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Natacha Polony : ce que révèle la réaction de ceux qui n'ont pas condamné les attentats de Charlie Hebdo sur l'état de la France
Publié le 26 octobre 2015
Après les attentats de janvier 2015, 4 millions de Français ont défilé sous le slogan "Nous sommes la France". Mais qui sont ce "nous" et cette France ? Il est essentiel d'affirmer ce qui nous rassemble, au-delà des diversités, à travers la France et la République, pour ne pas voir les fractures se creuser et les plaies s'infecter. Extrait de "Nous sommes la France", de Natacha Polony, publié aux éditions Plon (2/2).
Natacha Polony est directrice de la rédaction de Marianne et essayiste. Elle a publié Ce pays qu’on abat. Chroniques 2009-2014 (Plon) et Changer la vie (éditions de L'Observatoire, 2017).
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Après les attentats de janvier 2015, 4 millions de Français ont défilé sous le slogan "Nous sommes la France". Mais qui sont ce "nous" et cette France ? Il est essentiel d'affirmer ce qui nous rassemble, au-delà des diversités, à travers la France et la République, pour ne pas voir les fractures se creuser et les plaies s'infecter. Extrait de "Nous sommes la France", de Natacha Polony, publié aux éditions Plon (2/2).

Dans le numéro de Charlie Hebdo paru le mercredi suivant la tuerie, le 14 janvier 2015, Gérard Biard signait un éditorial qui a fait beaucoup moins de bruit que la « une » de Luz. Un éditorial que bien peu de médias ont commenté, tant il répondait par avance à tous ceux qui déjà reprenaient leurs bonnes vieilles habitudes. Il s’intitulait « Est-ce qu’il y aura encore des “oui, mais” ? » « Ces dernières années, écrivait le rédacteur en chef de Charlie, nous nous sommes sentis un peu seuls, à tenter de repousser à coups de crayon les saloperies franches et les finasseries pseudo-intellectuelles qu’on nous jetait au visage, et au visage de nos amis qui défendaient fermement la laïcité : islamophobes, christianophobes, provocateurs, irresponsables, jeteurs d’huile sur le feu, racistes, vous-l’avez-bien-cherché… Oui, nous condamnons le terrorisme, mais. Oui, menacer de mort des dessinateurs, ce n’est pas bien, mais. Oui, incendier un journal, c’est mal, mais. » Il exprimait alors un voeu, qui n’a malheureusement pas été exaucé : « […] nous allons espérer qu’à partir de ce 7 janvier 2015 la défense ferme de la laïcité va aller de soi pour tout le monde, qu’on va enfin cesser, par posture, par calcul électoral ou par lâcheté, de légitimer ou même de tolérer le communautarisme et le relativisme culturel, qui n’ouvrent la voie qu’à une seule chose : le totalitarisme religieux. Oui, le conflit israélo-palestinien est une réalité, oui, la géopolitique internationale est une succession de manoeuvres et de coups fourrés, oui, la situation sociale des, comme on dit, “populations d’origine musulmane” en France est profondément injuste, oui, le racisme et les discriminations doivent être combattus sans relâche. Il existe heureusement plusieurs outils pour tenter de résoudre ces graves problèmes, mais ils sont tous inopérants s’il en manque un : la laïcité. Pas la laïcité positive, pas la laïcité inclusive, pas la laïcité-je-ne-sais-quoi, la laïcité, point final. »

>>>>>>> A lire également : Natacha Polony : "Nous sommes la France", mais qui est ce "nous" ?

