En direct
Best of
Best of du 3 au 9 août
En direct
Perfide Albion

Pourquoi les Anglais font capoter la réforme des traités européens à 27...

Publié le 09 décembre 2011
Le Premier ministre britannique David Cameron a posé son veto à un projet de changement des traités européens. Loin de saboter les projets d'intégration de l'UE, ce dernier cherchait à préserver les intérêts économiques de la Grande-Bretagne et avant tout à contenir l’euroscepticisme non dissimulé du Parti conservateur.
Sophie Pedder est Chef du bureau de The Economist à Paris depuis 2003. Elle est l'auteur de Le déni français aux éditions JC Lattès.  
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Sophie Pedder
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Sophie Pedder est Chef du bureau de The Economist à Paris depuis 2003. Elle est l'auteur de Le déni français aux éditions JC Lattès.  
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Le Premier ministre britannique David Cameron a posé son veto à un projet de changement des traités européens. Loin de saboter les projets d'intégration de l'UE, ce dernier cherchait à préserver les intérêts économiques de la Grande-Bretagne et avant tout à contenir l’euroscepticisme non dissimulé du Parti conservateur.

Atlantico : La réforme des traités portée par le couple franco-allemand débouche sur plus d’intégration européenne. L’Angleterre a usé de son veto pour bloquer un accord à 27. Pour quelle raison ?

Sophie Pedder : Bien que les Allemands aient insisté pour que ce soit un traité à 27 et non à 17, il y a eu un problème. Le Premier ministre britannique, David Cameron, a clairement précisé qu'il ne tolérait pas que la réforme des traités européens puisse porter atteinte aux intérêts de la City de Londres. Il a donc posé son veto.

Il s’inquiétait notamment de la perte des protections dont bénéficie la City de Londres. Les 26 s’efforçant par exemple d’imposer une taxe sur les transactions financières, à laquelle la Grande-Bretagne est évidemment farouchement opposée.

Ce qui semblait le plus probable s'est donc réalisé, et les 17 ont procédé à un nouveau traité au sein de la seule zone euro, pour contourner le veto britannique.

Au-delà du nouveau traité à 17, quelles contre-parties exige le Parti conservateur britannique ?

Il faut comprendre la problématique posée à David Cameron. Et pour cela, il convient de se pencher sur la politique intérieure en Grande-Bretagne.

David Cameron est certes eurosceptique, mais il gère un parti qui est encore plus eurosceptique que lui. Il y a quelques semaines, des députés du Parti conservateur ont proposé une motion devant le Parlement, proposant un référendum sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Pour couper court à ce vote, et ne pas encourager les poussées nationalistes en Grande-Bretagne, le Premier ministre britannique s'est allié au vote des députés travaillistes. Il était donc dépendant des forces de l’opposition pour contrer un référendum eurosceptique, engagé par son propre parti... Il se retrouve dans une situation très difficile.

De plus, la mouvance eurosceptique au sein du Parti conservateur constitue une minorité très puissante. En plus de la protection des avantages dont bénéficie actuellement la City de Londres, ils souhaitent que la Grande-Bretagne obtienne le rapatriement de certains pouvoirs. S’opposer à une intégration fiscale qui pourrait menacer la Grande-Bretagne, n'est finalement qu'un prétexte pour soulever de nouveaux obstacles quant à la progression de l'intégration européenne.

Pour toutes ces raisons, David Cameron apparaît aux yeux des européens comme quelqu’un qui essaie de saboter un projet de traité. Mais le contexte politique intérieur britannique le contraint à agir de la sorte, puisque l’actuel gouvernement conservateur est encore plus eurosceptique que celui de Margaret Thatcher. A l’époque de Margaret Thatcher, le Conseil des ministres comptait une poignée de ministres assez pro-européens... aujourd'hui, il n'y en a plus qu’un !
 

Il semble toutefois assez peu probable que le couple franco-allemand cède aux caprices britanniques. Dans ces conditions, l’Angleterre pourrait-elle envisager une sortie de l'Union européenne au profit de sa relation avec les États-Unis ?

Pas du tout. Je pense que les Allemands et les Français ménageront les Britanniques. Par exemple, Nicolas Sarkozy avait lui-même évoqué l’idée d’un accord sous une forme proche de la convention de Schengen, qui concernerait seulement certains pays de l’Union européenne. Et cela s'est évidemment produit.

