, les contrats d’assurance vie-génération, le PEA-PME. L’épargne salariale après avoir été matraquée est remise en selle. Emmanuel Macron ose même parler de fonds de pension. Il y a de quoi y perdre son latin. Il n’est pas étonnant que l’épargnant soit méfiant face à de tels retournements et qu’il opte pour un attentisme de bon aloi.

L’accumulation de mesures contradictoires contribue à rendre le régime fiscal de l’épargne complexe. Entre les niches fiscales, les exceptions, les dérogations et les allers-retours de la loi, l’épargnant se doit d’avoir du temps et d’être assisté d’un bon fiscaliste. Le précepte « nul ne peut ignorer la loi » est en la matière une chimère. Or qui peut se payer un bon fiscaliste si ce n’est le riche, les détenteurs de gros patrimoine hier honnis. La succession de mesures fiscales conforte les positions de ceux qui savent au détriment de ceux qui n’ont pas accès à l’information. Certes, ceux qui peuvent épargner sont pas nature riche.

L’opacité du système fiscal ne favorise pas les vertueux mais les malins. Les épargnants non spécialistes de la chose fiscale, non accompagnés de juristes ou de fiscalistes ont le choix entre le Livret A à 0,75 %. De quoi peuvent-ils se plaindre. Les victimes s’appellent une fois de plus les classes moyennes qui ont vu leurs revenus financiers fondre sous les coups fiscaux et du fait de la baisse des taux quand de leur côté les revenus modestes ne peuvent plus épargner depuis belle lurette. En ces temps de répression financière, la gauche a encore des progrès à réaliser pour remiser le discours anticapitaliste des programmes économiques de l’enseignement secondaire. En effet, à quand des cours qui expliquent le rôle clef des actions pour le financement des entreprises et le rôle de la prise de risque pour obtenir du rendement. Il y a encore quelques efforts à accomplir pour faire comprendre que les fonds de pension ne sont pas des enfants de Lucifer et que la bourse n’est pas un casino géré par Al Capone.

L'inégalité sanitaire : La médecine libérale VS la médecine hospitalière 

Michel Hamon : La gauche évoque sans arrêt le problème du désert médical alors que le vrai sujet c’est la médecine libérale boudée par les jeunes médecins diplômés. En première année, ils sont seulement 10% à vouloir s’installer dans un cabinet et 30% 10 ans plus tard.

La médecine libérale  doit impérativement retrouver son attractivité. Et ce ne sont pas les avantages sociaux accordés par notre Ministre de la santé aux praticiens territoriaux de la médecine générale qui vont régler le problème. Car comment inciter les médecins à aller exercer dans des zones où l’Etat se désengage et abandonne les équipements publics. Même Paris risque de devenir un désert  médical dans les années à venir. C’est une situation qui risque d’arriver.

Actuellement le parcours de soin permet d’occulter la diminution de médecins généralistes. Les patients vont directement se faire soigner à l’hôpital en dépit du taux d’attente très élevé. Et l’urgence hospitalière les accueille à bras ouvert car grâce au mode de financement, les directeurs des hôpitaux touchent 250 euros à chaque passage d’un patient indépendamment de sa pathologie, le tout pour un coût de 3 milliards pour la collectivité. Pour réorganiser le système de santé et faciliter l’accès au soin, il faut inciter les patients à aller voir un médecin libéral, généraliste ou spécialiste en remboursant les tarifs pratiqués et donc en réformant les barèmes de la sécurité sociale qui n’ont pas changé depuis 25 ans pour la chirurgie et qui sont sous-évalués pour les médecins généralistes et les spécialistes. 

Si on voulait vraiment s’attaquer à la désertification de la médecine libérale, on permettrait aux médecins d’avoir une secrétaire et une infirmière pour accueillir les patients et des locaux corrects pour accueillir des étudiants afin qu’ils puissent être formés. Les étudiants en médecine générale font de six mois à un an de stage, mais tous les autres étudiants inscrits en médecine spécialiste n’ont pas d’expérience en cabinet. Du coup, ils sont frileux et n’osent pas s’installer. Il faut donc réformer le système universitaire et donner aux médecins libéraux les moyens de prendre en charge la formation des étudiants afin que les hôpitaux ne soient pas les seuls à assurer cet apprentissage pratique. Et pour que cette découverte de la médecine libérale soit possible, il faut surtout que les caisses d’assurance maladie cessent d’harceler les médecins libéraux  qui sont sans cesse contrôler à propos de leurs prescriptions d’indemnité journalière pour les arrêts de travail, de transport en ambulance, d’antibiotique. La revalorisation de la médecine libérale dépend donc des moyens attribués aux médecins libéraux de soigner correctement. Il faut bien comprendre que les conditions d’exercice ont considérablement changées. Aujourd’hui, le patient est plus informé que dans le passé où il faisait confiance au médecin qui savait tout. Son niveau d’exigence a augmenté et donc le médecin doit répondre plus rapidement et de façon plus précise.

