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Nicolas Sarkozy (ici de dos) travaille secrètement sur son programme.
Secret défense
L'étau ? Comment Nicolas Sarkozy tente d'enfermer les autres candidats à la primaire dans un programme commun tout en préparant le sien
Publié le 16 octobre 2015
Le 5 novembre prochain, les militants Républicains seront consultés sur les questions de sécurité. Mais tout en travaillant sur le programme commun qui, l'espère-t-il, engagera les candidats aux primaires, Nicolas Sarkozy réfléchit à son propre corpus idéologique.
Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande,...
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Le 5 novembre prochain, les militants Républicains seront consultés sur les questions de sécurité. Mais tout en travaillant sur le programme commun qui, l'espère-t-il, engagera les candidats aux primaires, Nicolas Sarkozy réfléchit à son propre corpus idéologique.

Le jour n’est pas encore levé lorsqu’ils arrivent au siège du parti. Les uns après les autres, ils passent le sas d’entrée sous l’œil vigilent du service de sécurité et s’engouffrent dans l’ascenseur de l’ancien garage de la rue de Vaugirard. Ils sont une poignée de hauts fonctionnaires à faire régulièrement le détour d’avant d’aller travailler, à sacrifier une heure ou deux de leur temps pour plancher ensemble sur le futur programme de Nicolas Sarkozy. Car à l’instar d’Alain Juppé, de Bruno Le Maire ou de François Fillon, mais dans le plus grand secret, l’ancien Président prépare sa future candidature aux primaires. Tout en donnant la priorité aux élections régionales, en allant chaque semaine soutenir les candidats sur le terrain, il a, lui aussi, une équipe qui s’occupe de son propre avenir. Les moyens sont modestes, rien à voir avec 2012 ou même 2007, mais les choses avancent.

 

Outre ses fidèles hauts fonctionnaires, il voit régulièrement un certain nombre de grands témoins comme Édouard Balladur avec qui il est resté fâché jusqu’à l’été. Son cher Édouard lui reprochait, en effet, de comparer sa rivalité avec Alain Juppé à celle que lui-même entretenait avec Jacques Chirac, sous entendant que... les plus âgés perdent toujours à la fin. Mais depuis la rentrée, l’ancien Premier ministre a décidé de passer l’éponge et les deux hommes se rencontrent tous les 15 jours pour réfléchir ensemble. Édouard Balladur conseille à Nicolas Sarkozy de décliner un libéralisme tempéré et intelligent mais le patron de la rue de Vaugirard écoute d'une oreille parfois distraite et, accompagné par le banquier Sébastien Proto et un petit staff de proches, n'en fait qu'à sa tête. « Il est très décidé, très organisé et extrêmement stratégique », constatait récemment un autre ancien premier ministre que Nicolas Sarkozy a vu récemment.

 

Mais le Président des Républicains rechigne à trop en dire et préfère, pour l’instant, jeter un voile pudique sur cet aspect de son travail. L’heure n’est pas à la campagne des primaires mais à l’union pour préparer les régionales. C’est ce que veulent les militants, il en a donc fait son credo, dénonçant l’attitude de ses concurrents qui, selon lui, font passer leur ambition et leur ego avant les futures échéances électorales et l’unité de la famille. Nicolas Sarkozy, lui, entend mettre en avant son travail pour élaborer un programme commun pour sa famille politique qui, affirme-t-il, devra servir de cadre à tous les candidats à la primaires. Pour se faire, il a souhaité associer un maximum d’élus afin de légitimer ce travail. Avant l’été, Eric Woerth qui est chargé de l’élaboration du projet, a donc demandé aux secrétaires nationaux d’installer des groupes de travail thématiques composés d’experts. Sur les questions de santé, par exemple, des syndicats de médecins, des directeurs d’hôpitaux, des spécialistes de l’industrie pharmaceutique ont été sollicités.

