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Scène de guerre civile en Libye.
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Derrière l’omniprésence de la Syrie sur nos écrans radars, la Libye, l’autre menace tout aussi grave pour notre sécurité

Publié le 27 novembre 2015
Les regards sont tous braqués sur la Syrie et son contexte de guerre civile tragique. Pour autant, plus proche de chez nous, un autre conflit déchire la Libye depuis 5 ans. Après la mort de Kadhafi, le pays n'a pas su se reconstruire et constitue aujourd'hui un véritable terreau pour l'Etat islamique.
Kader  Abderrahim est chercheur à l’Iris, spécialiste du Maghreb et de l’islamisme, et maître de conférences à Sciences-po Paris.
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Kader Abderrahim
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Kader  Abderrahim est chercheur à l’Iris, spécialiste du Maghreb et de l’islamisme, et maître de conférences à Sciences-po Paris.
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Les regards sont tous braqués sur la Syrie et son contexte de guerre civile tragique. Pour autant, plus proche de chez nous, un autre conflit déchire la Libye depuis 5 ans. Après la mort de Kadhafi, le pays n'a pas su se reconstruire et constitue aujourd'hui un véritable terreau pour l'Etat islamique.

Atlantico : La situation catastrophique en Syrie concentre une majorité des regards médiatique, en France. Pendant ce temps, la situation en Libye évolue-t-elle ? Presque 5 ans après l'intervention française en Libye, quel bilan peut-on dresser de l'état du pays ?

Kader Abderrahim : Le seul bilan que l'on puisse dresser de l'état de la Libye est catastrophique. Nous avons abattu un régime dictatorial, tué un dictateur, mais de ça ressort un chaos et un vide total. Les Libyens continuent à le subir : le pays est actuellement en situation de guerre civile, scindé entre deux gouvernements et deux parlements. La communauté internationale ne parvient pas à favoriser un accord politique entre les deux principaux belligérants, qui siègent soit à Tobrouk, soit à Tripoli.

A Tobrouk, le gouvernement est reconnu par la communauté internationale. Il est issu des élections de 2014 et composé de certains islamistes, des anciens du régime de Kadhafi, quelques modérés (plutôt libéraux). Face à eux, Tripoli accueille un gouvernement islamiste, clairement proche des frères musulmans. Ce gouvernement se désigne comme Fajr Libya, soit "L'aube (ou le réveil) de la Libye". Ces deux points de vues apparaissent, par conséquent, très difficile à rapprocher. D'autant plus que chacun en a profité pour organiser ses élections législatives. Nous sommes donc mis face à deux légitimités, deux parlements et aucun n'entend céder sa place à l'autre.

A cela s'ajoute encore un peu plus de confusion avec l'implantation – depuis le milieu de l'année 2014 – de DAESH. L'Etat Islamique contrôle désormais un peu plus de 20% du territoire, soit environ un cinquième du pays. C'est énorme et cela lui donne de facto une capacité de nuisance extrême. D'autant plus quand on la couple à un arsenal militaire particulièrement important. En plus de ces deux légitimités qui s'affrontent, il y a également un corps étranger à la Libye venu se greffer à une situation d'instabilité. C'est toujours ainsi que procèdent les organisations terroristes : l'instabilité favorise leur implantation.

Le peuple Libyen, de son côté, vit mal. Le pays est le quatrième producteur de pétrole du continent africain, et pourtant on assiste encore à des coupures d'eau, d'électricité, de gaz… La population vit également mal, d'un point de vue sécuritaire. Si on peut parler d'accalmie ces temps-ci, les attentats perdurent. Les combats sont moins intenses que l'été dernier, mais la menace est là, réelle, quotidienne. Pour les Libyens et la Libye, c'est autant de temps perdu pour se reconstruire et mettre en place les bases d'un véritable Etat, doté d'institutions légitimes. Nous n'en sommes pas même au début de cette démarche.

Qui dirige quoi en Libye aujourd'hui ? Plusieurs milices assimilées à l'EI sont présentes dans le pays. Y'a-t-il un risque de voir l'Etat Islamique s'implanter durablement, comme en Syrie ? Que peut-on dire des liens entre ces milices et les groupes comme Boko Haram, qu'on trouve au Sahel ?

