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Surprise : le sondage qui révèle un profond désir d’Europe (et à côté duquel passent totalement les hommes politiques européens)

Publié le 28 août 2015
Avec l'émergence des partis populistes dans plusieurs Etats membres, la défiance à l'égard de l'Union semblait grandissante. Mais l'analyse de plusieurs signaux montre au contraire une demande forte d'Europe, plus puissante, sociale et pragmatique... Ce que la configuration actuelle n'est pas en mesure d'offrir.
Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017)...
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Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.
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Avec l'émergence des partis populistes dans plusieurs Etats membres, la défiance à l'égard de l'Union semblait grandissante. Mais l'analyse de plusieurs signaux montre au contraire une demande forte d'Europe, plus puissante, sociale et pragmatique... Ce que la configuration actuelle n'est pas en mesure d'offrir.

Atlantico : Selon un sondage exclusif pour Atlantico publié aujourd'hui, une majorité de Français ne croient pas aux solutions nationales pour la gestion de la crise des migrants. Pour 70% d'entre-eux, c'est au niveau des instances européennes, "de manière collective" que cette question pourra être traitée efficacement. Dans quelle mesure peut-on en déduire, plus largement, qu'il pourrait exister une forte demande d'Europe de la part de la population, demande à laquelle l'Europe, dans sa forme actuelle, est incapable de répondre ?

Christophe de Voogd : Je ne suis pas vraiment surpris par la réponse des Français à votre sondage, sauf peut-être par son ampleur : plusieurs indicateurs donnés par les eurobaromètres successifs vont dans le même sens ; il y a bien plus d’attente d’Europe que l’on ne dit sans cesse, vu la mode eurosceptique qui fait rage actuellement dans les médias et chez beaucoup d’hommes politiques. 61% des Français se sentent européens et presque autant considèrent que le pays serait dans une pire situation sans l’Europe. Quant au sujet particulier de l’immigration, il est identifié comme le premier défi de l’UE par nos compatriotes. Ceci dit, il ne faut absolument pas tomber dans la moindre "europhorie" : la confiance dans l’Europe s’est écroulée depuis 10 ans et son image est sérieusement entamée : bureaucratie, complexité, coût inefficacité, lui sont reprochés par une écrasante majorité. Et la France est l’un des pays, avec ceux de l’Europe du sud, qui a le plus perdu foi en l’Europe dans la dernière décennie.

Comment concilier ces deux phénomènes contradictoires : attente d’un côté, méfiance de l’autre ? D’une part en se rappelant que la désaffection à l’égard de l’Europe n’est qu’un aspect d’une crise bien plus vaste de la représentation politique : il est ainsi frappant de voir en France, mais aussi dans de nombreux autres pays, que l’image des institutions nationales est encore pire que celle de l’Union. Mais surtout les Français, comme la plupart des Européens au demeurant, sont devenus des europragmatiques : finis les grands élans "eurolâtres", qui d’ailleurs ne concernaient qu’une certaine élite ; et fini aussi ce que l’on a appelé le "consensus permissif", ce pacte tacite, qui a duré jusqu’à l’euro, par lequel les peuples laissaient les élites s’occuper de l’Europe. On veut désormais des réponses concrètes à des problèmes concrets et à l’échelle qui corresponde aux problèmes en question : mondiale pour le réchauffement climatique, européenne pour les enjeux économiques (d’où l’attachement ultra majoritaire à l’euro), nationale pour la santé ou l’éducation. Les 70% pour un traitement européen des migrations se comprennent ainsi et traduisent, comme le montre clairement le sondage, un phénomène largement transpartisan.