 

Quinze groupes se réunissent ainsi toutes les semaines et produisent des notes de synthèse qui visent à faire émerger 5 ou 6 mesures à prendre afin de jeter les bases, selon l’entourage de l’ancien chef de l’État, d’un « programme présidentiel ». Ce travail de fourmi a déjà donné lieu à deux conventions à l’issue desquelles les militants ont été sollicités par référendum : une convention sur l’immigration puis un autre sur le code du travail.

 

Le 3 novembre, se tiendra une nouvelle réunion, cette fois sur le thème de la sécurité. Elle devra répondre à un certain nombre de questions posées par l’ancien chef de l’État : quelles sont les missions de la police et de la gendarmerie, quelles complémentarités pour que l’offre proposée aux citoyens soit plus satisfaisante ? Comment faire pour que l’on passe d’une justice virtuelle qui prononce des peines qui ne sont jamais exécutées à une justice réelle ? Quel périmètre pour le ministère de la Justice et celui de l’Intérieur ? Ce qui, toujours selon Nicolas Sarkozy, pose la question de Vigipirate. Le plan de lutte contre le terrorisme doit-il être géré par des militaires ou par des civils, ce qui permettrait d’envoyer les militaires en opération extérieure ? A l’issue de cette convention, un certain nombre de propositions seront à nouveau soumises aux militants.

 

Le 18 novembre, une convention sur l’agriculture et la ruralité puis le 25 novembre une nouvelle session sur la fiscalité seront à nouveau l'occasion d'un référendum interne. Après les élections régionales les thématiques Éducation, Justice, Défense et Europe seront abordées mais sur un mode différent.

 

L’opération vise à re-fidéliser des militants échaudés par les guerres internes, les campagnes à répétition et l’absence de travail de fond. De plus, en appliquant à son propre parti les propositions faites depuis 2012 sur le référendum, Nicolas Sarkozy espère démontrer qu’il y croit vraiment et que, s’il est réélu, il appliquera à la France entière ce qu’il a su faire chez Les Républicains. Mais il s’agit, avant toute chose, de montrer que les propositions de l’ancien Président sont largement majoritaires chez les militants et de braquer les projecteurs sur les faiblesses de ses concurrents. Même pas mal, répond, avec morgue, le camps d'en face. Alain Juppé assure que son électorat à lui, est bien plus large que le simple socle des militants Républicains. Même son de cloche chez Bruno Le Maire où on explique : « le candidat à l’élection présidentielle ne sera pas élu avec 150 000 voix mais avec 2 millions, c’est très différent ». Entendez, les militants ne pèseront pas grand-chose lors de la consultation de novembre 2016.

Enfin, ce programme aurait, selon Nicolas Sarkozy, une troisième vertu : éviter l’implosion. Si l’ancien Président souhaite l'imposer à ses concurrents c'est, selon lui, pour limiter les risques de division lors de la campagne. « Nous essayons de construire un socle consensuel dans lequel une majorité de militants se retrouve, c’est pour ça que nous le soumettons au vote, explique un proche de l’ancien chef de l’État qui ajoute : les candidats Républicains doivent être en inter-phase avec eux sinon ils n’ont rien à faire dans le parti. Si on n’est pas dans la ligne, on sort du parti ».

 

Une démarche d'union qui a aussi le mérite de lier les mains des autres candidats et de transformer les primaires en concours de beauté d'un intérêt assez limité. « Ce qui rendra la campagne passionnante ça n’est pas que la comparaison de l’âge des concurrents ou de la couleur de leur cravate mais le débat d’idée », souligne-t-on chez Bruno Le Maire. Reste que ces arguments sont insuffisants pour rester au dehors d’un travail de fond qui concerne leur propre parti politique. D’ailleurs, les équipes de Nicolas Sarkozy commencent à pointer du doigt les incohérences des autres candidats : « Ils peuvent venir, tout est ouvert, tout le monde peut prendre la parole en table ronde. Eric Woerth les a tous appelé et leur a proposé ».