Il y a deux gouvernements, tentant tous deux de maintenir une relative légitimité. Seul celui de Tobrouk est reconnu par la communauté internationale. De ce fait, il est le seul à pouvoir traiter avec les autres pays ;  nommer des ambassadeurs. Si formellement, on le sait, on sait également que dans les faits, une autre autorité représente au moins 50% des Libyens. Ce n'est pas une situation durable.

Cependant, il est difficile à estimer les chances que l'EI s'installe durablement, comme il l'a fait en Syrie. Il est important de souligner que son développement a été stoppé, pour le moment. Néanmoins, ils contrôlent dorénavant entre un quart et un cinquième du pays. Avec la même stratégie qu'en Irak : l'organisation contrôle des zones riches en pétrole. En vendant ce dernier, elle acquiert des ressources considérables qui lui permettent ensuite de financer ses activités, de l'équipement des soldats à leurs payes, en passant par tout l'aspect logistique. De facto, on constate la responsabilité des pays impliqués dans le conflit. Qui vend les armes ? Qui les soutient politiquement ? Qui les protège ? Toutes ces questions se posent, sans qu'on y réponde tout à fait, puisqu'elles dérangent – y compris des pays européens comme le nôtre. La France a aujourd'hui des relations privilégiées avec cinq des pays principaux concernant le conflit Libyen : l'Algérie, le Qatar, l'Arabie Saoudite, l'Egypte et la Turquie. Ces pays peuvent peser sur les événements et sur les hommes. En raison des relations privilégiées que nous entretenons avec eux, il aurait été autrement plus aisé d'intervenir que de se lancer dans un marathon diplomatique qui ne finira pas sur une coalition internationale. Nous aurions pu le faire avec la Libye. Le Président de la République à tout y gagner : du prestige diplomatique et une aura politique. En outre, tout le monde le réclame : l'interview du Premier ministre Algérien du monde de ce week-end en témoigne. A ses yeux, DAESH en Libye est une "menace bien plus grande que DAESH en Syrie".

Boko Haram a fait allégeance à l'Etat Islamique, il y a quelques mois, à la fin de l'été. De façon un peu cynique, on pourrait d'ailleurs parler de marketing : sur le marché international du terrorisme, il est plus porteur de s'aligner sur la bannière de l'EI que sous celle d'Al-Qaeda, clairement en perte de vitesse aujourd'hui. Boko Haram, très présent en Afrique centrale et en Afrique de l'est, commence à réaliser des attentats au Cameroun, au Tchad… Ils deviennent également une organisation terroriste dangereuse pour la stabilité de pays et d'Etats dès le départ très fragiles, parce que les institutions ne sont pas légitimes, ni posées sur le scrutin et la légitimité populaire. On retrouve une situation d'instabilité que les organisations terroristes savent exploiter. Elles s'attaquent d'abord au plus faibles, puis tentent de s'implanter dans des pays plus solides, comme on a pu le constater en Algérie, en Tunisie, au Nigéria… Il y a des résistances, mais on peut se contenter de ripostes militaires : sans solution politique, rien ne se règlera sur la durée.

Comment les pays frontaliers de la Libye réagissent à la situation libyenne ? L'Egypte, la Tunisie, l'Algérie parviennent-elle à se protéger d'un potentiel foyer d'infection ?

Il y a différents niveaux. Commençons par le plus tragique : la Tunisie. Nous savons depuis le 24 novembre tout le mal qu'elle a à lutter contre le terrorisme. Elle n'est pas formée, pas préparée à lutter contre. Un groupe terroriste se trouve dans l'est du territoire tunisien, dans la montagne Djebel Chambi. Ils y sont depuis près de trois ans et comptent un peu moins de 200 membres. L'armée tunisienne ne parvient pas à les déloger. Il existe, pour la Tunisie, un vrai problème à assurer son territoire, sa propre sécurité.

L'Algérie et l'Egypte sont deux géants lourdement armés. La première a acquis une certaine expérience dans la lutte contre le terrorisme et a infiltré à peu près tous les mouvements terroristes dans les régions du Maghreb, du Sahel et même au-delà. Les Algériens arrivent à faire face pour l'heure. Pour autant, il n'existe pas de sécurité absolue, et ils seront un jour ou l'autre confrontés à la menace. Personne ne peut se dire à l'abri ; il n'y a plus de sanctuaire.