>>> Lire aussi : 70% des Français pensent que l’Europe est l’échelon le plus efficace pour résoudre la crise des migrants

Christophe Bouillaud : Il est bien sûr difficile d’inférer une demande d’Europe de la part des citoyens français à partir d’une seule question dans un sondage. Par contre, au vu d’autres sondages disponibles, comme les Eurobaromètres, on peut admettre l’idée plus générale que, pour une majorité de Français, l’Europe garde une image positive, en particulier quand cette dernière permet de se décharger d’un problème qui parait insoluble au niveau national et quand la question est posée de telle façon que les répondants oublient en quelque sorte la perte de souveraineté  et les coûts pour eux que cela représenterait. Par exemple, si vous demandez aux gens s’ils sont pour ou contre l’Europe de la défense, ils sont plutôt pour ; par contre, si vous demandiez par hypothèse, s’ils sont pour la disparition de l’armée française et son remplacement par une armée européenne dont la langue de travail serait exclusivement l’anglais, vous auriez sans doute des résultats déjà assez différents. Dans le cas présent, les Français sont pour une solution européenne en matière de contrôle des flux migratoires, mais ils n’auraient sans doute pas répondu de même à la question ainsi formulée : "êtes-vous pour ou contre que  la Commission européenne dispose des pleins pouvoirs dans l’Union européenne sur les questions migratoires, jusqu’à pouvoir imposer l’accueil dans les différents pays de l’Union européenne, dont la France, des réfugiés dont elle aura cru bon d’accepter la présence sur le territoire européen, sachant que le coût de l’accueil sera supporté par les impôts des ressortissants des pays d’accueil ?" La formulation que j’ai choisie, longue et réaliste, de la question virtuelle à poser explicite pourquoi en réalité les gouvernements ne tiennent pas trop compte de ce genre de sondages favorables à plus d’intégration européenne. Ces sondages négligent en réalité tous les obstacles réels à surmonter pour créer une politique européenne, qui ne manqueront pas de surgir si l’on veut aller dans cette direction.

Est-ce le signe que les Européens sont en avance sur leurs élites ?

Christophe de Voogd : Je constaterai d’abord que le même pragmatisme est aussi une caractéristique forte au niveau interne : voir la popularité, y compris à gauche, d’un Emmanuel Macron qui justement se définit comme un "pragmatique". Je constate également que ce pragmatisme anime la plupart des opinions européennes : il correspond d’ailleurs à la culture politique dominante du Nord ; mais il gagne même au Sud, comme on le voit avec les courageuses réformes portugaises ou italiennes et l’attachement des Grecs à l’euro, coûte que coûte. D’où le retournement de Tsipras. La crise actuelle de Syriza mais aussi d’EELV –en attendant celle du PS ?- montre bien ce décalage entre une opinion de plus en plus impatiente de résultats, et des élites, surtout à gauche et au FN, encore très idéologiques. Il n’y a guère que le petit monde politico-médiatique qui se passionne, ton solennel et regard soupçonneux à l’appui, pour savoir si telle ou telle mesure, telle ou telle personnalité "est vraiment de gauche" ?

Pour parler comme Max Weber, la population, au moins dans les démocraties les plus anciennes, est bien plus en demande d’éthique de responsabilité que d’éthique de conviction. Seules exceptions : une partie des pays d’Europe centrale au nationalisme virulent comme la Hongrie et l’essentiel des Balkans. A cet égard le fait que seule une très courte majorité du FN (51%) est pour une approche strictement nationale du fait migratoire devrait faire réfléchir Marine Le Pen ; tout comme l’attachement à l’euro d’une majorité, cette fois, de ses électeurs…

Christophe Bouillaud : Sur ce point, l’histoire de la construction européenne montre que ce sont bien les élites, politiques et économiques, qui ont conçu et voulu l’intégration européenne. Les citoyens ont suivi. Et, de fait, lors des dernières années, dès qu’un sujet européen vient sur le devant de la scène, on assiste au succès d’entrepreneurs politiques qui mettent en cause ce choix intégrateur des élites. Il n’y a que de voir la situation au Royaume-Uni, où tous les partis, en dehors des Verts et des indépendantistes écossais, font la course à qui sera le plus hostile à l’immigration intra- et extra-européenne. Ou encore regarder la situation en Hongrie ou en Slovaquie, où l’accueil des réfugiés fait figure de nouvelle invasion des Ottomans ou peu s’en faut. Il existe en fait de très fortes résistances face à l’ensemble des projets d’intégration européenne portés par les élites européennes, économiques, politiques et culturelles.