 

Du coup, chez Alain Juppé, on s’interroge : « on pourrait, en effet, faire bouger les lignes mais on court le risque d’être systématiquement mis en minorité ». En revanche, un membre de l’équipe de Bruno Le maire, participera à la convention sur l’agriculture. L’équipe de l’ancien ministre relativise cependant l’intérêt de ce travail collectif. « Il est important qu’un parti travaille, réfléchisse, mais Bruno est bien placé pour savoir ce que devient un programme une fois le candidat investi. C’est lui qui a écrit celui de Nicolas Sarkozy qui ne l’a jamais utilisé, aujourd’hui c’est François Fillon qui le recycle dans son propre programme ».

 

Les autres candidats ayant donc quasiment déserté le champ de bataille, le programme des Républicains est en train de devenir celui de Nicolas Sarkozy qui, sur chaque sujet, à son mot à dire. « Il pose un cadrage, explique un membre du staff. Il a une grande expérience de la vie politique, il a passé 5 ans à l’Élysée, il a donc déjà eu à traiter toutes ces questions. Par exemple, sur la fiscalité, c’est lui qui a imposé les pistes, disant : je veux que les contrôles fiscaux avantagent les usagers », nous derrière on fait le travail technique, on étudie la faisabilité, on regarde ce qui se fait en la matière à l’étranger ».

 

L’ancien chef de l’État trouve aussi l'inspiration lors de ses voyages en province. Ainsi, lors d’un déplacement dans le Nord, il a visité Beck Industrie. Un fabriquant de boulons dont la patronne, Karine Charbonnier, avait été opposée à François Hollande lors d’un débat télévisé en novembre 2014. Karine Charbonnier explique alors à Nicolas Sarkozy que si le dialogue social est ainsi bloqué en France c'est, selon elle, parce que le premier tour des élections professionnelles est réservé aux membres syndiqués du personnel. Le patron de Républicains a pris bonne note et a proposé, dans le cadre de la convention sur le code du travail, de réformer le premier tour des élections professionnelles. Une proposition approuvée par 91,52% des militants.

 

Un programme -commun fait sur mesure par et pour Nicolas Sarkozy mais qui présente l’inconvénient majeur d’être rendu public un an avant la campagne. Exit l’effet de surprise. C’est pourquoi, une petite équipe œuvre, dans l’ombre, à quelques propositions plus personnelles que le candidat pourra dégainer le moment venu, en plein cœur de la campagne. L’ancien chef de l’État réfléchit notamment aux institutions avec Henri Guaino et aux questions de politique étrangère avec Dominique de Villepin. Et si certains pensent, et son cher Édouard en est la preuve, que l'« on ne gagne pas sur un programme mais, explique un conseiller électoral, en étant un bon stratège. On gagne grâce à des coups bas et des slogans : la fracture sociale, c’est un slogan. Mon ennemi, c’est la finance, aussi. Ceux qui ont fait campagne sur un programme, Raymond Barre, Lionel Jospin ou Édouard Balladur n’ont pas dépassé les 18%. C’est pour ça que Nicolas Sarkozy passe son temps à verrouiller le parti, il sait que c’est la clé du succès ».

 

Nicolas Sarkozy, lui, a décidé de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. D'autant que, si l’on en croit les succès de librairie des livres-programme d'Alain Juppé et de François Fillon mais aussi des consultations internes organisées par Nicolas Sarkozy, 53 000 participants pour la première sur l’immigration ,42 00 pour la seconde sur le code du travail, les temps sont peut-être en train de changer.

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raslacoiffe
- 13/10/2015 - 11:00
Me BERTRAND en progrès apparemment...
Pour une fois l'article est bien écrit et construit. Même le tacle antisarko est plus subtil. Ne brûlez pas trop vite les étapes Me Bertrand car certains ont déjà le pied à fond sur l'accélérateur et risquent de n'avoir rapidement plus rien sous la pédale en 2016.