Enfin, l'Egypte, a clairement déclaré la guerre à DAESH. Le groupe terroriste est présent sur son territoire, représenté par les bédouins qui ont fait sécession face à l'autorité du Caire et sont désormais installés dans le Sinaï. Ils ont abattu un avion de ligne Russe et fait allégeance à DAESH. L'Egypte a déclaré la guerre aux frères musulmans mais s'est retrouvée confrontée à l'EI à partir du coup d'état de 2013.  Son plus gros problème aujourd'hui, c'est l'implantation de DAESH en Libye, tout prêt de la frontière égyptienne. L'aviation égyptienne a d'ores et déjà bombardé l'EI sur le sol Libyen, violant de facto la souveraineté du pays. Néanmoins, les égyptiens y voyant une question de sécurité n'ont pas hésité.

Si, d'un côté, on a la "petite" Tunisie qui ne parvient pas à faire face, de l'autre on a donc deux géants, armés, aguerris, expérimentés, mais confrontés au terrorisme depuis très longtemps. Depuis 1993 pour l'Algérie et au moins depuis l'assassinat du Président Anouar el-Sadate.

Que sont devenues les armes abandonnées par le régime Kadhafi ? Finalement, la Libye ne représente-t-elle pas un danger plus grand que la Syrie pour l'Occident ? Comment apaiser la situation ?

L'arsenal militaire est considérable. J'ai eu l'occasion de me rendre en Libye après la chute de Kadhafi et j'ai vu des armes en circulations, ou prêtes à l'emploi dans des hangars immenses en dehors de Tripoli. C'était bondé d'armes et tout le monde est venu se servir. Aujourd'hui, ces armes sont disséminées dans l'ensemble du Maghreb, une grande partie du Sahel, mais également de l'Afrique. Tout le monde est armé, désormais.

Quant à savoir si le danger est réel pour nous, c'est indéniable : la Libye est tout près, sur nos côtes. L'arrivée des réfugiés se fait toujours par Malte ou la Sicile, l'Italie. Parmi les gens qui partent n'y a-t-il pas des terroristes potentiels, qui attendent d'être "activés" pour commettre leurs méfaits ? Il y a évidemment un danger et cela nous ramène à ce que je disais tout à l'heure : pourquoi ne fait-on rien ? Pourquoi l'Italie, la France et la Grèce ne demandent-elles pas de concert une résolution à l'ONU pour mettre en place un blocus sur les côtes Libyennes ? D'une part pour éviter la sortie du pétrole et son arrivée sur le marché international, qui viendra nourrir financièrement l'EI, et d'autre part pour éviter que les réfugiés (qui sont de véritables victimes) ne soient utilisés par DAESH ou tout autre groupe. Pourquoi des pays européens concernés au premier chef ne réagissent-ils pas ? Il est urgent de porter une initiative diplomatique qui permettra de traiter le problème sur le fond et parvenir à un compromis politique entre les gouvernements de Tobrouk et de Tripoli. Il serait tragique que nous attendions d'être victimes d'un nouvel attentat avant d'agir à ce niveau. Il est impératif de traiter ce problème en parallèle aux opérations menées en Syrie. Géographiquement, la Libye est bien plus proche que la Syrie et si les situations sont difficilement comparables, cela en fait de facto un danger à considérer.

Propos recueillis par Vincent Nahan

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langue de pivert
- 27/11/2015 - 11:53
@zouk ☺
Ah bon ? Pouvez-vous être plus précis ?
cloette
- 27/11/2015 - 05:53
hé bé
On est mal barré !
zouk
- 26/11/2015 - 19:48
Libye
Pourquoi diable Sarkozy a-t-il suivi BHL dans son appel? Volonté de faire également preuve de politique moralisante comme les bobos et intellectuels (de gauche comme il se doit) rêvaient de chasser Khadafi afin que l'aube radieuse de la démocratie se lève sur la Lybie. Résultat le pays est en proie aux rivalités de bandes armées et d'idéologies uniformément violentes, et en prime les énormes stocks d'armes approvisionnent tous les djihadistes de diverses nuances au Sahel, en Tunisie, dans l'extrème Sud algérien. Est-ce bien ce que nous voulions? Langue de pivert est étrangement mal informé, ou chargé d'ajouter encore un peu plus de confusion? Et d'une grossièreté fort mal venue.