Quant à la relation de la Grande-Bretagne aux États-Unis, c'est une vieille histoire... Reste que si cette relation est historiquement très forte, les Britanniques ne souhaitent pas réaffirmer leurs rapports avec les Américains.


En définitive, ce que souhaite la Grande-Bretagne, c'est jouir des avantages européens mais pas des inconvénients.

Ce n’est pas nouveau, la Grande-Bretagne a toujours souhaité cela. L’élément qu’elle valorise le plus dans l’Union européenne, c’est le marché unique et le libre-échange, mais pas l’intégration. L'usage régulier de leur droit de veto est là pour en témoigner.

Quel futur pour les relations de la Grande-Bretagne à l'Union européenne ?

L’enjeu actuel pour la Grande-Bretagne, c’est la perte de son influence au sein de l’UE sur les questions d’économie et de finance. Les Britanniques se retrouvent aujourd'hui marginalisés dans la prise de décisions.

Ils s’en sont rendus compte très récemment, mais restent dépassés par les événements. Le voyage tardif de David Cameron à Berlin et Paris en témoigne.

La Grande-Bretagne doit donc relever le défi, et se battre contre cette perte d’influence. L’enjeu aujourd’hui, ce n’est pas la sortie de l’Union européenne, mais la prise de conscience du risque de l’évolution d’une Europe à 17.

Propos recueillis par Franck Michel

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

02.

Crise de foie, 5 fruits et légumes : petit inventaire de ces fausses idées reçues en nutrition

03.

Quand Isabelle (Saporta) trompe Yannick (Jadot) avec Gaspard (Gantzer) et que le vrai cocu s'appelle David (Belliard)

04.

Jean-Bernard Lévy, celui qui doit faire d’EDF le champion du monde de l’énergie propre et renouvelable après un siècle d’histoire

05.

La fin des Bisounours : les experts en marketing découvrent que plus d’un Français sur deux avoue une attirance pour « les méchants »

06.

Record de distribution des dividendes : ces grossières erreurs d'interprétation qui expliquent la levée de bouclier

07.

Manger du pain fait grossir : petit inventaire de ces contre-vérités en médecine et santé

01.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

02.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

03.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

04.

Crise de foie, 5 fruits et légumes : petit inventaire de ces fausses idées reçues en nutrition

05.

Manger du pain fait grossir : petit inventaire de ces contre-vérités en médecine et santé

06.

La saga du Club Med : comment le Club Med résiste à la crise chinoise

01.

Ces quatre pièges qui pourraient bien perturber la rentrée d'Emmanuel Macron (et la botte secrète du Président)

02.

"Une part d'Afrique en elle" : petit voyage dans les méandres de la conception macronienne de la nation

03.

Record de distribution des dividendes : ces grossières erreurs d'interprétation qui expliquent la levée de bouclier

04.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

05.

Un été tranquille ? Pourquoi Emmanuel Macron ne devrait pas se fier à ce (relatif) calme apparent

06.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

Commentaires (31)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
Rhytton
- 14/12/2011 - 09:45
Les Tories dans un complot que les Gaullistes ne peuvent imiter?
Les Tories du Commonwealth se donnant la main, ont-ils un plan d'action concerte pour la ruine de ses concurrents et pour le benefice de ses supporters? Rotschild a reconquis les USA grace a Wilson. Au Canada, la francophonie recule a cause du Bloc mais surtout de Harper, qui a aussi retire son pays du protocole de Kyoto; Kagame au Rwanda officialise l'Anglais a la place du Francais. How bizarre!
Rhytton
- 14/12/2011 - 09:29
@Bishop: Plus de conflit depuis 1815?
Fachoda est une crise serieuse, mystificateur! Perdre une guerre donne-t-il le droit de choisir ce qu'on va garder? Balivernes! Entre des iles et "quelques arpents de neige" (reflet a l'epoque de l'ignorance d'une opinion manipulatrice, anglophile et minoritaire comme vous aujourd'hui) qui n'ont pas paru plus essentiels que la Louisiane... qu'aucun en France ne regrette plus que l'Indochine!
LeditGaga
- 12/12/2011 - 09:19
@Sophie Pedder
Bravo pour le titre, il fallait l'oser, mais le jeu de mot est basé sur un malentendu, la capote ne serait finalement pas d'origine anglaise. Et bravo à Ankou qui semble avoir relevé ce clin d'œil !
Pour finir, vive les "Grands Bretons" qui sont moins nuls que nous, même si leur accent est tout pourri !