Celles-ci sont particulièrement présentes dans les classes populaires, mais elles sont de plus en plus présentes dans les classes moyennes. Par ailleurs, les dernières années ont aussi vu se développer des résistances à l’Europe dans sa cruauté économique de la part de gens se sentant par ailleurs parfaitement européens et favorables sur le papier à plus d’intégration européenne. Ce n’est donc pas une question d’avance des Européens sur leurs élites, mais plus fondamentalement du fait que les élites, en particulier celles qui dominent la politique européenne actuellement, ne vont pas dans la direction où, probablement les Européens voudraient aller, à savoir beaucoup plus de protections pour eux-mêmes. Les Européens ne voulaient sans doute pas la mort de l’Etat-Providence que pourtant les élites européennes ont acté après 1989. Comme a dit Mario Draghi, il y a deux trois ans, "le modèle social européen est mort". Je ne suis pas sûr que les Européens se résignent à cette mort-là pour eux et pour leurs enfants. 

Comment cette demande pourrait-elle se traduire dans la pratique ? Quels pourraient être les approfondissements de cette Europe dans sa configuration désirée, et quelle en serait la nature exacte ?

Christophe de Voogd : Ce pragmatisme fixe à la fois les possibilités et les limites d’un tel approfondissement : possibilités évidentes d’un vrai "gouvernement économique européen", à condition que chacun ne le comprenne pas comme l’extension de sa propre culture politique avec ses péchés mignons : "l’harmonisation" est réclamée de tous côtés, mais cela ne peut pas signifier pour nos partenaires, comme le souhaite la France, le matraquage fiscal et l’orgie de la dépense publique pour tous ! Inversement, cela ne peut pas signifier l’extension à tous du modèle allemand, fondé en définitive sur l’éthique protestante, là encore, analysée par Weber, du travail et de l’épargne : que la chancelière actuelle soit une fille de pasteur n’est pas anecdotique...

Le pragmatisme a pour corollaire le compromis et le respect des voies nationales vers un modèle européen de convergence sur lequel en définitive l’immense majorité des pays sont d’accord : économie de marché, liberté de mouvement et de résidence, égalité des opportunités et solidarité sociale en faveur des plus faibles. Les eurobaromètres successifs montrent de façon aussi massive qu’inaperçue un immense consensus sur ces valeurs. Qui font que l’Europe est l’Europe !

Ce qui aussi rend caduque l’éternelle querelle, purement académique, entre "fédéralistes" et "intergouvernementalistes" : L’Europe n’a pas vocation à être une super-nation, ni même une "fédération d’Etats-nations" selon la formule aussi belle que mystérieuse de Delors, mais bien davantage un modèle de civilisation organisé politiquement. L’eurobaromètre nous indique qu’il y a une forte demande d’Europe sur ce point qui passe évidemment par une conscience historique et culturelle commune. Or la culture et l’histoire sont pour l’opinion européenne, selon l’eurobaromètre, les deux vecteurs à privilégier pour l’approfondissement de l’Union. Et le pays qui donne les plus grands scores à ces deux vecteurs n’est autre que …la France. Qui le sait ? Qui le dit ?