L’heure est au changement de mentalités. Il faut faire en sorte que l’hôpital ne sorte plus de l’hôpital avec l’hospitalisation à domicile et qu’on donne les moyens aux médecins, aux infirmières, aux kinésithérapeutes, aux pharmaciens pour accueillir des patients qui n’auraient rien à faire à l’hôpital et qui seraient mieux pris en charge chez eux et pour beaucoup moins cher qu’une hospitalisation à domicile. La réaction héroïque du Samu pendant les attentats du 11 novembre est un bon exemple de ce qu’il faut faire. Les médecins du Samu n’ont pas soigné les blessés sur place comme ils l’auraient fait selon leur habitude mais ils les ont transportés immédiatement à l’hôpital comme ce que font les autres médecins du Samu dans tous les pays industrialisés. Alors plutôt que de faire du saupoudrage idéologique, Marisol Touraine devrait avoir le courage de prendre des mesures radicales pour que l’hôpital puisse avoir les moyens d’assurer une bonne prise en charge de soins, et que l’accès aux urgences se fasse uniquement soit par ambulance soit sur un courrier d’un médecin traitant ou d’un médecin spécialiste.

L'inégalité dans l'accès à l'éducation supérieure : Prépas/Grandes écoles VS Fac'

Patrick Cabanel : Les classes prépas aux grandes écoles (CPGE) et ces grandes écoles elles-mêmes sont régulièrement critiquées comme le lieu par excellence de la reproduction sociale, de l’élitisme, d’une forme de ségrégation à l’encontre d’une université condamnée, elle, à recueillir la masse des étudiants, une fois l’écrémage effectué par les prépas. En outre, le coût unitaire d’un élève de prépa est bien  plus élevé que celui d’un étudiant à l’université. Tout cela est vrai.

Mais ce « vrai » doit être discuté. Le retour sur investissement, dans le cas des prépas, est très positif : les élèves y reçoivent une excellente formation et entrent très vite sur le marché du travail (y compris les anciens khâgneux, dont un débouché principal tient dans leur réussite aisée aux concours de recrutement des enseignants). Alors que l’université est encombrée de trop nombreux étudiants qui cumulent des années d’essai et d’échec, et sortent souvent munis de diplômes péniblement acquis et qui n’ouvrent pas l’accès à un emploi qui leur soit réellement lié. Les dépenses certes moindres engagées pour eux par l’État risquent de l’avoir été en pure perte…

J’ajoute que la gratuité même des prépas peut faciliter la promotion sociale ; s’il y a un modèle à critiquer à cet égard, c’est bien plus celui de Sciences Po ! En outre, il est possible que le côté « scolaire » des prépas, situées dans les lycées, rende leur cadre plus rassurant, pour des élèves issus de milieux modestes, que le monde assez décontenançant de l’université.

Bien sûr, la reproduction sociale joue à plein dans les prépas. Mais la bourgeoisie de gauche le sait et se sert de cet instrument autant que celle de droite. Elle soutient volontiers une université dans laquelle ni ses cadres, ni leurs enfants, n’ont mis les pieds (je ne parle pas ici de Dauphine ni des facs de droit ou de médecine…). Il en va assez souvent de même pour l’école laïque : elle la vante avec brio, mais confie ses enfants à l’enseignement privé catholique, protestant (l’École alsacienne), ou aux lycées très sélectifs des beaux quartiers. L’hypocrisie et la ségrégation sociale sont la chose du monde la mieux partagée par les bourgeoisies de gauche et de droite.

Sans évidemment prononcer d’aussi gros mots que « sélection » ou « hausse des tarifs d’inscription », on pourrait demander à la gauche deux choses. Dans un proche passé : elle aurait dû condamner fermement les trop célèbres « blocages » étudiants qui ont gravement meurtri les universités de lettres, au recrutement très démocratique, et privé de mois entiers d’études les enfants du peuple. Et elle pourrait revoir les manières de travailler à l’université, et peut-être, si j’ose dire, les quantités. Est-ce être élitiste ou réactionnaire que de rappeler que la charge de travail personnel est beaucoup plus lourde en prépa ? Et que cette « discipline » même du travail dispense peut-être la meilleure des formations ? À l’évidence…

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Ombelia
- 12/02/2016 - 10:24
Et où va l'argent de la CSG?
Cet impôt frappant tout le monde, salariés, retraités, épargnants, etc, n'en finit pas d'augmenter et de réduire les revenus de tous ceux qui essaient tant bien que mal d'économiser en cas de coups durs ou pour acheter un logement, une voiture? Il est vraiment désespérant de voir le fruit de nos économies gaspillé par un gouvernement aussi incapable!
Ganesha
- 04/01/2016 - 09:33
Où donc va tout cet argent ?
En 2015, le nombre de chômeurs en France a augmenté de 256.000 individus (catégorie ABC). Les inégalités sociales augmentent partout dans le monde. Mais la grande question, c'est : où donc part tout cet argent ? Pour ceux qui l'ignorent encore, voici la réponse : durant la même année, la fortune de Bernard Arnault a augmenté de 7,6 milliards d’euros, soit de 28 %. Son patrimoine professionnel , représente 34,6 milliards d’euros. Il faudrait à un smicard 2,5 millions d’années pour gagner cette somme. Le montant total de la fortune professionnelle des 500 plus riches s’élève à 460 milliards d’euros, soit une hausse de 18 % par rapport à 2014. http://www.inegalites.fr/spip.php?page=article&id_article=269
Gordion
- 04/01/2016 - 06:16
Oui
Des réflexions intéressantes, l'analyse de M.Crevel et celle de M.Cabanel en particulier.