Non, il n’a pas été exaucé. Et les « oui, mais » se sont multipliés. Ceux, bien sûr, des « gens raisonnables » qui estiment qu’il « ne faut pas jeter de l’huile sur le feu », ceux des contempteurs de l’« islamophobie » française qui ont voulu faire de Charlie Hebdo un journal raciste. On les a entendus, on les a lus. Mais si l’on veut dresser un état des lieux lucides, si l’on veut se donner les moyens de comprendre quelles sont les forces qui travaillent le pays en profondeur, alors, c’est vers tous les autres qu’il faut se tourner. Le traumatisme des attentats de janvier 2015 est immense parce qu’il a fait découvrir à la France qu’elle pouvait voir certains de ses enfants, des jeunes grandis, certes dans un foyer, mais en Corrèze, entre Treignac et Brive-la-Gaillarde, tuer à l’arme de guerre des dessinateurs gentiment bouffeurs de curés. Mais le traumatisme vient aussi de ce que nombre de Français musulmans ont, certes, condamné les attentats, mais… Dans ce « mais » s’incarnent les incompréhensions et les peurs qui fracturent la communauté nationale. Non pas qu’il faille faire de Charlie Hebdo une icône intouchable, interdisant tout débat sur des sujets aussi cruciaux que la laïcité ou l’émergence d’un islam de France. Il faut au contraire, et plus que jamais, débattre. Mais débattre entre gens qui se comprennent, qui parlent le même langage, emploient des concepts communs. Or, ce qu’ont révélé avec la lumière la plus crue les attentats, c’est que ces notions qui semblaient évidentes à une partie des Français, l’idée que l’on puisse librement critiquer, voire railler une religion, l’idée que le sacré ne vaut que pour les croyants, ne le sont en fait pas du tout.

On ne parle pas de ceux qui ont justifié, de ceux qui se sont réjouis. Des jeunes gens comme cette élève citée dans Le Point par une enseignante et qui assène, très calme, le lendemain de la tuerie : « « Madame, on ne va pas se laisser insulter par un dessin du Prophète, c’est normal qu’on se venge. » En 2015 ! On parle de tous ceux qui ont condamné sans dire vraiment jusqu’où allait cette condamnation. Il y a bien sûr les provocateurs et les militants. Ceux qui osent dire plus ou moins ouvertement qu’après tout « ils l’ont bien cherché ». Le panel est large, du rappeur Booba jouant les gros bras pour disserter sur les rapports de force dans une société fantasmée comme une jungle – « quand on joue avec le feu, on se brûle » – jusqu’au pape François, nouvelle idole d’un monde qui n’aime jamais tant l’Eglise catholique que quand elle fait oublier les fondamentaux d’une religion monothéiste pour complaire à la modernité compassionnelle – « Si un grand ami parle mal de ma mère, il doit s’attendre à recevoir un coup de poing dans la figure… » – en passant par Virginie Despentes. On se souvient de ces rappeurs qui, en 2013, appelaient dans l’indifférence générale à « un autodafé contre ces chiens de Charlie Hebdo ». Le 1er janvier 2015, encore, le rappeur Médine mettait en ligne une chanson « Don’t laïk », où il appelait à une « fatwa pour les cons ». « Crucifions les laïcards », disait-il. Tous ceux-là ont condamné les attentats, parce qu’il ne faut pas se laisser aller à la violence, parce que la liberté d’expression est une valeur

fondamentale… Et puis, immanquablement, derrière ce discours qui sonnait comme une introduction en forme de figure imposée, le fameux « mais ». Mais ils n’auraient pas dû provoquer. Mais il ne faut pas représenter le Prophète. Mais ils ont insulté l’islam…

Extrait de "Nous sommes la France", de Natacha Polony, publié aux éditions Plon, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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Kaliste
- 25/10/2015 - 22:38
Une tuerie injustifiable
On a beau ne pas aimer Charlie et encore moins être Charlie, les assassinat sont injustifiables et inexcusables. Les "mais" ne signifient pas forcément un début de justification. Sans justifier, on n'est pas obligé de suivre l'injonction d'être Charlie, non ? Manifester contre les terroristes, oui. manifester pour la liberté d'expression, oui. Manifester pour être Charlie, non. Je n'ai pas été manifester.
Kaliste
- 25/10/2015 - 22:34
Charlie par obligation
Charlie par obligation puisqu'on a plus le droit de dire que l'humour de charlie était déplaisant, vulgaire et injurieux.
cloette
- 25/10/2015 - 14:36
Les caricatures
peuvent être dangereuses , j'ai toujours préféré le canard enchaîné à Charlie Hebdo , l'humour et les caricatures y sont insolentes jamais vulgaires .