Christophe Bouillaud : La chose qui redonnerait à l’Union européenne une légitimité, c’est sans doute sa capacité à vraiment protéger les Européens des aléas de la mondialisation économique. Il se trouve que c’est déjà le discours des autorités européennes : pour prendre un exemple, l’Euro, selon le Gouverneur de la Banque de France Christian Noyer dans un entretien récent avec le Monde, est censé nous avoir protégés de la crise financière et de la crise économique mondiale. Cette affirmation est bien sûr risible vu le niveau de chômage présent dans la zone Euro, et vu la faible croissance de la zone euro depuis 2008. Cette déclaration, indécente "à l’insu de son plein gré", résume tout le problème : l’Union européenne prétend "protéger", mais elle ne protège pas du tout en réalité les plus faibles des Européens, sauf à jouer sur l’argument spécieux du "cela serait pire sans".

Il faut donc pour retrouver de son lustre que l’Union européenne donne la priorité à la défense, réelle et pas seulement verbale ou fictive, des intérêts concrets de ses populations les plus démunies. Il faut pour faire simple que l’Union européenne réinvente un "Etat social" pour le XXIe siècle à son propre niveau. De ce point de vue, le fait que les Slovaques rejettent massivement toute arrivée de réfugiés sur leur sol ne traduit pas tant leur racisme ou leur xénophobie que le fait que cet ex-pays de l’Est a choisi un modèle socio-économique après 1989 qui a totalement sacrifié les protections sociales. C’est certes très bien pour attirer des investisseurs étrangers, dont les firmes automobiles qui y ont trouvé un eldorado du travail pas cher et sans contraintes, mais cela ne rend pas en réalité les gens très heureux et prêts à faire montre de générosité ensuite. 

Même réflexion pour la réaction des Hongrois, qui, par ailleurs, sont des gens pas très peu heureux de leur sort selon les sondages disponibles sur le sujet. La crise migratoire actuelle constitue en fait la conséquence du fait que les Etats européens ont négligé depuis plus d’un quart de siècle de s’assurer que leurs citoyens les plus démunis face à la concurrence européenne et mondiale - que l’Union européenne a encouragé par ailleurs - soient réellement aidés à la supporter ou à la surmonter. Ce n’est ainsi pas un hasard si ce sont des ex-Allemands de l’est qui tentent de brûler les centres d’accueil pour migrants que le gouvernement de Berlin veut installer dans leurs régions. Ce sont aussi les régions d’Allemagne où les gens se déclarent les moins heureux – ce qui est fort logique d’ailleurs vu les forts taux de chômage et le choc durable qu’a été pour ces populations de l’ex-RDA la perte subite de leurs anciennes garanties sociales.

Lors de la guerre d’Algérie, le journaliste Raymond Cartier avait inventé la formule : "la Corrèze avant le Zambèze" pour justifier la décolonisation au nom de la défense des régions pauvres de la métropole. L’Union européenne devrait s’en inspirer : "Valenciennes avant Vientiane" ou "Newcastle-on-Tyne avant Lagos" pourrait être le nouveau slogan, au sens où il faudrait sans doute que les élites économiques et politiques européennes s’intéressent plus à développer le continent dans son entier, au sens géographique et social, plutôt que de jouer la mondialisation à outrance. 

Pour autant, le sujet ne semble pas prioritaire pour les partis politiques, qu'ils soient français ou allemands. Pour quelles raisons sont-ils réticents à l'aborder ? Comment expliquer ce "conservatisme technocratique" ?

Christophe de Voogd : La panne du couple franco-allemand depuis 2012 sera sans doute l’un des grands points noirs qui figurera au bilan de la présidence Hollande. Les bisous sur les perrons officiels ne peuvent donner le change à cette véritable atonie. On la mesure justement à la soit disant "position commune" sur la crise migratoire de cette semaine : on "demande" à la Commission qui n’y peut mais, et dont la France a refusé la proposition de quotas ; on renvoie le problème sur l’Italie et la Grèce qui y peuvent encore moins et qui doivent seules porter le fardeau… Mais quand fera-t-on avec tout le poids du couple franco-allemand, de vraies propositions concrètes et ambitieuses au Conseil européen, seul organe décisionnel en la matière ? Ne  nous y trompons pas : l’Allemagne y trouve son compte, en attirant des migrants nombreux et qualifiés (notamment les Syriens auxquels elle vient de donner un privilège d’asile).  

Mais avant de tomber dans le "German bashing" que nous aimons tant, demandons-nous d’abord s’il n’y pas là aussi un vrai courage politique d’Angela Merkel, face à une minorité xénophobe surexcitée dans son propre pays. Demandons-nous ensuite ce qui est préférable entre cette position, qui certes satisfait les intérêts démographiques et économiques allemands mais aussi les besoins vitaux des réfugiés, et celle de la France qui, sur ce sujet comme sur tant d’autres, espère juste "passer entre les gouttes", alors que c’est un véritable orage humanitaire qui s’abat sur l’Europe ?

Christophe Bouillaud : En fait, tous les partis de gouvernement tendent à biaiser la question européenne. D’une part, personne n’a le courage d’expliquer franchement que le pouvoir doit être transféré à Bruxelles. En effet le dire trop franchement va effrayer beaucoup de gens. D’autre part, tous ces partis ont des bases politiques qui sont vraiment divisées sur la question européenne. Par exemple, en France, l’ex-UMP reçoit la plus grosse partie du vote des agriculteurs. Or une majorité d’entre eux sont très hostiles à la PAC et au libre-échange agricole, mais une partie d’entre eux en profite beaucoup. Il vaut dont mieux éviter d’aborder le problème de front, au risque de perdre le vote des agriculteurs. Plus généralement l’ex-UMP doit gérer la contradiction d’avoir une partie de sa base très fortement impliquée dans les gains de l’européanisation (par ex. les cadres supérieurs du secteur privé) et une autre partie qui en subit les pertes (par ex. les agriculteurs petits et moyens).

Tous les partis de gouvernement se trouvent avoir été fondés sur des clivages, parfois d’avant 1914 ou d’avant 1945, qui précédent donc l’européanisation, et essayent de ne pas se faire couper en deux par ce nouvel enjeu : ainsi le Parti conservateur britannique est à la fois le parti de la City – actuellement à 100% pour l’Europe – et le parti des classes moyennes et supérieures qui regrettent le bon vieux temps de l’Empire britannique et ne veulent pas entendre parler de Bruxelles. Il vaut mieux du coup éviter de trop parler d’Europe, sauf à (continuer à) éclater – l’UKIP étant fondamentalement une dissidence des Conservateurs. Idem pour la CDU-CSU prise entre sa représentation de l’industrie exportatrice allemande portant une vision mondialisatrice et celle des classes moyennes territorialisées des vieux länder de l’Allemagne réunifiée. Du coup, cela donne des absurdités du genre : l’idée d’une taxe spéciale pour les automobiles étrangères utilisant les autoroutes allemande portée par la CSU, mais inapplicable dans le cadre européen par le gouvernement actuel CDU-CSU-SPD. Tant que les partis ne sont pas reclassés en partis fédéralistes d’une part et partis souverainistes de l’autre, on observera ce  blocage de la discussion. 

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joke ka
- 29/08/2015 - 13:14
anouman
les sondés ont dû être triés sur le volet par les sondeurs!
ou la question posée devait être ambigüe
joke ka
- 29/08/2015 - 13:10
Europe
l'Europe oui je suis pour mais pas comme elle est gérée actuellement
elle nous impose des normes complexes qui nuisent à nos entreprises
et ne nous protège aucunement des dangers qui nous menace
tout dépend de comment la question a été posée aux interrogés
il y aurait un coup de pied a mettre dans la fourmilière et à repenser le fondations sur lesquelles elle repose
Gré
- 29/08/2015 - 00:34
"on renvoie le problème sur l
"on renvoie le problème sur l’Italie et la Grèce qui y peuvent encore moins" -------------- pour la Grèce, c'est vrai, mais personne ne demande à la marine italienne d'aller chercher les clandestins dans les eaux libyennes